APRES
Le temps des vacances étant aussi celui de la futilité, il n’est pas interdit de s’intéresser aux suites de la coupe du monde de football. En toute modestie, car nous n’avons nullement la compétence des commentateurs autorisés ni des supporters acharnés. Cependant, nous avons des oreilles et avons noté des réactions et propos qui nous paraissent instructif. Sur le football, et sur bien d’autres choses…

Premiers matchs : la cata !
On ne donne pas cher de l’avenir de l’équipe de France. Le sélectionneur est mis au pilori. Les plus optimistes évoquent une tactique, une phase de « préparation ». On redoute l’Espagne. On prépare les valises avec le Brésil.
Les commentaires sont plus que désobligeants et beaucoup portent sur la composition de l’équipe de France. Non sur la qualité des joueurs. C’est déplaisant à dire et à entendre : la couleur de peau des footballeurs est en cause. Une partie de la « planète » foot n’aime pas son équipe. Cette forme de racisme – fréquente semble-t-il dans les tribunes- ayant tendance à nous hérisser le poil, nous cherchons à en savoir plus. Sur les 23 sélectionnés, 3 sont nés à l’étranger : Jean Alain Boumsong (Cameroun), Claude Makelele (Congo), Patrick Viera (Sénégal). Cinq joueurs sont nés en France de parents étrangers : Zinédine Zidane (Algériens) Alou Diarra ( Maliens), Sidney Govou ( Béninois), ViKash Dhorasoo (Mauriciens), David Trezeguet (Argentins). Enfin, 9 des joueurs sont issus des départements antillais. Il est donc inexact de dire que l’équipe de France est majoritairement composée de joueurs issus de l’immigration sauf à considérer que les Antilles ne font plus partie de

Au nom des grands ancêtres de « l’esprit sportif » , nous avons un peu honte de devoir poser de tels problèmes. Me Jean Claude Beaujour, avocat du collectif DOM a dénoncé un « amalgame quasi systématique » qu’il a relevé dans certains médias ainsi que dans des conversations tenues au sein « des milieux sociaux élevés » (Le Monde du 9 juillet). On mesure, à travers ces dérives, le poids de dizaines d’années de racisme et de xénophobie, exprimés ouvertement par des mouvements politiques, et alimentés par un électoralisme racoleur.
Victoires : on oublie tout !
Deux magnifiques victoires, une équipe transfigurée, beaucoup rêvent d’une réédition de 1998. La qualification acquise pour la finale, On se prend à y croire. L’atmosphère pourtant n’est pas à la grande « communion » célébrée cette année là. Les débordements d’après matchs donnent à nouveau lieu à des appréciations racistes. On montre avec insistance la photographie des casseurs à l’œuvre à Troyes (première page de l’Est Eclair). N’ont-ils pas la peau un peu sombre ? Pourtant les interpellations mettent en cause des jeunes gens aux patronymes ordinaires. Alcoolisés pour sûr, mais ce n’est pas une ethnie ( Il n’existe d’ailleurs encore pas à ma connaissance d’ « ethnilotest ») !

Le sport n’est-il plus perçu comme une voie ouverte à tous (humains de toutes origines) vers la réussite et la reconnaissance sociale ?
Les sommes mirobolantes circulant dans le sport professionnel peuvent faire oublier que certaines pratiques sportives furent et sont encore un moyen de s’affranchir d’une condition sociale modeste. La boxe, le football, sports populaires présentent cet aspect. En témoignent les boxeurs polonais du nord – voir un beau film avec R. Borhinger- les fils d’Italiens ou d’ Espagnols, la grande époque des coureurs Bretons. L’accueil fait au jeune Ribéry, le « t’cho » gars du nord nous a fait revivre ces beaux instants dignes de « Reine d’un jour », la vieille émission « bien de chez nous », avec interview des amis, de la famille dans le cadre de vie d’origine. Pour un peu , on aurait fredonné la chanson de Bachelet : « Au nord, y’ avait les corons… ».
Cependant, la situation actuelle rend la perception plus confuse. Selon Pap N’Diaye, chercheur à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) :
« L’intégration par le sport est un miroir aux alouettes… C’est un double mythe. Car d’une part cela concerne une toute petite minorité de personnes…D’autre part le sport, même lorsqu’il s’exprime de façon joyeuse, n’abolit pas les stéréotypes racistes… elles les renforcent au contraire… Personne n’est surpris que les noirs réussissent en sport. Pas même les racistes. Pour que les victoires sportives favorisent la lutte contre les discriminations, il faudrait que les joueurs s’investissent…dans le domaine extra sportif, dans la vie civique… Même dans le sport, c’est sur le terrain que les noirs sont présents, pas dans les instances dirigeantes, à l’exception du président de l’Olympique de Marseille, Papa-Diouf… »

Karembeu, en son temps a su rappeler que ses ancêtres furent exhibés dans des zoos humains, à l’époque bénie de la « colonisation positive ». Lilian Thuram s’y emploie. Dans une interview aux « Inrockuptibles » ( 18 juillet 2006), il déclare :
« On parle de « lepénisation des esprits » mais il y a aussi une « sarkoïsation » des esprits… C’est incompréhensible : on est en France, un pays civilisé, et l’on accepte que des gens soient expulsés, j’allais même dire déportés….Quelque chose est en train de s’immiscer dans la société petit à petit… je ne comprends pas que les gens n’y voient pas un problème. Ils apprennent à être cyniques… La réponse ne passe pas par le sport mais par l’éducation ..pour donner des armes pour comprendre… N. Sarkozy représente l’autorité, et il faut faire attention à ce que l’on fait à partir du moment où l’on représente l’autorité… »

Coup de théâtre ( Coup de boule)
La finale. Un match honorable où l’équipe de France domine nettement en seconde mi- temps, avec toutefois une tendance à la faute (Je répète ce que disent les Tifosis) . La tension est réelle. La chute n’en est que plus rude : le héros Zidane , vu par des millions de téléspectateurs – sans parler de ceux des tribunes- fait froidement demi tour pour expédier au tapis un adversaire ! Il est justement exclu. L’Italie gagne.
Déchaînement de passions. La presse locale nous apprend dans un long article qu’un «collectif de personnalités » pétitionne pour qu’on « refasse le match » !

La faute fatale et inexplicable va donner lieu à d’interminables commentaires. Zidane est celui qui les résume le mieux : « Je m’excuse… Je ne regrette pas… Je le referais…» . A plusieurs reprises, au cours de l’interview, l’idole, tenue chic mais décontractée, lève au ciel les yeux, suggérant une intervention divine déjà invoquée lors de son retour dans la sélection …Comprenne qui pourra ? On nage dans le subliminal. L’homme dit-on a des « valeurs ». L’équipe, le collectif cèdent devant des « insultes » personnelles, habituelles paraît-il dans ce « sport ». Débat de cour de récréation. « Il m’a traité, m’sieur ». La fédération a tranché. Les sanctions sont légères de part et d’autre.

L’épisode le plus cocasse fut certainement la réception à l’Elysée et l’hommage appuyé du Président de
Avec le recul…
Les grandes messes du football spectacle ont déjà donné lieu à de multiples études. France culture a consacré une bonne émission au sujet samedi dernier. ( On peut réecouter dans la semaine ou enregistrer (Podcast)
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/repliques/index.php?emission_id=14
Pour vous mettre l’eau à la bouche voici la 4ème de couverture de l’ouvrage de l’un des intervenants :
« Censurées, occultées, refoulées, ces réalités, loin d'être de simples " déviations ", " dénaturations " ou " dérives " comme le répètent à l'envi les idéologues sportifs, constituent au contraire la substance même du football-spectacle. Derrière le matraquage footballistique de l'espace public se profilent toujours la guerre en crampons, les haines identitaires et les nationalismes xénophobes. Et derrière les gains, transferts et avantages mirobolants des stars des pelouses, promues " exemples pour la jeunesse ", se cachent les salaires de misère, le chômage, l'exclusion, la précarité et l'aliénation culturelle de larges fractions de la population invitées à applaudir les nouveaux mercenaires des stades comme naguère les foules romaines étaient conviées par les tyrans aux combats de gladiateurs. Le football-spectacle n'est donc pas simplement un " jeu collectif ", mais une politique d'encadrement pulsionnel des foules, un moyen de contrôle social qui permet la résorption de l'individu dans la masse anonyme, c'est-à-dire le conformisme des automates ».
Ça se discute, mais ça ne manque pas d’énergie non ?
( Bibliographie sur le site de France Culture : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/repliques/ )
On ne saurait terminer sans évoquer un aspect peu couvert par nos médias, à propos de cette coupe du monde. Naturellement, tout le monde a entendu parler de la prostitution organisée, de l’utilisation du stade de Berlin et de son triste passé ( les pierres ont-elles une mémoire ?). Mais qui sait ce qu’est le « Pok ta Pok ? ». Pour qui est sensible aux images et aux symboles, l’affaire ne manque pas de résonnances.
« La tournée dans six villes allemandes du seul groupe de joueurs officiellement reconnu de "POK TA POK" du Mexique à été préparée à Vienne. Le POK TA POK est une forme archaïque du football qui est née au Mexique il y a environ 3 000 ans »
Qu’est ce que le Pok Ta Pok ?
Le Jeu de balle que l'on trouve sur les différents sites archéologiques de El Tajin, Monte Alban, Chichén-Itzá etc. ... s'appelait chez les Mayas Toltèques Pok-ta-Pok. Dans chaque grande cité se trouvait un terrain de jeu. Le terrain était délimité par deux terrasses sauf aux extrémités, qui étaient en forme de la lettre T majuscule. Chaque équipe de 2 à 12 joueurs devait se renvoyer la balle par l'anneau de pierre placée à
Le poids et la dureté de la balle " Kik " faite d'un latex récolté par saignée de l'arbre du ( chicle) avait une grosseur d'environ

Chez les Mayas, peuple du Yucatan, le mot ‘’kik’’ désigne le latex des arbres à caoutchouc et le sang humain. Dans la langue aztèque, ‘’ollin’’ désigne à la fois la balle élastique et le mouvement. Les Aztèques établissaient en outre une étroite association, presque une identification entre le caoutchouc et la force de vie, le sang et le cœur humain dont l’offrande, faisait tourner la roue du soleil et assurait la vie de la terre. Le caoutchouc, sang de l’arbre, était l’homologue du sang humain, la substance la plus digne d’être offerte en sacrifice aux dieux. Un même mot, ‘’ollin’’ évoque donc, en une chaîne sémantique, le latex, le sang, le caoutchouc, la balle du jeu, la sphère, le mouvement de la balle et le mouvement du soleil. En outre, ‘’ollin’’ est l’un des vingt signes du calendrier divinatoire qui sert à fixer le destin des hommes. Le "Pok ta pok" est étroitement lié aux mythes de création, de la course du monde, et les contradictions entre naissance - décès, le soleil - lune.
Le jeu avait donc une signification aussi bien cosmique que rituelle et sacrificielle.

Qui étaient les joueurs ?
La fête est la manifestation la plus frappante de la violence et de la ferveur de la foi aztèque. Elle est quasiment quotidienne et sert de cadre au sacrifice humain qui en est sa finalité. La foule des dieux du panthéon aztèque explique le rythme vertigineux des périodes festives. La fête aztèque est un véritable spectacle permanent, monté et offert à la population par les castes dirigeantes. La dernière catégorie de condamnés était ceux qui avaient écopé du fardeau de personnifier les dieux. Ces "images des dieux" comme les appelait Sahagun, n'étaient pas de simples figurants déguisés mais devenaient eux-mêmes des divinités au milieu des hommes. Ainsi c'était "l'image" de Uixtocihuatl, déesse du sel, qui était immolée ou bien encore celle de Xilolen, la vierge-mère, déesse du jeune maïs. Ces individus, véritables représentations humaines des dieux, étaient choisis selon des critères très spécifiques. Par exemple, les enfants que l'on sacrifiait aux dieux de la pluie se devaient d'avoir deux tourbillons de cheveux sur la tête et d'être nés sous un bon signe. Qu'ils soient captifs, guerriers ou "images des dieux", les sacrifiés étaient la plupart du temps étrangers à la société aztèque. On sacrifiait avant tout "l'autre".
Tout était soigneusement préparé, rien n'était laissé au hasard. Cette préparation avait pour but "d'anesthésier" la future victime en l'amenant à un épuisement physique total qui assurait aux prêtres le consentement halluciné du supplicié au moment de la mise à mort, et ainsi le bon déroulement du spectacle. Diverses méthodes étaient employées pour enlever toute énergie aux sacrifiés : privation de sommeil, jeûne, danses interminables et absorption de stupéfiants. "On les obligeait, rapporte Sahagun, à veiller toute la nuit en chantant et en dansant." Le prélude au sacrifice prenait parfois une tournure érotique lorsque la victime masculine se retrouvait entourée de plusieurs femmes qui se devaient d'égaler les déesses de l'amour. Le fameux jeu de balle mésoaméricain et autres simulacres de combats correspondent également à la dépense physique imposée par le sacrifice. Suite à ces préliminaires, dont l'objectif, rappelons-le, était de garantir une apparente et relative sérénité des sacrifiés, le moment fatidique arrivait et "au milieu de la nuit, ils plaçaient les captifs devant le feu et leur coupaient une mèche de cheveux sur le sommet du crâne...
"Les prêtres déposaient le captif sur la pierre, lui ouvraient la poitrine, lui fendaient la poitrine : alors ils coupaient le coeur, ils cassaient les fils du coeur..." Le prêtre offrait alors à la divinité du jour choisi, le coeur sanglant et encore palpitant du captif, puis le déposait dans un récipient cérémoniel.
Certains texte laissent à penser que le capitaine de l’équipe vaincue était ainsi sacrifié.
Nous le savons. Comparaison n’est pas raison. Tout de même, n'y avait-il pas un petit côté sacrificiel dans le geste de Zidane et la suite?
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