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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /2009 17:25

La cérémonie du 8 mai a rassemblé cette année un nombre non négligeable de Maillotins et de Maillotines accompagnés de leurs enfants.

 Ce qui donnait à la commémoration un petit air de jeunesse et de renouveau. Le Maire et la municipalité tenaient à exprimer leur satisfaction et leurs remerciements aux jeunes qui avaient  bien voulu s’associer à l’hommage commun.

 Après le dépôt de la gerbe au monument par Pierre  Mermet et Robert Berthelin - tous deux anciens combattants de la seconde guerre mondiale- Olivier Jacquinet a prononcé le message du secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants :

« Cette journée nationale rappelle la victoire du camp allié contre le nazisme… Par l’ampleur des pertes humaines, des destructions matérielles et des souffrances infligées aux populations civiles, la Seconde guerre mondiale se distingue des autres conflits. …Le système concentrationnaire mis en place par l’Allemagne  nazie a fait reculer les frontières de la civilisation : les persécutions raciales, l’internement des populations civile et l’horreur des camps d’extermination marquent le mépris de l’humain … De l’horreur de la guerre est né aussi un espoir : celui d’un monde de coopération et de paix entre les peuples… »

En cette année 2009, le Président de la République a souhaité mettre l’accent sur le débarquement en Provence. La Marine Nationale (« La Royale » pour les intimes) était à l’honneur.



Mémoire et histoire…

 Il semble donc qu’après bien des vicissitudes, la célébration du 8 mai soit ancrée dans notre calendrier. Cela n’est pas indifférent, en une période où les mémoires s’obscurcissent parfois pour de sombres raisons politiciennes. Ici ou là, la réalité et la gravité des crimes commis est niée ou minimisée. La situation de crise économique, sociale, politique  et morale que nous vivons donne prétexte à des regains de racisme, d’antisémitisme inacceptables. Raison de plus pour rappeler ce que furent les heures sombres de notre histoire. La diffusion récente de documentaires historiques à la télévision rappelait utilement ce que furent les horribles exactions commises à l’Est par les Einsatzgruppen, groupes d’extermination nazis renforcés par des « nationalistes » ukrainiens ou baltes. (Pour ceux qui ne les ont pas vus, tapez google>Einsatzgruppen>,images,et : http://www.phdn.org/histgen/einsatzintro.html ).

Les bourreaux de Tulle et d’Oradour (http://oradoursurglane.free.fr/ ) reproduisirent en France ce qu’ils avaient coutume de pratiquer à l’est.



Hommage aussi à la résistance intérieure …


Nous avons déjà évoqué l’engagement de Robert Berthelin . Pierre Mermet pour sa part arborait le fameux brassard des Forces françaises de l’Intérieur (FFI). En 1942-43, il travaillait à la SNCF et fut requis pour le Service du Travail obligatoire (STO) en Allemagne.

Il réussit à obtenir plusieurs sursis, le dernier lui épargnant en principe la déportation jusqu’en décembre 1944.

Cependant, en juillet 1944, avant l’arrivée des troupes américaines dans la région, il rejoignit les « Commandos M », maquis très actif dans notre secteur. (Voir les monuments à  Charmont-sous-Barbuise (monument de la cote 192 dédié à 50 résistants  du réseau « Abélard-Buckmaster - Commandos M » et à Luyères.

 Après les combats de la libération de l’Aube, il fut intégré comme nombre de ses camarades, dans le 106ème régiment d’infanterie comme engagé volontaire «pour la durée de la guerre » (1/9/1944). Pour en savoir plus sur la période 1940-44 à Mesnil-Sellières et dans les environs, voir le bulletin cantonal INFO 2001 ; 2002 et 2003.


M. Roger Guichard, de Lusigny, a publié récemment une brochure intitulée « le réseau de Lusigny sur Barse. 1941-1944. « Les cent heures de combat qui menèrent à la liberté. » Il retrace dans les détails l’action de la résistance à Lusigny et en particulier les événements de 1944. On y lira notamment le rapport du Capitaine Danesini du 25 août 1944 et le récit de ces jours décisifs avec carte détaillée. (On peut se procurer la brochure chez l’auteur et peut-être au « Huit à huit » de Lusigny.)


Roger Bourotte, peintre bien connu domicilié à Dosches, qui participa activement à la résistance dans les rangs des FTPF (Francs tireurs et partisans français), a résumé son aventure en vers :

« De la guerre sans merci il a vécu l’horreur,

Il a connu l’exode, la honte et la peur.

Son père fut fusillé par un jour de terreur…

Pour venger son père il devint franc Tireur,

Par haine de l’ennemi il se fit saboteur… »

(« L’homme au regard triste. »

Sous le pseudonyme de Lilian de la Moline)

Pas d’armistice en 1944 !!!

 

Pierre Mermet et Robert Berthelin le 8 mai 2009.

Malgré de nombreux rappels historiques, on a pu lire encore dans des communiqués locaux que le 8 mai célébrait « l’armistice » de 1944. Comme il a déjà été dit ici, il n’y eut pas d’armistice en 1944, pas plus que de traité de paix d’ailleurs. L’Allemagne nazie a capitulé sans condition.

La reddition de l’armée allemande a été signée à Reims le 7 mai à 2 h 41, par le Maréchal Allemand Alfred Jodl, par  le Général Walter Bedell-Smith, chef d’Etat-major du Général Eisenhower et par le général Sousloparov au nom des Soviétiques. Le général français François Sevez, chef d’état-major du Général De Gaulle fut invité à contresigner en qualité de simple témoin.


Jodl avait été envoyé au quartier général d’Eisenhower par l’Amiral Dönitz pour négocier la fin des combats. (Hitler s’était suicidé le 30 avril.). La nouvelle fut communiquée officiellement le 8 mai à 15 h. Cependant, les combats continuèrent autour de poches occupées par les nazis (Dunkerque, Lorient, Saint Nazaire). Sur le front de l’est, les soviétiques avaient libéré Berlin le 2 mai.



Une seconde capitulation sans condition fut signée au quartier général de Joukov dans une villa de Karlshorst  (banlieue est de Berlin) le 8 mai peu avant minuit (23 h 01 heure d’Europe centrale).


« 1° Nous soussignés, agissant au nom du Haut Commandement allemand, offrons par la présente au Commandant suprême des Forces expéditionnaires alliées, en même temps qu'au Haut Commandement de l'Armée rouge, la reddition sans condition de toutes les forces de terre, de mer et de l'air qui se trouvent à ce jour sous le contrôle allemand.

2° Le Haut Commandement allemand donnera immédiatement à toutes les autorités terrestres, navales et aériennes allemandes, ainsi qu'à toutes les forces sous contrôle allemand, l'ordre de cesser toutes opérations militaires le 8 mai à vingt trois heures 01, heure de l'Europe centrale, de rester sur les positions occupées à ce moment et de désarmer complètement, en remettant leurs armes et leur équipement aux Commandants alliés locaux ou à des officiers désignés par des représentants des Hauts Commandants Alliés. Aucun bateau, bâtiment ou avion ne devra être sabordé ou détruit, et aucun dommage ne devra être causé ni aux coques, machines et équipements, ni aux machines de toutes sortes, armements, appareils, ni en général à tous moyens techniques permettant de poursuivre la guerre.

3° Le Haut Commandement allemand communiquera sur le champ à tous les commandants intéressés tous ordres ultérieurs du Commandement Suprême des Forces expéditionnaires alliées (...)

Lire la suite dans ENA »

 

 

 

 

 Wilhelm Keitel représentait l’Allemagne, Joukov l’Union soviétique, A.W Tedder le Haut commandement des forces alliées, Carl Spaatz pour les forces stratégiques aériennes des Etats-Unis et  De Lattre de Tassigny commandant en chef de la 1ère armée française fut admis à la signature.

7, 8 ou 9 mai ?



S’il y eut un armistice, ce fut celui du 22 juin 1940 par lequel la France du Maréchal Pétain se soumettait à l’Allemagne. L’existence des Forces françaises libres et l’action de la résistance permirent au Général De Gaulle de convaincre Churchill afin qu’une place soit accordée à la France lors de la signature de Berlin. Lorsque De Lattre exigea que le drapeau français soit joint aux drapeaux anglais, américain et soviétique dans la salle, un officier britannique aurait répliqué : « Et pourquoi pas le drapeau chinois ? ». Quant à Keitel il s’exclama :

« Ah, il y a aussi les Français ! Il ne manquait plus que cela ! ».



De ces anecdotes, on peut mesurer ce que notre pays doit au Général De Gaulle et à tous ceux qui n’acceptèrent pas la défaite de 1940 !

Cependant la commémoration du 8 mai ne s’imposa pas d’elle-même. Si la France ignore la signature du 7 mai à Reims, c’est qu’elle n’y fut pas associée directement. Par la suite, la célébration de la capitulation nazie subit bien des péripéties.

En 1945, le général De Gaulle préfère réunir les Français dans de grandes célébrations patriotiques le 16 mai (fête de Jeanne d’Arc) ou 11 novembre. Il insiste alors sur le caractère indissociable des deux conflits mondiaux – idée qui permit la présence française à la signature de Berlin – et privilégie la célébration d’une victoire unique.

En 1946, le dimanche 8 mai ou le dimanche suivant seront choisis (loi du 7 mai 1946). Les autres journées commémoratives sont alors le 18 juin (appel du Général De Gaulle) , la libération de Paris et surtout le 11 novembre. Cependant, dès 1947, les associations de résistants et de déportés organisent leurs cérémonies le 8 mai.

Ce n’est qu’en 1953 que le 8 mai devint jour férié (mais non chômé), à la demande des associations d’anciens combattants, résistants et déportés (loi du 20 mars 1953)

En 1959, De Gaulle revenu au pouvoir, rétablit la célébration le second dimanche de mai afin de limiter le nombre de jours fériés. Par protestation, la plupart des associations d’anciens combattants refusent de s’associer aux cérémonies officielles. Cependant, le 8 mai 1965 sera exceptionnellement déclaré férié pour le 20ème anniversaire. (Décret du 1er  avril 1965)

En 1968 un décret prévoit une célébration annuelle à la date du 8 mai, mais en fin de journée. (décret du 17 janvier 1968)

Valéry Giscard D’Estaing supprimera la commémoration officielle en 1975, et propose une « journée de l’Europe » , le 11 novembre devenant une journée nationale du souvenir. Mais de nombreuses communes continuent de célébrer le 8 mai officiellement.

Ce n’est qu’en 1981 (loi du 2 octobre 1981), sous la présidence de François Mitterrand, que le 8 mai sera ajouté à la liste des jours fériés chômés. En 1982, après de nombreux débats il est décidé que  la commémoration est reconnue comme une fête nationale.

« Cette "journée de la liberté", fériée et chômée, doit être abondamment présentée dans les écoles et les universités et les commémorations qui la ponctuent faire l'objet d'une large couverture médiatique. »

Toujours d’actualité…

Aujourd’hui, la commémoration du 8 mai semble s’être imposée à l’égal du 11 novembre, rappelant la victoire alliée et la fin de la barbarie nazie.

Encore faut-il préciser que les Russes continuent de célébrer la fin du conflit le 9 mai  et que la guerre ne prit réellement fin qu’après la défaite du Japon. (2 septembre 1945). Aussi les Etasuniens distinguent-ils  le jour de la victoire en Europe (Victory-Europe Day) du jour de la victoire en Asie (Victory-Japan Day.)

Rien n’étant jamais acquis définitivement, et le temps des événements concernés s’éloignant, il est plus que jamais utile de rappeler la signification de ce jour. Au « devoir de mémoire », devenu pour beaucoup simple incantation, nous préférons la connaissance de l’histoire et la poursuite d’un engagement : « Résister », comme le disait joliment Lucie Aubrac qui signa en mars 2004, avec plusieurs personnalités (Maurice Kriegel-Valrimont, Germaine Tillion…) un appel aux jeunes générations à réagir devant la remise    en cause du « socle de conquêtes sociales de la libération ».


 
Par Petits potins_10 - Publié dans : Actualités. Associations locales
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