Partager l'article ! Conférence avec les "Amis du Parc": La Champagne est humide ou sèche, parfois pé ...
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La Champagne est humide ou sèche, parfois pétillante , ailleurs acidulée. Nucléaire aussi. En complément de son assemblée générale, l’Association des Amis du Parc avait invité Jean Louis Peudon, auteur d’un ouvrage de référence sur l’Aube : thème « La Champagne humide : rivières et étangs au rendez-vous de l’histoire ». L’intitulé reprend celui du Chapitre III de son ouvrage connu : « Aux origines d’un département : l’Aube en Champagne. » ( p 37 à 124)
Toutefois, l’exposé était adapté aux circonstances, centré sur le territoire du Parc naturel et élargi dans le temps.
Avertissement.
Ce texte ne prétend pas rendre compte avec toute la précision nécessaire de la conférence. Il n’est que le reflet des souvenirs d’un auditeur. Toute erreur ou approximation ne serait que le résultat d’une incompréhension de celui-ci et n’engage nullement le conférencier.
Malgré d’inévitables imperfections, l’article peut en revanche donner un aperçu des questions abordées et inciter à suivre le cycle consacré à l’eau durant les prochaines semaines. La lecture de l’ouvrage cité de Jean Louis Peudon est naturellement indispensable.
Questions de méthode.
D’emblée Jean Louis Peudon pose les termes de la recherche : géographie historique ou histoire de la géographie ont suscité de longue date les controverses. La part des déterminismes géographiques ou historiques nourrit entre spécialistes des débats analogues à la querelle de l’inné et de l’acquis en pédagogie. « Nature et culture »… « Le milieu n’est qu’un facteur explicatif parmi d’autres et généralement pas le premier » ( Vidal)
« Le cadre départemental constitue-t-il un espace pertinent pour écrire cette histoire ? » interrogeait-il dans son introduction. Le périmètre du Parc régional, soumis à l’appréciation de nombreuses instances et en cours de renouvellement pose à coup sûr la même question. Toutefois, la « Champagne humide » familière à tout géographe, si elle s’étend au-delà de limites administratives validées, constitue un espace caractéristique. L’eau y est à la fois richesse et contrainte.
« Un étang est-il un objet historique » ? Le territoire du PNRFO offre un terrain particulièrement riche à la réflexion. Le « N » de naturel est à lui seul au cœur du paradoxe. Lors de son intervention l’an dernier, Thierry Tournebize avait bien montré l’intérêt d’une étude systémique sur un milieu totalement « artificiel » (né de la construction du Lac réservoir) constitué en « réserve naturelle ». L’étang omniprésent en Champagne humide témoigne d’une histoire spécifique sur une durée longue, au-delà de la mémoire individuelle.
Avant les lacs, des étangs.
Voyage dans le temps : nous partons de la situation actuelle pour explorer les univers lointains. La carte montre les trois grands lacs, ,les massifs forestiers, l’habitat, villages et écarts. Immédiatement se pose la question traditionnelle : habitat groupé en terres sèches, dispersé en terre humide. Revoilà notre schéma déterministe et des explications jadis longuement redites. La carte montre clairement la diversité des situations. La ferme isolée existe en Champagne sèche, l’isolement des exploitations en Champagne humide est toute relative. Ici le puits profond, là l’enchaînement des espaces cultivés au long des fossés reliant les étangs. Point d'explication mécaniste donc. L'habitat dispersé ou groupé est le résultat de l'histoire et de l'économie.
Premier saut temporel avant la construction des lacs réservoirs : la carte de Cassini , plus précise qu’on ne le dit parfois (1750). Apparaît la « fonctionnalité de l’espace » selon le conférencier. Soixante à soixante dix étangs aménagés dont les bassins reliés mènent à la Seine ou à l’Aube. ( voir carte détaillée p 116. op cité)
Cela suppose au préalable des défrichements, des levées de terre, des canaux. Le fameux « Canal d’orient » longe l’étang de Planfort ( près de Brevonnes ) et rejoint celui de Lesmont proche de l’Aube dont les carpes réputées étaient livrées jusqu’à Paris dans les « boutiques à poissons », barques spécialement aménagées. Certains ont disparu tel l’étang de Villemaheu près de la Ville au Bois, associé au château et au village mais asséché avant 1789. Un réseau dense patiemment constitué relie les bassins : « l’Auzon » se déverse dans « le Rossignol » qui remplit « le Marmoret ». « Petit Brard », « Baudet », « Grand Brard », « Beaumont », « Vieille Loge » s’épanchent dans la Seine. « Les Souchères », « les Epargnés », « l’Apostole », « le Chardonneret », « Thiémoy » visent l’Aube. Un système élaboré de vannes et de fossés impose des solidarités de gestion, nourrit aussi les conflits.
La maîtrise de l’espace que révèle la carte de Cassini est le résultats de siècles de présence humaine et d’expérience. C’est une « création progressive »
La révolution hydraulique.
Nous connaissons les grandes révolutions technologiques récentes : industrielle, post industrielle, « informationnelle », appellations diverses selon les auteurs et que la postérité validera ou non. Le recul permet de considérer avec sûreté la « révolution hydraulique » (11ème – 14ème siècles) . Jean Louis Peudon en précise l’origine : la maîtrise de l’eau est une pratique ancienne et orientale. Strabon décrit le moulin à eau Perse. Les Chinois connaissent la came, mécanisme qui permet la transformation du mouvement circulaire en mouvement alternatif, mais s’en servent pour animer des automates. L’occident adapte ces inventions, les intègre au processus de production et s’assure ainsi une supériorité. Le moulin à eau anime les machines comme le fera plus tard la vapeur.
Les 10 et 11ème siècles connaissent des « défrichements sévères » dans ce qui fut l’immense forêt du Der. La toponymie en conserve le souvenir (essarts, loges ). L’étang accompagne l’installation humaine : il est à la fois moyen d’assainissement, lieu d’élevage des poissons destinés à l’alimentation. Son environnement abrite les roseaux utilisés notamment pour la couverture des habitations, et les pâturages. Il est aussi l’abreuvoir des animaux. Le paysage en est bouleversé : l’association étang- grange commande l’implantation d’un habitat remarquable tel qu’on peut le voir encore entre Géraudot et Larrivour, avec une succession de fermes (« une rue de fermes » dit JL Peudon) entre les bois communaux de Laubressel-Dosches-Mesnil-Sellières et ce qui reste de la forêt de Larrivour. La renaissance récente de l’étang des Lavards rappelle heureusement la haute époque des aménagements médiévaux.
L’influence des monastères est naturellement rappelée. Bénédictins à Montiéramey, Cisterciens à Larrivour, Prémontrés à Basse Fontaine. Les Templiers aussi bien entendu (Loge Lionne par exemple). JL Peudon signale un intérêt moins connu des étangs et de l’utilisation de l’eau pour de petites forges (Etang de la forge, Ru des forges). Les reproductions de documents d’archives permet de préciser la diversité des activités humaines entourant les grands monastères ( un cabaret à Larrivour, proche de l’abbaye !). C’est également l’occasion d’échanges entre la salle et le conférencier, certains « Amis du Parc » étant très sensibilisés au sujet traité. L’expérience de l’historien est là particulièrement utile, mettant en garde contre les interprétations hâtives de toponymes par exemple. Nombre de monographies locales avaient bâti leurs conclusions sur des origines linguistiques latines. Depuis, les recherches intègrent par exemple la connaissance lointaine des racines celtes. Dans un autre domaine, le rôle des monastères doit être rapporté aux archives et aux données de l’archéologie. Il est d’autant mieux connu que les abbayes ont laissé les traces écrites de leurs activités et de leurs transactions, ce qui n’était pas toujours le cas de laïcs illettrés. Les ordres monastiques ont pu ainsi hériter de terres défrichées par d’autres. Les premiers défrichements connus suivent la voie romaine Chaumont-Reims et les vallées. Le rôle des ermitages est attesté mais peu documenté. ( Voir « Eglise et Vie chrétienne dans le diocèse de Troyes du 4ème au 9ème siècle. » Isabelle Crété-Protin . Presses Universitaires du Septentrion. Lille3. 2002)
A suivre…
Le dialogue entre l’orateur et les assistants permit d’aborder de nombreux sujets, témoignant de l’intérêt toujours vif pour l’histoire locale. Occasion là aussi pour l’historien d’élargir le champ des réflexions par des exemples concrets, montrant par exemple l’influence de considérations géopolitiques dans le choix de certains sites d’implantation comme Clairvaux, ou encore l’évolution fluctuante du vignoble aubois. Une anecdote œnologique servira de point de suspension à un cycle consacré à l’eau : il fut un temps dit-on où la qualité du vin se jugeait à la rapidité d’écoulement du liquide projeté avec le verre contre un mur. Le vin rouge, lourd et épais apprécié au début du 19ème siècle laissait ainsi une marque indélébile. Du « gros qui tache » au léger vin de Champagne : quelle histoire !
Prochaine conférence : « L’eau source de vie » par Pascale Larmande. Cellule Zones humides du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient.
Vendredi 25 avril 2008 à 20 h
Maison des Lacs à Mesnil-Saint Père.
Entrée libre.
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