Certains ont peut-être suivi les actions persévérantes de l’Association « Bourse du Travail mémoire vivante » en faveur de la sauvegarde de la Bourse du travail.
http://www.bourse-travail-troyes.com/
On se souvient que la municipalité de Troyes, propriétaire des locaux avait décidé d’en chasser le syndicat CGT et les associations qui y étaient établis de longue date. Il s’agissait alors d’un vaste projet commercial sensé « redynamiser » cette partie de la ville. En compensation, la ville s’engageait à aménager une « Maison des syndicats » dans une partie de l’ancienne caserne Beurnonville.
Anna Zajac, dans son éditorial rappelle que la Bourse du Travail est fermée depuis septembre 2006 et retrace les péripéties qui entourèrent un projet avorté. (Projet de « Passage Saint Nicolas » abandonné en 2008 par le promoteur).
M. Baroin en est désormais à la constitution d’un « îlot commercial ».
L’Association, qui regroupe des amoureux du patrimoine, des historiens, des Aubois ayant à divers titre fréquenté les lieux a lancé une consultation sur l’avenir du site. On peut répondre en ligne à l’adresse ci-dessus.
Malgré l’état de délabrement du bâtiment, les défenseurs de la mémoire locale ont entrepris de faire revivre les grands moments d’un lieu mythique, car s’il est vrai qu’il fut bien à l’origine une halle commerciale, il est, dans la mémoire des Troyens profondément associé à la vie ouvrière et populaire de la cité, jadis centre industriel important.
D’une publication à l’autre, on peut ainsi revivre ce que fut le rôle des femmes dans le mouvement ouvrier (n°5- mai 2009), l’histoire des sièges sociaux des organisations ouvrières associée aux grands événements historiques (n° 6-novembre 2009, n°7 janvier 2010, n° 9 décembre 2010), le souvenir des événements de mai 1968 dans l’Aube (N°8- septembre 2010)
Les manifestations récréatives ne sont pas oubliées : bals, manifestations sportives ou théâtrales. On y trouve des photos de Troyes Gymnique, de l’orchestre Bernard Prinet (Les maillotins y reconnaîtront Jean Robert Guyot au piano…).
Mai 1968 à Troyes.
Le numéro 8 évoque largement mai 1968 à Troyes grâce aux témoignages de responsables syndicaux (Marcel Renaud, Lucien Desfête, Guy Chartier, Jean Louis Peudon. Mises au point précieuses tant les grands événements sociaux donnent lieu après coup à des interprétations diverses, nourrissant mythes ou ressentiments. Si le mouvement avait commencé à Paris le 3 mai, c’est à partir du 13 mai que les Troyens s’engagent (trois à quatre mille manifestants à Troyes) et le 18 que commence la grève (Fermeture de la gare de Troyes). Les enseignants entrent en grève le 22 mai et reprendront le travail à partir du 7 juin. Le textile avait repris le 5 juin.
Retour en images parisiennes (officielles) pour ceux qui n’ont pas vécu ça…
Après le voyage éclair du Général De Gaulle à Baden Baden (Commandement des forces armées françaises en Allemagne) et la manifestation gaulliste du 31 mai (4 000 personnes à, Troyes), la « reprise en main » était engagée. La presse locale signalait le passage d’une brigade de chars allant vers Paris le 31 mai. Balladur a confirmé récemment ce que nous savions déjà : « On faisait rouler des chars autour de Paris la nuit afin que les intéressés en tirent les conséquences… ». L’action des « Comités de défense de la République. » organisés par Charles Pasqua, le recrutement d’anciens de l’OAS – récompensés ensuite par une amnistie générale en juillet 1968 - contribuèrent à dramatiser les événements. Les dernières résistances furent facilement – et brutalement- réprimées, avant l’écrasante victoire électorale gaulliste.
Olivier Potier souligne l’intérêt majeur du mai 68 troyen « essentiellement ouvrier » et les avancées substantielles au plan social ainsi que l’échec politique : « le département a renforcé son ancrage à droite » avec l’arrivée notamment d’un nouvel élu lors de la « marée électorale » des 23 et 30 juin : Robert Galley.
Des contributions historiques uniques.
Alors que se repose enfin la question de la création d’un musée de la bonneterie à Troyes, il serait impensable qu’on tente d’effacer de la ville la mémoire d’un lieu aussi symbolique que la Bourse du Travail. C’est toute l’ambition de l’Association qui a su s’attacher le concours d’historiens tel Michel Choquart, Jean Louis Peudon, et de témoins privilégiés comme Jean Lefevre qui connut également les chaudes soirées musicales ( Bals et autres plaisirs à la Bourse du Travail. N°6 p 19) et l’exaltation des meetings.
N’étant pas Troyen, je n’ai que des souvenirs plus récents : les réunions syndicales souvent confidentielles dans la salle Adrien Gennevois, les meetings électoraux, les assemblées générales lors des grèves de 1995, les congrès départementaux du Parti Communiste dans la salle Jean Jaurès. Et dans un autre domaine les expositions des Artistes Champenois ou des retraités de la CGT.
On s’attache à juste titre, à conserver l’architecture de lieux de culte anciens et souvent désertés. Il semble que d’autres bâtiments eux aussi porteurs de mémoire soient moins considérés. Les lieux de travail, de lutte, de souffrance, de rares bonheurs aussi, sont allégrement sacrifiés. Helen Harden Chenut a récemment publié « Les ouvrières de la république. Les bonnetières de Troyes sous la Troisième république » aux Presses universitaires de Rennes en coédition avec le Conseil général de l’Aube. (www.pur-editions.fr ). On y lira avec intérêt que celles qui firent la fortune de quelques familles respectées :
« Mourraient en moyenne douze années plus jeunes que d’autres femmes de Troyes. Un bon tiers d’entre elles mourraient avant l’âge de trente ans…» à la fin du 19ème siècle. La moyenne d’âge s’élèvera à « 41,9 ans en 1924-27 soit vingt ans de moins que l’espérance globale de vie globale des femmes de Troyes… » Exposition à la poussière, à la chaleur et à l’humidité, le manque d’hygiène, la durée du temps de travail et les bas salaires concourraient, avec la tuberculose, à ce résultat.
L’histoire d’autrefois méprisait les pauvres gens dont le souvenir s’est généralement perdu au profit de glorieuses destinées, souverains, gens de cour et de finance. L’aventure scientifique elle-même reste obscure à beaucoup. Comme si « la valeur travail » dont se font chantres les importants d’aujourd’hui ne valait que pour leurs mérites supposés.
La mémoire vivante de la « Bourse du Travail » et de ce qui s’y rattache est un patrimoine précieux. Remercions ceux qui le préservent de l’oubli.
Abonnements: Bourse du Travail mémoire vivante. 43 Rue J Lacoste. 10 000 Troyes.
courriel: anna.zajac@sfr.fr
http://bourse-travail-troyes.com
On peut lire aussi :
http://www.mesnil-sellieres.com/article-3097689.html
Et les articles de Jean Lefèvre dans La Dépêche de l’Aube.
http://www.ladepechedelaube.org/article.php3?id_article=17
http://www.ladepechedelaube.org/article.php3?id_article=26
et tous les autres (suivre les liens…)
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Les sapeurs pompiers de Mesnil-Sellières en
1930. On reconnait de bas en ahut et de gauche à droite: Roger Gillot, André Husson; Marcel berthelin (père de Robert) Albert Thévenin (Chef de corps), Fernand Berthelin, Louis
Pitié.

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