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A l’initiative des « AMIS DU PARC », Pascale Larmande, responsable de la cellule « zone humide » du PNRFO donnait , le 25 avril à la Maison des Lacs, une conférence s’inscrivant dans un cycle annuel. ( Nous avons déjà rendu compte de l’intervention de Jean Louis Peudon.)
Le sujet et la qualité de l’intervenante auraient mérité une plus grande affluence, mais il paraît qu’il y avait « football » aussi ce soir là…
On pourra visiter le site du PNRFO et y découvrir de précieux renseignements.
http://www.pnr-foret-orient.fr/fr/cellule_etang.htm
La « zone humide » n’a pas forcément, il faut le reconnaître, une bonne image : vase et moustiques, brumes obstinées voilant des créatures démoniaques, pestilences et grouillements lugubres.
«… De chaque côté de cette rivière au lit vaseux s’étend…un pâle désert de gigantesques nénuphars. Ils soupirent l’un vers l’autre dans cette solitude, et tendent vers le ciel leur long cou de spectres …» ( Edgar Poe. « Silence » ). « L’eau est le tombeau du feu et des hommes » notait encore Gaston Bachelard. Sources et mares accueillaient jadis divinités et rites, le christianisme naissant prenant souvent la relève de cultes plus anciens dans les mêmes lieux.
Ces territoires fertiles des rêves et des angoisses fut peu à peu domestiqué et mis a profit : cultures, industrie, défense, le temps des grands défrichements fut aussi celui des étangs et des eaux maîtrisées. Le siècle des lumières s’inquiètera des maladies, endiguera les cours d’eau, assèchera les marais. Le recul des zones humides se poursuivra. « Entre 1900 et 1975, 75% des zones humides ont disparu » précise Pascale Larmande. En 1957, on comptait 97 étangs de grande taille (superficie moyenne de 7,6 ha) . Il en restait 40 dans les années soixante. Cent six sont actuellement dénombrés. Ils sont plus petits ( 3,7 ha en moyenne) et destinés à la pisciculture extensive de loisir, à la chasse au gibier d’eau.
L’évolution des connaissances sur l’équilibre des milieux, écologie au sens scientifique du terme, quelques inondations catastrophiques dues à l’urbanisation et au mépris de réalités hydrologiques ont favorisé une prise de conscience qui s’est concrétisée en 1975 par la création du ministère de l’environnement. La carte du « maillage des zones naturelles » étudiées et protégées, la diversité des sigles déroute au premier abord ! Le territoire du Parc ainsi coloré s’apparente à un schéma de dentellière. Cela va des ZNIEFF (Zones naturelles d’intérêt écologique floristique et faunistique niveau 1 et 2 ), aux ZICO (Zone importante pour la conservation des oiseaux) en passant par les sites pSIC (Proposition de sites d’intérêt communautaires) futures ZSC (Zones spéciales de conservation ).
Cette profusion rebutante ne doit cependant pas masquer l’essentiel : la plus grande zone humide désignée par la France (convention RAMSAR) est située en Champagne Ardenne et couvre les trois grands barrages réservoirs. Les zones naturelles remarquables représentent 390 000 ha dans la région. 418 000 ha sont des zones particulièrement riches pour l’avifaune, les sites Natura 2000 couvrent plus de 63 000 ha au titre de la directive habitats (ZSC) et presque 58 000 ha au titre de la directive oiseaux (ZPS). Réserves naturelles et PNR complètent ces dispositifs.
La zone humide est « l’interface entre la pleine eau ( lac, étang) et la partie terrestre. Elle évolue selon les saisons. Elle est temporaire ou permanente. Cependant, ses limites doivent être précises : réglementation des activités humaines, mais aussi possibilité de défiscalisation. Une classification rigoureuse est établie : bordure d’étang naturel, zone humide artificielle etc…
Le Parc compte trois lacs sur environ 4500 ha, 106 étangs (397 ha), deux cents gravières (160 ha), environ 185 mares, 367 prairies humides ( 5195 ha), dix neuf mille hectares de forêts humides sans compter les rivières, ruisseaux et rus. (Que le Maillotin se rassure : les mares de villages même s’il en subsiste peu, ne sont pas oubliées.)
Les zones humides ainsi définies ont une triple fonction :
- fonction hydrologique (filtre et régulation )
- fonction biologique (abri, alimentation, reproduction pour les espèces qui y vivent et les plantes spécifiques)
- fonction climatique (régulation microclimatique liée à l’évaporation)
50% des espèces d’oiseaux en dépendent ainsi que 30% des espèces végétales remarquables menacées. Amphibiens et insectes y trouvent leur lieu de reproduction. La bonne qualité de l’eau y est à la fois révélateur et condition de la biodiversité . Cette notion donne parfois lieu à controverse. Pascale Larmande en explique clairement les enjeux. Dans un milieu de mauvaise qualité, seules les espèces résistantes survivent. Les plus fragiles disparaissent. Cet appauvrissement du milieu pourrait avoir des conséquences redoutables. On cite fréquemment l’apport de molécules variées issues du vivant à la fabrication des médicaments. La diversité biologique est un réservoir de ressources vital face aux modifications du milieu quelles soient naturelles ou provoquées. Un récent reportage diffusé dans l’émission Thalassa (FR3) , montrait de façon quasiment expérimentale divers aspects de l’impact humain sur le milieu dans un cadre limité et observable : l’archipel des Kerguelen. L’apport des observations et des études scientifiques menées dans le Parc n’est pas moins important même si les résultats en sont moins spectaculaires et moins connus.
La valeur économique n’est pas ignorée:
- préservation de la ressource en eau.
- Prévention des risques naturels.
- Ressource biologique.
- Activités culturelles et touristiques.
Le rôle des zones humides ou a contrario leur destruction ont été largement mis en valeur lors des crues saisonnières. L’immersion temporaire de prairies atténue et ralentit les débits. La connaissance et le respect des limites du lit majeur des fleuves et des rivières peut éviter des drames. Le midi de la France et la vallée de la Loire sont particulièrement concernés. Les « Plans de prévention risque » s’appliquent aux territoire des communes exposées aux crues. Une partie de la vallée de l’Aube relève de tels dispositifs.
Que fait le Parc ?
L’existence même de la cellule « zone humide » répond en partie à la question, et la richesse des enseignements apportés par la conférence en témoigne. Sans vouloir développer tous les points abordés par Pascale Larmande, nous avons noté les principaux axes d’intervention :
- aide et information des propriétaires.
- Recensements.
- inventaires faunistiques et floristiques
- gestion expérimentale des marais.
La sensibilisation du public à de nouvelles pratiques fut largement évoquée, notamment dans le domaine du « ressenti nature- propreté ». Certains ont peut-être remarqué à proximité de nos sites touristiques ou en bordure de routes la croissance d’herbes folles pouvant laisser croire à une négligence coupable. Il n’en est rien ! C’est exprès. Le territoire du Parc n’a pas vocation à ressembler aux pelouses britanniques. Friches et graminées abritent d’innombrables et discrets habitants. Les fauchages intempestifs peuvent réduire à néant des gisements d’orchidées, chasser à tout jamais à la fois l’insecte et l’oiseau qui s’en nourrit.
Dans un autre domaine, la mise en œuvre de la nouvelle Charte devrait favoriser autant que possible la protection des prairies en Champagne humide. Un référencement sur le territoire du PNRFO a été effectué. Le problème a été évoqué largement par A. Wieczorek dans le dernier numéro de l’Escarboucle. La superficie des herbages a déjà été très largement réduite (40% en quelques années). Il est à craindre que l’évolution des marchés ( hausse des cours ) n’accentue un mouvement vers la mise en culture. Des contrats peuvent être passés avec l’ état et l’union européenne pour initier ou maintenir « de bonnes pratiques » ( fauchage tardif, élevage extensif). Des aides devraient pouvoir inciter au maintien des éleveurs qui subsistent. Malheureusement , les financements sont peu sûrs et la pression économique et sociale très forte.
M Diallo, nouveau Président du PNRFO souligna l’intérêt des actions entreprises et des informations diffusées auprès de l’ensemble des acteurs locaux, propriétaires, élus ou simples visiteurs. Divers sujets furent abordés ensuite avec l’assistance où l’on notait la présence de M Copel, ancien Président du syndicat mixte. Il fut notamment question de la gestion quotidienne de nos espaces, des actions individuelles possibles. La question du désherbage par exemple permit d’insister sur les effets des pesticides. Une petite brochure éditée par l’agence de l’eau « Seine Normandie » était à la disposition des personnes intéressées par un jardinage respectueux de la ressource en eau. On y donnait quelques exemples d’alternatives à l’utilisation des produits phytosanitaires.
« Les agriculteurs ne sont pas les seuls concernés par l’utilisation des pesticides. Les jardiniers, amateurs et professionnels, représentent 10% de la consommation française de pesticides, dont 8% pour les utilisations privatives (jardins) et 2% pour les utilisations publiques (entretien des espaces verts des collectivités locales, voiries, réseau SNCF, etc.).
Ces utilisateurs appliquent massivement des herbicides (87% des produits) pour l'entretien des jardins et des espaces verts, contrairement aux agriculteurs qui utilisent majoritairement des fongicides. N’étant pas toujours sensibilisés aux risques générés par ces produits, les jardiniers ne respectent pas toujours les doses homologuées et les précautions d’utilisation. Or, cette utilisation, qui représente 10 000 tonnes par an, génère des pollutions importantes pour l’environnement et des risques pour la santé.
Pourtant, des alternatives existent : choix des plantes adaptées, couverture du sol, lutte biologique, utilisation de préparations naturelles telles que le purin d’ortie, etc.
En outre, il est très important de bien gérer les bidons vides, défectueux ou périmés, qui sont des déchets dangereux à emmener en déchèterie.
Il est donc essentiel d'informer les jardiniers amateurs et professionnels des moyens dont ils disposent pour réduire leur utilisation de pesticides. France Nature Environnement propose donc à ces utilisateurs quelques conseils, et recommande la lecture de plusieurs ouvrages pour jardiner sans polluer et sans porter atteinte à sa santé. »
http://www.fne.asso.fr/PA/agriculture/pesticides-jardinage.htm
A cet égard, on s’interrogea sur la pertinence du désherbage thermique, son bilan carbone et son coût. Une des communes du parc a semble-t-il décidé de s’équiper. L’expérience sera suivie sans doute avec intérêt.
La prochaine conférence sur le thème de l’eau est programmée pour le 26 septembre, sur le thème des « lacs, les barrages réservoirs et la vidange décennale »
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