La quatrième matinée débute par une nouveauté dans le programme : la visite de Maidstone et de son curieux musée.
La ville de Maidstone est traversée par la rivière Medway. Une bataille importante s’y déroula durant la guerre civile en 1648. Le Maire, Andrew Broughton approuva la mise à mort de Charles Ier, ce qui lui vaut une inscription en tant que régicide sur une plaque commémorative !
Mais c’est le musée qui nous attire dans cette ville. Etrange institution où se mêlent les vestiges archéologiques, des armes de toutes époques, une salle consacrée aux dinosaures et même un rayon « costumes historiques » qui fera le bonheur des enfants.
Comme pour les autres visites nous nous séparons en petits groupes et chacun divague dans les salles selon sa fantaisie.
De nombreux espaces sont destinés aux enfants avec des jeux adaptés. Dernier avantage et non des moindres : l’entrée est gratuite. Il est un peu difficile d’établir un lien entre les divers centres d’intérêts : l’égyptologie est présente, le Japon aussi. Cette accumulation résulte probablement de donations successives.
Quoiqu’il en soit, les objets sont bien mis en valeur et le personnel est très serviable. Le musée a un site où l’on peut recueillir (en Anglais) quelques renseignements supplémentaires :
http://museum.maidstone.gov.uk/
Naturellement, cette visite n’est qu’un hors d’œuvre. La direction principale est le parc et le château de Leeds situé près de Maidstone. La visite était déjà au programme en 2007 et 2008. (Voir ici et là).
« Le spectacle des grands châteaux d'Europe offre au regard une merveille de splendeurs infiniment variées; Windsor admiré depuis la Tamise, Warwick ou Ludlow depuis le bord de leur rivière, Conway ou Caetnarvon depuis la mer, Amboise depuis la Loire, Aigues-Mortes depuis les Lagunes, Carcassonne, Coucy, Falaise et le château de Gaillard... Tous couronnés d'éloges, et pourtant leur beauté ne peut rivaliser avec celle de Leeds par un soir d'Automne..." Lord Conway.
Avant d’entrer dans le parc proprement dit, nous déjeunons sur l’herbe, à l’ombre des grands arbres, accompagnés par les célèbres paons qui vont de groupe en groupe à lents pas hautains.
Moins insolents que les goélands railleurs de Hasting, ils se contentent d’attendre la chute hasardeuse des miettes. Les enfants s’offrent un moment de détente : on joue à cache-cache, au freezby, au ballon…
Les « hand clapping games » se compliquent et s’accélèrent.
Enfin vient le moment de pénétrer dans le superbe parc de Leeds, plus de vingt hectares traversés par la rivière Len, un affluent du (de la ?) Medway.
Le cours d’eau a été aménagé de manière à former un petit lac qui défendait autrefois le château bâti sur des îlots.
L’ensemble des terres ayant été autrefois marécageuses, la construction se fit grâce aux matériaux transportés sur la rivière.
L’espace proche de l’entrée est planté d’arbres datant pour certains d’entre eux du 18ème siècle. L’un d’eux se voit « mesuré » par la ronde enfantine. Combien faut-il de bras pour en faire le tour ? Deux fois dix !
Les célèbres cygnes noirs nichent sur des radeaux de branchages. Ces grands oiseaux funèbres et majestueux ont été introduits par la dernière propriétaire, Lady Baillie, qui les aurait fait venir d’Australie.
Nous sommes dans la nurserie des canards (Duckery), une succession de petits bassins séparés par des cascades et environnés de bosquets.
En fait de canards, nous sommes poursuivis par les criailleries des bernaches nonettes qui colonisent la pelouse.
Dernière nous, un splendide paon blanc fait la roue et se livre aux objectifs : les enfants se précipitent pour le photographier et l’animal semble y prendre plaisir !
Les cygnes à tête noire d’Amérique du sud voisinent avec les cygnes de Bewick, espèce nordique peu fréquente dans ces parages.
Cet espace ornithologique libre est un avant goût de la volière que nous verrons en fin d’après midi.
Le Parc du château est également célèbre pour la végétation agencée « à l’anglaise ». Nous sommes en fin de floraison des bulbes.
Tulipes, Jonquilles et anémones se disputent les parterres. Roses, lupins et coquelicots rivalisent d’éclats.
Lady Baillie, dit-on voulait pouvoir disposer de fleurs en toutes saisons.
Fleurs à couper pour ses appartements, mais aussi plantes exotiques dans un jardin en terrasse. Un festival d’automne célèbre le talent des jardiniers. (Automn Glory Flower Festival )
La longue silhouette du château apparait. Des groupes de jeunes anglais occupent les pelouses. De grands chapiteaux blancs sont installés : une cérémonie ? Nous aurons la réponse tout à l’heure…
Le palais actuel n’a plus rien à voir avec la première fortification de bois bâtie par les Saxons. Entourée de marécages et protégée par un système compliqué de palissades et d’écluses elle dominait un moulin fortifié au bord de la rivière...
Robert de Crèvecœur (1119) fit édifier un château de pierre, un donjon avec mur d’enceinte et bâtiments domestiques sur l’île principale. Edouard Ier (1278) et la reine Eléonore de Castille commandèrent d’importantes modifications visant à renforcer les défenses et à maîtriser les eaux.
On lui doit les fortifications qui protègent l’accès à l’entrée principale (barbacanes). Trois chaussées protégées par des portes fortifiées avec herses et ponts levis devaient être affrontées avant de pénétrer dans le cœur de l’ouvrage.
La Gloriette - terme d’origine espagnole - témoigne de l’influence de la reine qui introduisit tapisseries et planchers muraux ainsi que le verre des fenêtres selon les modes mauresques.
La forteresse abrita au moyen âge six reines : Eléonore, Isabelle femme d’Edward II, Phippine de Hainault (femme d’Edward III ce fauteur de guerre !), Jeanne de Navarre, Catherine de Valois et Catherine d’Aragon. Les Anglais appellent ce château « Castle of Queens, Queen of Castles ».
C’est Henri VIII, lui-même homme à femmes, qui transforma la sombre résidence médiévale en palais pour Catherine d’Aragon. Nous n’avons pas vu le placard ou ce « Barbe bleue » aurait dissimulé ses crimes ! Les téléspectateurs assidus ont eu la possibilité d’apprécier l’ambiance de l’époque à travers la série « Les Tudors »
Résidence royale durant près de neuf siècles, Leeds devint ensuite une prison destinée à accueillir des Français ou des Hollandais. La menace d’invasion Espagnole ou Française n’était plus à l’ordre du jour et le site avait perdu de son importance stratégique.
En 1675, Lord Culperer propriétaire du château se vit attribuer environ un million d’hectares en Virginie par le roi Charles II. Il devint ensuite gouverneur de cette colonie britannique et le plus important propriétaire terrien du nouveau monde. Lord Fairfax, qui avait hérité de Leeds, partit résider en Amérique pour mieux diriger ses domaines. En 1745. Il eut alors comme employé George Washington lui-même, alors âgé de seize ans! Par un curieux retournement historique, c’est une riche américaine, Olive Wilson Filmer qui racheta en 1926 le château de Leeds et en finança la restauration.
Connue sous le nom de Lady Baillie, on lui doit l’aspect actuel de la propriété et du parc. A l’image des anciens aristocrates, elle fit implanter des essences exotiques dans les jardins, élever des oiseaux de toutes provenance, en liberté ou dans la volière qui renferme plus de cent espèces différentes : perroquets, toucans, ibis rouges, loriquets arc-en-ciel de Tasmanie, aras et les étranges spatules blanches.
Le goût de l’ancienne propriétaire pour les oiseaux exotiques s’exprime également dans une des galeries du château où sont exposées de nombreuses gravures et aquarelles les représentant.
Nous nous arrêterons un instant devant un portrait de la grande dame, posant pour la postérité, avant de faire don de ses biens à une fondation chargée de l’entretenir. Elle décéda en 1974 et le château fut ouvert au public en 1976.
Mission réussie, puisque le parc reçoit plus de cinq cent mille visiteurs par an, accueille noces et banquets, concerts et diverses festivités avec feux d’artifices.
Outre un curieux musée du collier de chien montrant l’évolution de la « mode canine » depuis cinq cents ans, les notices attirent l’attention sur le golf et sur un vignoble qui produit 8 000 bouteilles par an…
La visite des enfants est naturellement centrée sur l’intérieur du château que l’on parcourt questionnaire en main.
Nous ne sommes pas ici dans l’un de nos Palais nationaux où l’on reconstitue à grands frais mobiliers et décors – parfois aussi avec l’aide financière prépondérante des Américains comme à Versaille – Leeds a le charme des demeures récemment habitées où les salles historiques voisinent avec les espaces privés récents.
La chapelle néogothique et la grande salle datant d’Henri VIII voisinent avec les appartements, la garde robe de Lady Baillie, sa salle de bain, la salle de jeu …
Les fenêtres à croisillons offrent des vues superbes sur les jardins.
Si le cœur vous en dit et vos moyens vous le permettent, vous pouvez dîner et dormir au château : vingt chambres sont aménagées dans ce but.
Pour les réceptions, la capacité est de 245 invités.
La salle d’apparat est préparée pour un mariage, tables mises et bouquets de fleurs. Nous croiserons la Rolls blanche des futurs époux qui visitaient lentement le parc, verre de champagne en main. Ils eurent droit à une ovation à laquelle la mariée, fort jolie, répondit par de grands sourires…
Entre temps, nous avions réussi à esquiver l’inévitable boutique pour nous diriger vers la surprise du jour : le labyrinthe ! 2500 ifs plantés par un moderne Dédale constituent un casse tête inextricable que les enfants vont parcourir en tous sens et à toute vitesse.
Les plus perspicaces et les plus chanceux sortiront par la grotte souterraine située au centre et décorée de figures mythologiques.
Nombre d’entre eux referont plusieurs fois l’expérience, heureux de se dégourdir les jambes et d’éprouver en toute sécurité l’angoisse excitante : comment se tirer de là ? Des gardiens discrets veillent sur les jeunes explorateurs.
Puis ce sera, seconde surprise, le château de bois et de cordes, mini parcours suspendu avec passerelles, tyrolienne, toboggans, et autres réjouissantes épreuves.
Le chemin du retour se fera par la volière. L’heure de la fermeture était proche et nous devions laisser place aux invités du somptueux mariage qui se préparait.
J’ignore ce qui s’est dit au retour, en classe et dans les familles, mais j’imagine que cette journée fut l’une des plus marquantes du voyage !
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