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Père Noël, le 24 décembre! Vous parlez d'une
nouvelle... L'Association familiale de Mesnil-Sellières organise ça depuis 1985 au moins (Idée de Claude Thiérard- on ne le dira jamais assez )! Chaque année de nouveaux cadeaux, de nouveaux
enfants, et les plus grands qui ont connu les premières tournées et sont devenus adultes...
Pour changer un peu, Petits potins a décidé de vous raconter une histoire, un conte en somme... En échange laissez un commentaire: une note sur dix, une suite possible...
L’eau s’était abattue comme un rideau, noire, rageuse.
Impassible, l’officier surveillait l’écran radar. Le porte conteneurs avait appareillé de Shanghai depuis cinq jours et la météo n’avait cessé de se dégrader. Cette nuit était la pire depuis le départ. Le navire encaissait des coups de mer qu’on ne voyait pas. On sentait l’étrave plonger :
« Attention ! On va rouler ! » .
Trop tard. Tout ce qui n’était pas arrimé était par terre.
« Qu’est ce que c’est que ça ? murmura l’officier…un écho à cette distance des côtes ?
- Un rat bleu, Monsieur ?
- En avant lente, les deux bords… . »
Dans l’obscurité, des grincements métalliques comme des gémissements parvinrent aux hommes de la timonerie. Le bâtiment tout entier sembla hésiter, saisi de vertige. Une brève lueur.
« Nom de nom ! Le chargement ! »
Entre deux paquets de mer, l’officier avait eu le temps d’entrevoir les
conteneurs empilés haut sur le pont qui glissaient à la mer, dans un mouvement de troupeau affolé, déséquilibrant le navire.
XXX
« Nangamy ! Viens voir !... Venez voir tous….»
Très agité, Tamaré indiquait la direction de la plage. La tempête de la veille s’était calmée et le rivage de l’Ile se devinait, éblouissant à travers les palmes vert sombre.
« Des caisses ! Des caisses ! »
Les gosses s’étaient élancés : à la côte dix, vingt masses sombres gisaient,
butées entre deux rochers ou à demi ensablées. Frappées par le soleil matinal on distinguait la rouille, les couches successives de peinture rongée de sel. Des inscriptions, caractères latins,
cyrilliques, idéogrammes.
« Omer arrive ! Voilà Omer ! »
Le village était maintenant assemblé. Ce n’était pas la première fois qu’une tempête livrait aux Garnouites des présents inattendus. L’Ile se trouvait par hasard, voisiner le grand passage des vaisseaux qui allaient d’Extrême-Orient à Rotterdam. Régulièrement la mer livrait aux humains sa prise. Et la surprise. Car le contenu des « caisses » était toujours inattendu.
Omer était le maréchal : il arriva soufflant, masse en main pour faire sauter les verrous. On abandonna momentanément les conteneurs profondément ensablés pour attaquer les ouvertures accessibles.
« Han ! Rrrhan ! »
Omer fit un saut de côté : les battants libérés délivrèrent un flot de
paquets et de boites colorées. On respira très fort : rien de menaçant à première vue. Mais les vieux s’éloignèrent en grognant : « Rien non plus qui se
mange… ! »
XXX
Voilà trois jours que le soleil brillait sur Awatou, l’Ile des Garnouites. Les
hommes avaient dégagé les conteneurs et Omer fait sauter les serrures. Peu à peu, le découragement avait saisi la communauté. De ces caisses on ne pouvait avoir le moindre usage. Les enfants
s’étaient emparés des épaves et tentaient de donner un sens à l’inexplicable. De gros charriots étranges pouvaient à la rigueur transporter des charges. Mais à quoi pouvaient bien servir ces
formes désarticulées et grimaçantes : en les manipulant on obtenait soit un démon hurlant, soit une sorte de brouette.
Armatif avait trouvé un gros objet bleu, large et plat ressemblant vaguement à un poisson : lorsqu’il le mit dans l’eau, la chose coula à pic ! Une image de l’emballage rappelait cependant le sillage lointain tracé dans le ciel avant le coucher du soleil… Sa
sœur avait eu plus de chance. La boîte abandonnée sur le sable contenait une figurine fine et blanche, sorte d’être informe à cheveux de filasse. Cela pouvait servir de poupée.
Une quantité de boites lisses et froides étaient enfermées dans des cartons, accompagnées de livrets incompréhensibles et de fils emmêlés. On essaya de raccorder, de souffler, d’ouvrir de force.
Le seul résultat fut de faire jaillir des petits objets luisants et inertes, des pastilles veinées d’argent, des écheveaux touffus… On abandonna le tout à Omer qui promit d’en alimenter sa forge
et de raconter si des esprits en sortiraient. Mais l’odeur de la combustion était si insupportable qu’on dut cesser.
Après avoir retourné et vidé tous les conteneurs, la communauté décida de laisser les enfants jouer avec et imaginer à quoi cela pouvait bien servir. Après quelques jours, une grande partie fut
rejetée à la mer. Ce ne fut pas aisé. Les choses ne pesaient pas lourd. Le ressac et les marées ramenaient obstinément ce fatras inutile. Les
caisses, elles feraient de bons abris.
XXX
La tempête avait été affichée sur tous les écrans en Europe, mais seules les
entreprise portuaires avaient compris les répercutions catastrophiques qu’elle risquait d’avoir. Les navires en perdition, déroutés ou bloqués dans l’hémisphère sud ne se comptaient plus.
L’approvisionnement de Noël était compromis ! Depuis quelques années, les ateliers du Bonhomme Noël avaient été transférés en Asie. Finlande et Norvège conservaient quelques produits
traditionnels en bois, mais les lutins moins nombreux produisaient lentement et multipliaient les exigences. Ils voulaient être nourris correctement, entretenus pendant la morte saison, soignés
en cas de besoin…. Au loin là-bas, on avait paraît-il déniché des petites mains muettes et soumises. Encore fallait-il que la marchandise soit
acheminée à temps.
Le 25 décembre approchant, il fallait faire face. A Paris, on décida de prendre l’initiative. Le fougueux Papa Nono, récemment désigné par acclamations convoqua ses homologues : on appela ça
« G20 » sans décider l’orthographe : vin, vain ou vingt ?
Saint Nicolas déclina l’invitation.
Le vieux filou avait déjà couvert son territoire germanique au début du mois. Seul le « Père fouettard », depuis longtemps exclu des tournées avait accepté l’invitation, plein de
rancune et d’esprit de revanche.
Papa Nono s’entoura des plus anciennes divinités : le Juhlas nordiques et Jul Tomte le suédois, la Befana italienne et son sac de charbon :
« Viva, viva la Befana! » ; le savoyard Père Chalande
et les Rois mages venus d’Espagne. On envoya une invitation à Ded Moroz, et sa fille Snegourochka en Russie, mais le Tsar Vladimir fit savoir que les jouets avaient été livrés par voie terrestre.
Il voulait bien envoyer Baba Yaga en délégation. La réunion solennelle eut lieu devant les caméras du monde entier et Papa Nono promit de sanctionner sévèrement les vents contraires et les
typhons asiatiques qui oseraient s’opposer à la réalisation de sa plus belle des nuits de Noël. Il parada longuement devant les objectifs de la télévision natioanale et envoya ses ministres en
mission sur les ondes sarkhertziennes. Les membres du G. 20 applaudirent et rentrèrent chez eux, bien décidés à se débrouiller par eux mêmes. Fort heureusement il n’est pas vent qui ne finisse
par s’adoucir. La noria des cargos reprit et les quais de Rotterdam croulèrent à nouveau sous les conteneurs de jouets et de machines en tous genres.
XXX
« Toc toc toc… ! »
« DD Dring ! »
« Ding dong ! »
A chaque maison sa chanson ! Par extraordinaire, à la veille de Noël, la distribution commença dès la nuit tombée. La hotte pleine, le Père Noël du bas, celui du haut et ceux du milieu
entrèrent en scène comme si de rien n’était. Les voyageurs égarés traversant le Mesnil, petit village de Champagne eurent peut-être l’impression de voir double, triple ou quintuple ! Malgré
les tourments, les tempêtes et les vents contraires, malgré l’agitation inutile de Papa Nono, les jouets attendus furent déposés sous les sapins. Les sorts avaient été conjurés.
On ne sait pas ce qu’il advint des fabricants, des petites mains là-bas, de leurs salaires, de leurs nuits d’hiver. Sur Awatou, les Garnouites ont-ils tout de même réussi à tirer quelque chose
d’utile de la cargaison perdue ?
Le Père Chalande, Melchior, Gaspard, Balthazar et la Befana firent dit-on, après le G20, sur le chemin du retour une sacrée fiesta.
« Il n’est pas encore venu le temps des sombres réflexions » chantaient-ils à tue tête. « C’est la fête des enfants. Demain, le temps des adultes viendra. »
GLB.
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