8ème Vide grenier du Comité des fêtes.
Dimanche 7 mai avait lieu le 8ème vide grenier du Comité des fêtes de Mesnil-Sellières. Chacun avait en tête la récente loi Dutreil :

« ASSEMBLÉE NATIONALE. DOUZIÈME LÉGISLATURE. SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2004-2005
7 juillet 2005
PROJET DE LOI MODIFIÉ PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE
EN PREMIÈRE LECTURE, en faveur des petites et moyennes entreprises.
Article 17 bis (nouveau)
Le I de l'article L. 310-2 du code de commerce est complété par sept alinéas ainsi rédigés :
« Les particuliers non inscrits au registre du commerce et des sociétés sont autorisés à participer aux ventes au déballage en vue de vendre exclusivement des objets personnels et usagés deux fois par an au plus, à condition qu'ils aient leur domicile ou leur résidence secondaire dans l'arrondissement départemental, la commune ou, pour les villes de Lyon, Marseille et Paris, dans l'arrondissement municipal siège de la manifestation.
« Les particuliers non inscrits au registre du commerce et des sociétés souhaitant participer aux ventes au déballage doivent s'inscrire avant le début de la manifestation sur un registre tenu par la personne qui organise la manifestation.
« Ce registre doit mentionner l'identité du particulier souhaitant participer à la vente au déballage, son adresse ainsi que son numéro d'immatriculation de véhicule.
« Ce registre est mis à disposition des services de police et de gendarmerie dès le début de la manifestation.
« Un registre départemental informatisé est constitué par les services préfectoraux intégrant l'ensemble des informations figurant dans le registre mentionné aux alinéas précédents.
« Ce registre départemental est mis à disposition des services de police et de gendarmerie.
« Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret pris en Conseil d'Etat. »
Les mesures restrictives ont fait grand bruit dans le petit monde de la vente dominicale. On peut, par exemple consulter le site suivant :

http://www.benevolat.org/cdvg/index.php
Le coin du Normand : « y’a du pour et y’a du contre… »

A lire les forum consacrés au sujet, et ils sont nombreux, on peut noter des arguments récurrents :
- Pour la réglementation :
Tout le monde a observé ce qui peut apparaître comme des abus : marchands ambulants, professionnels plus ou moins avoués, marchands du dimanche que l’on retrouve d’une commune à l’autre chaque semaine… Ce « commerce » échappe à la taxe ! Il nuit aux vrais « brocanteurs » et « antiquaires » en créant une concurrence déloyale.
- Contre la réglementation :
La mise sur le « marché » d’objets improbables nourrit au contraire les circuits « officiels ». (Les « professionnels viennent s’y « approvisionner » tôt le matin.) Le vide grenier est un espace de liberté et de convivialité qui permet à des associations locales de financer leurs projets. Les contrôles existent déjà et les abus sont négligeables.
Les adversaires de la loi Dutreil s’interrogent fréquemment sur l’urgence ressentie par nos législateurs à traiter d’un sujet aussi futile, alors que tant de graves problèmes devraient retenir leur attention !

Le coin de l’amateur d’’ histoire :« ça date pas d’hier… »
Si la généralisation des vide grenier est assez récente, la vente d’objets personnels usagés a sans doute toujours existé. Les chiffonniers de Paris, repoussés à la périphérie de la ville ouvrirent les célèbres « puces », ainsi nommées parce qu’on y trouvait principalement de vieux linges ou vêtements potentiellement infectés par ce familier parasite. ( Consulter pour plus de détails :
http://www.parispuces.com/fr/historique/centre_histo.html#01 )

Certaines populations se spécialisaient dans la récupération : métaux, vieux meubles qui étaient ensuite revendus. A Rennes , par exemple, dans le quartier du canal, les enfants ramassaient dans les décharges alentours toutes sortes d’objets qu’ils revendaient à la sauvette. La « braderie de Lille », sans doute la plus connue, remonterait à la fin du Moyen Age. Les domestiques lillois auraient obtenu le droit de revendre, entre le coucher et le lever du soleil, les objets usagés et vieux vêtements de leurs maîtres. Et ce en marge des foires officielles.
Dans les années 70, on connaît dans la région des « bourses » lieux d’échange essentiellement consacrés aux enfants : bourse aux livres, bourse aux jouets, bourse aux vêtements. Le troc côtoie la revente. Progressivement, le milieu associatif a utilisé cette nouvelle opportunité de financement (par la location des emplacements)
Les expressions proches désignent parfois des réalités légèrement différentes : les braderies concernent les commerces urbains. Le terme viendrait du flamand « braaden » signifiant rôtir en relation avec les pratiques culinaires associées à ces manifestations. D’autres étymologistes penchent pour l’espagnol « barato » qui signifie « bon marché » « pas cher » (baratija= babiole ; baratillo = bric à brac, étalage de camelot)
Ailleurs on parle de « foire à tout ». Le vide grenier conserve essentiellement un caractère populaire et rural.

Le coin du chineur : « de tout pour faire un monde… »
Flâner, chiner, est devenu une distraction dominicale fort prisée. L’amoncellement d’objets hétéroclites eut sans doute ravi Jacques Prévert encore que la vente d’animaux vivants y soit interdite – pas de ratons laveurs - , et les rapprochements inattendus inspiré Isidore Ducasse comme « la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie! ... » ( Maldoror. Chant VI) . Le badaud du vide grenier partage la fascination plus ou moins consciente des listes interminables, des accumulations incongrues, des répétitions mornes. Un ami proche raillait naguère cette manie des étalements de vieilleries associée à la passion toute actuelle du lucre. C’est ignorer la part de rêve, les nostalgies ravivées devant le vieux berceau de noyer, le service à thé ébréché semblable à celui de grand-mère, la curiosité frustrée devant l’outil inconnu dont l’usage est perdu et que le vendeur même peine à expliquer.
« 7 - Je me souviens… » comptait Georges Perec …
« 8
Je me souviens des coups de règle en fer sur les doigts.
9
Je me souviens des Malabars achetés chez la confiseuse au coin de la rue.
10
Je me souviens de l'odeur enivrante des livres, à la rentrée scolaire.
11
Je me souviens de mon grand-père qui se levait de sa chaise devant toute notre tablée pour pousser la chansonnette.
12
Je me souviens de lectures sous les draps, le soir, à la lampe de poche.
13
Je me souviens de ces départs en vacances où l'habitacle était aussi chargé que le coffre.
14
Je me souviens de la sécheresse de 1976. »
A chacun ses « petites madeleines. »
Tous les amateurs vous le diront, le matin on fouine, l’après-midi on baguenaude. Ce fut particulièrement vrai dimanche. La nuit avait été pluvieuse et les averses intermittentes avaient déjà chassé quelques vendeurs. Les numéros peints sur la chaussée trahissaient les déserteurs. Le public pourtant était là, et malgré les bâches et toiles tirées sur les étals , des accords se nouaient. L’équipe du Comité des fêtes assurant l’organisation avec le soutien des sapeurs pompiers, une certaine bonne humeur régnait . Vers midi, les tables furent dressées. Nous l’avons déjà dit : le « vide grenier » est d’abord rural et festif. La famille assemblée dès le matin partage le repas sur le trottoir ou à l’entrée de la cour. Par chance, le ciel se dégagea. Et les visiteurs en nombre arpentèrent
la Grand Rue , du Bout d’en Bas au carrefour de la mare du Haut. Les organisateurs pas plus que les forces de l’ordre n’ont donné d’estimation quant à l’affluence. Le volume des transactions échappera une fois de plus, et c’est heureux, au fisc et aux statistiques. Seul le Comité des Fêtes est en mesure de chiffrer son résultat. Au service de tous.
