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Laubressel et le« Balcon du Parc ».
Nous étions environ 25 personnes, le samedi 20 mai à Laubressel, pour une découverte du village guidée par Mme Robert. Rendez-vous étant pris à l’église, le programme débuta par la visite de l’édifice. Les détails concernant l’architecture et l’ornementation figurent dans l’ouvrage de Ch. Fichot, bien connu des amateurs. L’apparence modeste de l’ église est trompeuse. Jadis surmontée d’une haute flèche remplacée aujourd’hui par une petite toiture de tuiles que la notice présente comme « un beffroi à charpente », l’endroit dût être assez richement doté.
En témoignent les chapelles latérales doublant le transept qui donnent au chœur une ampleur particulière. La première église datait du 12ème siècle. Elle a été rebâtie au 16ème. Dédiée à « L’assomption de la Vierge », elle s’ouvre par un portail daté du 16ème siècle ( 1560) . Le porche en brique est plus récent : 1848. Il abrite une colonne de cimetière de style composite, datant de 1644.
Les formes sont usées par les intempéries et l’humidité. On devine, plus qu’on ne voit un Saint Georges occupé à vaincre le dragon. Au dessus du portail, une inscription bien lisible :
« Vous qui par cette porte passé
Ayez des pauvres miséricorde
Priez Dieu pour les trépassés
Il vous fera miséricorde. »
Supplique qui rappelle la Ballade de F Villon : « Frères humains qui après nous vivez… ».
L’ancien clocher a été détruit par la foudre en 1885. On raconte que le curé tenta d’éteindre l’incendie avec deux seaux d’eau.
L’intérieur de l’église est blanc. La pierre, les statues, le petit autel retable, tout s’éclaire sous les verrières pâles. Les vierges sont blanches, Saint Nicolas et Saint André aussi. Tous ont subi une lente érosion. Les traits et les plissés se fondent dans des silhouettes vagues et livides d’ectoplasmes. La craie est friable et fragile. Par endroit, des traces de peinture rappellent que les statues étaient polychromes. Un pan de mur aux pierres disjointes, une vieille porte de bois encadrée de lumière, donnent au bas côté un aspect de rude simplicité.
L’accès au clocher, la tribune, ont été restaurés. Cela donne un bel escalier tournant enveloppé de charpente. L’ouverture du plafond laisse pendre les contrepoids d’horloge.
L’autel est surmonté par une grande toile peinte. Derrière, quelques restes de verres teintés où dominent le jaune d’argent et la grisaille, lorsqu’ils ne sont pas trop encrassés. Une curieuse et naïve statue de Saint Georges retient l’attention.
Georges est un saint totalement légendaire, dont l'existence est mise en doute dès le Ve siècle. Né en Orient, son culte est toujours resté vivace en Grèce et en Russie. Les croisades contribuèrent à le diffuser en Occident. Saint Georges est, dans toute la chrétienté, le patron des chevaliers.
Né en Cappadoce de parents chrétiens, Georges, officier dans l'armée romaine, traverse un jour une ville terrorisée par un redoutable dragon qui dévore tous les animaux de la contrée et exige des habitants un tribut quotidien de deux jeunes gens tirés au sort. Georges arrive le jour où le sort tombe sur la fille du roi, au moment où celle-ci va être victime du monstre. Georges engage avec le dragon un combat acharné ; avec l'aide du Christ, il finit par triompher. la princesse est délivrée et, selon certaines versions, dont celle de la Légende dorée, le dragon, seulement blessé, lui reste désormais attaché comme un chien fidèle.
Plus tard, Georges est victime des persécutions antichrétiennes de l'empereur Dioclétien. Il subit en Palestine un martyre effroyable : livré à de nombreux supplices (brûlé, ébouillanté, broyé sous une roue, etc.), il survit miraculeusement et finit par être décapité.
Personnifiant l'idéal chevaleresque, saint Georges est représenté à cheval (souvent sur un cheval blanc), en armure, portant un écu et une bannière d'argent à la croix de gueules. Cette bannière blanche à croix rouge, qui fut celle des croisés, devient le drapeau national de l'Angleterre.
Le combat de Georges contre le dragon est un sujet très souvent représenté, surtout à partir du XIIIe siècle. il symbolise la victoire de la Foi sur le Mal. Georges tient une lance (plus rarement une épée) et terrasse le monstre, tandis que la princesse prie, au second plan
D’autres traditions lui prêtent une vie plus mouvementée encore :
« Originaire d'Asie Mineure, il connut tout d'abord une vie déréglée et se livrait à l'ivrognerie pour le plus grand malheur de sa femme et de ses enfants. Sous l'empire de la boisson, il renia le Christ et coiffa le turban musulman. Revenu au Christ, il s'enfuit dans l'île de Samos, mais, arrêté, il resta tout autant ivrogne et se laissa circoncire. Placé comme gardien d'une mosquée, il resta un an dans cette situation, puis à nouveau confessa le Christ. Constatant qu'il n'était ni fou ni pris de boisson, le juge lui fit entraver les pieds dans des étaux de bois. Saint Georges ne revint plus sur sa décision et il fut décapité. »
Les musulmans le connaissent également :
"La tradition situe à Beyrouth le lieu du combat de saint Georges avec le dragon, Notons que saint Georges est le patron de la ville de Baruth [Beyrouth] : il est nommé Jergis par les chrétiens et Khodr par les musulmans. Les croisades ont d'ailleurs amplement contribué à étendre son culte dans tout l'Occident…
En milieu palestinien et libanais, ainsi que chez les Druzes et les Alaouites, Hadir est identifié à Saint Georges, martyr chrétien du IVe siècle que la légende dépeint terrassant le dragon. Les Alaouites vont ainsi visiter le couvent de Saint-Georges (dayr Mar Girgis), qui fut fondé au VIe siècle et se situe au pied du Crac des Chevaliers, en Syrie (9). Les musulmans palestiniens vont prier à l’église de Hadir, dans le village du même nom qui se trouve près de Bethléem (10) ; de même, ils participent à la fête chrétienne qui a encore lieu à Lod en l’honneur du saint. En outre, ils sont nombreux à posséder chez eux une icône de Saint-Georges, chose inconcevable dans une autre ambiance sunnite. Les deux communautés prêtent serment en son nom, au même titre qu’en Jésus (wa haqq al-Hadr al-Ahdar...), et lui attribuent la faculté de guérir les troubles mentaux et nerveux (11). La vénération que lui portent ces populations est justifiée par la tradition islamique, qui le fait habiter à Jérusalem (12). Hadir représente donc un point important de convergence entre le christianisme et l’islam palestiniens.
Carreaux émaillés, retable de pierre datant de la renaissance, complètent l’ornementation.
Sortant de l’église, le groupe se dirige vers les hauteurs du village. Laubressel tiendrait son nom d’Arbrosellum, dérivé latin d’arbre. Il s’agirait donc d’un « petit arbre » ou d’un « petit bois ». Arbrosellum serait devenu Aubreisselum, puis Laubrucel, Aubrucello (1574) et L’Aubressel. Il est situé entre 163 m et 143 m d’altitude. Le finage couvre 1624 ha. Les sources s’écoulent vers le marais de Villechétif ( Fontaine Chiancreux, ru Saint Léon et Melda ) ou vers les Bas Bois (Fontaine d’Amour près de la Ferme de Nuisement) Autrefois, les habitants puisaient leur eau dans 90 puits ( en 1878) dont la profondeur pouvait atteindre 35m. Le village comptait 452 habitants en 1790 et 239 en 1975.
On dénombre trois hameaux : les Babelins, Nuisement, dont le nom évoque la présence ancienne de moulin à vent, et Champigny qui possède une ancienne grange de l’abbaye de Larrivour (Ferme de Nuisement). Les maisons s’étalent entre la côte de Champigny et les bois communaux des Bas Bois. Le château d’eau des Perrières (180 m ) domine la Champagne humide et l’antique voie de communication qui porte le nom du hameau et menait de Langres à Châlons, en passant par Mesnil-Sellières. La Voie ferrée de Troyes à Saint Dizier longe la forêt. Elle fut , durant la seconde guerre mondiale, la cible de plusieurs attentats menés par des résistants cachés à Champigny, comme Maurice Baltet et les frères Bourotte.
Laubressel est plus connu pour le combat qui s’y mena durant la campagne de 1814. Un tableau du Colonel Langlois, qui
se trouve au Musée de l’armée à Paris (Hôtel des Invalides, salle Napoléon, 4ème étage) évoque la scène qui se déroula le 3 mars 1814.
La jeune Garde, commandée par le général Baron de Rottenburg affronta les armées "alliées". Voici le récit qu’en donne le général Comte de Ségur :
« A la fin des trois premières journées du séjour de Napoléon à Troyes… dans la nuit du 26 au 27 février… l’Empereur apprend que Blücher, qu’on croyait blessé dans Méry en a disparu…Il avait repassé l’ Aube, détruit les ponts derrière lui, et, dès ce 24 février poussait vers Sézanne et le Morin… La résistance des troupes donne le temps à Napoléon de rejoindre La Ferté sur Marne par Arcis, Herbisse et Esternay. Blücher, en retraite gagne Soissons, mais la ville lui est livrée par Moreau le 3 mars…
Le 27 février, jour de son départ de Troyes, l’Empereur, afin de cacher son départ à Schwartzenberg, avait envoyé aux corps séparés de Macdonald et d’Oudinot l’ordre de marquer sur leurs positions son Quartier Impérial, d’en menacer l’ennemi et de le contraindre par le simulacre de sa présence. Il espérait ainsi gagner le temps d’anéantir Blücher…. Et c’était ce jour là même que le Général Oudinot, surpris et battu par Wittgenstein, avait perdu l’Aube et l’offensive… Notre ligne, inévitablement trop étendue, s’était reployée sur Troyes, précipitamment et sans ensemble… Il en était advenu que plusieurs occasions de retour offensif avaient été manquées, plusieurs positions défensives trop tôt abandonnées ; et entre autres celle de Bouranton laissée vide au combat de l’Aubressel, à la gauche du deuxième corps. Ce corps y eut été détruit sans les charges de cavalerie de Saint Germain et de Kellermann, et la valeur expérimentée du vieux Général Duhesme. Ce jour là, Gérard lui-même, avait été abandonné …Malade dans Tonnelières, il y avait été surpris et forcé de s’en échapper seul, en chemise, à cheval et à toute bride ! … Ainsi, Napoléon apprit que, le 3 mars, à l’instant où Soissons avait été livrée, nous perdions devant Troyes, au combat de l’Aubressel, deux canons et quinze cent hommes ; que, le surlendemain, Troyes, abandonnée, était reprise, pillée par Wrede… »
Une reproduction en noir et blanc du tableau de la bataille se trouve dans l’Eglise, une autre à la mairie.
Le village subit des destructions importantes. Seule l’Eglise fut épargnée. Les habitations les plus anciennes seraient donc postérieures à 1814.
Le tableau de Langlois a fait l’objet d’une étude détaillée dans « la Vie en Champagne » n°418. Mars 91 sous la signature de Jean Claude Bibolet.
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