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Samedi 3 décembre 2005 6 03 /12 /Déc /2005 12:07

planète vie  -  planète mort

 

l’heure des choix

 

 

Le livre publié sous ce titre est un évènement au moins sous deux aspects : il dresse un bilan lucide des dangers que l’activité humaine fait courir à l’équilibre biologique de la planète, c’est aussi une étape dans les relations des catholiques avec le monde[1].

 

 

L’horreur économique que Viviane Forrester a fait paraitre il y a quelques années avait eu l’immense mérite de dénoncer les gâchis humains de nos sociétés. Quelques critiques avaient regretté que le livre s’arrête à une dénonciation et ne propose pas de solutions. Le même reproche n’épargnera peut-être pas Planète vie Planète mort.  Le livre du collectif dirigé par Marc Stenger est d’abord un cri et les auteurs rappellent à plusieurs reprises que les remèdes relèvent du domaine politique.

 

 

« Nous n’avons qu’une terre » et « le poids de notre espèce en fait une planète à risques »

 

Une première partie établit les constats. Les risques sont décrits, analysés, argumentés. Il s’agit bien du « danger de destruction de la planète » sur lequel sont d’accord tant de scientifiques. Rien de nouveau, mais on a ici un mémento clair, facilement repéré, véritable « outil de pédagogie ». La démographie, la biodiversité, l’urbanisation, l’énergie et les transports, les ogm, l’agriculture, la pénurie d’eau sont les chapitres où sont évoquées les modifications rapides que l’homme inflige à son environnement et les conséquences prévisibles. Pas de dramatisation sentimentaliste inutile ; le bilan et les perspectives sont suffisamment terribles : il s’agit bien de la survie de l’espèce humaine et nous sommes à « l’heure des choix ». Chaque chapitre est rédigé par un spécialiste du sujet et les questions qui font débat sont posées franchement, par exemple en ce qui concerne la démographie et la « nécessaire limitation des naissances ». Ce chapitre insiste sur le rôle que les femmes doivent pouvoir jouer dans la société. Leur liberté, c’est « l’avenir de l’homme [2]».

 

 

Faire face à la peur, croire en l’avenir

 

La deuxième partie présente une « réflexion théologique ». Je comprends que les croyants s’interrogent spécialement quand il est question d’affrontement entre l’homme, image de Dieu, et le reste de la Création. Mais finalement, les questions d’éthique et de morale se posent à toutes les consciences. Le risque fait partie de la vie, la prudence impose des limites : les angoisses s’imposent dans des termes voisins quels que soient les questionnements de chacun.

 

Ce chapitre m’a semblé parfois un peu trop défensif. Il est vrai que Jean-Paul II a donné de l’église l’image d’une organisation dure aux faibles et aux pauvres, plus soucieuse de préoccupations politiciennes que d’être en phase avec le monde. Le préservatif et le sida, l’éducation au Nicaragua, les revendications sociales en Amérique latine,… mais que ceux qui ne se sont jamais obstinés dans des erreurs dogmatiques lancent le premier anathème ! L’église, c’est aussi (surtout ?) ces hommes et ces femmes dont la générosité et la sensibilité s’expriment quotidiennement. C’est aussi la diversité et l’intelligence des rédacteurs de ce livre qui proposent d’être « les jardiniers du Jardin de Dieu ».

 

 

Partager, c’est aussi changer des habitudes, même si « la sobriété n’est pas dans l’air du temps »

 

La troisième partie présente quelques expériences de ce que peut être « le développement durable ». Mais il s’agit d’ilots de résistance face aux « responsables économiques poussés à prendre des décisions inacceptables sur le plan social et/ou écologique sous la pression de leurs actionnaires ». Les exemples sont louables et méritent d’être encouragés. En même temps, nous savons qu’ils ne peuvent pas se généraliser dans une société où la finance fait la loi. On retombe sur la question de l’issue. Certes, il faut utiliser les « échéances électorales » ; c’est ce que j’ai fait à l’occasion du référendum. Mais la démocratie a aussi ses limites : il faut condamner à la faim, à l’esclavage et à la mort lente les trois quarts de l’humanité si le quart restant ne veut pas changer son mode de vie…  Se pose entre autres le développement des loisirs consommateurs d’énergie. Et le partage a-t-il encore un sens pour les individus qui s’isolent, se replient, se côtoient et ne communiquent plus que par électronique interposée. Certes, le raz-de-marée en Asie a démontré des trésors de générosité ; la brutalité des images a fait vibrer les cordes affectives. S’engager personnellement, dans la durée, sans incitation des médias, contre une catastrophe progressive est une autre affaire.

 

 

Le comportement de la grenouille n’incite pas à l’optimisme[3]. Mais la grenouille était seule et ne comprenait pas ce qui arrivait. L’espoir de l’homme réside dans la diversité des bonnes volontés, dans les yeux qui s’ouvrent, dans les refus des fatalités. Planète vie Planète mort contribue à une prise de conscience collective. C’est à la fois un ouvrage de conviction et un outil de rassemblement.

 

 

Guy Cure

 



[1] Ouvrage collectif publié sous la direction de Marc Stenger, avec un avant-propos de Nicolas Hulot. éditions du cerf, 280 pages, 24 €.

[2] À part cette allusion à Aragon, toutes les citations sont tirées du livre.

[3] Voir la "Dépêche de l'Aube " du 5 aout.

Par Petits potins_10 - Publié dans : Libre parole
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