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Jour de grand vent à Mesnil-Sellières en ce 11 novembre 2010. Ce qui n’a pas nui à la commémoration de l’armistice qui mit fin à la première guerre mondiale.
Un nombre conséquent de Maillotines et Maillotins avaient décidé de manifester leur attachement au souvenir tragique de la « Grande guerre » et aux souffrances des hommes qui furent entraînés dans l’hécatombe.
On s’interrogea l’an passé sur l’avenir de la cérémonie, les derniers « poilus » ayant disparu. Et pourtant nombre d’enfants étaient présents, accompagnés de leurs institutrices (1). Le Maire de la commune, Olivier Jacquinet a tenu à manifester sa satisfaction :
« La présence de Géraldine et de Corinne m’a fait chaud au cœur avec tous ces enfants. Je voudrais les remercier de leur investissement et dire que la jeunesse est notre trésor pour les années à venir. »
Les jeunes étaient également représentés tant au sein de l’Eveil que parmi la compagnie de sapeurs pompiers.
Il nous est difficile de savoir quelle représentation peuvent avoir les nouvelles générations du conflit mondial qui ruina l’Europe. Des tentatives de reconstitution du champ de bataille ont été récemment présentées dans la Marne. Au cours de voyages scolaires, au fil des années, les enfants de Mesnil-Sellières ont eu l’occasion de se rendre à Vimy – territoire et mémorial canadien- ou à Verdun.
La chaîne « Histoire » rediffuse actuellement « Les croix de bois »
Inspiré du roman de Roland Dorgelès, ce film fut pour beaucoup la restitution impressionnante de l’ambiance et des drames vécus. (Film de Raymond Bernard sorti en 1932 avec Pierre Blanchard, Gabriel Gabrio, Charles Vanel, Raymond Aimos, Antonin Artaud… etc.)
Nous n’avons pas oublié « J’accuse » le terrible film d’Abel Gance.
J'accuse
envoyé par Leucit. - Court métrage, documentaire et bande annonce.
Notre enfance fut bercée par les récits des anciens combattants, la visite des champs de bataille : le Chemin des Dames, Berry au Bac, le Fort de la Pompelle. La bibliothèque du collège proposait « Ceux de 14 » de Maurice Genevoix, ou « Le feu. » d’Henri Barbusse.
Etudiants, le répertoire – par ailleurs plus débridé- comprenait « La butte rouge », la chanson de Montéhus inspirée par un épisode de la bataille de la Somme, ou la « Chanson de Craonne » dont l’auteur est anonyme, paroles recueillies par Paul Vaillant Couturier en 1917.
Chanson de Craonne
envoyé par Horadrim. - L'info internationale vidéo.
11 novembre 1918- 11 novembre 1940.
Cette année, les cérémonies officielles ont rapproché la célébration du 11 novembre et l’évocation de la résistance.
Pour cela, on a rappelé à ceux qui l’avaient oublié ou qui l’ignoraient, la manifestation parisienne du 11 novembre 1940.
Rappel des faits :
Le Maréchal Pétain a scellé la politique de collaboration avec Hitler à Montoire. (24 octobre 1940). En zone occupée (tout le nord et l’ouest de la France) l’occupant nazi interdit les rassemblements. Depuis plusieurs semaines, l’agitation règne dans les Universités parisiennes. Le professeur Langevin, est arrêté (30 octobre 1940).
Homme de gauche, militant pacifiste et antifasciste, il participe à la Société des Nations, créée après la Première Guerre mondiale … Il est à l’origine de la création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.
Au début de l'occupation allemande, cette notoriété antifasciste lui vaut d'être arrêté le 30 octobre 1940. Son arrestation est à l'origine de la première manifestation antiallemande, le 8 novembre 1940. Il est alors assigné à résidence à Troyes et enseigne bénévolement à l’École normale d’institutrices.
L’UNEF (syndicat étudiant- zone nord) dirigée par François Lescure et les Jeunesses communistes appellent à la manifestation le 8 novembre :
« Etudiants, contre l’arrestation du professeur Langevin, le premier de nos maîtres jeté en prison ! Contre la censure exercée sur nos livres, contre la présence de la Gestapo dans nos salle de cours ; contre l’asservissement le l’Université française. Rendez-vous, vendredi 8 novembre à 16 heures au Collège de France, où le professeur Langevin aurait dû faire son cours. Conservez votre calme. N’offrez pas de prétexte à la répression. Le 11 novembre. Organisez dans les facultés et grandes écoles une manifestation du souvenir. »
« L’idée de l’Etoile, témoigne François Lescure fait son chemin, soutenue par des initiatives sporadiques mais assez nombreuses, reprises par des milieux assez divers, surtout parmi les lycéens des grandes classes. Il y avait les premiers gaullistes, mais d’autres tendances aussi. Pour une part c’étaient des antifascistes, mais pour une autre part des patriotes sans trop de coloration politique ou même des nationalistes… »
« L’Appel pour la manifestation de l’Etoile »
« Etudiant de France,
Le 11 novembre est resté pour toi jour de fête nationale. Malgré l’ordre des autorités occupantes, il sera jour de recueillement. Tu n’assisteras pas aux cours. Tu iras honorer le soldat inconnu à 17 h 30. Le 11 novembre 1918 fut le jour d’une grande victoire. Le 11 novembre 1940 sera le signal d’une plus grande encore. Tous les étudiants sont solidaires pour que Vive la France. Recopie ces lignes et diffuse-les » (Texte publié dans la Revue d’histoire de la Seconde guerre mondiale n°47. Juillet 1962)
L’origine de ce tract non signé est discutée, et les arrières pensées politiciennes ne sont pas absentes de diverses interprétations. Tous les historiens s’accordent cependant pour dire que les manifestants étaient principalement des lycéens- entre 3 000 et 5 000- de sensibilités politiques diverses. Les symboles gaullistes furent clairement affichés (croix de Lorraine, deux cannes brandies en criant « Vive… »…. Sous entendu « deux gaules… » . Les étudiants communistes sont également présents.
Un appel à commémorer le 11 novembre a été lancé par radio-Londres, mais nous n’en avons pas retrouvé le texte. De Gaulle est à Brazzaville et prononce un discours qui oppose la figure de Foch et de Pétain. « Maréchal Foch, vous nous avez toujours enseigné et démontré que l’on n’a pas le droit de se rendre, tant qu’il reste des moyens de lutter… maréchal Foch, c’est un Onze novembre que vous avez fixé au front de la Patrie l’auréole de la victoire. Eh bien ! C’est ce 11 novembre que ceux qui étaient nos chefs viennent de faire à l’ennemi le serment de la collaboration… »
Le Général est occupé à rallier les territoires d’Outre mer : « Si nous arrachons morceau par morceau l’Empire français aux collaborateurs de l’ennemi afin de garder pour la France et d’y trouver des moyens de combat… c’est pour suivre votre exemple… » (Le cri de la France. Charles De gaulle. Discours. Juin 1940-Décembre 1942. Ed. Eglof. Fribourg.1944).
Les témoignages recueillis depuis montrent que nombre de participants n’obéissent pas à des consignes précises. Des organisations locales communistes recopient et diffusent l’appel gaulliste de radio-Londres (Alain Guérin. Chronique de la Résistance. Omnibus. Oct. 2000).
Combien selon la police ?
Nous reprenons ici le récit d’Albert Ouzoulias dans son livre « Les fils de la nuit » Ed. Grasset.1975 (On peut lire aussi « Les bataillons de la jeunesse. » du même auteur. E d Sociales 1969) :
« Dès le matin, quelques personnes de tous âges viennent, avenue des Champs Elysées, fleurir le tombeau du soldat inconnu et la statue de Clémenceau. La manifestation doit débuter à 17h ou 17h30. Mais dès 16h des groupes d’étudiants et lycéens des grandes classes commencent à se former en haut des Champs-Elysées. Les premiers incidents se produisent à 16 h 30 devant le 144, avenue des Champs Elysées où se trouvent les permanences de deux organisations pronazies : « Le jeune Front. » et la « Garde française ». De jeunes fascistes en uniforme avec bottes et baudriers y paradent et provoquent la foule. Cent cinquante personnes environ se groupent pour les conspuer. Les soldats allemands interviennent…
Vers la même heure, débouche de l’avenue Victor Hugo un cortège important de lycéens de Janson-de-Sailly, conduit par le professeur Edmond Lablénie… Après Janson, d’autres lycéens arrivent : Condorcet, Carnot, Buffon où se trouve le professeur Raymond Burgard… Vers 18 h une section d’infanterie allemande avec fusils mitrailleurs en batterie, occupe le Rond-point. Quelques instants après une autre section de soldats amenés en camion prend position au carrefour Georges- V. La police française intervient brutalement pour refouler ceux qui veulent aller s’incliner devant la tombe du Soldat inconnu… La tension monte dans les rues avoisinantes. Rue de Tilsitt, rue de Presbourg, rue Galilée, avenue Marceau, les soldats allemands poursuivent les manifestants, lancent des grenades et tirent au fusil mitrailleur. Le sang coule. Les arrestations se multiplient. Policiers français et soldats allemands réussissent à des rendre maîtres des Champs Elysées et des alentours. Vers 19 h les derniers manifestants se disloquent rue Royale et en direction de l’Opéra… »
Les jours suivants, la presse de la collaboration dénoncera les manifestations : « Des éléments composés en majeure partie d’étudiants ont abusé de la journée du 11 novembre pour organiser des manifestations bruyantes dans les rues, malgré l’interdiction formelle de toutes démonstrations… ».
Le journal « l’œuvre » du 12 novembre annoncera 123 arrestations parmi lesquelles 90 lycéens et 14 étudiants. La kommandantur donnera le chiffre de 143 étudiants.
Parmi les interpellés, Claude Lalet, dirigeant des étudiants communistes : il est l'un des 27 camarades de Guy Môquet fusillés comme otages le 22 octobre 1941 à Chateaubriant.
Dans la presse de la collaboration les coupables sont désignés : « Chahuteurs sans cervelle, métèques ou encore les jeunes juifs, les jeunes socialo-communistes ou encore les jeunes pourris de maçonnisme ». (Franc maçons)
L’université est fermée pendant cinq semaines. « L’œuvre » du 29 novembre annoncera triomphalement l’arrestation de 19 étudiants communistes et la saisie du matériel d’impression des tracts.
Pour l’action des jeunes dans la résistance voir notamment ici :
http://itinerairesdecitoyennete.org/journees/22_oct/index.php?page=1-3
Voir aussi:
http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichecitoyennete.php?idCitoyen=1&idLang=fr
Ailleurs en France…
Dans la zone non occupée, le Maréchal Pétain commémore le 11 novembre dans la cathédrale de Clermont Ferrand, en présence des autorités de l’église et de « l’Etat français. »
Dès 1940, dans certaines localités, on prit l’habitude de célébrer les morts de la Grande guerre le jour de la Toussaint. Ce sera le cas à Mesnil-Sellières et la coutume persistera longtemps après la Libération….
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