Journal de voyage d’un accompagnateur.
Les écoliers de Mesnil-Sellières attendaient avec impatience ce matin du 14 mai 2007. Depuis des mois, avec Corinne Boutiot leur institutrice et
Anick Dandrel chargée de l’enseignement de l’Anglais dans le regroupement pédagogique, ils avaient pris diverses initiatives visant à réunir les sommes nécessaires pour un voyage à
Londres. Marché de noël, « après-midi jeux », cavalcade de mi-carême, ventes diverses, participation des familles et du SIVOS, tout avait été mis en œuvre pour rendre
l’aventure possible.
Voyage.
Le temps était gris et humide au départ de l’école, à 6 h 30 du matin. Effectif au complet, le car des « Courriers de l’Aube » prit la route. Sur les
écrans intérieurs, chacun pouvait suivre la progression grâce au GPS. Chaque enfant était possesseur d’un dossier permettant de noter les étapes essentielles : carte et itinéraire,
renseignements à relever (name of the boat, company, departure time (french time), arrival time, lenght of the crossing…etc. …) Première hésitations : « Faudra-t-il ajouter ou diminuer
d’une heure ? » .
Les plaines de Champagne et de Picardie n’offrent pas au voyageur de sensations fortes. Au loin quelques éoliennes brassent lentement la grisaille. Dans le car,
c’est le temps des jeux de carte et de la lecture. L’ancien pays minier éveille quelques curiosités : des terrils conservés, un chevalement. Au flanc d’un haut crassier aménagé, une piste
artificielle de ski ! Et puis Calais, le beffroi, les grands bras crochus des grues. On ne verra rien de la ville martyre mainte fois détruite, tête de pont anglaise jadis. Bourgeois de
Calais mis en bronze par Rodin, réfugiés misérables chassés de Sangatte , aujourd’hui errants autour des quais. L’autoroute mène directement à l’embarquement. Les ferries de SeaFrance et de
P&O appareillent et atterrissent sans interruption.
- SeaFrance : Filiale à 100% de la SNCF, 6 navires, 46 traversées quotidiennes, 3 573 000 passagers en 2006, 650 000 voitures, 22 000
autocars, 765 000 camions, chiffre d’affaires 215 millions d’ € en 2003 )
- P&O ( Peninsular&Oriental Steam Navigation Company : compagnie internationale de transport maritime créée au
19ème siècle appartenant actuellement à Dubai Ports World . Voir l’historique en Anglais (http://en.wikipedia.org/wiki/P&O )
Nous embarquons presque immédiatement . Le pont « garage » est au trois quart vide. Le temps de gagner l’espace pique nique destiné aux enfants, sur le
pont 7, et les amarres sont larguées. Le « Berlioz », notre Ferry, amorce son demi tour pour sortir du port. Le temps est venteux et pluvieux, mais la mer est calme. Les enfants suivent
la marche du navire sur l’écran GPS. Il y a peu de passagers à bord. Quelques groupes scolaires : des collégiens essentiellement. Le temps de finir le pique-nique et les falaises de Douvres
se profilent à l’avant. Le roulis est à peine perceptible et personne n’est réellement incommodé. Un ferry nous précède, un autre nous suit. La ligne transmanche coupe la grande voie maritime qui
mène de l’océan à Anvers et à Rotterdam. La longue et lourde silhouette des navires marchands se profile sur le ciel bas et gris : pont allongé et bas des pétroliers, masse trapue des porte
containers. Nous sortons sur la plage arrière à l’approche de Douvres. Le ciel s’est dégagé mais le vent froid fouette les visages : « ça décoiffe » au sens propre ! Les
goélands sont au rendez-vous, planant à contrevent , ils semblent immobiles et scrutent le pont : pas le moindre déchet à gober ! Dans la tour de la capitainerie, une silhouette agite
les bras en signe de bienvenue. Le « Berlioz » manœuvre avec précision : le chenal est étroit. Nous rejoignons le car pour débarquer. Sentiment unanime :
« C’était trop court ! ».
« Roulez à gauche » rappellent les panneaux de signalisation. Notre chauffeur est expérimenté et n’a aucune difficulté à contourner les rond points
« à l’envers »… Nous roulons le long de la falaise avant d’aborder la campagne verdoyante. Le ciel s’est de nouveau assombri et la pluie bat le pare brise. Direction
le « Hop farm country park » .
Hop Farm Country Park.
De loin, les bâtiments de brique présentent l’aspect étrange de gros cylindres sombres coiffés d’une toiture conique surmontée d’un curieux appareillage de bois
blanc guidé par une girouette.
« C’est pour voir d’où vient le vent ?
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->On dirait des bonnets…».
Le mystère de cette architecture sera éclairci au cours de la visite.
La notice nous apprend que cette ferme conserve la plus grande collection de séchoirs à houblon de l’époque victorienne (Reine Victoria .
1837-1901 ). La fleur de houblon ou cône, est le principal ingrédient dans la fabrication de la bière après l’orge. Les résines et huiles contenues dans le houblon donnent à la bière son amertume
et son arôme tout en contribuant à sa conservation. Ce sont les tisserands hollandais, venus dans le Kent pour travailler qui ont eu l’idée d’utiliser le houblon pour fabriquer la bière. On pense
que la première houblonnière plantée dans la région remonte à 400 ans, dans un village proche ,Yalding. La ferme musée s’appelait alors Beltring Farm. Au long du parcours, des mannequins mis en
scène représentent les différentes phases de la culture et de la récolte du houblon. Lorsqu’apparaissent les premières pousses, au printemps, on lie chaque plante à un fil qui est lui même
attaché à un treillis placé au-dessus des plantes. Le houblon pousse le long du fil tuteur. En mai, les pousses sont prêtes à être enroulées autour des fils (firsting), puis on guide chaque
sarment sur son propre fil tuteur en choisissant quatre pousses résistantes (seconding) . Lorsque les sarments ont atteint l’extrémité de leur fil, les cultivateurs surveillent les étapes du
développement de la fleur et des cônes afin de décider de la date de la cueillette qui aura lieu en automne. Une fois le houblon récolté, les sarments dépouillés sont laissés sur place afin de
permettre à la sève de retomber dans la plante. Les plantes mortes sont marquées puis coupées et transformées en paillis. De nouveaux plants les remplaceront.
Plusieurs scènes évoquent l’arrivée et le séjour des saisonniers venus de Londres pour la récolte. Les houblonneurs étaient le plus souvent des femmes et des enfants
( Nous sommes au pays de Dickens !) Ils travaillaient en groupes appelés « drifts » , chaque groupe ayant une section à récolter sous la surveillance d’un
« pole puller ». Les cônes étaient placés dans de grands paniers. Les enfants ramassaient les cônes des sarments tombés au sol. Un « Measurer » contrôlait les
quantités ramassées, et communiquait les résultats au « Booker », car le travail était rémunéré « à la tâche ». Le houblon devait être livré sec aux
brasseurs, d’où la présence des séchoirs qui nous avaient tant intrigué à notre arrivée. Etalé sur des couvertures en crin dans la salle de séchage, les cônes restaient environ huit heures sous
la surveillance d’un « Dryer ». Les drôles de chapeaux orientables que nous avions vus avaient pour but de capter l’air extérieur afin de faciliter le séchage. Leur inclinaison
protégeait l’ouverture de la pluie. Sec et refroidi, le houblon était entassé par le « Bagster » dans des grands sacs de 1,80 m de haut ! Lorsque le sac était plein, il était cousu
en laissant deux « oreilles » pour faciliter le transport. Les sacs étaient alors pesés et marqués : date, origine, nom du cultivateur. Une salle entière du musée était consacrée
aux énormes chariots utilisés pour le transport, tandis que deux superbes chevaux de trait, des géants aux pattes impressionnantes attendaient dans leur cage l’heure d’être conduits au pâturage.
Jusque dans les années 1950, environ 4 000 personnes travaillaient à Beltring chaque automne ! Ils venaient surtout de l’East End de Londres, parfois à pied, dormaient à la belle étoile
et étaient ensuite hébergés dans des tentes, des cabanes ou des roulottes. La fin de la cueillette était marquée par des réjouissances et des « libations », analogues à nos
« chiens de moissons » ou de « vendanges ». La notice et les mannequins représentant la scène suggèrent qu’une large partie de l’argent gagné pouvait être
alors dépensé dans une ambiance quelque peu libertine.
Pour en savoir plus sur le houblon : http://fr.wikipedia.org/wiki/Houblon
http://www.oniflhor.fr/filiere/filiere_houblon.asp
http://jccu.club.fr/houblon.htm
A l’extérieur, les enfants furent naturellement attirés par les parcs présentant divers animaux dont une facétieuse colonie de furets. Espaces de jeux et
boutiques furent les bienvenus après une visite fort instructive mais nécessitant attention et discipline !
Ashford : vers le rendez-vous avec les familles.
En Angleterre, l’accueil des écoliers relève d’une organisation bien rôdée. Chacun disposait des noms des familles d’accueil. Le dossier individuel des élèves
préparé par les enseignantes, comprenait également un petit aide mémoire des phrases de base, petites bouées de sauvetage propres à éviter la noyade linguistique : ça
commence par « Nice to meet you » ! Les enfants devront également noter soigneusement les menus, la disposition de leur foyer d’adoption. Ultime recours : « I’ve got a problem, I need to speak to my teacher… » !
Sage précaution qui se révéla inutile: il n’y eut aucun problème Durant ce séjours!
Les enfants répartis dans les familles vers 18 h 30 (heure locale), les accompagnateurs rejoignirent également leur hébergement. Le rendez-vous étant fixé au
lendemain matin 8 h , une longue soirée s’offrait à nous. Les Anglais on le sait , dînent tôt. Il était de mon devoir de poursuivre l’enquête entreprise l’après-midi sur la
filière du houblon et notamment sur le résultat de la phase finale d’élaboration. Un endroit plaisamment nommé « French Connection » fut recommandé par notre hôtesse. J’apprends que ce
nom fut donné à une boutique de prêt-à-porter en 1997. Se faisant désigner par ses initiales (FCUK ) cela suscita paraît-il une vive controverse compréhensible seulement par un
Britannique !!
Mardi 15 : visite de Londres.
Sur les conseils éclairés de notre chauffeur, un temps de parcours assez long avait été prévu. L’accès à la capitale britannique est en effet
relativement problématique. On sait que les voitures particulières sont soumises à un péage dissuasif pour pénétrer dans le centre ville. Les cars touristiques en sont
dispensés, par contre le prix du parking est prohibitif ! Cette mesure qui facilite incontestablement la circulation en centre ville, ne résout en rien le problème des embouteillages à
l’approche de la capitale !
Péage urbain de Londres (Congestion Charge)
En février 2003, Londres a été la première grande ville au monde à mettre en place un péage urbain pour réduire la circulation dans son centre-ville du lundi au vendredi. Si cela a eu pour
conséquence de diminuer le nombre de voitures dans la zone soumise à péage, la circulation dans Londres est encore loin d’être toujours fluide.
http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9age_urbain_de_Londres
Le parcours d’Ashford à notre point d’atterrissage près de Tower Bridge, ne demandera pas plus de deux heures en fait. L’automobiliste français aura intérêt à
respecter scrupuleusement les limitations de vitesse compte tenu du nombre de radars et de caméras de surveillance. Les radars sont signalés par des traits discrets sur la chaussée !
Tower Bridge et la Tamise. Nous
aurions été déçus s’il n’avait pas plu. Aussi est-ce tous parapluies déployés que nous écoutons les explications d’Annick, qui connaît la ville
comme sa poche.
La silhouette de ce pont basculant est connue dans le monde entier. Il mesure 286,50 m de long et les tours qui le soutiennent s’élèvent à 43 m de hauteur. Sa
construction avait commencé en avril 1886 et dura 8 ans. L’architecte Horace Jones décéda avant la fin des travaux et son successeur, l’ingénieur en chef John Wolfe Barry donna aux façades des
tours leur style néo-gothique victorien. Une passerelle située en hauteur devait permettre le passage des piétons pendant l’ouverture du pont aux navires. Elle fut fermée en 1910 à cause des
prostituées et des pickpockets qui y sévissaient. En 1976, l’ancienne machinerie à vapeur –qui se visite- fut remplacée par un système de moteurs électriques. En 1982, l’ancienne passerelle fut
réaménagée et vitrée. Elle accueille une exposition retraçant l’histoire du pont et sa construction. La travée centrale mesure 61 m et elle est constituée de deux poutres basculantes. Chaque
bascule pèse environ 1200 tonnes. Le but était naturellement de permettre la remontée de la Tamise aux navires à haute mâture. (La hauteur d’un trois mâts carré actuel peut
atteindre plus de 37 m au dessus du niveau de l’eau. Le « Belem » qui fut le yacht du Duc de Westminster avant de faire la fierté de notre marine à voile a un grand mât de 34 m )
(Pour en savoir plus, mais en Anglais ! : http://www.towerbridge.org.uk/TowerBridge/English/BridgeHistory/)
Londres ne l’oublions pas était alors le port de la plus grande puissance impériale maritime du
monde. Un certain Józef Teodor Konrad de Nalecz-Korzeniowski, natif de Pologne et désirant prendre le large décide, compte tenu de la réputation de la Royal Navy, de
devenir « marin anglais ». Il deviendra plus tard écrivain sous le nom de Joseph Conrad. Plusieurs de ses romans, au-delà de l’intrigue, donnent une image réaliste de la vie maritime dans
l’Angleterre de la marine à voile.
On peut admirer, au long des berges quelques unités prestigieuses de la marine britannique tel le HMS- Belfast, le plus grand croiseur de la Navy
durant la seconde guerre mondiale aujourd’hui transformé en musée. Le HMS Belfast est
le seul navire de la 2e guerre qui fut conservé par les Anglais et qui est aujourd’hui dans le port de Londres. Il vit le jour à Belfast au nord de l’Irlande en 1936 et fut complété et
lancé le jour de la St-Patrick en mars 1938. De la classe des croiseurs, il fut baptisé par madame Neuville Chamberlain. Il reçut son armement le 5août 1939 et se retrouva en opération à la base de
Scapa Flow dès le déclenchement des hostilités un mois plus tard. Le 21 novembre, l’explosion d’une mine le brise en deux et il doit subir des réparations et modifications importantes dans le port
de Davenport qui dureront deux ans. En novembre 1942, il reprend du service pour la protection des convois de l’Arctique et la mer du Nord. En décembre 1943, il participe à la chasse du Scharnhorst
en compagnie du Norfolk, le Jamaïca, le Duke Of York et le Sheffield et ils parviendront à couler le navire allemand. Le roman « Mer cruelle » de Nicholas Monsarrat,
restitue bien l’état d’esprit et l’ambiance de cette époque.
Le HMS Belfast participera au débarquement de Normandie en juin 1944 ou il sera le navire amiral de la force E.
En 1945, il est envoyé dans le Pacifique pour aider à vaincre le Japon mais la guerre prendra fin avant son arrivée.
Il sera néanmoins dans le secteur de l’Extrême Orient pour participer à la guerre de Corée en 1950. Il sera désarmé le 24 août 1963 pour finalement être rénové et conservé comme navire musée. (
Longueur 186,9 m ; largeur 19,3 m ; déplacement 10 000 tonneaux ; vitesse 32 nœuds ; 881 hommes d’équipage ).
Peu après notre retour, nous apprenions que le Cutty Sark, un autre navire musée en restauration à Greenwich avait brûlé en partie ce 21 mai. C’était un des derniers
clipper ayant servi au commerce du thé entre la Grande Bretagne et la Chine.
La tour de Londres. Pour apprécier le point de vue sur Tower bridge, nous
avons dû contourner la « Tour de Londres » de sinistre réputation.
C’est la tour carrée flanquée de quatre tourelles qui lui a donné son nom. L’ensemble des bâtiments servait de forteresse, d’arsenal, de trésorerie, de palais, de
refuge et de prison. L’expression anglaise « sent to the tower » est l’équivalent de notre verbe « embastiller ». Le site fut fortifié dès l’époque romaine mais c’est Guillaume
le conquérant qui ordonna la construction de la « Tour blanche » en 1078, notamment pour protéger ses Normands de la population de Londres ! La pierre
utilisée devait même provenir de Caen.
Prison royale, la Tour de Londres reçut de célèbres captifs : Elisabeth I pour quelques temps, Thomas Becket,
Thomas More, notre poète Charles d’Orléans :
« En regardant vers le païs de France,
Un jour m’avint, a Dovre sur la mer,
Qu’il me souvint de la douce plaisance
Que souloye oudit pays trouver ;
Alors chargay en la nef d’Espérance
Tous mes souhaitz, en leur priant d’aller
Oultre la mer, sans faire demourance,
Et a France de me recommander…
Pais est trésor qu’on ne peut trop loer.
Je hé guerre, point ne la doy prisier …
(Ballade LXXV. Charles d’Orléans. Poésies. T 1. Ed P Champion .1923)
L’un des derniers fut Rudolph Hess, le dauphin de Hitler, à l’occasion de son étrange escapade en Grande Bretagne. Elle était aussi le théâtre des
exécutions capitales : pendaison ou décapitation ! Que d’histoires extraordinaires : de la terrible fin d’Anne Boleyn (1536) seconde femme d’Henri VIII, véritable « barbe
bleue » au mystère des « Princes de la tour », fils d’Edouard IV, emprisonnés jusqu’à leur mort. Nul ne s’étonnera de l’omniprésence de fantômes en ces lieux ! Thomas
Becket hanterait la tour portant son nom. Anne Boleyn, enterrée à la hâte après son supplice serait apparue en 1936 à un garde terrorisé dans la « Tour
sanglante » où les « petits princes » se promèneraient de temps en temps en se tenant par la main . L’exécution rocambolesque de Margaret Pole, dernière
héritière des Plantagenets se reproduirait chaque année au pied de la Tour verte, le jour anniversaire de sa mort. Lady Jane Grey, décapitée à 15 ans par amour aurait été aperçue
pour la dernière fois en 1957 sur le toit de la « Tour de sel » tandis que Guilford Dudley son amant viendrait pleurer sa belle près d’une fenêtre de Beauchamp Tower…
Durant l’hiver 1815, une sentinelle aurait été surprise par un ours fantôme sortant de nulle part et serait décédée le lendemain.
La légende des corbeaux de la Tour de Londres relève de cet ensemble de récits extraordinaires. Elle commence
avec l'astrologue de Charles II, John Flamsteed. Celui-ci se plaignant auprès du roi de la présence incommodante de ces oiseaux, le roi décida de les abattre. Mais on lui dit que sans ces oiseaux
, la tour de Londres s'effondrerait avec son royaume. Pour éviter cette catastrophe, on tailla les ailes de quelques corbeaux pour les empêcher de fuir. Aujourd'hui encore, ces oiseaux demeurent
dans la tour et leurs appartements sont adjacents à la tour Wakefield. Un homme nommé "Ravenmaster" (maître des corbeaux.) en prend soin. Les volatiles ont nom Hardey, Thor, Odin, Gwyllum,
Cedric, Hugin et Munin !
On sait nos amis d’outre Manche portés sur les récits d’outre tombe ! Nul à ma connaissance n’a su déterminer s’il s’agissait d’une
prédisposition génétique (théorie présidentielle), d’un vieux reste de culture Celte, de la fréquence des brumes naturelles ou provoquées ( voir la rubrique houblon )
Autre intérêt du lieu, et qui suscite également les rêveries les plus folles, l’exposition des joyaux de la couronne depuis le début du
14ème siècle dans la Martin Tower. On peut y admirer plus de 12000 diamants dont les plus célèbres du monde : le Koh-i-Nor
et le Cullinan II ainsi que 5 couronnes royales ayant été utilisées entre 1715 et 1939. Le Koh-i- Nor ( Montagne de lumière en Persan ) proviendrait de l’Inde. Il fut « confisqué » par
les Anglais lors de la conquête du royaume Sikh (1849). Il fut présenté à la reine Victoria pour le 250ème anniversaire de la Compagnie des Indes orientales en 1850. Il a été retaillé,
passant de 186 à 108 carats, sa masse actuelle (1 carat unité de masse = 200 mg). En 1936, la pierre fut montée sur la couronne de la reine Elisabeth, épouse de George VI. Malgré les
réclamations de l’Inde, le bijou n’a toujours pas été restitué ! Le Cullinan fut découvert en 1905 en Afrique du sud . C’était le plus gros diamant jamais trouvé : 3106
carats soit la taille d’un poing ! Thomas Cullinan, propriétaire de la mine vendit le diamant 150 000 $ au nouveau gouvernement sud africain qui l’offrit ensuite à
Edouard VII. Transféré à Amsterdam en 1907, il fut taillé par la société Asscher. Le résultat donna un diamant poire de 516,5 carats (Cullinan I) serti sur le sceptre royal et un autre de 309
3/16 de carats (Cullinan II) intégré à la couronne. Il existe des pierres secondaires (Cullinan III à IX) plus petites et 96 éclats plus des extrémités brutes. L’envoi à Londres donna lieu à une
opération romanesque : un convoi maritime fortement armé fut utilisé comme leurre alors que le diamant était tout simplement expédié par la poste !
Ce « cadeau » fait à la couronne d’Angleterre par le nouveau gouvernement de Louis Botha devait manifester la loyauté des Afrikaners à l’Empire après la
terrible guerre des Boers ( Elle se termine en mai 1902. Le bilan est de 75 000 morts dont 22 000 britanniques. Ces derniers « inventèrent » durant ce conflit contre les
Boers, les premiers « camps de concentration ») Le gouvernement d’Edouard VII accorda en échange cinq millions de £ à l’Afrique du Sud. Nous sommes assez loin on le voit , des jolies
histoires de princes et de princesses !
Nous n’avons pas vu les fameux "Yeoman Warders" armés de hallebardes, et affublés d’un uniforme datant de l’époque des Tudors. Leur nom vient du
recrutement autrefois confié aux petits propriétaires campagnards (yeomen) . De nos jours, ce sont des vétérans de l’armée qui assurent le service. Il est raisonnable de
supposer que d’autres systèmes de sécurité assurent la garde du royal magot !
Randonnée dans Londres.
http://www.explore-london.co.uk/index.html
Nous avons regagné l’autocar qui attendait sagement dans le parking souterrain. 10 £ la demi
heure ! (environ 16 € ). Il nous dépose à proximité de Westminster. Nous prenons nos sacs pique nique, car alors commence la « randonnée dans Londres » qui va nous permettre
d’admirer les lieux les plus caractéristiques de la capitale Britannique. Chaque enfant possède un itinéraire détaillé avec plan et descriptif assorti de questions simples. Le temps manque
malheureusement pour visiter chacun des édifices aperçus. Cette première sensibilisation peut permettre de susciter d’autres séjours !
Westminster regroupe un ensemble de lieux hautement symboliques de la monarchie et du gouvernement Anglais.
(Westminster de « ouest moutier » c'est-à-dire monastère de l’ouest) L’abbaye est à la fois notre basilique Saint Denis et notre cathédrale de Reims : on y couronne et enterre les
rois et reines depuis que Guillaume le conquérant y fut sacré. C’est aussi le siège du Parlement : Chambre des Lords et Chambre des Communes (députés)
- Sur l’histoire du lieu en Anglais http://www.westminster-abbey.org/ et en Français http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_de_Westminster
- Sur l’architecture : http://fr.wikipedia.org/wiki/Palais_de_Westminster )
Bien qu’habituellement désigné par l’appellation « néo gothique » et sans être un spécialiste, on ne peut qu’être frappé par l’originalité de
l’architecture assez éloignée des formes continentales. Le « gothique perpendiculaire » est une spécificité britannique. L’article ci-dessus référencé nous apprend que la reconstruction
après un incendie au 19ème siècle visait à s’opposer au classicisme régnant alors en France. Si cela est exact, on peut dire que c’est réussi ! Naturellement, l’intérêt de tous se
porte vers Big Ben à l’approche de midi ! Nous sommes au pied de la tour Saint Stéphen de la Maison du Parlement lorsque retentit le
célèbre carillon. 16 notes connues sans doute dans le monde entier et qui troublèrent bien des sommeils d’enfants dans les demeures d’autrefois ! Puis les 12 coups graves d’une cloche de
13,5 tonnes ainsi nommée en souvenir de Benjamin Hall, premier commissaire des travaux publics d’une corpulence légendaire. La tour, construite en 1859 porte quatre cadrans de 7 m de diamètre. Il
paraît qu’elle est réglée chaque année en posant une pièce de un penny sur le mécanisme si elle avance ou en la retirant si elle retarde !
Sur l’autre rive de la Tamise, une construction fort différente a attiré immédiatement l’œil des enfants : la grande roue ! De son vrai nom
Millenium Wheel ( roue du millénaire) elle a été mise en place pour les festivités de l’an 2000. Avec ses 135 m , elle est l’une des plus hautes d’Europe ( The Star of Nanchang
en Chine construite en 2006 mesure 160 m. La « roue de Paris installée elle aussi en 1999 ne mesurait que 60 m !! ) Elle porte 32 « capsules » à air
conditionné pouvant emporter 15 personnes pour une rotation de 30 minutes. (12 € la place). Le projet a coûté 55 millions d’ € à la British Airways qui a financé le projet et espère attirer 2
millions de visiteurs par an.. Selon la compagnie aérienne britannique, « Ce sera la Tour Eiffel du XXIème siècle ! » . D’abord montée à plat sur la Tamise,
elle fut redressée plutôt difficilement. Telle qu’elle est là maintenant, on la surnomme « The London Eye » . L’œil de Londres veille sur le siège du
pouvoir et le domine ! Au loin, les silhouettes variées d’immeubles « modernes ». La ville de Londres, fortement éprouvée par les bombardements aériens durant le
« Blitz » a profondément rénové son architecture.
Nous suivons l’itinéraire décrit par le mini-guide élaboré par les enseignantes. Passage obligé devant le « 10 Downing Street »,
résidence du premier ministre. Déception : c’est une impasse dont l’entrée est sévèrement gardée. Nous ne verrons pas la porte devant laquelle récemment, Tony Blair salua le chef de l’UMP,
restant diplomatiquement sur la première marche afin de signifier que le visiteur n’était pas encore élu ! Il est trop tard pour la relève des Horse Guards. On veut se faire photographier
devant le cavalier impassible, tandis que le cheval réprime moins facilement son ennui ou son impatience. L’homme est plus docile.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Horse_guards
http://gardiens.traditions.free.fr/Monde/UK/HG.php
Nous traversons l’esplanade bordée de tribunes, dans le quartier des Horse Guards. La cérémonie du « Trooping the Colour » (L’anniversaire de la
Reine, pourtant née un 21 avril, est officiellement célébré le 17 juin avec la cérémonie du salut aux Couleurs (Trooping the Colour), une parade des Horse Guards et l’inspection par la Reine des
troupes de la Garde Royale. L’événement, qui se déroule entre Buckingham et Whitehall, permet d’admirer les fastes et les traditions de la Couronne.)
Les estomacs commencent à crier famine. Il est temps d’arriver au St Jame’s Park pour le pique nique. Nous longeons le lac et saluons un pélican flegmatique. Les
oiseaux aquatiques pullulent. Un écureuil gambade entre les passants. Les enfants sont cernés par les pigeons dès leur installation sur les bancs. Concours : qui en attirera le plus !
Les filles gagnent sans difficulté !
Sur la pelouse, les petits Anglais d’une école primaire crient, se poursuivent, se bousculent. Ils portent tous l’uniforme : bleu marine , pantalon ou jupe
grise. Seul le K-way réversible apporte une note de couleur gaie : certaines fillettes ont choisi le rose extérieur. Autrement c’est bleu nuit. Ces enfants là sont encore jeunes et
disciplinés. Les adolescents que nous croisons affirment négligemment leur identité : nœud de cravate lâche, pan de chemise hors du pantalon… Petit sondage auprès de nos élèves :
l’uniforme vous en pensez quoi ? Non à la quasi unanimité : « On ne peut pas s’habiller comme on veut ?... » L’idée souvent mise en avant d’un souci égalitaire peut faire
sourire. Rien n’est moins égalitaire que le système éducatif britannique. Ecoles privées, ségrégation sociale et communautarismes sont dominants. Les uniformes – chaque école a
le sien – marquent le quartier, l’origine, l’appartenance des enfants. C’est d’ailleurs fait pour ça !
( Pour un regard –TRES- critique sur la vie quotidienne vue par deux Anglais on peut lire « Petite encyclopédie de la Vie merdique en Grande Bretagne à l’usage
du reste du monde » par Steve Low et Alan Mc Arthur. Ed Scali. Mieux vaut être adulte et posséder une bonne culture people et télévisuelle )
(à suivre )
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