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L’ermite : un spectacle de « La Bastide ».
A l’invitation des Amis du Parc, La Bastide présentait dimanche 19 avril à Piney son
spectacle consacré à « l’ermite » de Villemaur.
Julien Diot à la basse, Fred Raby à la batterie et Thibo Odon évoquent en parole et en musique un curieux personnage qu’on pourrait croire sorti de leur imagination s’il n’y avait à l’appui du
récit dessins et témoignages, et même une page presqu’entière dans la presse locale autrefois.
« Au départ, c'est l'histoire vraie d'un homme qui a vécu
différemment des autres entre deux villages du pays d'Othe, et puis de questions en réponses d'anciens du village c'est devenu une nouvelle... mais c'est aussi l'histoire d'un groupe de chansons
françaises... et bref entre un groupe et un texte, c'est devenu ça... une nouvelle slamée. » Ainsi l’entreprise est-elle présentée. Un CD en est sorti, illustré par Vincent Odon, frère de
l’auteur Thibo Odon.
http://www.myspace.com/labastidechantelermite
Le groupe la Bastide fut déjà remarqué pour le spectacle consacré aux chansons de Barbara.
www.myspace.com/labastidechantebarbara
Est-ce un hasard ce rapprochement entre la chanteuse qui évoqua si bien « La solitude », chanson de 1965 et le solitaire de Villemaur ? La solitude est habituellement évoquée de façon négative aujourd’hui. Ce ne fut pas toujours le cas. Aussi la Bastide, par la voix de Thibo Odon, prend-elle soin de préciser que l’homme nommé Gabriel Bécard n’était ni un fervent religieux attiré par « le désert » biblique, ni un philosophe stoïcien. Juste un solitaire. Retiré, indépendant, « Loin du monde, loin du bruit… » Comme dit La Fontaine. Pourtant au fil du récit on apprend qu’il allait au marché, à la messe et acceptait les visites.
Situation étrange et qui ne fut pas unique : une photographie
ancienne montre la cabane du « solitaire d’Essoyes ». peut-être y en eut-il d’autres dans le département ?
Pour évoquer la vie de « l’ermite », la bastide a choisi un style dépouillé, une énonciation scandée des faits, sans jugement, sans effets. A peine Thibo Odon insiste-t-il
« Et quand il pleuvait dehors,
Il pleuvait aussi dedans »
répète-t-il à propos de la cabane de « l’ermite »
« Alors il ne mettait plus grand-chose et après il n’avait que…
Des bottes, une veste et un bonnet… »
Et de mimer : « des bottes, une veste et un
bonnet… »
La voix pourrait être celle d’un conteur pour veillée rurale, mais le ton reste égal le plus souvent, à peine précipité parfois, soutenu, haletant ou au contraire mourant. « …Nouvelle
slamée » précise la présentation du spectacle : nous sommes reconnaissants à l’auteur de n’avoir pas succombé à la mode des rimes gratuites et faciles habituelles en ce genre d’expression. La partie musicale participe d’une respiration profonde comme la question obsédante et qui
restera sans réponse : « pourquoi ? »
Le monde est-il si mauvais ? Gabriel a-t-il quelque chose à voir avec l’annonciateur d’un renouveau avec son refus du machinisme et des soins ? Incarne-t-il la sagesse antique ou orientale ?
« J’aime être seule… » disait dans un tout autre contexte
l’actrice Jeanne Moreau insistant sur la différence entre solitude et isolement. L’isolement c’est l’abandon, à terme le désespoir, la mélancolie, la
dépression. La solitude est un luxe parfois choisi, même au milieu du monde : mon «arrière boutique » disait Montaigne.
Le journaliste qui consacra un article à l’ermite titra « L’homme des bois existe, je l’ai rencontré. » Il croyait peut-être avoir tout compris. A la fin du spectacle, on ne saurait en dire autant… Reste l’impression étrange d’avoir côtoyé un instant un homme qui n’attendait plus rien des autres et qui s’est éteint en silence, quelques mois avant la mise en service de l’autoroute qu’on avait construite non loin de sa cabane et qui lui faisait si peur…
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