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Histoire locale. Patrimoine

Lundi 30 octobre 2006 1 30 /10 /Oct /2006 16:44

Moulin de Dosches : l’aventure continue.

 

 Voir les autres articles et les photos ici et , et puis encore  et

  A la fin du mois de septembre dernier, grande agitation dans les terriers ! Des engins monstrueux arrivaient à Dosches. Objectif : mettre en place les éléments du moulin à vent patiemment construit dans l’atelier du « faubourg ».

 

 

 

 

 

 

 

 Plusieurs articles ont rendu hommage aux concepteurs, aux compagnons et aux jeunes qui ont travaillé là. Le bulletin cantonal 2002 donnait des indications sur l’esprit du projet : « Valoriser le patrimoine artisanal départemental par la construction d’un moulin à vent du 18ème  siècle et de la maison du meunier… la construction de cet ouvrage se fera sur la commune de Dosches…elle sera un atout touristique, dans un environnement qui  reçoit actuellement des visiteurs amoureux de la nature et des loisirs d’eau…Sur le site, dans la maison du meunier , sera fabriqué à l’ancienne, le pain et les viennoiseries qui seront vendus sur place… ». Le bulletin INFO 2003 apportait les précisions suivantes : « Transmettre le savoir faire, acquérir des compétences nouvelles, permettre l’insertion sociale…Cet ouvrage sera utilisé pour répondre au besoin de formation de personnel qualifié…Ce projet a une vocation pédagogique…Nous voulons éveiller des vocations à travers la valorisation du patrimoine dans un environnement naturel grandeur nature…. ».

 

 

 

 

 

 

 

  En 2005, «  Formation Plus » précisait : «  Depuis le 24 septembre 2004, 16 personnes ont intégré une première action au 40 rue des Bûchettes, pour une durée de 6 mois… L’équipe pédagogique de Formation Plus, organisme troyen de formation …est constituée d’un formateur technique et d’une formatrice généraliste, appuyée par une coordinatrice de projet. L’Association des Moulins à Vent met à disposition un chef de chantier…. ».

 

 

 

 

 

 

 

  L’association – Les Moulins à Vent Champenois- Ruelle du pré Naudet.10270 Lusigny sur Barse » - précise dans son dépliant : « La reconstruction du moulin de Dosches a réussi à allier la valorisation du bâti ancien à une formation d’apprentissage et d’orientation pour de jeunes adultes en difficulté dans leur parcours professionnels. Grâce à un partenariat avec la CAPEB et  l’organisme de formation « Formation Plus », l’Association des Moulins à Vent Champenois a pu offrir à près d’une centaine de jeunes, une formation aux métiers manuels, mais surtout la possibilité de réintégrer le monde professionnel… ».

 

 

 

 

 

 

 

  Grue, tracteur et plateforme étaient en place, devant une foule de curieux, membres de l’association «  Le moulin de Dosches », voisins et enfants de l’école toute proche. Sans oublier naturellement l’indispensable participation des concepteurs du projet.

 

 

 

 

 

 

 

  Les moulins de Dosches ne se trouvaient pas à cet emplacement : le principal  se dressait après le lieu dit « Grand Cernay » en direction de Laubressel (à gauche dans le virage). Il dominait Champigny. Un autre moulin était à Rosson. ( INFO 1999. Article Dosches). De même, la disposition initiale envisagée a été légèrement modifiée sans être dénaturée.  

 

  Il faut savoir qu’il n’existait plus de traces de plans ou d’indications sur les techniques de fabrication des moulins champenois. S’il paraît acquis que la forme « sur pivot » était largement dominante, l’originalité régionale restait à reconstituer. C’est en s’appuyant sur son expérience, sur des sources iconographiques peu nombreuses, qu’Erwin Schriever et ses compagnons ont pu mener à bien ce chantier. « L’Association Régionale des Amis des Moulins Nord Pas de Calais » donnait pour sa part quelques précisions sur les particularités d’une telle entreprise :

 "Le moulin de Valmy a été refait à partir des éléments de celui d’Attiches… Avant l’époque contemporaine, il n’existait aucune grande école d’enseignement spécialisé et l’apprentissage se faisait d’homme à homme, par tradition orale. Depuis longtemps, le charpentier de moulin constituait la forme la plus achevée du technicien. Habile à travailler le bois, et accessoirement le métal, il assurait la réalisation de tous les travaux de quelque envergure que ce soit, et l’entretien des machines et des ouvrages d’art. Point de croquis à l’échelle, de calcul compliqué pour déterminer le diamètre du rouet, l’inclinaison à donner aux ailes ; tout cela se fait par une véritable intuition, résultat d’observation et de remarques des aïeux, charpentiers eux aussi. Une autre qualité indispensable à ces hommes , c’était la vigueur physique : toutes les pièces du moulin , d’un poids énorme, exigeaient pour être maniées, une force musculaire considérable. Ils étaient évidemment aidés de chèvres, de palans et de treuils ; mais même munis de ces outils, il leur fallait déployer de gros efforts. L’expérience accumulée se transmettait de génération en génération, bien souvent de père en fils. On a connu en Flandre, de véritables dynasties de charpentiers de moulins…qui ont laissé de nombreuses traces encore visibles avec les inscriptions sur les pièces maîtresses des moulins… Avec Lucien Lanoot, décédé en 1947, Lucien Rousseau la même année, Eugène Roos en 1952, et Géry Demeerseman en 1972, s’éteignit la race des charpentiers de moulins traditionnels de Flandre française… »  ( « Découvrez nos moulins ». 1978 .Jean Bruggeman)

 

  

  C’est dire l’importance et l’enjeu de la construction réalisée ici.

 Depuis plusieurs semaines, les maçons s’affairaient sur le site définitif afin de préparer la plateforme et les plots de maçonnerie destinés à recevoir les huit piliers supportant le pivot. Ce sera le premier élément soigneusement calé. Opération délicate, la grue devra ensuite amener la cage contenant le rouet et l’arbre de transmission dans l’axe exact du pivot. La toiture viendra couronner le tout.

 

 

 

 

 

 

 L’avenir  est également précisé dans la brochure de l’Association :

 "Dès la fin de l’été 2006, le moulin reconstruit sera implanté… sur les hauteurs du village de Dosches. Par la suite, une maison de meunier et une grange du 15ème siècle compléteront le site. Vous pourrez découvrir la vie traditionnelle champenoise, les activités autour du moulin à travers des expositions et déguster des produits régionaux… »

 

   Un étape spectaculaire vient d’être franchie. La tour, actuellement immobile, domine la côte de Dosches. La façade « au vent » est couverte d’essentes. La « queue » solidement arrimée grâce à l’échelle d’accès n’attend plus que les bras vigoureux capables de virer  cette masse impressionnante. Fin novembre, les ailes devraient compléter l’édifice. Restera à terminer le mécanisme, à hisser les meules ( comment vont-ils faire ?) . Qui sera le meunier , et qui le « bailâne » (traduction dans Lou Champaignat n°22). Notre moulin saura-t-il évoquer les chimères , être «  de ces brasseurs de vent trapus qui, avec le déclin du jour, se travestissent en épouvantables géants ? »

  ...et pour ceux qui souhaitent soutenir l'association, voici les coordonnées.

 

 

 

 

 

 

 Remerciements à toutes les personnes qui ont bien voulu prêter leurs photos. 

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Mercredi 16 août 2006 3 16 /08 /Août /2006 17:29

Vendeuvre, avec les Amis du Parc.

 

 

 

   Découverte déjà ancienne, dont nous donnons le compte rendu avec un peu de retard. Le 17 juin, Mme Bellenoue avait donné rendez-vous aux personnes intéressées à l’église de Vendeuvre. La visite de l’édifice ayant déjà été proposée une année précédente, il ne s’agissait que de se réunir là, au frais par cette chaude journée printanière, avant de partir à la découverte du bourg. Une vingtaine de personnes étaient présentes.

 

 

 

   Nous nous servirons largement de documents photocopiés distribués aux participants.  

L’origine du nom « Vendeuvre » est controversée : « blanche colline » (Vindobriga) ; « œuvre des Vandales » ( Vandopera puis Vandovera) ; «  vieux clos de la Fontaine de Vénus » ( Ven / doue/vre) ; dérivation d’un nom Gaulois ( Vindos), d’un adjectif de même origine ( Vindo) ou un nom de divinité (Windos)… La dénomination actuelle " Vendeuvre sur Barse" a été fixée par décret du 17 octobre 1848.  

L’église de Vendeuvre.

 

 

 

  L’ancienne église, dédiée à la Trinité fut détruite pendant les guerres du 15ème siècle. L’actuelle église Saint Pierre fut construite entre 1510 et 1530. Charles II d’Amboise, Seigneur de Vendeuvre avait donné le terrain nommé « Pré des bons enfants ». Le curé  était alors M de Montlucin.

 

 

 

  Le  portail nord est une œuvre de transition où l’on retrouve les lignes de la renaissance alliées aux décorations antérieures. A l’extérieur à droite, se trouve une belle piéta du 16 ème siècle, abritée par un petit édifice couvert d’essentes. Le petit guide de PNRFO « Quelles merveilles autour des lacs ! » signale 15 tableaux du 17ème siècle dont on trouve un historique détaillé :

 

 

 

    Les tableaux de Vendeuvre 

«  …Quinze modestes tableaux, peints sur bois et qui sont disposés tout autour de la nef, comme plus tard on pendra les stations du chemin de croix… au bas de la nativité on peut lire : "Joachim pinxit anno 1627". [L’artiste se nommait ] Joachim Duviert, officier du roi, peintre de Mgr de Luxembourg et domestique, demeurant à Vendeuvre", mort à Châtillon-sur-Seine septuagénaire en 1648. …Dans les année 1609-1614, Duviert accompagna son maître à travers la France et en a ramené des dessins très réussis de villes (il en demeure aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France 125) qui font sa renommée. 

 Dix ans après la mort de son maître et deux ans avant de se marier à Troyes avec la veuve d'un marchand teinturier, Joachim a offert[ces tableaux] pour décorer l'église de son lieu de résidence … 

[Ils représentent] les quinze mystères évoqués par le chrétien récitant son chapelet : pour chaque mystère un Pater et dix Ave Maria. Les mystères joyeux sont : l'Annonciation, la Visitation , la Nativité , la Présentation et le Recouvrement de Jésus au Temple; les douloureux : l'Agonie au jardin des Oliviers, la Flagellation , le Couronnement d'épines, le Portement de Croix, la Crucifixion ; les glorieux : la Résurrection , l'ascension dans le ciel, la descente du Saint-Esprit sur la Vierge et les Apôtres, l'Assomption de la Vierge suivie de son Couronnement dans le ciel. Pour chacun de ces mystères, Duviert a réalisé un tableau de belle facture... » 

 Le retable situé derrière l’autel est l’œuvre de Girardon, sculpteur troyen.  Il est de style baroque. Le tableau qui en occupe le centre, signé Velut,  représente le jugement de Saint Pierre. La chaire provient de l’abbaye de Clairvaux.

 

 

 

   . Les vitraux originaux du 16ème siècle ont disparu pendant la guerre et son remplacés par des verrières de Max Ingrand .

 

 

 

   Un dessin de Max Ingrand 

  Ingrand Maurice Ernest pour l’état-civil (1908-1969). Ce maître verrier de réputation internationale a réalisé de nombreuses restaurations et créations de vitraux  après les destructions survenues durant la seconde guerre mondiale. Eclaireur et scout de France dans son enfance, prisonnier à l’OFLAG IV D durant la seconde guerre mondiale (voir ses « Peintures de captivité »), il fut l’élève de Jacques Grüber (1870-1936), fondateur de l’école de Nancy.  Max Ingrand restaura la cathédrale du Mans. Il réalisa de nouvelles verrières aux cathédrales de Tours, Laval, Beauvais, Saint-Malo, au couvent des Jacobins de Toulouse, aux églises de Saint-Pierre de Montmartre, d'Yvetot et autres. On peut retrouver ses œuvres un peu partout en France, en particulier dans l’ouest (Normandie, Bretagne), mais aussi à Bucarest, Bombay ou Tokyo. Dans le domaine profane, il participa à la décoration du paquebot Normandie. Nous lui devons les fontaines lumineuses du rond point des Champs Elysées. Plus modestement, La verrière représentant la « Vision de l’Empereur Auguste » à Saint Parres-aux-Tertres, fut restaurée dans ses ateliers ( motifs décoratifs du soubassement) .

 

 

 

  

 L’église de Vendeuvre fut en effet gravement endommagée en 1940. La ville dut subir les intenses bombardements du vendredi 14 juin. Comme il est fréquent dans les témoignages d’époque, les bombardements sont attribués aux Italiens (http://www.vendeuvre-sur-barse.fr/html/eglisevsit.htm) Nous ne discuterons pas ici cette affirmation contestée par les historiens.

 

 

 

  

   Vendeuvre est traversé par les colonnes de réfugiés et des éléments de l’armée française repoussée par les Allemands et tentant de franchir le fleuve au pont de  Bar sur Seine. La 14ème DI commandée par de Lattre de Tassigny y parviendra alors que le 15 juin, vers 17h Leclerc sera blessé à Magnant .

  Lors d’un engagement entre des chars et l’infanterie , un obus atteignit une citerne d’essence rangée sous les platanes à proximité de l’église. Le feu se communiqua à la toiture de l’édifice. Durant l’hiver 1940-41, très pluvieux, la voûte du maître hôtel s’effondra en premier, suivie de l’ensemble de la couverture à l’exception de celle du transept.

 La restauration fut longue puisque l’église ne fut rendue au culte qu’en 1963. 

 

 

 Consulter aussi :  

 

http://www.crdp-reims.fr/crl/consult/fic_edit.asp?fETABL=3459&ProId=1&cssId=1  

Visite du bourg.  

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vendeuvre-sur-Barse 

 

Le château

 

 

 

   Mme Bellenoue étant « Vendeuvroise » de souche, mit l’accent sur les particularités remarquables de son pays natal : le château, la sainterie et les production industrielles anciennes. Au sortir de l’église, le groupe se dirige vers le Parc du château, ombragé d’arbres vénérables. Devant la façade de l’édifice, les bénévoles préparent les représentations du spectacle son et lumière dont le thème cette année était « feu et flamme », hommage aux activités locales traditionnelles. Le thème nous donne l’occasion de nous inquiéter de l’avenir de cet édifice, propriété du Conseil général  pour les 4/5 et de la commune (1/5),  dont l’état ne cesse de se dégrader. Au temps jadis, le conseil municipal avait étudié l’éventualité de créer un musée des techniques et des arts du feu, mettant en valeur l’argile et le fer qui donnèrent naissance aux industries locales. L’Association des amis du Parc, soulignait dans un « Point de vue sur la Charte  » que ce projet en était resté au stade des idées…. Il serait dommage que la grande façade austère qui donne sur la terrasse ne soit plus qu’une sorte de décor « à la Potemkine  », animée uniquement lors des représentations estivales par les feux des projecteurs. Seule une petite tourelle d’angle donne un semblant de vie à cette architecture abrupte. On raconte que Mélusine y fait dans les ténèbres entendre des cris lugubres. La « fée «  bâtisseuse » et migratrice,  ne peut qu’être peinée en effet.

 

 

 

 La partie actuelle n’est en fait que l’ancienne caserne du château fort aménagée par Henri de Luxembourg au 17ème siècle.

Auparavant, les troupes royales avaient démoli donjon et tours sur ordre de Richelieu  . Louis XIII y séjourna fin septembre 1631. Les Mesgrigny, acquéreurs en 1638 poursuivirent les aménagements, notamment le grand escalier intérieur (sculpté par le Troyen Simart). Le dernier propriétaire, René Bourlon de Sarty légua le château à la commune et au département en 1980 . On trouvera un historique plus complet dans le n°4 de l’Escarboucle (printemps 1990)  Voir aussi le site  

http://www.vendeuvre-sur-barse.fr/   

 

 

 La notice distribuée aux participants nous apprend que : « ..Les abords de la source de la Barse furent habités à l’époque gauloise. « barse » en langue celtique se traduit par « barsan » (rivière qui surprend) ». Le site, aux sources de la Barse , à proximité de la Bourgogne et sur la route Troyes- Bar sur Aube avait une importance stratégique. L’existence du château fort est attestée en 1107. La construction de l’édifice actuel remonte au 12ème siècle. La forteresse fut restaurée au  14ème siècle par Miles X de Noyers. Elle fut vendue par les Seigneurs de Mello à Charles d’Amboise, Comte de Brienne peu avant 1480. La famille de Luxembourg en fit l’acquisition une centaine d’années plus tard. François de Luxembourg, Duc de Piney le fait reconstruire au 16ème siècle en conservant la tour du 12ème.  Une gravure de 1614 nous en montre l’importance. «  les fouilles effectuées dans la chapelle ont permis de découvrir la grille du pont-levis sous le niveau de la terrasse qui surplombe la source de la Barse. On retrouve la trace du premier fossé rue  des Fossés Tanrot  et celle du second rue du Chapon.

 

 

 

   L’industrie.  

 

 

 Côté rue, le château montre une assez belle façade avec fronton et colonnade. Près de la grille d’entrée, un tracteur orange rappelle  la célèbre fabrique de matériel agricole. Pour voir et entendre , visitez le site de « l’amicale » : http://www.amicalevendeuvre.com/

 ON peut aussi admirer une superbe machine à vapeur «  Vendeuvre »  à « l’atelier du charron » de Brienne-la-Vieille. (Visite à ne pas manquer !) 

 

 

   

 

  

Les notices touristiques citent Nicolas Bourbon ( 1503-1550) et son poème en latin « De Ferraria Nugae »  

«  Sur le territoire de Vendeuvre est un endroit où se trouve ce que nous nommons une forge : elle est placée sur les rives de la rivière Barse, au milieu des prairies et près d’une tour élevée autrefois par des guerriers vandales, comme nous l’apprennent l’histoire et les vieux monuments ; c’est  ce qui fait donner le nom de Vendeuvre à cette terre.. »

 Les lieux dits « grandes forges », « petites forges », « côte du four à chaux », « ferme des forges », « les minières » témoignent de l’implantation ancienne de cette activité. Au milieu du 15ème siècle, on y fabriquait des boulets de canon en fonte, coulés dans des moules d’argile, les « veuglaires ». Ces « boules de fer » sont vendues notamment à l’arsenal de Troyes. La production se serait arrêtée en 1540. Trois siècles plus tard, en 1837, un haut fourneau est construit qui exploite le minerai de fer des « minières ». Plusieurs fonderies seront créées. 

 

 

  Faïencerie, bonneterie (le « bas Lisette ») , faisaient de Vendeuvre une cité industrieuse.  

La « Sainterie ».  

 

 

 Autre matière première abondamment exploitée dans la région : l’argile. Outre la faïencerie du baron PAVEE  qui produisait des objets rustiques campagnards vendus jusqu’à Paris (39 rue Neuve des Mathurins), la faïencerie Schmid fabriquait des pièces décoratives. D’autres entreprises étaient spécialisées dans les briques réfractaires (Bocquillon),   la poterie, les tuiles ou les briques. Mais naturellement, c’est la Sainterie de Vendeuvre qui fit le plus pour la renommée de la ville. Léon Moynet, jeune Parisien, découvrit la terre auboise grâce au sculpteur troyen Valtat. Il a l’idée d’appliquer à la fabrication de statues religieuses le procédé du moulage. Les étapes de la fabrication, et tous les détails sur cette aventure sont à la disposition de chacun dans une belle réédition  des ouvrages de l’ abbé Durand, sous le titre « Le Paradis d’un homme créatif » Editions « Artho. L’argilière du Thoais »*. Imprimerie Némont. Bar sur Aube. 2006. 27 € .L’ouvrage « Témoins d’hier et d’aujourd’hui au Pays de Vendeuvre » donne également des indications intéressantes .p 289 et ss. Edition Club 65 . 2001. 29 €  (Ouvrages en vente notamment à la Maison de la Presse de Vendeuvre.) On pourra lire aussi l’article de Jean-René Prod’homme dans «  La Vie en Champagne » n°273 de janvier 1978.

  

 

 

   L’église de Vendeuvre, et nombre de nos petites églises locales possèdent encore des exemplaires de ces statues de terre cuite,  paraît-il aussi dures que la pierre. Il s’en vendit dans le monde entier . A Paris leur lieu de diffusion leur valut le qualificatif de « Saint Sulpiciennes » ce qui n’est pas à proprement parler un compliment artistique. Un collègue érudit participant à la visite attire mon attention sur leurs caractéristiques : socle octogonal, et visages stéréotypés. Cela tient au mode de fabrication. La technique des séries fait « …qu’une tête de saint Vincent adaptée sur le corps de Saint Marcel peut très bien donner Saint Léon… ». Anatole Dosseur, poète et ami de Léon Moynet ajoute à l’anecdote :

 « Pendant les premiers jours de son entreprise, la grande préoccupation de M Moynet…était de perfectionner ses moules et de trouver des modèles… Homme d’hospitalité très ouverte, il utilisa plus d’une fois le galbe de ses convives, et six mois après avoir mangé une truite au bleu en déjeunant à la Sainterie , on était tout étonné de retrouver sa propre tête en Ecce Homo couronné d’épines, sur le plat de la danseuse Hérodiade, ou dans le nimbe d’un de ces apôtres devant lesquels les dames agenouillent leurs toilettes à la messe de onze heures… »  

 

 

  Personnalité complexe, Léon Moynet aurait soutenu discrètement les candidats anticléricaux aux élections ! On peut ainsi lire sous la plume d’Anatole Dosseur ces vers curieux :  

« …Tes anges cuits au four ont des ailes de terre,  

Mais ton pinceau magique en moire le duvet…  

…on peut pendant mille ans, 

Dire : amen ! à la sainte, aux parfums de l’encens,  

Et baiser ses pieds nus à la clarté d’un cierge. » 

 

( Rapporté  par JR Prod’homme dans «  La Vie en Champagne. Op cité)

Le succès commercial de l’entreprise tient sans doute à plusieurs facteurs :  

 

 

  -         une forte demande de la part de l’église concordataire, après les tourments révolutionnaires et un élan de « reconquête » des esprits. L’ornementation religieuse (vitraux, statues, architecture) avait souffert. La foi également. Sans approcher la splendeur de la contre réforme catholique, le 19ème siècle fut animé d’un esprit missionnaire.  

-         L’application de procédés inspirés de la « révolution industrielle », et le bénéfice d’un transport facilité. La ligne de chemin de fer Paris Belfort, comporte un arrêt à Vendeuvre ( 1857). Léon Moynet, entrepreneur avisé sut imaginer et faire connaître ses productions originales. Catalogue dont l’entête figurait la tiare pontificale, slogan «  avocat de saint Pierre », faisaient de lui un précurseur de la grande distribution et de ses méthodes publicitaires!  

-         La religion s’exporte. L’Europe est engagée dans la conquête coloniale et missionnaire. Les statues de la Sainterie , moins coûteuses, vendues sur catalogue, vont faire le tour de la planète. «  …A la veille de la guerre de 1914, la Sainterie produisait près de 2000 modèles originaux …et 5000 sujets différents…. La production moyenne était de 1000 statues  et hauts reliefs par mois. On estime que 500 000 moulages quittèrent la Sainterie avant 1914, dont 40% à destination de l’étranger…. »  (Escarboucle N°3. Hiver 90. Retour au Paradis, article  de JL de la Volière )  

On ne sait s’il faut mettre à l’actif de la Sainterie , la valeur « artistique » des œuvres ainsi produites. Est-il possible de les mettre en regard des productions exceptionnelles de la sculpture troyenne des siècles passés. Quoi de commun entre le « Maître de Chaource »  et  « le potier de Vendeuvre » ? Le seul fait de poser la question semblera ridicule à nombre de lecteurs et l’on ne connaît pas d’exemple de statues de la Sainterie ayant bénéficié d’un « classement »  officiel. ( Il eut fallu classer le moule !) Faut-il contester la matière, les formes, les couleurs ? Mais certains visages expriment une jolie naïveté et les statues antiques aussi étaient peintes. Le procédé , la banalisation par la série ? Que dire alors d’Andy Warhol ?

 Il n’est pas certain, que les «  saintiers » , artisans de la terre et du feu  se soient eux-mêmes considérés comme des artistes. Quoiqu’un homme comme Suchetet , né à Vendeuvre y ait fait son apprentissage avant de devenir le sculpteur que l’on sait. (http://www.mesnil-sellieres.com/article-2072383-6.html) On peut au moins considérer que les modelages de Léon Moynet et de ses apprentis ou successeurs rencontrèrent la faveur du clergé et la ferveur populaire. De ces artisans prolifiques, JR Prod’homme écrivait : «  Ils cherchèrent à embellir, par leur pieux cortège, nos églises rurales françaises…Il faut bien admettre que les statues polychromées des artisans de Vendeuvre, répondaient bien aux exigences esthétiques … » des lieux et de l’époque. 

 

 

  Aujourd’hui, les bâtiments sont détruits et les saints qui restent, les moules, occupent l’ancienne bergerie du château. La documentation  est à la direction des archives de l’Aube. Aucun des vastes projets concernant ce patrimoine «  d’archéologie industrielle et d’ethnologie » n’a vu le jour.  

Le n°24 (p 3) de l’Escarboucle fait état d’expositions partielles de statues ou de documents. Dans le « Courrier n°7 » du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient (Hiver 82-83), Jacques Loiseau retraçait l’histoire de Jürg Kreienbühl, peintre bâlois qui consacra de nombreuses toiles et croquis à la Sainterie , suite à une rencontre fortuite. Un volume de la collection consacrée aux peintres ,suisses par la galerie d’art « Zem specht » de Bâle est à la bibliothèque de la Maison du Parc .  

On pourra lire un historique complet de

On pourra lire un historique complet de la Sainterie sur le site http://www.vendeuvre-sur-barse.fr/html/sainterie.htm   ainsi  qu’une liste des églises auboises où des statues sont visibles.

Mise à jour: Le n°48 (octobre décembre 2006) de La vie en Champagne consacre son dossier à la Sainterie de vendeuvre.Il s'appuie sur la conférence du Club XIXe donnée en 2005. Au sommaire: Lesa rts du feu dans l'Aube au 19ème siècle ( Jean Louis Humbert); Léon Moynet et la création de l'entreprise ( Christel Werny); Techniques et production de la Sainterie ( Emilie Leduc) ; Georges Bourgin, peintre décorateur à la Sainterie ( Marie France Solignac); Les Nicot ( de 1890 à la fermeture de l'entreprise en 1961) par Dominique Renaud.

 Autres curiosités.

 Industries mécaniques, « Sainterie », autant de titres de gloire hélas évanouis. On l’a souvent dit. Les « Saints du Paradis » sont au purgatoire. Espérons que personne n’aura idée de les envoyer au diable ! (**)

 

 

 

  Le "Sans souci", statue du sculpteur Suchetet exposée à l'Hôtel de Ville de Vendeuvre.

 

 

Mme Bellenoue conduit les visiteurs vers une maison dont l’angle abrite une niche contenant une statue de calcaire polychrome classée , un « Christ aux liens »,  protégé par une grille et dont la propriété donna lieu a de multiples conflits . Enfin, on signale la source du ruisseau du Potelet, trou sans fond aux propriétés « miraculeuses »  voir 

www.pnr-foret-orient.fr/fr/pdf/oti/communes/vendeuvre_sur_barse.pdf

 * « Thoais » ou « Tau » ou « Toé » . Ses terriers fournissaient une argile tantôt rouge, brune ou blanche dont le mélange donnait la matière première de la statuaire.

  **Crainte que justifierait l'article ci-dessous lu dans l'Est Eclair (4 octobre 2005):" La Sainterie sous le boisseau. Après avoir abordé le 19ème siècle à travers le filtre des loisirs, des enfants , des femmes et des transports, le Club XIX aborde demain, à travers quatre conférences et une exposition, la Sainterie de Vendeuvre sur Barse, qui compte parmi les premières manufactures françaises d'art chrétien. pas de chance: le Club XIX a très logiquement associé à l'organisation l'association l'Argilière du Thoais, récemment créée à Vendeuvre pour la promotion de l'art et des techniques industrielles de l'ancienne manufacture. Mais l'association agace profondément le Conseil général, propriétaire du fonds de la Sainterie, qui a interdit toute communication superflue sur le cycle de conférences. L'annonce devrait logiquement se limiter à un petit communiqué..."

 

 

 

 

 

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Samedi 24 juin 2006 6 24 /06 /Juin /2006 00:48

Un avenir pour la Bourse du travail ?

 

 

 

 

 

 

 Le grand escalier menant à la Salle J Jaurès.

 

  Nous avons lu dans la presse un certain nombre d’informations concernant la Bourse du Travail. La question de l’avenir de ce bâtiment est posée depuis longtemps. Elle n’est pas mince, puisque, après s’être attaqué à la Place de la Libération (parking et projet de construction d’un bâtiment pour le Conseil général), les responsables locaux envisagent de remodeler l’autre extrémité de la rue Emile Zola. Cet axe n’a pas de chance. Il fut doté au 19ème siècle de deux constructions « jumelles » qui ne firent pas l’unanimité. La grande Halle « aux grains » ou « aux blés », édifiée à partir de 1837 ( architecte Pierre Gauthier) située face à l’actuelle Préfecture fut détruite en 1896. La Halle aux tissus, ou Halle à la bonneterie construite en 1835 (architecte Portret) ne fut guère appréciée à l’origine. «  Une grande vilaine halle au blé, toute blanche, dans le chétif goût officiel d’à présent » dira Victor  Hugo.

 

 

 

 

 

 

 Annonce d'une exposition (col. personnelle)

 

   C’est « …un quadrilatère de pierre d’Etrochey de style classique, dont la façade principale est animée par les voûtes en plein cintre des baies et de l’entrée. Celle-ci était surmontée d’une marquise de fer supprimée en 1889. La toiture en zinc comprend deux parties dont une formant lanterneau sur la partie centrale du bâtiment, avec sept baies à la base, permettant d’éclairer le premier étage. La charpente était en bois à l’origine… »

Dans : http://www.crdp-reims.fr/cddp10/ressources/mediatheque/dossiers/pia/default.htm

 

 

La Bourse et le monument des Bienfaiteurs (collection personnelle)

 «  Ce n’est pas un monument, mais son utilité et la vulgarité de ses destinations l’en dispensent… » écrivait A. Aufauvre en 1860. «  …froide l’hiver, tiède l’été… » ajoutera beaucoup plus tard René Jourdheuille. ( Cités par J Lefèvre dans «  la Dépêche de l’Aube » n°861 )

 

 

 

 

 

 

 Congrès de la CGT: avril 1971

 

  «  Une tache…une verrue… » affirme même un internaute 

 On aura compris que la bataille n’est pas de même nature que le « siège d’Adnot » ! Le parcours Bourse du travail – Préfecture aura été si souvent , et si longtemps arpenté par des milliers de semelles qu’il y règne, même par temps calme, une atmosphère particulière. (récemment voir -> ici )Aussi peut-on envisager la question de plusieurs points de vue.

 -        Les environs de la Place Jean Jaurès ont leur histoire. Elle mérite d’être connue. 

-        Le bâtiment lui-même a évolué. Son nom et sa destination aussi.  

 

-        Depuis 1905, il abrite une part déterminante des activités syndicales. Sa dimension historique et symbolique est donc importante. 

-        Le projet de la municipalité ne peut être isolé de ces considérations.  

Nous n’avons pas la prétention de traiter l’ensemble de ces sujets. De nombreuses études érudites existent. « Petit potins 10 » se bornera à apporter quelques éléments d’information au lecteur pressé et les liens ou références utiles pour aller plus loin.

 

 

 

 

 

 

 La Place J Jaurès. (collection personnelle)

 

  Pour changer, commençons par la fin…

 

 

 Manifestation contre le CPE 

 et d'autres images > ici

  -         Suite à la réunion du Conseil municipal de Troyes, le journal local ( 3 février 2006) titre « Le nouveau visage de la Bourse  ». L’architecte Bernard Reichen, Jean François Favre (Alterea), associés à François Peiffer et Michel Serval, présentent leur projet. La façade actuelle conserverait , dans ses grandes lignes, son aspect actuel. L’appellation Bourse du Travail serait remplacée par « Passage Saint Nicolas ». Une extension ouvrirait un accès direct sur le Boulevard Victor Hugo. L’ensemble serait voué au commerce. Des images de synthèse  présentent une sympathique ambiance estivale : parasols et nombreux promeneurs décontractés…. 

-         Moins festive est la sommation transmise aux actuels occupants d’avoir à vider les lieux au plus tard en juin (article du 23 mars). Il s’agit de la CGT , de l’UNRPA  (Union nationale des retraités et personnes âgées) de la CNL (Confédération nationale du logement) de la FNATH (Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés). Une « Maison des syndicats » est promise, mais ne sera pas prête avant fin 2008. Il s’agirait d’un aménagement d’une partie de l’ancienne caserne Beurnonville. En attendant, des locaux provisoires sont proposés par la municipalité. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne satisfont pas les intéressés. 

-         Elue municipale, Anna Zajac est intervenue régulièrement pour rappeler la mémoire ouvrière dont le lieu est porteur et insister sur le maintien de son caractère propre. Régine Rodrigues, au nom de la CGT évoque les « heures de gloire du stade troyen et les combats de boxe, les réveillons et les bals populaires…On veut que cette mémoire ouvrière reste » insiste-t-elle. Le syndicat Force ouvrière rappelle la fondation des Bourses du Travail (colloque du 14 juin). «  La Dépêche de l’Aube » publie depuis son numéro 859 (10 mars 2006) une série d’articles et de témoignages. « L’Autre Monde », blog écologiste aubois a pris position. Le site « Auboisementcorrect » a également abordé la question ( Voir les liens ci-contre). Enfin, un « collectif » s’est constitué qui refuse de voir disparaître « l’histoire et la mémoire de la  Bourse du travail ». ( pour tout renseignement Anna Zajac. 03 25 74 86 61 ; anna.zajac@wanadoo.fr )

 -         Au-delà de la sensibilité particulière attachée au lieu, se pose aussi la question de la place et de la reconnaissance de l’activité syndicale dans cette ville. Certains connaissent les conditions précaires dans lesquels vivent les diverses organisations syndicales. On peut s’interroger sur les projets de la municipalité à cet égard. L’actuel bâtiment comprenait une vaste salle pouvant servir à la fois aux réunions, aux expositions et aux spectacles. Qu’en sera-t-il demain ? 

 

 

 

 

 

 

 

 Une Bourse du Travail, c’est quoi ?

 L’histoire du syndicalisme français commence…par son interdiction ! La célèbre loi Le Chapellier (juin 1791) prohibe toute association entre gens de même métier.  Après une courte parenthèse (février 1848- novembre 1849) cette interdiction est reconduite. Le droit de « coalition » et de grève ne sera reconnu théoriquement qu’ en mai 1864. Les « chambres syndicales » commencent à se développer à la fin du second Empire et les premières fédérations se constituent au début de la 3ème république. C’est la loi du 21 mars 1884 qui donne une base légale aux unions ouvrières. 

Tandis que la fédération de métier ou d’industrie réunit les syndicats d’une même profession existant dans des lieux différents, la Bourse du Travail réunit les syndicats d’un même lieu, mais de professions différentes.  

 

 

 

 

 

 

La première idée de Bourse du travail apparaît à Paris durant la Révolution ( rapport de Corcelles ; 2 mars 1790) mais ce projet n’eut pas de suite. En 1843, M de Molinari émit l’idée de créer des Bourses du travail analogues aux Bourses des valeurs, dans lesquelles se feraient les offres et les demandes de travail. Adolphe Leullier présente en 1845 un projet similaire qu’il appelle « Bureau central des ouvriers ». En 1875, une demande est faite au conseil municipal de Paris pour l’établissement d’une « Bourse du Travail , ou au moins d’un refuge clos et couvert afin d’abriter les nombreux groupes d’ouvriers qui se réunissent chaque matin pour l’embauchage des travaux du port et autres… ». Le 3 février 1887, le conseil municipal de Paris remettait aux syndicats l’immeuble de la rue JJ Rousseau auquel s’ajoutera celui de la rue du Château d’eau (1892). Dans son « Histoire des Bourses du Travail » Pelloutier remarque que des unions locales s’étaient constituées dans d’autres localités avant 1886. Il s’en crée 75 entre 1900 et 1910. Le Congrès de Saint-Étienne (7 & 8 février 1892)  met en place la Fédération des Bourses du travail, alors en rivalité avec la Fédération Nationale des Syndicats. En 1902, la fédération comptera 83 Bourses fédérées regroupant 1 112 syndicats. Son secrétaire était Fernand Pelloutier, né à Paris le 1er octobre 1867, il suit ses études chez les frères des écoles chrétiennes puis à Saint-Nazaire. Journaliste, il crée « l’Ouest républicain, côtoie Vaillant, Guesde, Landrin. Il fonde à Saint-Nazaire une section du Parti Ouvrier Français. Il publie en 1900, «  La Vie ouvrière en France ». Il meurt à 33 ans , le 13 mars 1901. 

Au Congrès de Nice en 1901, la fédération des Bourses du Travail envisage sa fusion avec la Confédération Générale du Travail (CGT) . Ce fut fait en 1902.  

En application d’une loi du 14 mars 1904, les communes de plus de 10000 habitants durent créer un bureau de placement….qui avait son siège à la Bourse du travail, Place de la Bonneterie … La ville de Troyes reprit le 21 mai 1904 la disposition de la Halle de la Bonneterie , au moment où la Fédération départementale des syndicats ouvriers demandait la création d’une Bourse du Travail. L’usage de celle-ci lui fut accordée le 11 février 1905, en même temps qu’aux sociétés de secours mutuel. Les travaux d’aménagement nécessaires étant effectués, les attributaires prennent possession des lieux en 1906. La Bourse du Travail devint le siège  de syndicats ouvriers unis dans la Confédération Générale du travail (CGT) , raison pour laquelle cette organisation disposait toujours des locaux, à la différence d’autres syndicats créés plus tard, ou nés de scissions.  

La Bourse du Travail était subventionnée par les villes et les départements. Troyes ne recevait que 2500 F de la municipalité et  rien du département. ( contre 5000 F pour Dijon par exemple). Les services offerts étaient répartis entre la mutualité, l’enseignement, la propagande, la résistance. La mutualité comprenait le placement (emploi), le secours de chômage, le secours de route ( déplacements pour recherche d’emploi = viaticum), le secours en cas d’accident. En 1910 par exemple, la Bourse de Troyes reçoit 1597 demandes d’emploi, 1698 offres ; 1101 sont satisfaites « à demeure » et 312 en « extra ».  ( Source : Encyclopédie socialiste. Compère- Morel

 

 

 

 

 

 

 Congrès de la CGT: avril 1971

 

  

 Un lieu chargé d’histoire.  

 

Manifestation du PSU dans les années 70

 L’Histoire de la Bourse du travail se confond avec celle du syndicalisme et des grandes luttes ouvrières. Dès les premières années du siècle on y fête le 1er mai : «  … les  ( ici>)manifestations du 1er mai se traduisirent en 1913 par une réunion à la Bourse de 12 h 30 à 17 h 15, puis par le défilé traditionnel . Le 1er mai 1914,…. à 15 h une réunion à la Bourse avec le concours d’Emile Clévy, réunit 300 personnes, chiffre qu’on retrouve à la réunion du soir à la Halle de la Bonneterie … »  

 Une réunion à la Bourse: au premier rang à gauche Maurice Camuset.

Vous pourrez lire dans «  la Dépêche de l’Aube » les témoignages et les souvenirs de Lucien Desfêtes, de René Jourdheuille, de Marcel Renaud et d’autres qui participèrent aux luttes syndicales dans le département. Les derniers mois ont vu les foules de manifestants se rassembler sur la Place Jean Jaurès, contre le CPE. Beaucoup se souviennent encore des grandes manifestations de 1995, pour ne pas remonter à 1968. Outre les spectacles et les bals qu’évoque Jean Lefèvre dans le même journal, qui n’a en mémoire les congrès, les meetings électoraux, les réunions de comité de grève.

 

 

 

 

 

 

Fin des années 70: une assemblée du PCF.

 

  Les plaques apposées sur la façade rappellent aussi le sacrifice des syndicalistes résistants. Des inscriptions à demi effacées rappellent l’œuvre sociale : «  Permanence. Bureau de placement gratuit. » Dans « La mémoire de Troyes » (T2 p 178 ) de  Claude Bérisé, on peut voir les photographies d’enfants bénéficiant des colonies de vacances à Zuydcoote (1913) ou à Landreville (1912). Une carte postale de 1919 montre les ouvriers et employés du textile en grève (p295). L’école ménagère agricole  créée en 1911 y donnait des cours ( T1 p 200)

 

 

 

 

 

 

 Election des "muses" (Collection personnelle)

 

  Ainsi que l’ont souligné les représentant(e)s des organisations citées, et les orateurs des divers syndicats présents lors du dernier 1er mai, l’histoire de ce siècle là , de ces combats là, ne peut disparaître sous les enseignes de boutiques éphémères.  

Un passé plus lointain. 

 

 

 Les partisans de la transformation de la Bourse du Travail en centre ou passage  commercial, n’ont pas manqué de faire observer que la première destination du bâtiment serait respectée. En effet, la place et les constructions environnantes existaient naturellement avant le début du 20ème siècle ! 

Au 12ème siècle on accédait on accédait à la place, dite du « marché des meules » par la droite de  l’église Saint Nicolas , (« Porta versus Cellam. Porte aux Mystres) non loin de la Vicomté. Le plan du 13ème siècle indique la Place du « marché à blé » derrière le Beffroi. (« Vie en Champagne ». La formation de Troyes. Avril 1969 &Une ville fortifiée n°389 . Juillet août 1988) Dans le « bourg marchand », la place se situe à l’extrémité de la rue de l’épicerie et s’élargit vers la porte du Beffroy (direction Sens) et vers la « Celle », direction Auxerre. Le rôle de la Vicomté était de percevoir les droits et péages aux entrées de la ville.  (Press’Troyes. Juillet 1985)

 

 

 

 

 

 

 

 

   Au 16ème siècle la ville possédait essentiellement deux espaces où la population avait pris l’habitude de se rassembler : la Place Saint Pierre et la Place du Marché à Blé. Nicolas Pithou précise que cette partie de la ville était la plus habitée et la plus riche. Il note que le « marché au bled » est une fort belle et grande place… » … Il s’y tenait la louée de la Saint Jean pour les bergers et les charretiers….C’est aussi la place des exécutions publiques et le même chroniqueur signale le supplice de ses coreligionnaires  huguenots . Théophile Boutiot affirme qu’une fête populaire fut donnée au mois d’août 1588 pour célébrer le passage de la ville de Troyes au parti de la Ligue (parti catholique durant les guerres de religion).  .Ancienne place des exécutions capitales, pilori, potences et échafaud s’y sont dressés sinistrement au cours des siècles. …Puis, de la Révolution à la monarchie de Juillet , elle était le lieu des exécutions des arrêts criminels. « La pauvre Louise Fleuriot y vit trancher sa belle jeunesse. » écrit Grosley. …«  Un enfant m’a conduit au Vieux marché , qu’ils appellent maintenant la Halle au blé. C’est une place triangulaire ajustée à l’extrémité d’une longue rue comme le fer d’une pertuisane au bout de la hampe ; cette forme triangulaire évoque l’idée hideuse du couperet, et j’ai observé que le hasard l’a donnée à plusieurs places fatales. La place du Vieux Marché est en pente, pavée de grès comme les rues de Paris, égayée de boutiques, entourée d’anciennes maisons à pignons pointus et à toits en abat-vent , obstruée en son milieu par une grande vieille baraque en bois d’un aspect horrible, à l’un des côtés de laquelle s’appuies un vieux puits banal orné de cannelures torses. C’est devant cette baraque qu’on a dressé l’échafaud de Claude Gueux, et qu’on le dresse encore pour d’autres, chaque fois que la loi commet ses meurtres à Troyes… »  écrira Victor Hugo lors de son enquête sur le procès de Claude Gueux, condamné à mort en 1832 et qui aurait servi de modèle au Jean Valjean des Misérables. ( Certaines sources indiquent que Claude Gueux aurait été exécuté à Tours et non à Troyes… ?) Selon une anecdote, les exécutions publiques cessèrent après qu’un enfant fut tombé d’un échafaudage proche pour mieux voir la mise à mort ! Cela se passait avant 1850. Alors, un square minuscule qu’ombrageaient une douzaine d’arbres et que clôturait une palissade en bois  occupait la place.  Le jardin public perdit sa clôture et une partie de sa surface lorsqu’il fut décidé d’installer deux voies de croisement des tramways… On le supprima en 1891…  

Troyes, capitale de la bonneterie…  

 

Le bas de la place (Collection personnelle) 

«  La nécessité de trouver des débouchés à une industrie en pleine expansion, amène le Conseil municipal de Troyes à décider en 1837 la création d’une halle de la Bonneterie , installée à la partie supérieure d’une place qui devient la Place de la Bonneterie.   Elle est divisée en magasins loués à divers fabricants des arrondissements de Troyes, Nogent sur Seine et Arcis sur Aube. Les jours de vente sont fixés aux jeudis, vendredi et samedi de chaque semaine ; à sa création cette halle destinée aux toiles et à la bonneterie ne fut plus occupée que par cette dernière industrie dès 1838. La dispersion des transactions, l’instabilité des marchés rendaient indispensables un tel établissement. .. »  Les artisans et les façonniers, très nombreux dans la campagne auboise, venaient y vendre leur production deux fois par semaine. Ils disposaient de 65 comptoirs dans 16 salles au rez-de-chaussée, autour de la salle des pas perdus et de 4 salles à l’entresol.

En fait , les grains ont continué à se vendre à cet endroit, en même temps que la production bonnetière. A la fin du siècle dernier, la halle servait de marché au grain le samedi, et de marché au blé le vendredi (Prieux)  Le plan réalisé par le cadastre en 1839 porte encore la mention « Place du Marché à Blé » et désigne le tout nouveau bâtiment de la Bourse sous le terme assez vague de « Halle aux Marchandises » ( Sources : « Economie et vie ouvrière. » André Colomès et  « Troyes de 1789 à nos jours »  A. Beury ) 

 « Sur le journal "L'industriel de Troyes 1853 " paraît le compte rendu hebdomadaire du marché du textile. 

7 septembre 1853 

Depuis 15 jours, la position des affaires à la halle est toujours la même. On signale encore la présence d'acheteurs étrangers. La semaine dernière, on remarquait encore un assez grand nombre de marchands colporteurs appartenant presque tous au département de la Haute Marne. Les tricots et les autres articles d'hiver se maintiennent aux prix cotés dans les premiers marchés du mois écoulé....  

16 octobre 1853  

...... la fabrication des articles d'été est en pleine activité.... les petits bas de laine et les mitaines se sont bien enlevés. Les mitaines se sont maintenues à un prix assez élevé, les petits bas ont fléchi de 0,50 en septembre. On demande des bas écrus dans les  prix intermédiaires de 9fr à 15 fr. ...

Elle sera utilisée comme lieu de rencontre des ouvriers lors des grèves, des meetings s'y tiendront , on y distribuera des vivres lors des grandes grèves dès 1900. » 

 

( http://www.mediatheque-agglo-troyes.fr/bmtroyes/_/bonneterie/Pages/bourse_du_travail.htm  )

   Le passage de la bonneterie dans sa phase industrielle fait lentement décliner l'activité de la halle. Les négociants ne peuvent plus rivaliser avec les firmes industrielles qui possèdent des services de commercialisation directe et contrôlent les travailleurs à domicile. Les 109 fabricants de 1859 ne sont plus que 24 en 1904. Elle sera utilisée comme lieu de rencontre des ouvriers lors des grèves, des meetings s'y tiendront , on y distribuera des vivres lors des grandes grèves dès 1900. »

 http://www.crdp-reims.fr/cddp10/ressources/mediatheque/dossiers/pia/default.htm

 

 

 

 

  

 

 

 

 Un monument disparu…  

 

 

 

 

 

 

                                                                                             (Collection personnelle)

Les photographies du début du siècle nous montrent un monument  occupant une place importante sur la place : il s’agit du « Monument des bienfaiteurs ». Inauguré en 1900, il fut imaginé par l’architecte municipal Vermot, afin d’honorer la mémoire de personnalités particulièrement généreuses envers leur cité. A cette époque, les familles fortunées n’hésitaient pas à participer à la prospérité de la ville. Les noms de Joseph Brissonnet, de Désiré Argence et de Joseph Audiffred ne sont peut-être pas totalement oubliés. André Beury (ouvrage cité. Tome 4 p 92) donne des indications précises. Abîmé pendant l'occupation, il fut détruit après la dernière guerre.

 Cassandre, sur le site « Auboisementcorrect », rappelle que l’idée d’un véritable musée de la bonneterie, de son histoire technique et sociale  trotte dans de nombreuses têtes depuis longtemps…. Cela nuirait-il au commerce ? Quand au passage de Victor Hugo (le Boulevard) à Jean Jaurès (la place) , on pourrait peut-être imaginer un autre nom que Saint Nicolas malgré le riche patrimoine discrètement dissimulé dans l’ église voisine et la bienveillance supposée du personnage pour les petits enfants . Entre parenthèses, pour notre part, nous ne verrions pas d’inconvénient à ce que cet édifice bénéficiât à l’occasion d’un léger toilettage extérieur…! 

 

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Mardi 20 juin 2006 2 20 /06 /Juin /2006 01:03

  

Laubressel et le« Balcon du Parc ».  

 

 

 

 

 Nous étions environ 25 personnes, le samedi 20 mai à Laubressel, pour une découverte du village guidée par Mme Robert. Rendez-vous étant pris à l’église, le programme débuta par la  visite de l’édifice. Les détails concernant l’architecture et  l’ornementation figurent dans l’ouvrage de Ch. Fichot, bien connu des amateurs. L’apparence modeste de l’ église est trompeuse. Jadis surmontée d’une haute flèche remplacée aujourd’hui par une petite toiture de tuiles que la notice présente comme « un beffroi à charpente », l’endroit dût être assez richement doté.

En témoignent les chapelles latérales doublant le transept qui donnent au chœur une ampleur particulière. La première église datait du 12ème siècle. Elle a été rebâtie au 16ème. Dédiée à « L’assomption de la Vierge  », elle s’ouvre par un portail daté du 16ème siècle ( 1560) . Le porche en brique est plus récent : 1848. Il abrite une colonne de cimetière de style composite, datant de 1644.

Les formes sont usées par les intempéries et l’humidité. On devine, plus qu’on ne voit un Saint Georges occupé à vaincre le dragon. Au dessus du portail, une inscription bien lisible :  

« Vous qui par cette porte passé  

Ayez des pauvres miséricorde  

Priez Dieu pour les trépassés  

Il vous fera miséricorde. »  

Supplique qui rappelle la Ballade de F Villon : « Frères humains qui après nous vivez… ». 

 

 

 L’ancien clocher a été détruit par la foudre en 1885. On raconte que le curé tenta d’éteindre l’incendie avec deux seaux d’eau.  

L’intérieur de l’église est blanc. La pierre, les statues, le petit autel retable, tout  s’éclaire sous les verrières pâles. Les vierges sont blanches, Saint Nicolas et Saint André aussi. Tous ont subi une lente érosion. Les traits et les plissés se fondent dans des silhouettes vagues et livides d’ectoplasmes. La craie est friable et fragile. Par endroit, des traces de peinture rappellent que les statues étaient polychromes. Un pan de mur aux pierres disjointes, une vieille porte de bois encadrée de lumière,  donnent au bas côté un aspect de rude simplicité.

L’accès au clocher, la tribune, ont été restaurés. Cela donne un bel escalier tournant enveloppé de charpente. L’ouverture du plafond laisse pendre les contrepoids d’horloge.  

 

 

 L’autel est surmonté par une grande toile  peinte. Derrière, quelques restes de verres teintés où dominent le jaune d’argent et la grisaille, lorsqu’ils ne sont pas trop encrassés. Une curieuse et naïve statue de Saint Georges retient l’attention.  

 

  Georges est un saint totalement légendaire, dont l'existence est mise en doute dès le Ve siècle. Né en Orient, son culte est toujours resté vivace en Grèce et en Russie. Les croisades contribuèrent à le diffuser en Occident. Saint Georges est, dans toute la chrétienté, le patron des chevaliers. 

Né en Cappadoce de parents chrétiens, Georges, officier dans l'armée romaine, traverse un jour une ville terrorisée par un redoutable dragon qui dévore tous les animaux de la contrée et exige des habitants un tribut quotidien de deux jeunes gens tirés au sort. Georges arrive le jour où le sort tombe sur la fille du roi, au moment où celle-ci va être victime du monstre. Georges engage avec le dragon un combat acharné ; avec l'aide du Christ, il finit par triompher. la princesse est délivrée et, selon certaines versions, dont celle de la Légende dorée, le dragon, seulement blessé, lui reste désormais attaché comme un chien fidèle. 

 

 Plus tard, Georges est victime des persécutions antichrétiennes de l'empereur Dioclétien. Il subit en Palestine un martyre effroyable : livré à de nombreux supplices (brûlé, ébouillanté, broyé sous une roue, etc.), il survit miraculeusement et finit par être décapité. 

Personnifiant l'idéal chevaleresque, saint Georges est représenté à cheval (souvent sur un cheval blanc), en armure, portant un écu et une bannière d'argent à la croix de gueules. Cette bannière blanche à croix rouge, qui fut celle des croisés, devient le drapeau national de l'Angleterre.  

Le combat de Georges contre le dragon est un sujet très souvent représenté, surtout à partir du XIIIe siècle. il symbolise la victoire de la Foi sur le Mal. Georges tient une lance (plus rarement une épée) et terrasse le monstre, tandis que la princesse prie, au second plan 

 

D’autres traditions lui prêtent une vie plus mouvementée encore :  

« Originaire d'Asie Mineure, il connut tout d'abord une vie déréglée et se livrait à l'ivrognerie pour le plus grand malheur de sa femme et de ses enfants. Sous l'empire de la boisson, il renia le Christ et coiffa le turban musulman. Revenu au Christ, il s'enfuit dans l'île de Samos, mais, arrêté, il resta tout autant ivrogne et se laissa circoncire. Placé comme gardien d'une mosquée, il resta un an dans cette situation, puis à nouveau confessa le Christ. Constatant qu'il n'était ni fou ni pris de boisson, le juge lui fit entraver les pieds dans des étaux de bois. Saint Georges ne revint plus sur sa décision et il fut décapité. »

 Les musulmans le connaissent également : 

 

 

"La tradition situe à Beyrouth le lieu du combat de saint Georges avec le dragon, Notons que saint Georges est le patron de la ville de Baruth [Beyrouth] : il est nommé Jergis par les chrétiens et Khodr par les musulmans. Les croisades ont d'ailleurs amplement contribué à étendre son culte dans tout l'Occident…    

En milieu palestinien et libanais, ainsi que chez les Druzes et les Alaouites, Hadir est identifié à Saint Georges, martyr chrétien du IVe siècle que la légende dépeint terrassant le dragon. Les Alaouites vont ainsi visiter le couvent de Saint-Georges (dayr Mar Girgis), qui fut fondé au VIe siècle et se situe au pied du Crac des Chevaliers, en Syrie (9). Les musulmans palestiniens vont prier à l’église de Hadir, dans le village du même nom qui se trouve près de Bethléem (10) ; de même, ils participent à la fête chrétienne qui a encore lieu à Lod en l’honneur du saint. En outre, ils sont nombreux à posséder chez eux une icône de Saint-Georges, chose inconcevable dans une autre ambiance sunnite. Les deux communautés prêtent serment en son nom, au même titre qu’en Jésus (wa haqq al-Hadr al-Ahdar...), et lui attribuent la faculté de guérir les troubles mentaux et nerveux (11). La vénération que lui portent ces populations est justifiée par la tradition islamique, qui le fait habiter à Jérusalem (12). Hadir représente donc un point important de convergence entre le christianisme et l’islam palestiniens. 

 

Carreaux émaillés, retable de pierre datant de la renaissance, complètent l’ornementation.  

 

 Sortant de l’église, le groupe se dirige vers les hauteurs du village. Laubressel tiendrait son nom d’Arbrosellum, dérivé latin d’arbre. Il s’agirait donc d’un « petit arbre » ou d’un « petit bois ». Arbrosellum serait devenu Aubreisselum, puis Laubrucel, Aubrucello (1574) et L’Aubressel. Il est situé entre 163 m et 143 m d’altitude. Le finage couvre 1624 ha. Les sources s’écoulent  vers le marais de Villechétif ( Fontaine Chiancreux, ru Saint Léon et Melda ) ou vers les Bas Bois (Fontaine d’Amour près de la Ferme de Nuisement) Autrefois, les habitants puisaient leur eau dans 90 puits ( en 1878) dont la profondeur pouvait atteindre 35m. Le village comptait 452 habitants en 1790 et 239 en 1975.  

 On dénombre trois hameaux : les Babelins, Nuisement, dont le nom évoque la présence ancienne de moulin à vent, et Champigny qui possède une ancienne grange de l’abbaye de Larrivour (Ferme de Nuisement). Les maisons s’étalent entre la côte de Champigny  et les bois communaux des Bas Bois. Le château d’eau des Perrières  (180 m ) domine la Champagne humide et l’antique voie de communication qui porte le nom du hameau et menait de Langres à Châlons, en passant par Mesnil-Sellières. La Voie ferrée de Troyes à Saint Dizier longe la forêt. Elle fut , durant la seconde guerre mondiale, la cible de plusieurs attentats menés par des résistants cachés à Champigny, comme Maurice Baltet et les frères Bourotte.

 

 

 

 

 Laubressel est plus connu pour le combat qui s’y mena durant la campagne de 1814. Un tableau du Colonel Langlois, qui se trouve au Musée de l’armée à Paris (Hôtel des Invalides, salle Napoléon, 4ème étage) évoque la scène qui se déroula le 3 mars 1814.
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La jeune Garde, commandée par le général Baron de Rottenburg affronta les armées "alliées". Voici le récit qu’en donne le général Comte de Ségur : 

« A la fin des trois premières journées du séjour de Napoléon à Troyes… dans la nuit du 26 au 27 février… l’Empereur apprend que Blücher, qu’on croyait blessé dans Méry en a disparu…Il avait repassé l’ Aube, détruit les ponts derrière lui, et, dès ce 24 février poussait vers Sézanne et le Morin… La résistance des troupes donne le temps à Napoléon de rejoindre La Ferté sur Marne par Arcis, Herbisse et Esternay.  Blücher, en retraite gagne Soissons, mais la ville lui est livrée par Moreau le 3 mars… 

Le 27 février, jour de son départ de Troyes, l’Empereur, afin de cacher son départ à Schwartzenberg, avait envoyé aux corps séparés de Macdonald et d’Oudinot l’ordre de marquer sur leurs positions son Quartier Impérial, d’en menacer l’ennemi et de le contraindre par le simulacre de sa présence. Il espérait ainsi gagner le temps d’anéantir Blücher…. Et c’était ce jour là même que le Général Oudinot, surpris et battu par Wittgenstein, avait perdu l’Aube et l’offensive… Notre ligne, inévitablement trop étendue, s’était reployée sur Troyes, précipitamment et sans ensemble… Il en était advenu que plusieurs occasions de retour offensif avaient été manquées, plusieurs positions défensives trop tôt abandonnées ; et entre autres celle de Bouranton laissée vide au combat de l’Aubressel, à la gauche du deuxième corps. Ce corps y eut été détruit sans les charges de cavalerie de Saint Germain et de Kellermann, et la valeur expérimentée du vieux Général Duhesme. Ce jour là, Gérard lui-même,  avait été abandonné …Malade dans Tonnelières, il y avait été surpris et forcé de s’en échapper seul, en chemise, à cheval et à toute bride ! … Ainsi, Napoléon apprit que, le 3 mars, à l’instant où Soissons avait été livrée, nous perdions devant Troyes, au combat de l’Aubressel, deux canons et quinze cent hommes ; que, le surlendemain, Troyes, abandonnée, était reprise, pillée  par Wrede… »  

Une reproduction en noir et blanc du tableau de la bataille se trouve dans l’Eglise, une autre à la mairie.

Le village subit des destructions importantes. Seule l’Eglise fut épargnée. Les habitations les plus anciennes seraient donc postérieures à 1814. 

 

Le tableau de Langlois a fait l’objet d’une étude détaillée dans «  la Vie en Champagne » n°418. Mars 91 sous la signature de Jean Claude Bibolet.

 

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Mardi 6 juin 2006 2 06 /06 /Juin /2006 15:49

Souvenirs de classe.

Les anciens se souviennent peut-être encore d'un instituteur qui enseigna à Mesnil-Sellières de 1934 à 1937. Il ne figure pas sur la photo de classe que nous possédons. Certains qui le connurent affirmaient qu'il ne voulait pas apparaître sur les photos de groupe. M Aubry, qui l'a connu aussi , dans une autre commune du canton a bien voulu nous transmettre la reproduction ci-dessous. Le visage de M Touch n'est donc plus inconnu.

On peut voir sur cette image des enfants de longsols en 1932:

de gauche à droite et de bas en haut:

1° rang: Guy Félix; Bernard Bertrand, Alphonse Nanys, Pierre Hombeck, Roger Nanys, Bernard Lévêque

2° rang: André Roblin, A Henrion, Huguette Girardot, Gérard Mauffroy, Camille Vallois,

3° rang: Andrée Mergey, Gilberte Briet, Yves Geoffrin, Henri Mergey, Albert Vallois, Jean Guillaume.

La photo de Mesnil-Sellières (1935) est de moins bonne qualité car reprise de la presse locale. Le (la) propriétaire de l'original serait le (la) bienvenue. Par avance merci. On y voit:

de gauche à droite et de haut en bas:

1°rang: Maurice mouget, René Delacour, Raymond Renard, , Elisabeth Faber, Isabelle Constantio, Réjane Poirier,

2° rang: Roger Tarin, Marcel Bleuze, Désiré Tarin, Robert Berthelin, Gilbert Mouget, Marcelle Schmit, Raymonde Carette, Marcel Clément, Fernand Meillier, Marcel Beuve.

3° rang: Guy Renard, Eliane Berthelin, Monique Ecoiffier, Mauricette périard, Jeannine Mouget, Ginette Schmit, Cécile Carette, Mireille Gillot, Madeleine Tisserand.

4° rang: Jean Schmit, Charles Carette, Serge Lardenois, Pierre Thévenin, Pierre Bageot, Pierre Pitié, Michel Bageot, Pierre Gillot.

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Jeudi 18 mai 2006 4 18 /05 /Mai /2006 18:36

Pour ceux qu'intéresssent les mémoires locales, je recommande un beau texte sur un Blog de qualité:

http://intoxinfo.over-blog.com/article-2604902-6.html#anchorComment

 

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Mercredi 17 mai 2006 3 17 /05 /Mai /2006 01:20

ENTREZ EN MATIERE...

Les élèves des collèges de Lusigny-sur-Barse, de Chaource, de Sainte Savine, des Jacobins et de Marie Curie de Troyes

SONT HEUREUX

de vous inviter au vernissage de leur exposition qui se déroulera le mardi 23 mai 2006

à la Grange de Lusigny-sur Barse.

En espérant vous compter parmi nous pour cette seconde édition de l'exposition commune des Collèges.

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Vendredi 5 mai 2006 5 05 /05 /Mai /2006 11:56

« AU PREMIER MAI  

FRANC BOUQUET DE MUGUET … »  

(Robert Desnos)

 

 

 

 Sur mon écran domestique, une « vedette » jeune et  souriante est interrogée : 

« Le premier mai, ça représente quoi pour vous ?  

-        C’est une fête … un truc religieux non ? Euh …j’ sais pas… »  

L’aveu d’ignorance est le début de l’instruction… Il n’est pas impossible que cette gracieuse enfant soit comme on dit « représentative ». Eclairons donc nos lanternes.

 

 

 De fait, rien n’est simple. Au moins trois traditions se bousculent

-         Dans nos campagnes, on voyait il n’y a guère, chacun ranger soigneusement sa cour ou son jardin la veille du premier mai en prévision de chahuts nocturnes. Le lendemain, le portail de certaines maisons s’ornait de hauts branchages fraîchement coupés. Marquage galant au domicile des jeunes filles « à marier » dans un avenir plus ou moins lointain. Les parents, hilares ou furieux selon les caractères récupéraient à droite à gauche, qui un salon de jardin, qui une persienne, une chanlate cabossée, voire une herse ou un tombereau. Les mares et la cour de la mairie étaient à Mesnil-Sellières des dépôts appréciés des farceurs. Et l’on put voir, certaine année que je ne dirai pas, l’instituteur du village perché sur un escabeau, occupé à démêler à l’aide d’un râteau, son tuyau d’arrosage que des garnements avaient soigneusement tricoté dans les hautes branches des noyers de la cour de l’école !

 

 

 Mesnil-Sellières:  les farceurs ont frappé: les objets ramassés dans la nuit sont accumulés cour de l'école.

 -         Le jour du premier mai , on allait en famille cueillir dans les bois de Dosches les fameux brins. Des gosses avaient pris les devants et vendaient à leur compte le produit de leur cueillette. Cela se fait encore.

 

 

  Le muguet du PCF: une vente militante traditionnelle. ici à Troyes vers 1975.

 -         Quelques irréductibles préfèrent retrouver dans la rue leurs camarades et manifester drapeaux au vent. Ils sont plus nombreux dans les grandes villes. Le syndicaliste des champs est moins actif en mai.  

La nuit de « mai »  

Les celtes, qui n’étaient pas forcément nos ancêtres, divisaient l’année en 2 saisons : l’hiver commençant le 1er novembre (Samain devenue Halloween) , et l’été débutant le 1er mai (Beltaine. Là na Bealtaine = 1er mai en gaëlique). Les pays germaniques célébraient la nuit de Walpurgis, les Italiens les calendes de mai ( calende= premier jour du mois)  

Le mois de mai a donné son nom au « mai », rameau de feuillage en l’honneur du printemps (frons festa en latin). « On allait aux boys quérir du may » pour planter le mai devant la porte d’une personne qu’on souhaitait honorer.  

« Le Dieu d'Amour est coutumier,
A ce jour, de fête tenir,
Pour amoureux coeurs fêter
Qui désirent de le servir;
Pour ce fait, les arbres couvrir
De fleurs et les champs de vert gai,
Pour la fête plus embellir,
Ce premier jour du mois de mai»
 

Charles d’Orléans 

 

Le muguet.  

 

 

 Mai est aussi le mois des fleurs. Les Romains célébraient les Floralia au début de ami en l’honneur de la déesse Flora. En Grèce, cette fête portait le nom de Anthestéries (Anthos = fleur). La tradition consistait à suspendre des fleurs à l’entrée des maisons. C’était aussi la date à laquelle les navigateurs reprenaient la mer.  

 En France , le muguet doit son nom au parfum de muscade. Mugueter, signifiait conter fleurette (flirter) , un muguet était un jeune élégant, la fille était une « muguette » au parfum de muguet. « Un muguet affecte d’estre propre, paré, mignon auprès des Dames ; c’est un muguet ; i fait le muguet. Dans ce sens on dit venustulus en latin » (Dictionnaire Nicot)  

On appelait aussi la fleur « lis des vallées » (« Lily of the valley » en anglais). Les allemands disent « Maiglöckchen » ( clochettes de mai) , les Espagnols « muguete » et les italiens « mughetto »  

La plante est originaire du Japon. Elle fut acclimatée en France depuis le Moyen-âge. Son nom scientifique est « convallaria maialis » (convallis= vallée encaissée et maialis = mai). C’est une plante herbacée vivace de 10 à 30 cm de haut qui se caractérise par ses deux feuilles entourant une tige unique. La floraison a lieu d’avril à juin. Les fleurs blanches en forme de clochettes sont toutes portées du même côté. De juillet à octobre elles sont remplacées par des baies rouges contenant 2 à 6 graines chacune. La plante se multiplie par un rhizome. Attention, toute la plante est toxique ainsi que l’eau des fleurs. Elle agit sur le cœur. De là à en faire un symbole amoureux ! 

 

 On attribue au roi Charles IX la tradition d’offrir du muguet le 1er mai en guise de porte bonheur. Si l’anecdote est vraie on ne peut que saluer ce moment de poésie dans un monde de brutes ( Revoir le film « La reine Margot » par exemple). Il y aurait eu ensuite, dans toute l’Europe, des « bals du muguet »,  les seuls  de l’année dont les parents étaient exclus. Les demoiselles s’habillaient de blanc et les jeunes gens portaient muguet à la boutonnière. Il n’y a guère, les jeunes filles de Mesnil-Sellières invitaient les garçons à une « boum » dans la petite salle de répétitions. On appelait ça « le retour des mais »  

La fête du travail.  

 

 

 L’idée de « Fête du travail » revient à Fabre d’Eglantine, qui l’institue le 24 octobre 1793, dans son rapport sur le calendrier républicain. Il en fixe la date au 19 septembre entre le « jour du génie » et le « jour de l’opinion. ». Saint-Just, établira les fêtes publiques le 1er de chaque mois, la fête du travail ayant lieu le 1er pluviôse (20 ou 31 janvier).  

En 1848, la Constitution de la seconde république institue une « Fête du travail » dans les colonies en réparation symbolique des dommages subis, pour célébrer l’abolition de l’esclavage  ( 4 mars). Un débat toujours d’actualité !  

Mais l’origine de notre premier mai férié réside naturellement dans l’action syndicale et plus précisément dans la revendication pour la réduction du temps de travail.  

La date  fut choisie en 1889, au « Congrès international ouvrier socialiste ( II ème Internationale des Travailleurs) »  réuni à  Paris à l’occasion du centenaire de la révolution française 

Le 20 juillet, sur proposition de Raymond Lavigne 391 délégués représentant 22 pays votèrent la résolution suivante :
 
« Il sera organisé une grande manifestation le 1er Mai, de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d'appliquer les autres résolutions du congrès international de Paris.. » 
L’ « Américan fédération of labour » l’avait déjà adopté aux EU. 

Ce choix est symbolique. Il fait suite aux événements survenus 

à Chicago le 1er mai 1886 

et les jours suivants. L’obtention de la journée de 8 heures était au centre des revendications des travailleurs des Etats-Unis. Les « Knights of labour » ( « Les Chevaliers du Travail », premier syndicat d’audience nationale aux EU )  avaient décidé la grève. Ils voulaient faire du 1er mai un jour de revendication pour les 8 heures. Le samedi 1er mai 1886, par un beau jour ensoleillé, « … les ouvriers, dans leurs plus beaux vêtements, accompagnés de leurs familles, défilèrent par milliers dans les rues, sous les yeux de la police, de l’armée et des gardes privés.  La manifestation se termina sur les bords du Lac Michigan, où les principaux orateurs, parmi lesquels Albert Parsons et August Spies prirent la parole.  Dans la seule ville de Chicago, 80000 ouvriers participèrent  à la manifestation. » 

Le lundi suivant, le mouvement de grève continua. Le patronat de l’usine McCormick  (outillage agricole) décida le lock-out  et tenta de remplacer ses employés par des briseurs de grève. Des incidents éclatèrent et la police ouvrit le feu , abattant six hommes.  Une manifestation de protestation fut organisée le lendemain sur la place de Haymarket, non loin d’un des commissariat de police de Chicago. La manifestation se déroula dans le calme. Après les prises de parole, 180 policiers, matraque en main firent irruption parmi les manifestants. Sam Fielden, un des organisateurs eut juste le temps de répliquer que la foule était paisible, lorsqu’une bombe explosa au milieu des policiers faisant un mort et sept blessés. La police ouvrit le feu sur la foule. Il y eut de nouveau un tué et de nombreux blessés parmi les manifestants. On ne retrouva jamais le lanceur de la bombe. Les autorités arrêtèrent les représentants des ouvriers de Chicago : Albert Parsons, August Spies, Michael Schwab, George Engel, Adolph Fisher, Samuel Fielden et Louis Lingg. Ils furent tous condamnés à être pendus.  Parsons, Spies, Fischer et Engels furent exécutés. Les autres virent la sanction commuée en peine de prison à vie. Lingg se serait suicidé dans sa cellule. Le procès de Chicago inaugura une ère de terreur pour le mouvement ouvrier aux EU. Les dernières paroles de Spies auraient été : 

« Il viendra le temps où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui… »  

Suite à la motion de l’Internationale ouvrière, une tradition allait naître. Paris connut en 1890 son premier « premier mai ». Un jeudi. Diverses manifestations étaient organisées en Allemagne, en Autriche, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Roumanie, en Espagne, en Suède, en Norvège, au Danemark…

 

 

 et aussi à Troyes… 

Le préfet a interdit un rassemblement pour la journée d’action dans la salle du marché Saint-Nizier.. Les manifestants font porter une lettre au Préfet qui refuse de recevoir les délégués. La salle Saint-Nizier est occupée par les chasseurs à pied. Malgré une lettre du maire autorisant la réunion, les militaires s’opposent à l’entrée des manifestants. Le Maire de Troyes, à nouveau sollicité refuse d’accorder une autre salle. Durant ce temps la foule grossit. La police tente d’arrêter un syndicaliste qui distribue des brochures. «  de différents côtés affluent les ouvriers. C’est par équipes d’ateliers qu’ils se présentent. Le chômage (grève) a certes été plus complet que nous l’espérions, car, à chaque instant, nous entendons dire : « Ce sont les ouvriers de tel ou tel atelier qui viennent se joindre à nous » A partir de ce moment un  grand mouvement se produit dans toute la ville : les rues sont pleines de travailleurs qui discutent et se dirigent vers l’endroit où devait avoir lieu la fête du travail. Enfin, à huit heures du soir, la place Saint-Nizier est noire de monde et les rues adjacentes sont absolument encombrées. C’est alors que tout à coup… on entend une centaine de citoyens entonner ce refrain :  

« C’est huit heures, huit heures, huit heures 

C’est huit heures qu’il nous faut 

Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! »*  

Et aussitôt tout le monde s’ébranle, et c’est de plus de 4000 poitrines que sort le refrain ci-dessus devenu signe de ralliement. Dans la rue de la Cité la foule s’est encore accrue. C’est alors qu’un drapeau rouge est déployé aux applaudissements et aux cris de : Vive la sociale ! Vive la révolution ! » « Un commissaire de police s’étant précipité pour arracher le drapeau – le commissaire Bruner – il fut reçu , à moitié déshabillé, fouetté puis abandonné pendant que la manifestation passait. Etienne Pédron écrivit une chanson cocasse intitulée  « Le caffard », nom que l’on donnait aux rebrousseurs, jeunes ouvriers d’atelier. 

La manifestation  sort de la ville et se rend à Sainte Savine. Dans une cour, une charrette fait office de tribune. Les orateurs expliquent les démarches entreprises en vain auprès des autorités et concluent qu’après une aussi magnifique manifestation il ne faut pas donner prise aux provocations. La dispersion dans le calme est prononcée. C’est alors qu’on entend des coups de feu… » Nous entendons les balles siffler et plusieurs personnes sont blessées, une femme s’affaisse, les gendarmes se précipitent sur elle à coups de sabre. Alors une véritable lutte s’engage, on cherche à se défendre, des pierres sont lancées, plusieurs maisons sont envahies, et peu après on jette jusqu’aux tuiles d’un toit sur lequel plusieurs ont pu monter. Plusieurs gendarmes sont blessés… Des charges ont lieu. On fait des arrestations en masse. Nous entendons des sous officiers de chasseurs commander « de foutre des coups de baïonnette dans le ventre de tout le monde… » Cela va durer jusqu’à la nuit. Des patrouilles de cavalerie sillonneront la ville en tous sens. Dans les casernes, on entend les soldats chanter. 

Il y aura eu ce jour là d’importantes manifestations dans 138 villes de province. Comme vous pouvez l’imaginer, on ne s’offre pas alors de muguet ! A Paris, des manifestants  arboraient un triangle rouge, les trois côtés symbolisant  trois fois huit heures : 8 heures de travail, huit heures de repos, huit heures de sommeil. Durant les années suivantes on adoptera la fleur d’églantine, emblème de la Ligue des droits de l’Homme et des socialistes du nord. 

« Un Premier Mai sans colère,  

Ce n’est pas un Premier Mai… »

1896.Charles Gros (professeur au Lycée de Troyes. Poète et socialiste)

 

 

 La solidarité internationale, toujours... Ici contre Franco  dans les années 70.

 L’année suivante, à Fourmies dans le Nord de la France , l’armée tire sur la foule, expérimentant pour la première fois le nouveau fusil Lebel : 10 morts. Le Congrès international socialiste de Bruxelles donne au premier mai son caractère annuel et international. Il sera célébré chaque année à partir de 1892. Le 1er mai 1906 va être marqué par de violents affrontements notamment à Paris . La ville est mise en état de siège. On compte des centaines d’arrestations. Plus de 2000 ouvriers seront licenciés pour fait de grève. Pour «  La Dépêche de l’Aube », Jeannette Petitjean  avait recueilli ce témoignage d’un ouvrier troyen : « …Tous les ans, au premier mai, on faisait grève, mais alors, le 2 fallait chercher du travail. Heureusement, dans ce temps là, j’étais bon bonnetier. Je retrouvais du travail aussitôt ».

 

 

  dans le hall de La Bourse du travail: collecte au profit du Viet-Nam en 1969...

 a journée de 8 heures sera officiellement instituée en France le 25 avril 1919. Le premier mai suivant, la manifestation fêtant l’événement sera durement réprimée. Les affrontements sont violents aussi à l’étranger. En Allemagne, en 1929, on dénombre 33 morts et plus de 200 blessés.  

 

 

 petite baisse de forme à Troyes dans les années 70... c'est le temps des après-midi récréatives à la Bourse. Magicien et clowns...

 En 1937, le premier mai donne lieu à de grandes manifestations. Le muguet, déjà apparu en Ile de France en 1907 (on le cueillait dans les bois de Chaville, de Meudon)  a définitivement remplacé l’églantine. On le vend entouré d’un ruban rouge. 

 

 une plaque commémorative qui sera on l'espère, préservée lors des projets d'aménagement commerciaux de la Bourse du travail. 

Durant l’occupation, les nazis et leurs collaborateurs font du 1er mai une fête officielle ( loi du 12 avril 1941) Ainsi, plus de grève ni de manifestations. Le jour est chômé , mais 50% du salaire est versé au secours national.

 

 

  prise de parole intersyndicale... 

Le 29 avril 1947, le premier mai est déclaré  jour chômé et payé. Il n’existe pas légalement de « Fête du travail », mais un jour férié. Les manifestations de solidarité internationale se sont poursuivies jusqu’à nos jours, les revendications mises en avant dépendant de l’actualité de chaque pays. La plus importante à laquelle je me souvienne d’avoir participé fut celle de 1968, deux jours avant le déclenchement des événements violents au quartier latin à Paris (vendredi 3 mai )  

* Le refrain sera complété par  Etienne Pédron  en 1891 :  

2006: la municipalité de Troyes a programmé la fin de la Bourse du Travail. Apéritif commémoratif! 

« Les travailleurs de l’usine 

De l’atelier, du bureau 

Ont des salaires de famine 

Sont réduits au pain, à l’eau  

C’est huit heures, huit heures, huit heures…  

 

Pour éviter le chômage  

C’est huit heures qu’il nous faut  

Allons amis du courage  

De l’accord et crions haut… »  

Sources :

-    La Dépêche de l’Aube

-         Journal « le Combat »

-         « 1er mai- 90 ans de lutte révolutionnaire. André Robel . Ed. La courtille

et quelques sites parmi beaucoup....

-         http://cnt-ait.info/index.php3

-         http://www.force-ouvriere.com/journal/histoire1/247.html

-         http://histoire-sociale.univ-paris1.fr/Collo/tartakowsky-assoc-synd.pdf

-         http://www.seniorplanet.fr/sp.fr.php?id=10631&action=article&id_cat=337&page=1

-         http://www.sap-pos.org/fr/histoire/histoire_1mai.htm malgré beaucoup de fautes d’orthographe… 

 

 

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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 14:46

Beau succès de la randonnée

 Des Amis du Parc. 

 

 

Le samedi 22 avril

 

 

 

 

 « Marcher, c'est retrouver son instinct primitif, sa place et sa vraie position, son équilibre mental et physique. C'est aller avec soi, sans autre recours que ses jambes et sa tête. Sans autre moteur que celui du coeur, celui du moral. » J. Lanzmann.

 

 

 

 

Rassemblement des marcheurs, devant la grange de Dosches. 

L’Association des Amis du Parc organisait samedi 22 avril sa première randonnée du samedi. La saison commence bien. Après  le Brevet qui rassembla plus de 650 personnes autour de Luyères au mois de mars, un circuit plus modeste accueillait 68 participants.  

 

La Mairie-Ecole de Dosches. 

Est-ce le temps, les vacances, le printemps naissant, la richesse du parcours, une bonne information dans la presse locale, toujours est-il que les organisateurs eux-mêmes furent surpris de voir converger vers la petite mairie de Dosches, tant de marcheurs motivés.

 

 

 

 

Sur le chemin de Laubressel.

La marche peut relever de divers penchants. Randonneurs sportifs, simple balade de détente avec ce qu’il faut de convivialité, flânerie songeuse de « promeneur solitaire », locomotion du curieux découvreur de sites isolés, rumination sourde du pèlerin. «  Mettre un pied devant l’autre », comme dit la chanson, pour être une activité humaine naturelle banale, très tôt pratiquée, n’en est pas moins riche de significations et d’attentes. D’infatigables marcheurs en ont fait des livres. De HD Thoreau à Stevenson, de Rousseau à Jacques Lanzmann, les références ne manquent pas.

 

 

 

 

 En Forêt, un formidable ensemble de terriers: mais où sont donc les blaireaux? 

« Tous les chemins mènent à soi … » disait justement Lanzmann. Les randonnées des Amis du Parc permettent à chacun de trouver sa voie. Pas trop longues – une douzaine de km- elles offrent le plaisir physique de la détente , la possibilité de la rencontre et de l’échange, la découverte des richesses discrètes d’un territoire. A cet égard, le parcours repéré à Dosches par les organisateurs avait tout pour séduire. Coup d’œil panoramique des hauteurs de laubressel, traversée du hameau de Champigny, allée forestière fleurie, visite aux lavoirs anciens restaurés et au chantier de construction du moulin à vent.

 

 

 

 

 

 « Que mille fleurs s’épanouissent !» Au sens propre, l’exhortation semblait entendue des renoncules aux aubépines, sans oublier l’orchidée solitaire repérée au flanc d’un talus. Associée aux émotions et aux idées, la métaphore appelle d’autres témoignages. Nous serions heureux d’en recevoir.

 

 

 

 

 Le lavoir et la Chapelle Saint Pierre de Rosson. pour en connaître les propriétés miraculeuses, se rendre sur place et lire le panneau. 

 

 

 Intérieur du lavoir alimenté par la source et récemment restauré. 

Prochaines randonnées des Amis du Parc :

 

 

 

 

 Pause et commentaires sur le chantier du Moulin. On peut voir les articles sur ce sujet dans "Petits potins." . Cliquer sur le lien: moulin à vent.

Samedi 13 mai : 14h Courteranges ( Départ 14 h  devant l’Eglise). Dans le cadre de la journée du bois : arbres remarquables et construction de fustes*)  

Vendredi 23 juin : 18 h à la Maison du Parc. Balade au crépuscule en Forêt du Temple. 

Samedi 8 juillet : 14 h . Mesnil-Saint-Père (mairie)  

Samedi 5 août : 13 h 30. Mairie de Radonvilliers. (Circuit des chênes remarquables) 

Dimanche 10 septembre : 11 h . Balade gourmande (Lusigny-Courteranges.) 

Samedi 7 octobre : 14 h ; Eglise de Nuisement. 

Samedi 4 novembre :13h30. Ecomusée de Brienne-la-Vieille. Circuit Napoléon. 

Samedi 9 décembre : 13h30. Abribus Bossancourt (sur la nationale)  

  • *Sur les fustes , les fûts et les fustiers, voir l’article d’Armande Spilmann dans « l’ Escarboucle ». N°62.Mars 2006. Abonnements 14 € à Association des amis du Parc.« La capitainerie ». 10140. Mesnil-Saint-Père. Aap.pnrfo@wanadoo.fr

     

 L'autre lavoir de Dosches:surprise à l'intérieur pour les visiteurs curieux... 

 

 

 

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Lundi 24 avril 2006 1 24 /04 /Avr /2006 17:55

Arbres de La Chaussée

(suite) -voir les articles précédents en cliquant sur le lien...

 -2+5=+3

 

 

 

  

 

Après l’abattage (pour des raisons de sécurité) de deux arbres sur La Chaussée , la commune a fait replanter 5 jeunes platanes.

 

 

 

 

 Mais « quoi t’est-ce La Chaussée  ? On plante des arbres sur la route chez vous ?» demande un lecteur éloigné…

 

 

 

   "La Chaussée". Encre de chine sur papier. Par G Le berre.

 

Donc «  pédagogie » puisque c’est à la mode. On appelle «  La Chaussée  », la route qui relie le carrefour de «  La Belle Epine  », jadis hameau de Mesnil-Sellières, au cœur du village. Le tracé en est ancien puisqu’il suit l’antique « Voie de Champigny », axe de circulation dont les origines se perdent dans le temps et qui selon les bons auteurs, reliait déjà à l’époque gallo-romaine, les villes de Langres et de Châlons en Champagne. On sait, par les registres de délibération du Conseil municipal, que le vieux chemin devint carrossable vers 1830. On décida alors de relier le village à la « route royale » (CD 960) elle-même en triste état selon JL Peudon ( « Aux origines d’un département : l’Aube. » Guéniot Ed.) Le terme de « Chaussée » désigne habituellement un passage surélevé grâce à un remblai, pour dominer une « basse » éventuellement inondable. C’est bien le cas ici. Si l’eau ne sort pas de terre comme aux Hérys (Entre Assencières et La Belle Epine ), elle affleure néanmoins dans les années humides.

 

 

 

 

 

 

 Une délibération du 11 août 1872 nous apprend que le Conseil municipal décide de planter des arbres le long de cette « Chaussée ». 

« L’an mille huit cent soixante douze le onze août à six heures du matin le conseil municipal de Mesnil-Sellières s’est réuni en session ordinaire d’Août, sous la présidence du Maire. Sont présents MM Fourny César, Bouclié, Tisserand, Thiénot Charles, Thiénot Hilaire, Fourny C, Thomas Alexandre, Riglet Nicolas et Damoiseau Louis Jacques, maire. 

Le Maire expose au conseil que la chaussée dite de La Belle Epine est suffisamment large pour permettre de planter une rangée d’arbres de chaque côté de cette voie sans pour cela empêcher la libre circulation des voitures. Que de plus, l’agent voyer s’est proposé dans le cas où le conseil accepterait cette proposition, de faire exécuter les travaux de plantation par le cantonnier de sorte qu’il n’y aurait à la charge de la commune que l’achat des dits arbres.  Le conseil choisit le marronnier et le tilleul et invite le conseil à se prononcer dans ce sens. Le conseil après en avoir délibéré considérant que rien ne s’oppose à ce qu’il soit planté deux rangées d’arbres de chaque côté du chemin qui mène à la belle Epine émet un vœu favorable et prie M le Préfet de vouloir bien donner son adhésion au dit projet. »  

 

Il n'est pas impossible que cette décision ait été prise en relation avec  l' établissement de la station de chemin de fer (prévue sur le territoire de Mesnil-Sellières entre Assencières et la Belle Epine) -délibération de décembre 1871. La "Chaussée" devenait de ce fait un accès important au village.

 

 Le carrefour de La Belle Epine, vu de la route d'Assencières. En face: La Chaussée.

 Il existe un certain nombre de vues anciennes de la Belle Epine , le CD 960 (autrefois N60) étant lui-même bordé d’arbres, et l’on aperçoit sur l’une d’elles la double haie en son état d’avant la première guerre mondiale.

 

 

 

   Le CD 960, avant le carrefour, direction de Piney. 

 

Au fil des ans, la Chaussée , jadis déserte, a vu s’établir de nouveaux habitants, de sorte qu’il n’y a plus vraiment de coupure entre Mesnil-Sellières et son ancien hameau. La nouvelle signalisation tient compte de cette réalité puisque le village est désormais annoncé sur la route départementale (merci de ralentir au carrefour !)

 

 

 

    Le CD 960 avant le carrefour: direction Troyes. 

 

Qu’est-ce qu’un platane ? 

  

 Le platane est un nouvel arrivant dans l’ensemble marronnier tilleul jadis choisi. Le platane commun, ou platane à feuille d’érable est une espèce d’arbre de la famille des Platanacées couramment utilisé comme arbre d’ornement  et d’alignement le long des rues. A tel point que l’expression automobilistique : « se payer un platane » est devenue proverbiale. On sait aussi , particulièrement dans le sud ouest de la France , que des « usagers en colère » se livrent à des massacres nocturnes de platanes, jugés responsables d’accidents mortels. Le platane, pourrait donc avoir un effet dissuasif substitut écologique et économique du radar automatique.  

« Platane » vient  du grec « platanos »  signifiant large  en référence à l’ampleur du houppier. Il est considéré comme un hybride fertile entre le platane d’orient et le platane d’occident apparu au cours du 17ème siècle en Europe.  

Existant en Europe au Crétacé, le platane disparaît à l’ère glaciaire. Le platane d’occident (peu courant en Europe) et le platane d’orient (planté par les romains en Italie vers 390 AC) évoluent différemment. Ils sont introduits en Angleterre par le jardinier du roi, Tradescent, et hybridés vers 1650 pour donner le platane commun ou platane à feuille d’érable.  

L’arbre a une durée de vie de 500 à …2000 ans  (Le platane d’Hippocrate, à Kos, dans le Dodécanèse, en Grèce, a plus de 2000 ans et mesure 14 m de circonférence !!) Il peut atteindre 45 m de haut. Un bel exemplaire est visible au Parc Monceau à Paris . Le tronc peut atteindre un diamètre impressionnant. L’écorce caractéristique se fissure en écailles ( rhytidomes ) dégageant des zones jaunâtres.

 

 

 

 

 

 

 Il était pour cette raison considéré par les Grecs comme l’arbre de la régénération, son écorce se renouvelant comme la peau du serpent. Comme le chêne, le cyprès, l’olivier ou le pin, il faisait partie dans l’antiquité de ces arbres sacrés auxquels on rendait un culte. Pour cette raison, ils étaient soumis rituellement à la dendrophorie (exposition ou promenade de troncs ou de branches ) Il était particulièrement honoré en Crète où son adoration semble remonter à l’époque minoenne. On disait qu’il ;avait abrité les amours de Zeus et d’Europe. En Phrygie, à côté du pin de Cybèle et d’Attis, il passait pour avoir été la potence de Marsyas qu’Apollon avait pendu après leur concours de musique. A Sparte, il était placé sous les auspices d’Hélène. Le platane était très prisé pour son port et sa beauté. Xerxès, « le roi des rois » était si passionnément attaché à l’un de ses platanes qu’il l’avait orné d’une couronne d’or. (Encyclopédie des symboles. Livre de poche .Pochothèque. 2002. p 537)

  La forme de la feuille (acerifolia = feuille d’érable) lui donne son nom scientifique : platanus acerifolia. Cependant, contrairement à l’érable qui a des feuilles opposées, le platane a de grandes feuilles alternes d’environ 20 cm, à 3 ou 7 lobes peu dentés. Les nervures ne partent pas toutes du même point. Les jeunes pousses sont couvertes de poils marron qui restent un certain temps sur les feuilles, se mêlant aux graines poilues qui se libèrent des fruits de l’année passée en avril. Les feuilles sont grandes, et attention,  coriaces, difficilement putrescibles ! Ne comptez pas sur elles pour enrichir votre bac à compost…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les fleurs sont unisexuées, réunies en capitules sphériques pendant au bout d’un long pédoncule. Les fruits sont de petits akènes entourés d’un duvet qui facilitent la dissémination par le vent. Ils sont groupés en boules (glomérules) 

L’arbre supporte un élagage sévère mais ne nécessite pas d’entretien particulier.

 

 

 

 

 

 

 Son bois est clair, dur et ferme. Il est utilisé en menuiserie et ressemble au bois de hêtre. Il résiste mieux que ce dernier à l’humidité mais il est plus sensible à l’attaque des insectes. L’aubier se distingue peu du cœur.  

  Dans la mythologie, il aurait servi à construire le cheval de Troie… Virgile dit seulement que «…  les chefs des Danaens…construisent, avec le divin secours de Pallas, un cheval haut comme une montagne dont ils recouvrent les flancs d’ais de sapins entrelacés… » (Eneide.  Livre II…~32) 

Une maladie le menace. Importé involontairement des Etats-Unis lors du débarquement des Alliés à Cavalaire-sur-Mer (15 août 1944), un champignon sournois logé dans les caisses des soldats est à l’origine du « chancre du platane ».  (ceratocylis fimbriata, champignon responsable de la maladie du chancre coloré). Depuis  1974 et l’identification de la maladie près de 25 000 platanes ont été décimés dans le sud-est en 20 ans (Vaucluse, Bouches du Rhône)  Les symptômes sont des bandes de couleur violette sur le tronc, suivies d’un dépérissement. L’arbre meurt en 3 à 5 ans. La propagation est particulièrement rapide.  Taille, blessures dues aux chocs, contacts entre les racines des arbres facilitent la prolifération du champignon.  « Certains optimistes pensaient que le champignon, limité par le froid se contenterait de sévir dans le sud. Mais des foyers rencontrés du côté de Lyon et de Bourg en Bresse leur ont donné tort. » ( André Vigouroux.  INRA) 

 

Une variété hybride résistante a été mise au point …

                       Nos jeunes platanes sont-ils à l’abri ?

 Nous leur dédions ce poème de Francis Ponge.

" Le Platane ...ou la permanence.

Tu borderas toujours notre avenue française pour

ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit

sèchement de la platitude des écorces.

 

Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte

au ciel à mains plates plus larges d'autant que tu fus

tronqué

 

Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu

prépares à bout de branches pour le rapt du vent.

 

Tels qu'ils peuvent tomber sur la route poudreuse

ou les tuiles d'une maison...Tranquille à ton devoir

tu ne t'en émeus point:

 

Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu'un

seul succédant vaille au fier Languedoc

 

A perpétuité l'ombrage du platane."

publié dans "Poésie 42" une revue résistante et dédié à Louis Aragon.

 

 

 

 

 

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Vendredi 21 avril 2006 5 21 /04 /Avr /2006 11:48

Partageons nos savoirs…

 

 

 

 Les 7,8 et 9 avril, à «  la Grange  » de Lusigny étaient présentée une série d’animations sur le thème « D’hier à aujourd’hui, partageons nos savoirs… », à l’initiative de la mutualité sociale agricole, et avec le concours de nombreuses associations locales : club de l’amitié de Lusigny, Centre Yvonne Martinot, ACLE de Courteranges, Amis du Parc, collège et écoles primaires du canton etc.

 

 

 

 Témoignages et savoirs faire des anciens étaient sollicités à travers divers ateliers : broderie, patchwork, ébénisterie, bijoux… Une exposition de photographies et de matériel scolaire évoquait l’école d’autrefois. Gastronomie et spectacle n’étaient pas oubliés : casse croûte paysan, chansons et musique.

  

 

 Jacques Delanoue, ancien instituteur et très actif retraité qui anime notamment les visites guidées de villages, présentait « Le procès de Louise Fleuriot », une ténébreuse affaire mise en scène avec le concours des élèves du Collège Charles Delaunay.

 

 

 

 L’Association des amis du Parc, et principalement sa Présidente Armande Spilmann accueillait l’exposition concernant l’école. « Et si vous repassiez le certif ? » interrogeait malicieusement le programme. On contemplait d’un air dubitatif les tableaux noirs sur lesquels avaient été recopiés des énoncés de problèmes associant l’eau à la plomberie !

 

 

 

 La « salle de classe » reconstituée, et les panneaux d’exposition rassemblant des photos d’école attiraient un public nombreux et curieux. Allait-on se reconnaître ? Qui donc est ce petit garçon en blouse sur une photographie fin 19ème ? On ne le saura jamais ! « Passé trois générations, on ne sait plus rien de nous » philosophait un écrivain…  On peut l’éviter. Noter, les souvenirs , les noms, les anecdotes. Les transmettre, les faire imprimer… La MSA y invite dans un petit livret intitulé « Enfances agricoles en Pays d’Orient » Quelques témoignages y sont déjà rassemblés. (Contacter Mme MC Briet 03 25 37 00 06 ou A-M Mouge 03 25 43 54 49.) On se souvient aussi de l’initiative des « Aînés ruraux » et de la publication de « C’était l’Aube de chez nous ». Némont Ed. 2001. Il existe aussi des sites où l’on recueille dans des conditions adaptées, les souvenirs et les autobiographies, avec délais de confidentialité si cela est souhaité.

 

 

 

 Le  « registre matricule » de La Loge aux Chèvres, lui, recense tous les enfants ayant fréquenté cette école communale depuis 1907, ainsi que les enseignants y ayant exercé… Quelle surprise d’y retrouver certains noms ! Pourrait-on y associer des visages ? Une recherche semblable pourrait concerner le canton de Piney l’an prochain. Préparez vos archives !

 

 

 

 La partie spectacle n’était pas moins surprenante, du moins pour un étranger au canton de  Lusigny : une occasion  de découvrir que le maire de la commune, M Branle, connaît la musique et ne manque pas de voix ! ( Je sais que le jeu de mots n’est pas inédit, mais je n’ai pas pu résister) Avec ses complices, les « Innommables » il interpréta  non sans émotion des compositions originales !

 

 

 

 La chorale des jeunes et celle des anciens lui  succédèrent avec bonheur.  

 

 Les ateliers initiaient les plus jeunes aux travaux d’aiguille,, à l’ébénisterie. Germain Vautrin faisait partager son amour des anciennes techniques. Outillages et machines étaient exposées. Un petit atelier d’ébénisterie montrait de beaux échantillons de marqueterie. A l’extérieur, les enfants pouvaient s’initier aux jeux traditionnels et l’on échangeait comme souvenirs précieux les diverses règles du jeu de billes, autrefois si populaire dans les cours d’école.

 

 

 

 Tant de richesses en un week-end ! Espérons que des bénévoles attentifs auront pris de nombreuses notes, afin que rien n’en soit perdu. « Petits potins » est prêt, pour sa part à relayer toutes les informations et initiatives de ce genre. Règles de jeux traditionnels, recettes anciennes, et pourquoi pas paroles de chansons… ?

 

 

 

  

 

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Jeudi 20 avril 2006 4 20 /04 /Avr /2006 15:48

Le moulin à vent d'Origny le Sec.

Tous les amateurs locaux de moulin connaissent l'image du Moulin d'Origny-le-Sec.

Faute de traces plus précises dans les archives (plans, schémas...) le moulin de Dosches s' en inspirera largement. Il est considéré comme représentatif di moulin sur pivot champenois.

LE PRESSE LOCALE NOUS DONNE QUELQUES PRECIEUX RENSEIGNEMENTS SUR CE MOULIN.

"En 1825, Isaac Gatouillat et Joséphine Bourquin achetèrent ce moulin à, Bouilly pour 600 francs. Ils le remontèrent sur la voie de Pars et Isaac, un véritable Hercule, le répara en chargeant seul, s'aidant de deux traineaux, l'arbre de 1200 kg qu'il avait commandé à M Rousselet, marchand de bois. Son fils, Innocent, prit sa succession mais malheureusement le moulin prit feu le 13 juin 1897, lors de l'enfumage des moucherons et autres insectes..." ( Libération 18 avril 2006)

Pour tout savoir sur les moulins:

http://lezart.free.fr/moulin1.htm

L'image bien connue montre les ailes équipées du système Berton et non la voilure qui servira au moulin de Dosches.

Meunier hissant les voiles...

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Mercredi 19 avril 2006 3 19 /04 /Avr /2006 18:31

Dernières nouvelles du Moulin à vent !

 

 

 

 

 

 

 

  

Le 6 avril dernier, les enfants de l’école de Dosches accueillaient leurs correspondants ; Ce fut l’occasion de rendre visite au chantier de construction du moulin à vent et de faire le point sur l’avancement des travaux.  

Rappelons que la mise en place sur le site définitif devrait avoir lieu à l’automne de cette année.

 

 

Le travail sur "la queue du moulin" le jour de la visite....

 

 

 

 ...et le résultat le 22 avril.

 

 

 Dès l’arrivée nous sommes accueillis par les charpentiers occupés à façonner le tronc qui sera la « queue »du moulin, longue poutre de bois légèrement courbée pour des raisons d’esthétique, et qui servira à orienter le bâtiment selon la direction du vent. Rappelons que pour un moulin –pivot, c’est l’ensemble de la cage et du mécanisme qui tourne sur le trépied. Les différentes parties, disposées sur le sol permettent d’ores et déjà de se faire une idée de l’allure que prendra l’ensemble. Les ailes sont pratiquement terminées. Profilées et légèrement voilées afin de faciliter la rotation, un peu comme le ferait une hélice, elles portent les vergues qui serviront à arrimer les toiles.

 

 

 

 

 

 

 

 Dans l’atelier, l’axe de transmission est achevé. Le plan du rouet, le dessin des différents éléments et certaines parties du mécanisme sont en cours de réalisation.

 

 

 

 

 

 

 

 Les enfants ont pu revoir le plan d’ensemble et les différentes parties de l’édifice. Grâce à la gentillesse des jeunes au travail, des exemples de divers types d’assemblages ont été examinés. Tout s’emboîte : « ni clous , ni vis ».  

 

 

« C’est un peu comme un jeu de construction » a dit un élève.

 

 

 

 

 

 

 

 Un peu oui, mais en  plus grand !

 

 

 

 

 

 

 

 

 Toutes les photos dans les albums: (cliquer sur le lien pour ouvrir)

école de Dosches

Moulin à vent.

 

 

 

 

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Mercredi 5 avril 2006 3 05 /04 /Avr /2006 15:58

UN CARNAVAL , DES CARNAVAUX .

  

 

 

 Bal masqué de la coopérative scolaire aux "Trois acacias" en 1979 

 

 

Carnaval : « carnelevare », ou « Carne Levare Levamen ». Dans les deux cas, il s’agit d’une référence au carême, période de jeun précédant Pâques pour les chrétiens. Le carnaval (carne = viande) serait la période comprise entre l’épiphanie (la galette des rois) et le début su carême. C’'était, donc, en février, la période où l'on mangeait pour la dernière fois de la cuisine grasse (jusqu'au Mardi Gras), avant d'entrer en quarantaine, la "quadragesima", le mot qui a donné "quaresimo" puis "carême", les quarante jours où l'on mangeait maigre jusqu'à Pâques.

 

à Piney en 1908... 

 

 

Cependant, la tradition est plus ancienne, et ses manifestations bien connues sont assez éloignées de la mythologie chrétienne. Masques grotesques, travestissements parfois licencieux, distractions étranges comme celles offertes par les « Souffle-à-cul » doivent peu au message évangélique.

 

 

 

 

  Bal masqué  à Géraudot. 1982. 

« Les saisons et les jours. »  

 

 Les fêtes de Carnaval accompagnent le passage de l’hiver au printemps, de la mort à la vie : elles signalent le renouveau de la nature dans l’exubérance, la fantaisie et l’imagination. Dans l’Antiquité, les dieux faisaient et défaisaient les saisons. Au cours de ces fêtes, on procédait à des sacrifices. L’objectif était que les divinités de la nature chassent le froid et favorisent le retour de la végétation ou, par exemple, les naissances dans les troupeaux . . La date de sa célébration, qui change d’année en année, dérive de l’antique tradition qui découpe le temps en tranches de 40 jours. Le Carnaval permettait aux gens de vivre des réjouissances issues des anciennes fêtes d’hiver. Le mois de mars était celui du renouveau de la nature et du réveil de la terre.

 

 

 

 

  Bal à Géraudot, avec le CRAC.

 Inversion des rôles ! le monde à l’envers 

 

 

 

 

  Repas des anciens de l'AFMS à Assencières en 1986.

Or, avant toute nouvelle création, le monde doit retourner au chaos primordial. Le Carnaval est une survivance des Bacchanales, Lupercales, Saturnales romaines, des fêtes grecques en l’honneur de Dionysos, des fêtes d’Isis en Égypte ou des Sorts chez les Hébreux. Ces fêtes se rattachaient aux traditions religieuses de la plus haute Antiquité. Elles célébraient le  réveil de la nature.

 

 

 

 

 Dans bien des traditions, les pratiques sociales étaient inversées. Pendant quelques jours, les esclaves devenaient les maîtres, les maîtres prenaient la place des esclaves: ce qui était habituellement interdit devenait permis. Comme toute fête au sens plein du terme, le Carnaval est la négation du quotidien. Symbole même de la fête populaire, il instaure un temps pendant lequel il est possible de s’affranchir des règles et des contraintes du quotidien. Ce chaos était représenté par le Carnaval, au cours duquel un pauvre d'esprit était élu roi et revêtait des ornements royaux. Un âne était revêtu des vêtements épiscopaux et officiait à l'autel. Or, l'âne symbolise notamment "Satan", c'est-à-dire l'inverse de l'ordre assuré par l'Eglise. Au cours des fêtes du Carnaval, toutes les individualités disparaissent sous les masques et le maquillage, permettant ainsi la confusion qui symbolise le chaos. 

 Les lupercales : chaque année le 15 février, les Luperques, vêtus seulement des peaux des boucs sacrifiés,  couraient à travers la ville en frappant avec des lanières de peaux de boucs tous ceux qu’ils rencontraient notamment les femmes. Celles-ci ne cherchaient pas à se soustraire aux coups, parce qu’elles croyaient que cela favorisait la grossesse.
Ces Lupercales, assurant le départ d’une nouvelle année, symbolisaient l’intrusion du monde sauvage dans le monde civilisé, celle du désordre dans la vie réglée, celle du monde des morts dans celui des vivants.

 

 Bal  à Géraudot en 1987

 Les Troyens bien sûr  n’ignorent rien de la fameuse « Fête des fous » , « cette imitation de l’orgie païenne » selon l’expression de  Gustave Carré (Histoire populaire de Troyes p 164-165 ).

 « Cette fête se célébrait ordinairement le jour de l’épiphanie et avait pour héros les prêtres et les clercs eux-mêmes. Ceux-ci, travestis en femmes, en gens d’armes, en fous, en animaux, se réunissaient dans la cathédrale où ils élisaient un archevêque des fous. Après avoir conduit le nouveau dignitaire en procession dans la ville, ils revenaient dans l’église pour célébrer une messe grotesque, au milieu des danses et des chansons licencieuses. C’était -selon les témoins-  un effrayant  charivari de blasphèmes et d’énormités … Les autels étaient chargés de viande ; on buvait, on jouait dans l’église et l’on brûlait de vieilles savates en guise d’encens. Ces farces scandaleuses excitèrent souvent l’indignation des membres éclairés du clergé. Il se trouvait pourtant des docteurs pour démontrer qu’une solennité de ce genre était agréable à Dieu. « Nos ancêtres, disait l’un d’eux, furent prud’hommes et très saints, et pourtant ils célébraient la fête des fous. Nous avons tous un grain de folie qui a besoin de s’évaporer. Ne vaut-il pas mieux qu’il fermente à l’église sous les yeux du très haut que dans nos maisons ? La sagesse est liqueur si forte et nous sommes d’un verre si fragile que nous ne saurions la contenir ; il faut donc donner un peu d’air à ce vin généreux pour diminuer un peu sa vigueur afin qu’il ne tourne pas à mal. »

(Du Tillot. « Mémoire pour servir à la Fête des fous ») 

Le masque : renversement des interdits …

 

 

 

 

  Aux "Trois acacias" à Mesnil-Sellières en 1980. Bal de la Coopérative scolaire;

Le masque, le déguisement, assurent l’anonymat de l’individu qui se fond dans le groupe et légitime ainsi ses actions. Les déguisements marquent également une rupture avec le quotidien ; en adoptant un masque, l’homme possède un nouveau rôle ; son comportement change. 

Le jugement du « bonhomme carnaval » …  

 

 Creney.2006 

Notre société policée oublie volontiers ses racines barbares. Aux temps les plus anciens relatés notamment par le Lévitique, l’un des textes fondateurs du monothéisme, le sacrifice n’est pas virtuel.

 « Le mythe raconte que Yahvé pour tester la dévotion d'Abraham lui ordonne le sacrifice de son fils unique... Obéissant Abraham se rend sur le lieu du Sacrifice : mais le récit précise qu' un ange intervient pour arrêter son geste et un bélier, empêtré dans un buisson voisin, sera sacrifié à la place de l'enfant. »   

 

 

 

 Bal  à Géraudot.

« Yahvé parla à Moïse et dit : 

-         Si quelqu’un commet une fraude et pêche par inadvertance en retranchant sur les droits sacrés de Yahvé, il amènera à Yahvé en sacrifice de réparation un bélier sans défaut de son troupeau…  (Lévitique 5.15)… On immolera la victime ...et le prêtre en fera couler le sang sur le pourtour de l’autel. Puis il en offrira toute la graisse : la queue, la graisse qui couvre les entrailles, les deux rognons, la graisse qui y adhère ainsi qu’aux lombes, la masse graisseuse qu’il détachera du foie et des rognons. Le prêtre y fera fumer ces morceaux à l’autel comme mets consumés pour Yahvé. C’est un sacrifice de réparation : »tout mâle parmi les prêtres en pourra manger. On en mangera dans un lieu sacré, c’est une chose très sainte… (Lev.7.1 à 7.6.Traduction. Bible de Jérusalem)  

Athènes entretenait elle-même quelques malheureux qu‘elle pouvait sacrifier quand les tensions sociales renaissaient par exemple lors d’une calamité collective (épidémie, famine, invasion). C’est la pratique du "Pharmakos" à la fois  poison et  remède.

Dans la tradition du Lévitique, le bouc émissaire est promené  à travers  la communauté. Il est censé condenser sur lui toutes les tares et  toutes les souillures. Son sacrifice expulsera le mal hors de la communauté. Dans la litanie du rite, le sacrifice du bouc émissaire  est destiné à calmer la colère des dieux, en réalité  il apaise les pulsions agressives des hommes.  René Girard considère le sacrifice comme une affaire humaine et l’interprète en des termes purement humains. Cela le conduit à une totale réinterprétation de l’histoire d’ Œdipe : un cas parmi d’autres de bouc émissaire. « Une idole fracassée »: l’étranger libérateur de Thèbes  subit un revirement d’affect de la part de son peuple lorsque la peste s’abat sur la ville. Il est victime d’une mystification galopante : des rumeurs courent sur son compte ( le parricide,  l’inceste) mais ce ne sont que des fabulations, des prétextes pour exposer le roi à la vindicte populaire.

 

 

 

 

  Aux "Trois acacias" avec la Coopérative scolaire: premier prix de costume pour Catherine! 

Roi ou seigneur. A Marcoussis, l’un de mes premiers postes d’enseignant, la victime expiatoire était un mannequin représentant le Seigneur de Montlhéry dont la tour ruinée domine encore la plaine vouée aux cultures maraîchères. Dans les années 1970, les villageois revivaient encore l’oppression du maître qui s’octroyait un droit de cuissage sur les « pucelles » du lieu ! 

Le CRAC de Creney a su remettre à l’honneur sur un mode parodique ces festivités mi religieuses, mi païennes. Tout y est. Les masques, la folie permise mais temporaire, la victime expiatoire, le jugement façon « père UBU », le mannequin livré aux flammes. 

« Le symbole du feu
C’est l’hiver qui est condamné, le feu évoquant  le régénération de la lumière grandissante du soleil.

Il permet de purifier de tous les esprits maléfiques nuisibles qui rôdent.

Très concrètement, on promenait des torches dans les vergers contre les parasites (insectes, rongeurs, champignons) lors du premier dimanche de Carême, le dimanche des Brandons. » 
 

 

 Carnaval à l'école de Rouilly-Sacey; mars 2006 

Loin de moi  l’idée de minimiser l’ampleur de la protestation populaire en cours contre une loi inique. Cependant, un anthropologue du futur ne pourra sans doute pas esquiver certaines analogies. A l’Université de Toulouse occupée, une lutte vocale opposait anarchistes et communistes :  

« Le  printemps sera Noir ! »  criaient les uns, « …sera Rouge ! » répondaient les autres… Le printemps sera, c’est certain, de retour chaque année… Et les Seigneurs d’aujourd’hui seraient bien inspirés s’ils méditaient la sage pensée du « Docteur » champenois cité ci-dessus.

 

 

 

 

  Manifestation à Troyes. Mars 2006.

« La sagesse est liqueur si forte et nous sommes d’un verre si fragile que nous ne saurions la contenir ; il faut donc donner un peu d’air à ce vin généreux pour diminuer un peu sa vigueur afin qu’il ne tourne pas à mal. »

 

 

 

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Mercredi 29 mars 2006 3 29 /03 /Mars /2006 00:04

Football club Forêt d’Orient : l’image du courage !

 

 

Dimanche 26 mars, le club local était opposé à Nogent sur Seine sur le terrain de Dosches, dans un match comptant pour la coupe de l’Aube.

 

Précisons que Nogent joue en « Promotion B », second de son tableau après l’ ESTAC. La partie s’annonçait donc difficile.

 

Le score s’établit à 0-10.

 

La semaine prochaine, le FC Forêt d’Orient – Dosches reçoit Brienne le Château, toujours à Dosches. Début du match à 15h.

 

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Lundi 6 mars 2006 1 06 /03 /Mars /2006 23:01

ASPECTS DE TROYES.

 La municipalité de Troyes et le Conseil Général  mettent en œuvre de vastes projets d’aménagement, controversés parfois. 

 

 

 

Philippe Beury, sur le site http://www.auboisementcorrect.com/ a récemment évoqué avec émotion le petit parc, situé face à la Préfecture , autrefois orné d’une statue emblématique. Le petit jardin, comme dans la chanson de Dutronc, a disparu à jamais. Nous avons appris que la Place de la Libération deviendrait à l’avenir un vaste espace « minéral »  

La statue, « Le Rapt » a trouvé un nouvel emplacement, face à l’hôtel de Ville.  

P. Garraud, qui a quelques raisons de connaître l’histoire de cette œuvre a bien voulu nous confier un texte qu’il lui a consacré. 

 

 

 

 

 

 

 

 LE SCULPTEUR AUGUSTE SUCHETET

 Suchetet a vu le jour à Vendeuvre sur Barse en 1854  Décédé à Paris en 1932. 

 

 

 

Fils d’un maçon, tout jeune il aida son père aux travaux d’agrandissement de la Sainterie de Vendeuvre. Là, Léon MOINET le remarqua et le prit comme apprenti. Voyant ses très grandes aptitudes il encouragea Suchetet, qui en avait le désir, à aller à l’école des Beaux Arts de Lyon ou il passa 2 années (1873-1875)  

En même temps pour gagner sa vie, il travaillait dans une maison d’art religieux.

 Dès 1874, grâce à l’entremise du Baron de Vendeuvre, il obtint une bourse du département pour continuer ses études à Lyon d’abord, à Paris ensuite de 1875 à 1880. Il fut élève à l’école des Beaux Arts de Paris de CAVELIER et de Paul DUBOIS ; il obtint le deuxième grand prix de Rome en 1878. Il exposa au Salon à partir de 1878 et,  c’est en 1880 qu’il obtint  le prix du Salon  avec Biblis changée en Source. 

 

 

 

Il exposa presque chaque année jusqu’en 1911, il exposera encore en  1921, 1927, 1930.  

Suchetet bénéficiera de plusieurs commandes officielles :  

-     pour le Grand Palais ( l’Art Egyptien)  

-         le Petit Palais  

-         la Nouvelle Sorbonne (Statue des Mathématiques) pour la façade  

-         la faculté des Sciences (bustes)  

-         l’école vétérinaire de Lyon (hauts reliefs de la physiologie et de la pathologie)  

-         les monuments de Soulary et de Pierre Dupont  

-         l’hôtel de ville de La Rochelle (le commerce maritime)  

Dans la grande salle de la mairie de Vendeuvre sur Barse se trouve le SANS SOUCI (salon de 1908)  

Suchetet est également l’auteur du RAPT  que l’on  a longtemps vu dans le jardin de la  Préfecture à Troyes,  statue qui est actuellement  place Langevin. 

 

Au sujet du RAPT, tout d’abord Suchetet  y travailla durant tout l’hiver 1901, puis son idée et sa composition se trouvèrent approuvées par tous ses amis visiteurs il passa au modelage du modèle grandeur originale et il l’envoya au Salon de 1903. Dès cette époque il obtint en plâtre un des plus grand succès du salon. 

La ville de PARIS fit l’acquisition du groupe en plâtre et passa la commande en marbre qui fut exposée au Petit Palais Musée moderne appartenant à la ville de Paris.

 A cette époque en 1907, après le succès qu’il venait d’obtenir, ce groupe n’était pas ignoré de certaines personnalités de la ville de TROYES . Son frère conseiller municipal à ce moment, fit la proposition à Monsieur MONY(Maire)  d’exécuter pour la ville de Troyes une réplique en bronze et  cette demande fut acceptée.  

 

 

 

Le RAPT en Bronze  fut donc mis sur la place de Préfecture dans une grande pièce d’eau  cadre qui lui convenait à merveille le tout dans un square aménagé spécialement.  

En 1911 il y eu beaucoup de polémiques quant à cette statue qui « dérangeait » par sa nudité.  

Il avait même été demandé qu’on la déplace car paraît-il elle n’était pas conforme pour les regards des jeunes garçons et filles qui passaient devant  chaque jour pour se rendre aux JACOBINS ou au LYCEE et la TRIBUNE DE L’AUBE et le PETIT TROYEN se firent les rapporteurs de tous ces faits

 Et voiçi la réponse qu’avait faite SUCHETET à toutes ces polémiques   

 

 

 

Laissez installer cette œuvre comme il convient, laisser le groupe se détacher sur les parterres de gazon, laissez le se modeler et s’estomper sur le fond de verdure et de bosquet que donneront ces jeunes plantations, laissez le prendre ses couleurs de bronze et ces belles patines, laissez le s’harmoniser dans son cadre et avec la nature et quand la tempête  que l’on voudrait déchaîner sur ce groupe dans un tout autre but que pour des questions d’art sera passé, quand le temps aura fait son œuvre, vous ne verrez plus que ces gazons fleuris que le contraste frappant entre cette nature riante et cette situation dramatique qui ne porte pas au libertinage, la pensée. Vous n’y verrez qu’un fait divers des ages primitifs et dont l’artiste  a su tirer parti en lui donnant assez d’intérêt pour distraire utilement vos loisirs et agrémenter vos promenades…..  

 

Paris le 3 Octobre 1911 

A. SUCHETET  

Chevalier de la Légion d’honneur  

 

 

Fin tragique du RAPT en bronze : un soir d’hiver de 1942  le déboulonnage du RAPT est opéré (les Allemands emportèrent le RAPT pour en faire des obus) il pesait 870 kilos. Egalement plusieurs œuvres en bronze de différents artistes subirent le même sort.  

Un beau geste de la capitale  

C’est à la fin de l’année 1949  que la ville de PARIS accepte de céder  le RAPT en marbre afin qu’il puisse  remplacer le bronze disparu durant la guerre 1939/1945. 

Voici donc en quelques lignes l’histoire de ce groupe qui a fait couler beaucoup d’encre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 2 mars 2006 4 02 /03 /Mars /2006 18:53

 

 

 

NOS BEAUX ARBRES DE La CHAUSSEE …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suite à l’article qui a suivi l’abattage de deux arbres de La Chaussée , nous nous somme enquis de l’avenir des autres auprès de l’autorité compétente.  Nous savons en effet que des avis divergent. Il y a les contre. 

Que disent les « CONTRE » ? 

-        ces arbres rendent la circulation difficile (chaussée étroite)  

-        ils gênent les riverains immédiats (feuilles, verdissement, lumière…)   

-        ils posent un problème pour un aménagement de «  La Chaussée  » (Trottoirs, écoulement des eaux…)  

 

Mais il y a aussi des « POUR » !  

 

-        Ces arbres constituent une partie de l’identité du village ( ancienneté, mémoire…)   

-        Qualité esthétique : imaginez «  La Chaussée  » sans arbre!  Il faut plus d'un siècle pour reconstituer une telle entrée de village !   

-        La commune a fait des efforts importants pour « border » la Voie de Champigny de noyers, à l’opposé de La Chaussée. Il serait dommage de sacrifier ce côté ci.  

 

Naturellement les problèmes d’aménagement des bordures et d’écoulement restent posés.  

 

Voici pour terminer l’avis d’Olivier Jacquinet (extraits) 

 

 

 

 

 

 

 

« Loin de moi  l’idée de faire abattre ces merveilleux arbres que j'ai souhaité faire classer un moment "monuments historiques" ou "arbres exceptionnels" . Je n'ai pas  donné suite à ce projet par crainte des contraintes administratives liées à un tel statut. …  

 

En attendant, je suis  responsable de leur santé. Si par malheur un de ceux ci perdait... un de "ses membres" au moment
où un enfant, une personne adulte, une voiture passe à proximité, outre la peine causée aux intéressés, la commune pourrait être inquiétée avec les conséquences que l'on peut imaginer. Le Maire pourrait être accusé de n’avoir pas pris les mesures préventives pour éviter l'accident !  

 

Les deux arbres abattus avaient été remarqués par les services de l'ONF comme étant dangereux. Le premier, près du carrefour de la Belle Epine était creux. Il s'est d'ailleurs coupé en deux au moment de sa chute. Le second , proche du village avait été foudroyé et le départ des branches avait été fragilisé. Ils seront remplacés dès le printemps par des essences identiques.   

 

Je crains que d’autres subissent bientôt le même sort. L’ONF va être chargée d’une expertise complète des arbres d’ornement du village. »

 Voir l'article précédent: Ces arbres qu'on abat.

 

 

 

 

  

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Dimanche 26 février 2006 7 26 /02 /Fév /2006 12:55

Moulins à vent.

 Quelle histoire !

 

 

 

 

 

   

 Le moulin à vent tient une place particulière dans notre imaginaire. Edifice remarquable entre tous dans les campagnes jusqu’à la fin du 19ème siècle, il a toujours suscité curiosités et passions.   

 

 

  

Peu d’écoliers ignoraient autrefois le fameux « Meunier tu dors » à chanter en canon avec mime. Maître Cornille est aussi célèbre que le  Renart des fables, et Pampérigouste lieu-dit « Les Cigalières » évoque irrésistiblement les chaleurs de Provence. Moins connu, mais tout aussi pittoresque était « Bringuenarille, avaleur de moulins à vent » dont Pantagruel entend conter les mésaventures. (Quart livre. C.44)  

Le meunier des campagnes n’avait pas toujours bonne réputation. On le soupçonnait de mille vilénies, des plus rustiques (mouiller la farine) aux plus graves (espionnage). 

Etabli généralement à quelque distance du village et des chemins, la grande silhouette décharnée aux bras géants avait jadis provoqué l’hallucination devenue mythique de Don Quichotte. Le danger que représentaient les ailes en mouvement limitait le choix des emplacements. Sous l’Empire, on établit une distance réglementaire d’au moins 70 m de la route, car l’ombre des voiles projetée au sol effrayait les chevaux ! Le bruit n’était pas sans conséquence : déploiement de la toile dans le vent, car le moulin était grée comme un navire, craquements de la charpente sous les efforts considérables développés par la rotation de la meule. Jacques Loiseau, dans un article de « l’Escarboucle » (n°46. printemps 2002. « Quand le Parc avait des ailes. ») relevait la concordance entre l’implantation des moulins et les toponymes dérivés de « nuisance », fréquents dans nos contrées sous la forme « Nuisement ». Montez à l’occasion dans la cage d’un moulin  pivot en fonctionnement. Il en existe deux beaux exemplaires à Villeneuve d’Ascq, près de Lille. Vous entendrez craquer la mâture,  vibrer les planchers et les montants, et tout l’édifice trembler comme un navire en partance.

 

 

 

 

 

  

  Comme nous l’avons déjà indiqué, la commune de Dosches (Aube), soutient activement  : le projet mené par Erwin Schriever  consistant à reconstituer à l’identique un moulin à vent champenois. Cette initiative s’appuie sur une forte tradition d’implantation de telles installations dans la contrée. «  L’ancienneté des moulins à vent dans le sud de la Champagne remonterait au 13ème siècle… » (M Tomasson. « Moulins à vent en Champagne » in Revue des moulins de France .nov. 1984). 85 sont attestés au 18ème siècle et 145 au milieu du 19ème. De tous les lieux recensés, il apparaît que la « Côte de Champagne » que longe notre « Route du balcon du Parc » était particulièrement bien équipée.   Six communes totalisaient 15 installations. Les nombres varient selon les auteurs. L’étude la plus récente, celle de JL Peudon (« Aux origines d’un département : l’Aube en Champagne » ; p 78 et ss) en relève 1 à Laubressel, 1 à Rosson, 1 à Auzon les Marais, 2 à Mesnil-Sellières, 6 à Piney. On en trouvait à Onjon, Bouy-Luxembourg, 4 à Brévonnes. JL Peudon note que 50% d’entre eux étaient postérieurs à la révolution. Pour sa part, J Loiseau (op. cité) travaillant sur la carte de Cassini et sur la toponymie signale 1 à Brévonnes, 1 à Rosson (Dosches), 2 à Géraudot, 2 à Laubressel, 2 à Onjon, 3 à Piney, 1 à Val d’Auzon. 

Pierre Garraud dans son étude «  Une histoire de Moulin à vent à Mesnil-Sellières et ailleurs. 2004) a dépouillé le rapport du directeur des contributions de 1821 : 1 moulin à Auzon, 1 à Bouy, 1 à Brévonnes, 1 à Dosches, 1 à Géraudot, 2 à Mesnil-Sellières, 2 à Onjon, 5 à Piney, 2 à Rouilly-Sacey. La revue « Lou Champaignat » ( Moulins à vent de Champagne. N° 22) signale Assencières, Bouy-Luxembourg, Brévonnes, Dosches (Rosson), Géraudot (2) ;, Laubressel, La loge aux Chèvres, Mesnil-Sellières, Onjon, Piney (2 ou 3) , Rouilly-Sacey.  

Quand à E Bernot, dans son « Histoire de Géraudot. » ( La communauté et la commune.1909.p 6 ) il en dénombre 4 sur son finage : « le Moulin Corberon à l’ouest du château, lieu-dit « le moulin brûlé » ; le moulin banal du Buisson Renard, le moulin du Fort Saint Georges et celui de Heurtebise appartenant à la Commanderie de Troyes. » 

Les différences s’expliquent par les documents et dates de référence. Le moulin à vent, contrairement aux églises et châteaux, n’est qu’un édifice à usage industriel, périssable et autrefois trivial Ce qui explique sans doute en partie la difficulté rencontrée pour en restituer les plans. Le maître charpentier explique volontiers que l’élaboration est avant tout affaire d’expérience et de « bon sens » !  

En ce qui concerne les 2 moulins de Mesnil-Sellières, dont l’histoire a été largement étudiée par P. Garraud, leur disparition est datée. Le moulin de «  La Rochelle , mené par Henri Victor fut détruit en 1864, et celui de «  La Croix Maillet  » mené par Jean Baptiste Verluise fut abattu en 1877 ou 1879 (maison démolie en 1863).  

  :          Le moulin de Dosches   

 La traditionnelle densité locale des moulins s’explique par plusieurs facteurs : un site naturel exposé aux vents, les productions céréalières importantes dans une région qui ne dispose pas de cours d’eau ( pas de moulin à eau )  

 

 

 

 

 

  

Le mécanisme des moulins champenois n’a rien de particulier. Seule l’allure diffère sensiblement. Le pivot est généralement maintenu par 4 pieds (parfois 8)  reposant sur des socles de pierre. La cage a un air perché et penché. La toiture mansardée et galbée, tandis que les côtés sont recouverts d’essentes, « robe de bois souvent très longue, dépassant anormalement le bas de la cage… »  

 

La reconstitution entreprise à Dosches s’inspire notamment d’une vue ancienne du Moulin d’Origny-le-Sec. La hauteur sera de 20 m au niveau des ailes, 13 m à la toiture. La cage mesure 4,20 m en façade et 8 m en profondeur. L’ensemble pèsera 28 tonnes. Chaque aile mesure 10,12 m . L’axe de rotation des ailes est incliné de 19° par rapport à la verticale. Cette disposition augmente la « portance au vent » comme diraient les amateurs de voile. Elle permet aussi d’abaisser l’axe de rotation, l’aile « évitant » le trépied du moulin grâce à son inclinaison. Au plus bas, l’aile est à 30 cm du sol, ce qui permet au meunier de grimper dans les « vergues » pour arrimer la toile. Chaque aile porte 24 vergues et mesure 2,30m de large. Le bord d’attaque de l’aile est affiné et voilé. Tous les moulins tournent de ce fait, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Un vent force 2 suffit à mettre en branle la machinerie.  

A l’atelier, 16 stagiaires s’affairent pour un projet qui aura mobilisé une centaine de personnes depuis septembre 2004. Seuls outils : le marteau, la scie, le ciseau à bois, les équerres, le mètre. A l’ancienne. Sauf le transport sur le site définitif qui nécessitera naturellement l’emploi d’une grue !  

Le compagnon à l’œuvre travaille déjà sur le blason de l’ouvrage qui portera épis de blé et « annille » ( pièce métallique qui maintien la meule et représente un moulin à vent en héraldique)  

Petit essai d’ histoire du moulin à vent.  

( sans prétention… !)

 Il semblerait que la Perse (Iran) connaissait le moulin à vent dès le 6ème siècle. Des constructions existent en Afghanistan (7ème siècle) et en Chine (10ème siècle). 

 

 

 

 

 

 

 

 Le moulin afghan est connu dès 940 dans la région du Séistan grâce aux géographes arabes Mas’udi et Al Farsi al Istakri. C’est un moulin à axe vertical entouré d’une maçonnerie dirigeant le vent vers la pale descendante. Bien qu’oriental, il n’est pas orientable ! Il est adapté au vent dominant, « vent des 120 jours » de cette région. Les pales étaient végétales. La variante chinoise fonctionne sur le même principe. Née dans les régions maritimes, elle comporte 8 toiles verticales (voiles de jonques lattées) articulées. Un cordage retient face au vent la face descendante.  

En Europe, la présence d’un moulin à vent est signalée en 870 à l’abbaye de Croyland en Angleterre. Le statut de la République d’Arles (1162-1180) mentionne l’activité de moulins à vent.  Le péage de Tarascon confirme le fait quelques années plus tard. Cette arrivée en France suit le retour des croisés du Moyen Orient. On les appelle « tours ailées » ou « moulins turquois ». Il est remarquable que les voiles des moulins issus de la tradition orientale soient triangulaires.  

Les premiers moulins à « trépieds » sont signalés en 1180, à l’abbaye de Saint Sauveur le Vicomte en Basse Normandie. D’autres existent au 10ème siècle en Espagne (Tarragone). Les premières représentations se trouvent dans le rentier d’Audenarde et le psautier de Saint Vaast d’Arras vers 1270. Un acte de 1251 en signale 21 dans la région du Nord entre Saint Omer et Cassel. 

La réalisation des moulins était confiée aux charpentiers, « maîtres de l’art du trait » et de l’équilibre des formes qui transmettent les forces dans les trois dimensions. Certains auteurs pensent qu’ils auraient mis à profit l’expérience acquise par les charpentiers de marine et en particulier ceux du nord de l’Europe passés maîtres dans la construction des bateaux de haute mer (Vikings). Si l’idée du moulin à vent naît en orient, la réalisation du moulin sur pivot et de ses équilibres complexes relève d’une maîtrise et d’une expérience acquises peut-être face à l’élément liquide… On souligne la parenté entre les charpentes des premières toitures d’églises nordiques et les principes de construction des coques de navire. Nos ancêtres ne sont pas passés directement de la construction de huttes à celle des charpentes complexes et extrêmement résistantes que nous connaissons encore.  

Cependant, le moulin sur pivot, soumis à des forces considérables a une durée de vie relativement brève et doit être constamment entretenu. Le rendement lui-même est limité par la transmission de puissance réalisé avec des engrenages en bois d’un rendement faible : plus de 60% de pertes pour 30 KW disponibles sur l’arbre moteur, donc seulement 12 KW utiles ! Et pourtant, les petits de l’école de Dosches ont pu vérifier  l’extraordaire facilité avec laquelle on peut faire tourner cet axe. De même, au cours d’un voyage à Villeneuve d’Ascq, nous avions constaté avec surprise qu’il n’était pas nécessaire d’être un colosse pour mettre la cage « face au vent ».  

 

Le moulin médiéval est un privilège seigneurial. A partir du 10ème siècle, l’autorité royale s’affaiblit et le pouvoir passe progressivement aux mains des seigneurs. Usant de leur pouvoir de commandement, ils établissent leur domination économique. Ils prélèvent des droits sur les paysans, obligés de venir moudre leur grain au moulin seigneurial. Celui-ci est appelé moulin « banal » . C’est le cas notamment du moulin du Buisson Renard à Géraudot :  

« Tous les habitants doivent y représenter les grains nécessaires à leur nourriture et les y faire moudre s’il n’y a empêchement ou trop grande presse » ,  précise le relevé des droits des Seigneurs de Géraudot  établi par E. Bernot. Ce privilège aura pour conséquence une entrave à la construction de nouveaux moulins, surtout à la fin de l’ancien régime. Ce droit seigneurial fut aboli par le décret du 4 août 1789 et la loi des 15-28 mars 1790. Le 3 mars 1791, un avis public précisait que « chaque particulier peut ériger sur son terrain des moulins à vent… »  

Des moulins de toutes sortes. 

 

Holà ! Holà ! Je sis l’Rouai des Géants. 

Sans cesse dans l’haut d’ma tour,  

J’êcrase de jour en jour  

L’s avaines, les bliés et froments  

Pour les fermiers d’alentours…  

Notre contrée connaît principalement le moulin à grain, destiné aux céréales. On oublie trop que la machine, une fois lancée peut entraîner toutes sortes de  mécaniques. Le grand moulin de Villeneuve d’Ascq est un moulin à huile, les ailes entraînant non pas une meule, mais des pilons actionnés par un arbre à came. Le Musée de la marine à Rochefort montre de belles maquettes de moulins destinés à broyer les colorants. On l’utilise en papeterie pour broyer les tissus, en filature pour entraîner les métiers, pour forger, scier, pomper l’eau. Ce dernier usage étant particulièrement représenté aux Pays-Bas. Le moulin à tan broie les écorces de chêne pour préparer le tannage des peaux.  

Il fallait évidemment que l’usage justifiât la mise en œuvre d’une grande force motrice. L’huilerie de Mesnil-Sellières se contentait d’une meule actionnée par un cheval. ( face à la mare du bas) 

 

 

 

De là haut je r’gardeen bas,  

Suis la campagne flieuthissante  

Et les récoltes meuthissantes,  

Et au grand vent j’êtends mes bras  

Car tout ch’la s’sa pour mé pu tard. 

 

Traditions.  

Avec ses grandes ailes, le moulin était le centre du village. Visibles de loin, les toiles blanches ou rouges selon la matière première traitée (blanche pour la farine, rouge pour l’huile) animaient le paysage. Le meunier pouvait correspondre avec ses confrères en utilisant la position de la voilure des ailes.

Placées en croix de Saint-André, elles signifiaient que le moulin était au repos. La croix grecque annonçait la reprise du travail. La position « venante » aile du bas légèrement à gauche annonçait un heureux événement, la « partante », un deuil. Alors, le meunier plaçait le moulin face au convoi funéraire. Ces signaux sont les plus connus, mais il en était d’autres connus des seuls meuniers. C’est la raison pour laquelle, pendant les guerres, les meuniers étaient souvent soupçonnés d’espionnage.  

Lors des fêtes, on décorait les ailes de volants, de fleurs, de symboles : cœurs, soleils, amours. Le moulin lui-même était placé sous la protection de saint Donat, invoqué contre la foudre et les tempêtes. Quand aux meuniers, ils invoquaient généralement Saint-Victor, mais la tradition variait selon les régions.  

 

Erwin Shriever.

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Vendredi 17 février 2006 5 17 /02 /Fév /2006 23:51

Ces arbres qu’on abat…

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la sécurité, et c’est incontestable, on abattit hier deux arbres vénérables. Ils furent plantés jadis, ainsi que sentinelles, aux abords du village. La voie était déserte. On disait « La chaussée », empierrée et hautaine, droite à travers les champs, du carrefour au village. La Belle Epine alors n’était qu’un pauvre amas de masures et de clos. Et de Troyes à Piney, un chemin mal commode secouait les voyageurs dans des voitures attelées.  

Plus tard les voyageurs, sous la pluie, dans le vent, rejoignaient au matin, la gare et le chemin de fer, dont la fumée lointaine signait sur le ciel gris les promesses d’un progrès infini. On s’arrêtait sans doute, à l’abri du feuillage lorsqu’on allait à pied attendre l’autocar.  

Vinrent les automobiles et leur flot continu, les cyclistes du dimanche,  le car des écoliers. Tranquilles et majestueux, marronniers et tilleuls ont défié les années. Cependant peu à peu, les ans, la pluie, le vent,  les insectes inlassables ont creusé, déformé les troncs, rongé les écorces. Une vingtaine ont survécu. Sept ont laissé la place à des troncs vigoureux. 

 Un siècle  et demi. Les troncs rompus gisent au long d’un chemin.

 

 

 

 

 

 Voix des arbres.  

Les arbres timides et forts  

La nuit parlent à voix haute 

Mais si simple est leur langage 

Qu’il n’effraie pas les oiseaux  

Près du cimetière où les morts 

Remuent leurs lèvres de cendre 

Le printemps en flocons roses 

Rit comme une jeune fille  

Et parfois comme le cœur 

Prisonnier d’un vieil amour 

La forêt pousse un long cri 

En secouant ses barreaux.  

Marcel Béalu.

 Le Marronnier est le roi de l’ombre ( Fable). 

 

 

 

 

 

 

 

Un petit chêne en un été 

Avait pondu deux mille glands 

Qui glandouillaient 

Glands  glands glands glands 

A qui naîtraient bientôt dans l’herbe…  

Non loin de lui un marronnier  

N’avait réussi qu’un marron 

Qui devint vite un avorton 

Cerné par des enfants de chêne 

Mais l’an d’après quand vint l’été 

Et les années qui suivirent 

L’enfant marronnier se fâcha 

Et déployant son plafonnier 

De feuillages superposés  

Vite étouffa dans sa vengeance 

Tous les intrus qu’il détestait 

Afin de semer ses marrons  

Tonton tontaine et retonton 

Tout marronnier est Attila. 

L’herbe sous lui ne repousse pas.  

Pierre Béarn.

 

 

 

 

 

 

 

Le vent fait battre son cœur   

Chaque vague chaque feuille 

Change voit clair et rayonne 

Les ailes ont quitté le corps  

De la forêt l’arbre s’envole  

Il règne de la terre au ciel  

Il s’éclaircit il prend des forces  

Il chante et peuple le désert  

Un plus tendre bois  

Un miroir plus vert  

Une seule voix  

Reflètent l’azur  

Sous toutes ses faces. 

 

Paul Eluard.

  

 

 

 

 

 

 

Toute idée, humaine ou divine, 

Qui prend le passé pour racine  

A pour feuillage l’avenir.  

                              Victor Hugo.

 

 

 

 

 VOIR LA SUITE ET LES COMMENTAIRES/ ARBRES DE LA CHAUSSEE

 

 

 

 Les poèmes cités sont extraits du n° 3 des "cahiers bleus. 2ème trimestre 1991. Notre frère l'arbre.

 

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Mardi 7 février 2006 2 07 /02 /Fév /2006 16:07

 Le goût des cartes postales anciennes est assez répandu. En témoignait ce week end, l'affluence à la salle des fêtes de Saint- Julien où se vendaient et s'échangeaient livres, exemplaires rares, timbres et autres "vieilleries".

Le collectionneur est généralement exclusif. A l'image du chercheur de champignons, il répugne à dévoiler ses gisements. Certains pourtant dérogent à cette méfiance proverbiale pour se constituer en Association cartophile.

Les motivations du collectionneur sont diverses: achat compulsif, spéculation ou nostalgie. La carte postale témoigne aussi d'une histoire. La vue d' Auzon les Marais ci-dessus, a le charme désuet de la "belle époque". Canotiers et ombrelles, fillettes à chapeaux et garçonnets en culottes courtes. Pourtant , son intérêt est ailleurs. Au verso plus précisément (Voir l'album 14-18)

"Aux armées . 30/5/17

Ma chère Yvonne,

J'ai reçu tes 2 gentilles cartes qui m'ont fait bien plaisir. suis heureux de te savoir toujours en bonne santé. Par ici le temps est toujours très mauvais, et avec ces giboulées on prend quelque chose.

Pour moi celà va toujours très bien. Quand à mon ongle on m'a seulement arraché la partie qui s'incarnait et celà va bien maintenant.

Boursier est maintenant forcément habitué à sa nouvelle vie et me presse de le rappeler à ton bon souvenir. Je vois que tu ne manques pas de travail surtout à la fin du mois. Aussi, tu sais, je suis certain que tout en travaillant tu auras autant de plaisir que moi Dimanche et puis que veux tu moiaussi je m'ennuie. j'ai reçu en 10 jours deux petites cartes de toi aussi tu vois avec des correspondances comme cela!!! enfin, on a moins à répondre!!!! Oh! Je t'assure qu'elles n'encombrent pas mes poches les lettres que je reçois. Pour te téléphoner, je fais ce que je peux mais tu sais je suis tellement chanceux que quand bien même j'arriverais à quelque chose celà ne me servirait à rien au front. Que veux-tu, c'est la continuation. Enfin par ailleurs pas grand chose à te dire en attendant de tes bonnes nouvelles. Je t'embrasse fort comme je t'aime. Ton frère affectueux.

Mon meilleur souvenir à Mme E...  Garde cette carte, c'est un souvenir."

L'écriture est serrée, certaines phrases énigmatiques. Le soldat doit jouer avec la censure. Mais que de drames entre les lignes...

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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