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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 15:32


 

La manifestation du premier mai à Troyes était cette année de nouveau « unitaire » et rassemblée Place Jean Jaurès, face à la Bourse du Travail. La fête de la « fraternité » qui les années précédentes suivait le rassemblement avait été organisée la veille.

Une tradition locale veut que chaque fédération syndicale ait le privilège de la prise de parole à tour de rôle au nom de tous : ce 1er mai 2008, c’était le tour de la CFDT. Comme d’habitude FO était absent.

 

Mémoire ouvrière.

 

On pouvait trouver sur place, en plus du « muguet »  vendu par les militants du PCF, le n°2 de la revue « Bourse du travail Mémoire vivante » éditée par l’Association du même nom (pour adhésions : 43 Rue Jean Lacoste. 10000 Troyes. Courriel : anna.zajac@wanadoo.fr. 10 € par an. )


On y apprend tout sur les origines du 1er mai. L’historien Michel Choquart y étudie le Congrès de Troyes  «  …le congrès de Troyes du 23 au 30 décembre 1888 (soit deux mois avant les journées des 10 et 24 février 1889 et six mois avant le congrès constitutif de la IIème internationale ) est à l’origine du 1er mai international de 1890… » conclut-il.

Nombre d’articles relatent d’autres manifestations troyennes :1889, 1890. Rassemblements alors interdits et réprimés par l’armée. On se battait alors pour la journée de huit heures. Un extrait d’article du journal local, le  « Petit républicain » hostile aux manifestant montre que les arguments de la droite la plus conservatrice n’ont guère évolué depuis cette époque : en résumé, le journal prônait une durée de travail plus longue pour améliorer le pouvoir d’achat  «Parce que la journée de huit heures n’est pas du travail et du pain pour quantité de travailleurs »! Les slogans sans cesse rabâchés par la droite réactionnaire d’aujourd’hui ne sont guère différents.

Récits et documents illustrent une réalité sociale faite de combats souvent violents : la notion de « lutte de classe » prend ici tout son sens. On nous dira que la France du XXIème siècle est sortie de cette histoire. Mais la lutte pour le partage des fruits de l’activité économique entre le capital et le travail n’est elle pas au cœur de toutes les « réformes » en cours ?

 

Saint-Nicolas, ayez pitié de nous !

 

On peut trouver anecdotique l’action pour que la « Bourse du Travail » conserve son nom. Ce serait ignorer l’importance des symboles dans notre histoire. Effacer la mémoire d’un bâtiment étroitement lié à la vie ouvrière et populaire ne peut être innocent dans une ville qui a perdu ses emplois, ses usines dont les bâtiments subsistants sont transformés en « lofts ». Il n’est pas indifférent non plus qu’il soit si difficile de créer ce fameux « musée de la bonnèterie » « Arlésienne » ou « serpents de mer » ?  ( Pas non plus de « Musée de la résistance » à Troyes mais c’est une autre histoire ! ) .

La Bourse du Travail deviendrait « Passage Saint Nicolas ». Cela plairait paraît-il  aux « trois petits enfants », alliance de mirages médiévaux et d’illuminations marchandes.

 

Un syndicat ça va : trop de syndicats bonjour les dégâts.

 

On ne défila pas à Troyes en cette année 2008. Il faudrait un peu plus de monde : deux à trois cent personnes même dans des rues étroites cela manque de puissance ! Les anciens ont connu mieux et pire. En cette année anniversaire de 1968, on rappelle peu que la manifestation parisienne renoua cette année là avec une tradition interrompue depuis 1954 pour cause d’interdiction gouvernementale. La CGT et le Parti communiste avaient appelé à un défilé Bastille République. Quelques jours avant le début des événements au quartier latin, ce cortège populaire avait rassemblé des milliers de personnes, 100 000 selon le journal L’Humanité.

 

Autrefois, chaque entreprise , chaque union locale, défilait avec ses mots d’ordres, ses banderoles. Les défilés d’aujourd’hui sont hérissés de drapeaux, de ballons : chaque organisation syndicale déploie les siens. L’histoire de notre syndicalisme est aussi celle de ses divisions. Il semble qu’on ait atteint aujourd’hui  un seuil critique. De mauvais esprits disent qu’il y a autant de sigles différents que de manifestants. C’est exagéré. La CGT et la CFDT continent d’être les centrales les plus représentatives. La FSU l’emporte nettement dans les domaines de l’éducation et de la culture. Cela n’empêche pas les médias et les employeurs de jouer des oppositions et des formations très minoritaires d’offrir en cas de conflits des échappatoires inespérées. Des négociations récentes vont redéfinir les règles de représentativité des syndicats. Le but est de donner aux salariés le dernier mot par leur vote. Les « grandes » centrales sont favorables. Les « petites » crient au scandale. Pourtant chacun sent bien  que l’émiettement actuel ne favorise pas la défense des salariés. Ni la mobilisation.

La confusion politique n’est pas non plus sans conséquence. Certes le syndicalisme est indépendant, mais le citoyen sait comparer les discours et évaluer les chances de succès. C’est peu dire que les positions des uns et des autres sur la protection sociale et les retraites ne sont pas identiques. En 2003, la défection brutale d’une grande centrale syndicale en plein conflit sur les retraites a laissé de mauvais souvenirs. Rien n’indique que les leçons en aient été tirées.

 

 

 

Vivre et travailler plus longtemps ?

 

Pourtant les sujets (mal)traités sont décisifs. La « rupture » conservatrice inspirée du système anglo-saxon, brutale marche arrière sociale, concerne tout le monde. Le syndicalisme met le doigt sur des contradictions  grossières. Ne prenons qu’un sujet parmi beaucoup d’autres :

« L’allongement de la durée de vie justifie qu’on retarde l’âge de départ en retraite » nous répètent en chœur Président, ministres, sous ministres et élus –pas seulement UMP hélas !

MAIS :

-         l’allongement de la durée de vie est nettement plus réduit pour les professions les plus pénibles. Or les négociations visant à la prise en compte de la pénibilité du travail, pourtant prévues dans la loi Fillon de 2003, n’ont toujours abouti à rien. Le patronat continue de vouloir confondre « pénibilité » et « invalidité ». En d’autres termes, seuls seraient admis à un départ anticipé ceux qui seraient déjà victimes de maladies graves. A juste titre, les syndicalistes défendent l’idée d’un départ à la retraite « en bonne santé » !

-         L’espérance de vie est directement liée aux conditions d’existence, donc à l’environnement social. Remettre en cause les garanties dont bénéficient encore les salariés ne peut qu’avoir des conséquences néfastes sur leur état de santé et donc leur longévité. ( Voir les statistiques concernant les Etats-Unis )

-         L’augmentation de l’espérance de vie ( notion statistique) ne signifie pas qu’on ne vieillit plus ! Lorsqu’on a 60 ans, malgré tous les progrès de la médecine, on n’est plus un jeune homme ! Chacun, selon sa profession peut imaginer quelle serait son aptitude à l’exercer à 65 voire 70 ans.

 

Les employeurs eux-mêmes démentent d’ailleurs dans les faits leur propre exigence d’allongement de la durée de cotisation: ils n’embauchent plus les « vieux » (pardon « les seniors »)  bien avant 60 ans. Et ce dans tous les pays comparables au nôtre. En réalité tout le monde a bien compris qu’il ne s’agissait pas de « travailler plus longtemps » mais de verser des pensions réduites au minimum. L’avenir serait tracé : vivre plus vieux et plus pauvres .

 

Ce sont les hommes qui font leur histoire…

 

Victor Hugo écrivait que « ceux qui vivent sont ceux qui luttent ». Les quelques dizaines de personnes réunies ce premier mai à Troyes, et les autres plus nombreuses ailleurs en France comme dans de nombreux pays, expriment un refus commun : celui de la fatalité. Faites comme eux: syndiquez-vous !

Par Petits potins_10 - Publié dans : Actualités. Associations locales
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Commentaires

Le patron du MEDEF de l'Aube  Michel Vignal veut la retraite à 63,5 ans  (journal du 29 mai) Les tchèques ont ce droit à 62 ans, comme les Hongrois précise l'article; on ne nous dit pas s'il faudra s'aligner sur les Hindous ou sur les Chinois pour être compétitifs ... !
Dans le même temps, le MEDEF continue de réclamer le droit de licencier  sans restriction et Vignal prend bien soin de refuser l'idée de quotas de seniors...   Ah que la vie était belle pour les patrons au 19eme siècle!
Commentaire n°1 posté par Leguignon le 30/05/2008 à 16h30

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