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Lundi 24 avril 2006 1 24 /04 /2006 17:55

Arbres de La Chaussée

(suite) -voir les articles précédents en cliquant sur le lien...

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Après l’abattage (pour des raisons de sécurité) de deux arbres sur La Chaussée , la commune a fait replanter 5 jeunes platanes.

 

 

 

 

 Mais « quoi t’est-ce La Chaussée  ? On plante des arbres sur la route chez vous ?» demande un lecteur éloigné…

 

 

 

   "La Chaussée". Encre de chine sur papier. Par G Le berre.

 

Donc «  pédagogie » puisque c’est à la mode. On appelle «  La Chaussée  », la route qui relie le carrefour de «  La Belle Epine  », jadis hameau de Mesnil-Sellières, au cœur du village. Le tracé en est ancien puisqu’il suit l’antique « Voie de Champigny », axe de circulation dont les origines se perdent dans le temps et qui selon les bons auteurs, reliait déjà à l’époque gallo-romaine, les villes de Langres et de Châlons en Champagne. On sait, par les registres de délibération du Conseil municipal, que le vieux chemin devint carrossable vers 1830. On décida alors de relier le village à la « route royale » (CD 960) elle-même en triste état selon JL Peudon ( « Aux origines d’un département : l’Aube. » Guéniot Ed.) Le terme de « Chaussée » désigne habituellement un passage surélevé grâce à un remblai, pour dominer une « basse » éventuellement inondable. C’est bien le cas ici. Si l’eau ne sort pas de terre comme aux Hérys (Entre Assencières et La Belle Epine ), elle affleure néanmoins dans les années humides.

 

 

 

 

 

 

 Une délibération du 11 août 1872 nous apprend que le Conseil municipal décide de planter des arbres le long de cette « Chaussée ». 

« L’an mille huit cent soixante douze le onze août à six heures du matin le conseil municipal de Mesnil-Sellières s’est réuni en session ordinaire d’Août, sous la présidence du Maire. Sont présents MM Fourny César, Bouclié, Tisserand, Thiénot Charles, Thiénot Hilaire, Fourny C, Thomas Alexandre, Riglet Nicolas et Damoiseau Louis Jacques, maire. 

Le Maire expose au conseil que la chaussée dite de La Belle Epine est suffisamment large pour permettre de planter une rangée d’arbres de chaque côté de cette voie sans pour cela empêcher la libre circulation des voitures. Que de plus, l’agent voyer s’est proposé dans le cas où le conseil accepterait cette proposition, de faire exécuter les travaux de plantation par le cantonnier de sorte qu’il n’y aurait à la charge de la commune que l’achat des dits arbres.  Le conseil choisit le marronnier et le tilleul et invite le conseil à se prononcer dans ce sens. Le conseil après en avoir délibéré considérant que rien ne s’oppose à ce qu’il soit planté deux rangées d’arbres de chaque côté du chemin qui mène à la belle Epine émet un vœu favorable et prie M le Préfet de vouloir bien donner son adhésion au dit projet. »  

 

Il n'est pas impossible que cette décision ait été prise en relation avec  l' établissement de la station de chemin de fer (prévue sur le territoire de Mesnil-Sellières entre Assencières et la Belle Epine) -délibération de décembre 1871. La "Chaussée" devenait de ce fait un accès important au village.

 

 Le carrefour de La Belle Epine, vu de la route d'Assencières. En face: La Chaussée.

 Il existe un certain nombre de vues anciennes de la Belle Epine , le CD 960 (autrefois N60) étant lui-même bordé d’arbres, et l’on aperçoit sur l’une d’elles la double haie en son état d’avant la première guerre mondiale.

 

 

 

   Le CD 960, avant le carrefour, direction de Piney. 

 

Au fil des ans, la Chaussée , jadis déserte, a vu s’établir de nouveaux habitants, de sorte qu’il n’y a plus vraiment de coupure entre Mesnil-Sellières et son ancien hameau. La nouvelle signalisation tient compte de cette réalité puisque le village est désormais annoncé sur la route départementale (merci de ralentir au carrefour !)

 

 

 

    Le CD 960 avant le carrefour: direction Troyes. 

 

Qu’est-ce qu’un platane ? 

  

 Le platane est un nouvel arrivant dans l’ensemble marronnier tilleul jadis choisi. Le platane commun, ou platane à feuille d’érable est une espèce d’arbre de la famille des Platanacées couramment utilisé comme arbre d’ornement  et d’alignement le long des rues. A tel point que l’expression automobilistique : « se payer un platane » est devenue proverbiale. On sait aussi , particulièrement dans le sud ouest de la France , que des « usagers en colère » se livrent à des massacres nocturnes de platanes, jugés responsables d’accidents mortels. Le platane, pourrait donc avoir un effet dissuasif substitut écologique et économique du radar automatique.  

« Platane » vient  du grec « platanos »  signifiant large  en référence à l’ampleur du houppier. Il est considéré comme un hybride fertile entre le platane d’orient et le platane d’occident apparu au cours du 17ème siècle en Europe.  

Existant en Europe au Crétacé, le platane disparaît à l’ère glaciaire. Le platane d’occident (peu courant en Europe) et le platane d’orient (planté par les romains en Italie vers 390 AC) évoluent différemment. Ils sont introduits en Angleterre par le jardinier du roi, Tradescent, et hybridés vers 1650 pour donner le platane commun ou platane à feuille d’érable.  

L’arbre a une durée de vie de 500 à …2000 ans  (Le platane d’Hippocrate, à Kos, dans le Dodécanèse, en Grèce, a plus de 2000 ans et mesure 14 m de circonférence !!) Il peut atteindre 45 m de haut. Un bel exemplaire est visible au Parc Monceau à Paris . Le tronc peut atteindre un diamètre impressionnant. L’écorce caractéristique se fissure en écailles ( rhytidomes ) dégageant des zones jaunâtres.

 

 

 

 

 

 

 Il était pour cette raison considéré par les Grecs comme l’arbre de la régénération, son écorce se renouvelant comme la peau du serpent. Comme le chêne, le cyprès, l’olivier ou le pin, il faisait partie dans l’antiquité de ces arbres sacrés auxquels on rendait un culte. Pour cette raison, ils étaient soumis rituellement à la dendrophorie (exposition ou promenade de troncs ou de branches ) Il était particulièrement honoré en Crète où son adoration semble remonter à l’époque minoenne. On disait qu’il ;avait abrité les amours de Zeus et d’Europe. En Phrygie, à côté du pin de Cybèle et d’Attis, il passait pour avoir été la potence de Marsyas qu’Apollon avait pendu après leur concours de musique. A Sparte, il était placé sous les auspices d’Hélène. Le platane était très prisé pour son port et sa beauté. Xerxès, « le roi des rois » était si passionnément attaché à l’un de ses platanes qu’il l’avait orné d’une couronne d’or. (Encyclopédie des symboles. Livre de poche .Pochothèque. 2002. p 537)

  La forme de la feuille (acerifolia = feuille d’érable) lui donne son nom scientifique : platanus acerifolia. Cependant, contrairement à l’érable qui a des feuilles opposées, le platane a de grandes feuilles alternes d’environ 20 cm, à 3 ou 7 lobes peu dentés. Les nervures ne partent pas toutes du même point. Les jeunes pousses sont couvertes de poils marron qui restent un certain temps sur les feuilles, se mêlant aux graines poilues qui se libèrent des fruits de l’année passée en avril. Les feuilles sont grandes, et attention,  coriaces, difficilement putrescibles ! Ne comptez pas sur elles pour enrichir votre bac à compost…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les fleurs sont unisexuées, réunies en capitules sphériques pendant au bout d’un long pédoncule. Les fruits sont de petits akènes entourés d’un duvet qui facilitent la dissémination par le vent. Ils sont groupés en boules (glomérules) 

L’arbre supporte un élagage sévère mais ne nécessite pas d’entretien particulier.

 

 

 

 

 

 

 Son bois est clair, dur et ferme. Il est utilisé en menuiserie et ressemble au bois de hêtre. Il résiste mieux que ce dernier à l’humidité mais il est plus sensible à l’attaque des insectes. L’aubier se distingue peu du cœur.  

  Dans la mythologie, il aurait servi à construire le cheval de Troie… Virgile dit seulement que «…  les chefs des Danaens…construisent, avec le divin secours de Pallas, un cheval haut comme une montagne dont ils recouvrent les flancs d’ais de sapins entrelacés… » (Eneide.  Livre II…~32) 

Une maladie le menace. Importé involontairement des Etats-Unis lors du débarquement des Alliés à Cavalaire-sur-Mer (15 août 1944), un champignon sournois logé dans les caisses des soldats est à l’origine du « chancre du platane ».  (ceratocylis fimbriata, champignon responsable de la maladie du chancre coloré). Depuis  1974 et l’identification de la maladie près de 25 000 platanes ont été décimés dans le sud-est en 20 ans (Vaucluse, Bouches du Rhône)  Les symptômes sont des bandes de couleur violette sur le tronc, suivies d’un dépérissement. L’arbre meurt en 3 à 5 ans. La propagation est particulièrement rapide.  Taille, blessures dues aux chocs, contacts entre les racines des arbres facilitent la prolifération du champignon.  « Certains optimistes pensaient que le champignon, limité par le froid se contenterait de sévir dans le sud. Mais des foyers rencontrés du côté de Lyon et de Bourg en Bresse leur ont donné tort. » ( André Vigouroux.  INRA) 

 

Une variété hybride résistante a été mise au point …

                       Nos jeunes platanes sont-ils à l’abri ?

 Nous leur dédions ce poème de Francis Ponge.

" Le Platane ...ou la permanence.

Tu borderas toujours notre avenue française pour

ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit

sèchement de la platitude des écorces.

 

Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte

au ciel à mains plates plus larges d'autant que tu fus

tronqué

 

Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu

prépares à bout de branches pour le rapt du vent.

 

Tels qu'ils peuvent tomber sur la route poudreuse

ou les tuiles d'une maison...Tranquille à ton devoir

tu ne t'en émeus point:

 

Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu'un

seul succédant vaille au fier Languedoc

 

A perpétuité l'ombrage du platane."

publié dans "Poésie 42" une revue résistante et dédié à Louis Aragon.

 

 

 

 

 

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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