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Vendredi 11 mai 2007

« Cinq ans ferme ! »

(L’expression est de Clémentine Autain)

 

Après le coup de déprime de dimanche soir , j’ai fait comme le nouveau Président. Je me suis mis au vert (quoique plus modestement, aucun de mes amis ne possédant un yacht, pas même une barque ni un vieux ponton) Je me suis pas mal retrouvé dans le texte  publié par « La Dépêche de l’Aube »  et issu du site ( à recommander « Bella Ciao »…Ah ces italiens… voir à la fin de l’article ) Je me suis déclaré en grève illimitée, ce qui ne fait de tort à personne vu que je suis un double boulet pour le dernier des  joyeux libéraux triomphants: retraité et fonctionnaire. C’était évidemment ne pas voir plus loin que le bout de son jardin ( Voltaire, Candide etc. …)

Des courriels m’en font reproche. Les incidents survenus dans différentes villes de France prêtent à confusion et les seconds couteaux de l’UMP s’emploient à semer encore une fois les graines de la haine . Tel Christian Estrosi qui au journal télévisé prétend que Ségolène Royal a appelé à l’émeute !

Clarifions donc.

-         Si la déception est compréhensible, aucun mouvement violent  plus ou moins manipulé n’est acceptable. C’est inutile. Le candidat des droites est élu. Il règnera. C’est contre-productif : chacun sait que les violences renforcent l’électorat de droite. C’est désastreux pour les intéressés, condamnés durement par un pouvoir décidé à s’imposer à tout prix.

-         L’élection présidentielle est passée, viennent les élections législatives. D’autres suivront. Si l’on veut réagir, il n’est pas inutile de revenir sur cette expérience récente. Et d’en tirer des leçons.

 

Victoire d’un système.

 

La politique spectacle a mis en pleine lumière un homme ambitieux et peu regardant sur les arguments. Sa réussite ne doit pas cacher qu’il a été porté par un parti politique organisé, soutenu activement par des personnalités nombreuses, des forces économiques puissantes. François Bayrou a confirmé ce que nous savions déjà sur les relations entretenues avec les pouvoirs de l’argent et des médias.

 L’UMP a aligné sur les antennes et les ondes des porte parole obstinés, entraînés à répéter les slogans clés de la campagne…et à monopoliser la parole dans les « débats » quitte à les rendre inaudibles. Leur truc (et ça ne fait que commencer ) : répéter le plus souvent possible le nom de « Nicolas Sarkozy ». Nous avons eu l’impression curieuse de retrouver  les plus vieilles techniques de propagande, celles qu’on avait cru disparues avec les médias modernes et la fin de la guerre froide .

 En a parte : retour aussi des « orateurs », harangueurs de foules et bateleurs d’estrades. Moi j’aimais plutôt ça.  Barjonet à Charléty en 68, Gustave Ansard à la Bourse du Travail à Troyes dans les années 70, Patrick Le Hyaric à Sainte Savine récemment, Jacques Duclos en 69, banlieue nord. Des envolées lyriques dignes de Jaurès (Lisez ou relisez) . L’orateur citait Cervantès. Maurice Thorez, lui,  étudiait le latin et dialoguait avec Louis Aragon. Voyez notre misère ! … Les survivants  à droite,  auront d’autres mémoires d’autres horizons : les charmes et les dangers de la séduction des foules… Philippe Henriot, talent et  parole dévoyés. Les écrivains complices ou fourvoyés. Drieu , Céline,… . Vertiges de paroles déboussolées dont Jonathan Little (« Les Bienveillantes ») à sa manière témoigne 

 

  La plupart des reportages ou émissions consacrés à la campagne, que ce soit à la radio ou à la télévision, ont commenté, illustré, les thèmes favorables à la droite. On a même entendu des journalistes regretter que la loi oblige à une certaine « équité » de durée,  dans la période précédant l’élection !

 

S’organiser pour résister.

 

Il est un peu vain d’imaginer que seule la bonne parole de quelques uns (dont celle-ci), dispersée, peu audible, suffira à contrebalancer un tel rouleau compresseur. Les réactions et colères individuelles, si estimables soient-elles ne pèsent pas lourd dans cette balance là.

Or d’oncques, en toute modestie ( je ne parle qu’en mon nom !!! lol :-°), je me tente une mise en ordre perso :

1.     L’union fait la force (banal mais toujours vrai !).

2.     Toute action publique est politique. (L’ « associatif masqué » ne trompe que lui-même ). On le sait bien dans nos villages où le moindre responsable de club (belote, pétanque, pêche à la ligne) est identifié, toléré ou exclu. Pas d’illusions : la chasse est ouverte !

3.     Râler c’est bien. Agir c’est mieux. Les opposants au néo-bonapartisme manquent de bras. Les UMPistes distribuent des tracts, vont sur les marchés, collent des affiches. Finalement, ils n’ont peut-être pas tort en tout.. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt !

4.     Le plus dur c’est d’apprendre. (« Premier mot d’ordre apprendre, second mot d’ordre apprendre, troisième mot d’ordre apprendre… »… Lénine aux Komsomolsk....traduction approximative…)  Un parti politique devrait servir à ça normalement. Ce n’est pas un « club de supporters » t-shirts-drapeaux-casquettes-chaussettes !. Si l’on veut se déprendre du modèle UMPiste, il faudrait  mettre au cœur de futures refondations la connaissance (et pas le slogan) . ATTAC a tenté l’aventure. D’autres agissent en ce sens, chez les Verts, les « Altermondialistes ». Sur d’autres marges « Auboisementcorrect » y contribue. Le programme de MG Buffet , inspiré des 125 propositions antilibérales était cohérent et prometteur. Tous les « économistes » ne sont pas « libéraux » de même que la météo n’annonce pas inévitablement la pluie. La campagne électorale lors du référendum sur la constitution européenne fut exemplaire par la diversité et l’engagement dans un vrai débat de fond. Cela a manqué lors des dernières présidentielles y compris dans les « Blogs ». Ce que j’appellerais la « gauche critique » fut cruellement absente.

 

Le monde est là, qui vit et lutte…

 

Originalité  peu remarquée durant ces dernières semaines de campagne: la persistance sourde des luttes syndicales. Qu’il s’agisse d’EADS, de l’automobile, d’ouvrières du textile, des hommes et des femmes tentaient de sauver leur emploi, leurs conditions de vie, leur maison , leur famille peut-être. Chacun a pu apprécier les mascarades médiatiques : le candidat du MEDEF faisant son numéro devant des sidérurgistes, dûment convoqués,  muets bras croisés et polis. La candidate socialiste râlant après ses assistants :

 « Mais ils sont où les ouvriers ? Cela ne sert à rien de visiter une usine s’il n’y a personne !

-         Ils seront là , ils seront là » rassurait un piteux GO (gentil organisateur).


 

Furtivement , la classe ouvrière existait, en toile de fond d’un spectacle mal ficelé. Les très qualifiés. Ceux qui restent d’une grande puissance industrielle. Ingénieurs à Rennes, femmes que remercia du bout des lèvres Laure Manaudou pour les maillots qui la font sirène. Ils et elles savent qu’ils seront en première ligne. Les amis du nouveau président , ils les connaissent depuis belle lurette. Ce sont leurs employeurs encore, leurs licencieurs souvent. Ils font avec. Ils n’ont pas le choix. Eux aussi sont divisés : syndicat ceci, syndicat cela. La presse et les médias n’ont pas de mots assez durs pour les organisations de travailleurs : corporatistes, minoritaires, divisées. Les syndicats de fonctionnaires ? Trop puissants. Ceux du privé ? Trop faibles. Jamais comme il faut naturellement. Avez-vous remarqué que les syndicats patronaux, médicaux, buralistes, agricoles (pas tous) sont écoutés et légitimes. Les seuls qu’on méprise représentent quoiqu’on en dise, la plus grande partie des salariés. Ceux –ci d’ailleurs ne s’y trompent pas et leur accordent régulièrement, lorsqu’ils en ont la liberté, des suffrages nombreux. Du coup, les gouvernants gênés ont supprimé les élections qui permettaient cette expression  atypique : celles qui permettaient de désigner les représentants paritaires aux caisses de sécurité sociale. Et je ne donne pas cher des futures élections aux prud’hommes. A la CGT et à la CFDT qui réclament une juste représentativité lors des négociations, le MEDEF dit non ! Nous verrons ce qu’en pensera l’élu du peuple, de quelques vedettes sur le retour et des grosses fortunes. Il sait déjà comment tenter de briser les grèves (service minimum, vote par usine…)  Il n’a pas envisagé apparemment de les éviter.

Notre tradition (devoir de mémoire) est que sans un syndicalisme actif, les espoirs, les revendications sociales restent des coquilles vides . Besancenot n’avait pas tort de dire que les congés payés ont été obtenus par la grève en 1936. Il n’aurait pas dû oublier que les accords entérinant  cette victoire ont été signés par un gouvernement de Front populaire. Quand à 1968 que le nouveau Président veut « liquider », nous savons bien, que les émeutes spectaculaires et vaines ont donné à la droite une majorité écrasante au Parlement. Le syndicalisme heureusement sut préserver son autonomie et concrétiser des avancées significatives.

 

 

Et si vous n’êtes pas d’accord, REAGISSEZ !

 

En annexe le texte et le lien pour Bella Ciao :

de Christophe Adriani

Au soir du 22 avril, Marie-George Buffet a dit notre détermination à "tout faire pour battre Nicolas Sarkozy". Commentant notre mauvais résultat, elle a aussitôt prévenu que les communistes seraient "toujours là". Sur ce dernier point, je m’interroge : comment serions-nous toujours là ? Pourquoi serions-nous toujours là ?

Le nombre d’électeurs qui ont porté leurs suffrages sur le nom de Marie-George Buffet est réduit au nombre d’adhérents que nous comptions il y a vingt ans au moment de ma propre adhésion. Et cependant, un nombre bien plus important de français attendent des communistes qu’ils soient "toujours là". Ils nous le disent et nous l’ont répété tout au long de cette campagne, ajoutant le plus souvent que pour autant ils voteraient "utile", c’est à dire pas pour nous. Et du Nord au Sud, d’Est en Ouest, que nous soyons sur le terrain tous les jours ou que nous n’y soyons déjà plus faute de force, ils ont voté d’un même élan. Maintenant les mêmes nous tapent affectueusement sur l’épaule en nous demandant : "ça va ?".

Bah non, ça va pas…

Chaque communiste peut en témoigner à sa manière : nos proches sont très exigeants à notre égard. Un jour ils attendent de nous que nous reconstruisions un parti puissant, un autre jour que nous le liquidions pour laisser a place à « autre chose » ; ils veulent que nous soyons toujours les mêmes mais pensent que ce serait plus facile si nous changions d’identité ; ils attendent surtout que nous nous mobilisions contre les méfaits des politiques pour lesquelles ils ont voté au nom du moindre mal… Nous connaissons tous ces amis, ces parents qui nous félicitent de tenir bon. Mais c’est fatiguant à la longue.

Aussi je propose que nous décrétions une année sabbatique. Au lendemain des législatives au cours desquelles il est désormais envisageable que nous perdions toute représentativité nationale, laissons-les faire et reposons-nous pour mieux nous ressourcer.

Ainsi ceux qui pensent que notre présence est un obstacle à la constitution d’une force antilibérale ou anticapitaliste d’un genre nouveau pourront à loisir constituer l’organisation qu’ils appellent de leurs vœux. Ainsi ceux qui nous demandent toujours ce qu’il faut faire pour ensuite nous reprocher de ne pas avoir bien fait pourront tenter leur chance.

 Nous sommes fatigués. Nous avons besoin de repos et de recul. Notre nouvelle « stratégie paresseuse » sera mise à profit. Utilisons ce qu’il reste du Parti pour organiser ces longues vacances du militantisme : stages de relaxation à Colonel Fabien, salons de beauté et de massages dans toutes les sections, ateliers de pratiques artistique, échanges de savoirs œnologiques et culinaires et surtout… cours de farniente.

Organisons des camps de rééducation à la glandouille absolue ! Ce ne sera pas facile, mais il faut faire cet effort.

Utilisions toutes nos ressources à notre seul avantage. La présence de communistes sur tout le territoire devrait permettre de favoriser les échanges d’appartements, le covoiturage, pour visiter la France, changer d’air. Allons nous promener au bord de la mer sans parler du prix du poisson ! Fidèle à notre tradition internationaliste, nous tâcherons de faire des émules sous d’autres latitudes, histoire de ne pas passer toutes nos vacances dans le Nord et le Pas-de-Calais (même si c’est très joli).

Cette nouvelle orientation va susciter des vocations. Aussi nous faut-il être très fermes : pas question d’accepter d’adhésion pendant l’année sabbatique, sauf à être à peu prêt certains que le prétendant ait voté pour nous en avril 2007 (à ce niveau on peut les compter un par un dans chaque bureau de vote). Exception faite également des adhésions par amour pour un adhérent ou une adhérente, la déraison étant excusable et non le calcul.

 L’Humanité supprimera toute ses pages politiques, économiques et sociales qui nous dépriment pour se consacrer uniquement à l’essentiel, autrement dit aux loisirs et à l’art. La page télé sera remplacée par une page de poésie quotidienne. Les pages théâtre, cinéma, littérature, occuperont la moitié du journal…

L’Humanité dimanche sera remplacée par Les Lettres Françaises que nous vendrons le dimanche matin en déclamant des vers (d’où l’intérêt des stages de pratique artistique). Au travail, pas question d’embêter nos collègues avec de sempiternelles débats sur la baisse tendancielle du taux de profit ou les règles de l’OMC (d’autres s’en chargent souvenez-vous). Organisons des parties de belote et aux beaux jours des concours de pétanque. Et ne manifestons que pour imposer la sieste à l’entreprise (c’est une autre manière d’agir sur la répartition de la plus-value !

Quand à la fête de l’Huma, il faudrait n’y inviter pour une fois que de bons artistes pas médiatiques, des vrais copains comme Lubat, Perrone et Benedetto, avec une affiche de Paris Clavel, s’il vous plaît. Ce sera en quelque sorte l’espace des Amis de l’Huma en un peu plus grand, mais pas trop quand même car nous n’aurons pas le temps de tout préparer. D’ailleurs, limitons les entrées à notre seul entourage en proposant à nos vrais potes de l’organiser avec nous, chacun y apportant sa part, ce qui limitera les frais.

Enfin, repoussons le congrès à la fin de cette année historique. Soit nous déciderons de continuer comme ça, officialisant la première mutation d’un parti communiste en club de vacances perpétuelles, soit nous reviendrons à nos anciennes pratiques, mais plus calmes, plus efficaces sans doute. En fait ça dépendra de ce qui se sera passé durant notre relative absence (relative car on cachera quand même les enfants d’immigrés si on doit les cacher).

 


dimanche 29 avril 2007

http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=47344

par Petits potins_10 publié dans : Libre parole
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