Zestes de campagne .
A la veille du scrutin présidentiel, faisons un point. Les sites des candidats et des partis vous livrent programmes et engagements. Il serait imprudent de ne pas les lire . Les lecteurs de « Petits potins 10 » savent sans doute trouver leur chemin dans le maquis des ruses électorales. En toute modestie, livrons quelques impressions ultimes.
Grands et petits.
D’autorité, les candidats ont été catalogués. Non selon leurs idées, mais selon des sondages commandés par les plus fortunés et répercutés par leurs amis (presse, télés etc. ). Le PS connaît bien cette musique et mit en scène habilement l’intronisation de sa candidate. L’UMP tenta une contre attaque lamentable, le « petit Nicolas » ne supportant pas même l’ombre d’un soupçon de contestation.
Dès lors l’opinion pouvait paraître formatée. Survinrent François Bayrou et son tracteur. En vieux roulier, il vit la faille : « Ni droite , ni gauche ! »
L’étrange opération Hulot, hélas, renvoya aux abimes des interrogations vitales.
De droite à gauche sur la photo...

o Le Pen
La présidentielle est son terrain de jeu favori. Il n’a rien à perdre, chacun sachant qu’il ne sera jamais élu président. Mais les « idées » qu’il agite gagnent, contaminent, polluent. On le dit « rangé des voitures », calmé, bonhomme, pépère. Les connaisseurs repèrent cependant les messages codés adressés à ses vieux camarades. « Bitru » par exemple. Vous et moi désignez le « français moyen » sous le nom de Dupont, Durant, voire Leguignon, le bon vieux lampiste des feuilletons d’autrefois. Le Pen, lui, choisit Bitru. Citation : « M Bitru, smicard, qui attend depuis dix ans un appartement, mais il y a toujours une famille Kurde qui arrive à poil avec dix enfants qui est prioritaire, car elle n’a pas de logement. Et M Bitru attend toujours… ».
D’où sort-il ce nom ? De romans figurez vous. Signés Albert Paraz (1899-1957) , défenseur de Ferdinand Céline en exil pour collaboration. Entre autres titres de gloire, ce Paraz oublié (sauf de JMLP ) fut chroniqueur à « Rivarol », journal peu connu d’extrême droite, et préfaça en 1950 le premier livre négationniste : « La tentative de Paul Rassinier n’est pas seulement un mouvement d’historien, un réflexe d’homme libre, c’est aussi un acte qui s’inscrit dans nos tâches les plus ingrates ». On croirait lire du B.Gollnish .
o Sarkozy.
Le personnage excelle à brouiller les pistes. « Je suis couvert de cicatrices !! … J’ai changé… J’ai le droit de dire… » A l’entendre, ce « moi » est déjà un programme. Mais il y a aussi les : « Je veux… »
- une société du « chacun pour soi ». Les slogans martelés depuis des mois incitent à la lutte de tous contre tous : « travailler plus pour gagner plus », « la France qui se lève tôt », « la France on l’aime ou on la quitte » …
- la fin des services publics, conséquence de ce qui précède. Avec des applications concrètes : suppression de la carte scolaire et « autonomie des établissements », donc à terme disparition de l’éducation nationale par exemple.
- Des « réformes libérales » attendues par le MEDEF et la vieille droite revancharde : fonds de pension à la place des retraites par répartition, assurances maladie privées à la place de la sécurité sociale, haro sur « l’assistanat ». Comprenez la solidarité .
- Porte ouverte aux « communautés » contre la laïcité. La philosophie est directement inspirée du système anglo-saxon. L’injustice engendrée par le système économique « compensée » par les œuvres caritatives de préférence religieuses.

Les dernières péripéties de campagne concernant les origines génétiques de « déviances » réelles ou supposées ne sont pas un dérapage. L’homme est persuadé posséder un patrimoine génétique, venu du fond de sa lignée et qui le prédispose notamment à « l’hétérosexualité » ( il l’a dit !) et sans doute au commandement ! Cette philosophie – en cours dans les milieux conservateurs étasuniens - a des conséquences détestables. Elle conduit à penser que tout est joué d’avance dans la vie des individus. Si l’on est délinquant de naissance, plus besoin d’éducation ni de prévention. Le dépistage précoce et la répression suffisent !
Le ton de ses derniers discours de campagne, les thèmes qui déchaînent les applaudissements de ses supporters donnent légèrement froid dans le dos. Des commentateurs prétendent qu’il se plait à susciter la peur. Le déploiement démesuré de forces de police pour des interventions ponctuelles a sans doute plusieurs fonctions. Flatter un électorat inquiet en affichant une volonté d’ordre sur le thème de la « reconquête des territoires perdus de la république ». Mais aussi préfigurer la répression des conflits sociaux qui ne manqueront pas de naître de l’application d’une politique de libéralisation sauvage.
o Ni droite ni gauche !
La formule est ancienne. Elle fut jadis exploitée par l’extrémisme de droite. Sous une forme plus civilisée nous avons connu la « troisième force » unissant centristes et socialistes sous la 4ème république, la version gaulliste (« au dessus des partis »), le Giscardisme ( « La France gouvernée au centre » ). Il est naturel qu’une partie de l’opinion, sentant se dessiner des tensions sociales dangereuses, cherche à les exorciser. « Unir toutes les bonnes volontés, prendre les bonnes idées quelles que soient leur origine… ». L’expérience prouve que l’amalgame sert généralement à faire accepter des solutions de droite par une partie de la gauche ! François Bayrou s’essaie à l’exercice. Comme il le dit lui-même : « Ce n’est pas parce qu’un renard se couvre de plumes qu’on va le prendre pour une poule ! ».
o « Souviens-toi bien des’ héros d’48 qu’étaient plus grands qu’ceusses d’au jour d’aujourd’hui… » ou le retour des grands ancêtres.
Mme Royal se drape dans les plis du drapeau. Sarkozy accapare les noms de morts illustres. Bayrou cite « Aragon » !
La question des symboles est revenue en force. Faut-il changer les paroles de « La Marseillaise » ? Le drapeau tricolore appartient-il à la droite ? Jaurès qui fut beaucoup cité, avait déjà répondu à la question du lien entre patriotisme et internationalisme :
«Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale; beaucoup de patriotisme y ramène».
Drapeaux et hymnes. Chacun semble chercher ses repères. La question était déjà posée dans les années trente et le PCF y avait répondu à sa façon :
« Nous voyons dans le drapeau tricolore le symbole des luttes du passé et dans notre drapeau rouge le symbole des luttes et des victoires futures… Et si l’immense foule …chante en cette mémorable journée, non seulement notre hymne d’espérance et de lutte l’Internationale, mais aussi la Marseillaise …un chant révolutionnaire dont nous reprenons volontiers l’appel vibrant :
« Liberté, liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs… »
Jacques Duclos au Stade Buffalo. 14 juillet 1935.
« Nous ne voulons pas laisser au fascisme le drapeau de la grande Révolution, ni même la Marseillaise des soldats de la Convention… »
Maurice Thorez.3 août 1935. Discours au 7ème congrès de l’IC.
M. Sarkozy invoque les manes de Blum , et même de Guy Moquet ! Marie George Buffet ironique commente : « Bientôt il va nous citer Lénine ! ».
Il y a moins d’un an, les candidats du « OUI » noyaient allègrement les couleurs nationales dans le bleu européen. La mondialisation était présentée comme horizon indépassable. Toute contestation était caricaturée : « franchouillarde », « franco-française ». Cela a-t-il changé avec le « NON » majoritaire, ou assiste-t-on à un jeu de faux semblant ?
C’est intéressant les symboles, et surprenant parfois. Prenez le drapeau européen par exemple. Ses 12 étoiles ne représentent nullement les états comme certains l’ont cru, ni le simple résultat d’une construction géométrique harmonieuse. Ce drapeau a été adopté le 8 décembre 1955 par le Conseil de l’Europe. Son dessinateur est Arsène Heitz, catholique fervent, qui a révélé avoir été inspiré par la médaille miraculeuse de la Sainte Vierge de la rue du Bac à Paris. Couleur et formes évoquaient pour lui le symbole marial tel que représenté dans l’imagerie pieuse du 19ème siècle. Les pères de l’Europe avaient auparavant rejeté un projet de E couché sur fond vert. Robert Schuman y avait vu « un caleçon séchant sur l’herbe » ! Le projet de Heitz fut donc adopté, le jour de l’Immaculée conception, par des représentant de la démocratie chrétienne. « On ne pouvait dévoiler que c’était la médaille miraculeuse… Il fallait garder le secret, car il y a des juifs et des protestants en Europe » déclara ensuite la veuve de l’artiste. On lui pardonnera d’avoir omis les agnostiques, athées, les musulmans et autres confessions…
o Le geste et la parole.
Tout le monde a remarqué les mouvements brusques et impératifs du candidat Sarkozy, l’allure compassée de Ségolène Royale, la décontraction soigneusement étudiée de Bayrou…( Ah la mise en scène du tracteur !... )
Ailleurs des images de meetings insistent sur le poing levé. Du coup, le néophyte se demande s’il doit imiter ou non ses voisins… C’est un peu comme à la messe, lorsqu’on ne sait à quel moment s’asseoir ou se lever. Interrogée sur le sujet, Marie George Buffet a répondu que chacun faisait comme il voulait. Les candidats de la Gauche populaire qu’elle représente préfèrent lever leurs mains unies à la fin des meetings.
Le « poing levé », comme tous les symboles politiques, a une histoire. «Comme symbole plastique d’intimidation équivalent au salut romain d’Hitler et de Mussolini, les antifascistes adoptèrent le geste du bras.., le poing serré » écrivait Serge Tchakhotine (« Le viol des foules par la propagande politique »). Mis en scène dans les manifestations de force social démocrates en Allemagne dans les années 1930, ce geste apparaît dans les rassemblements de Front populaire, en France et aussi en Espagne contre le Franquisme. Les propagandistes d’alors en firent le contrepoint exact du salut des fascistes italiens , espagnols et Hitlériens : poing fermé contre main tendue, bras gauche contre bras droit, bras plié contre bras tendu. Par la suite, et de façon moins formelle, cela devint un signe de reconnaissance pour de nombreux mouvements de libération, notamment contre l’apartheid aux Etats-Unis et en Afrique du Sud.
o Attention : il y a quatre tours !
Bizarrement, j’entends reprise fréquemment la formule gaullienne de la « rencontre d’un homme ( ou d’une femme) avec le peuple » à l’occasion de l’élection présidentielle. On peut le comprendre venant de candidats marqués par les tentations autoritaires de type bonapartiste. La formule est plus étonnante dans le camp républicain.
José Bové par exemple, se targue d’être « au-dessus» ou en dehors des partis! Il parle « mouvement, mobilisation, dynamique ». A toute petite échelle, la mise en scène de son entrée en lice ne relevait-elle pas d’une logique plébiscitaire ?
N’oublions pas qu’après l’élection du président , restera à désigner une majorité parlementaire. Certains méprisent cette étape. Olivier Besancenot, Arlette Laguiller se voient dans la rue, « avant-garde agissante » pour un énième tour social .
Le porte parole de la LCR répète que les congés payés furent obtenus par la grève en 1936, et non par les élections. N’empêche : sans l’élection du gouvernement de Front populaire, cette revendication ouvrière eut-elle été satisfaite ?

Il n’est plus possible dans un pays comme le nôtre , d’opposer la force nécessaire du mouvement social à la légitimité des élections démocratiques. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche constructive et déterminée contre la droite, une gauche qui ne déçoive pas. Le résultat des élections, de toutes les élections peut y contribuer. Les Français, on le sait attendent beaucoup. Pour l’emploi, le pouvoir d’achat, le logement, l’environnement.
Dimanche en soirée, inutile de consulter « Petits potins 10 » pour avoir à l’avance les résultats. Ici , nous respectons la loi. Bon vote !
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