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Vendeuvre, avec les Amis du Parc.
Découverte déjà ancienne, dont nous donnons le compte rendu avec un peu de retard. Le 17 juin, Mme Bellenoue avait donné rendez-vous aux personnes intéressées à l’église de Vendeuvre. La visite de l’édifice ayant déjà été proposée une année précédente, il ne s’agissait que de se réunir là, au frais par cette chaude journée printanière, avant de partir à la découverte du bourg. Une vingtaine de personnes étaient présentes.
Nous nous servirons largement de documents photocopiés distribués aux participants.
L’origine du nom « Vendeuvre » est controversée : « blanche colline » (Vindobriga) ; « œuvre des Vandales » ( Vandopera puis Vandovera) ; « vieux clos de
L’église de Vendeuvre.
L’ancienne église, dédiée à
Le portail nord est une œuvre de transition où l’on retrouve les lignes de la renaissance alliées aux décorations antérieures. A l’extérieur à droite, se trouve une belle piéta du 16 ème siècle, abritée par un petit édifice couvert d’essentes. Le petit guide de PNRFO « Quelles merveilles autour des lacs ! » signale 15 tableaux du 17ème siècle dont on trouve un historique détaillé :
Les tableaux de Vendeuvre
« …Quinze modestes tableaux, peints sur bois et qui sont disposés tout autour de la nef, comme plus tard on pendra les stations du chemin de croix… au bas de la nativité on peut lire : "Joachim pinxit anno 1627". [L’artiste se nommait ] Joachim Duviert, officier du roi, peintre de Mgr de Luxembourg et domestique, demeurant à Vendeuvre", mort à Châtillon-sur-Seine septuagénaire en 1648. …Dans les année 1609-1614, Duviert accompagna son maître à travers
Dix ans après la mort de son maître et deux ans avant de se marier à Troyes avec la veuve d'un marchand teinturier, Joachim a offert[ces tableaux] pour décorer l'église de son lieu de résidence …
[Ils représentent] les quinze mystères évoqués par le chrétien récitant son chapelet : pour chaque mystère un Pater et dix Ave Maria. Les mystères joyeux sont : l'Annonciation,
Le retable situé derrière l’autel est l’œuvre de Girardon, sculpteur troyen. Il est de style baroque. Le tableau qui en occupe le centre, signé Velut, représente le jugement de Saint Pierre. La chaire provient de l’abbaye de Clairvaux.
. Les vitraux originaux du 16ème siècle ont disparu pendant la guerre et son remplacés par des verrières de Max Ingrand .
Un dessin de Max Ingrand
Ingrand Maurice Ernest pour l’état-civil (1908-1969). Ce maître verrier de réputation internationale a réalisé de nombreuses restaurations et créations de vitraux après les destructions survenues durant la seconde guerre mondiale. Eclaireur et scout de France dans son enfance, prisonnier à l’OFLAG IV D durant la seconde guerre mondiale (voir ses « Peintures de captivité »), il fut l’élève de Jacques Grüber (1870-1936), fondateur de l’école de Nancy. Max Ingrand restaura la cathédrale du Mans. Il réalisa de nouvelles verrières aux cathédrales de Tours, Laval, Beauvais, Saint-Malo, au couvent des Jacobins de Toulouse, aux églises de Saint-Pierre de Montmartre, d'Yvetot et autres. On peut retrouver ses œuvres un peu partout en France, en particulier dans l’ouest (Normandie, Bretagne), mais aussi à Bucarest, Bombay ou Tokyo. Dans le domaine profane, il participa à la décoration du paquebot Normandie. Nous lui devons les fontaines lumineuses du rond point des Champs Elysées. Plus modestement, La verrière représentant la « Vision de l’Empereur Auguste » à Saint Parres-aux-Tertres, fut restaurée dans ses ateliers ( motifs décoratifs du soubassement) .
L’église de Vendeuvre fut en effet gravement endommagée en 1940. La ville dut subir les intenses bombardements du vendredi 14 juin. Comme il est fréquent dans les témoignages d’époque, les bombardements sont attribués aux Italiens (http://www.vendeuvre-sur-barse.fr/html/eglisevsit.htm) Nous ne discuterons pas ici cette affirmation contestée par les historiens.
Vendeuvre est traversé par les colonnes de réfugiés et des éléments de l’armée française repoussée par les Allemands et tentant de franchir le fleuve au pont de Bar sur Seine. La 14ème DI commandée par de Lattre de Tassigny y parviendra alors que le 15 juin, vers 17h Leclerc sera blessé à Magnant .
Lors d’un engagement entre des chars et l’infanterie , un obus atteignit une citerne d’essence rangée sous les platanes à proximité de l’église. Le feu se communiqua à la toiture de l’édifice. Durant l’hiver 1940-41, très pluvieux, la voûte du maître hôtel s’effondra en premier, suivie de l’ensemble de la couverture à l’exception de celle du transept.
La restauration fut longue puisque l’église ne fut rendue au culte qu’en 1963. Consulter aussi :
http://www.crdp-reims.fr/crl/consult/fic_edit.asp?fETABL=3459&ProId=1&cssId=1
Visite du bourg.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Vendeuvre-sur-Barse
Le château
Mme Bellenoue étant « Vendeuvroise » de souche, mit l’accent sur les particularités remarquables de son pays natal : le château, la sainterie et les production industrielles anciennes. Au sortir de l’église, le groupe se dirige vers le Parc du château, ombragé d’arbres vénérables. Devant la façade de l’édifice, les bénévoles préparent les représentations du spectacle son et lumière dont le thème cette année était « feu et flamme », hommage aux activités locales traditionnelles. Le thème nous donne l’occasion de nous inquiéter de l’avenir de cet édifice, propriété du Conseil général pour les 4/5 et de la commune (1/5), dont l’état ne cesse de se dégrader. Au temps jadis, le conseil municipal avait étudié l’éventualité de créer un musée des techniques et des arts du feu, mettant en valeur l’argile et le fer qui donnèrent naissance aux industries locales. L’Association des amis du Parc, soulignait dans un « Point de vue sur
La partie actuelle n’est en fait que l’ancienne caserne du château fort aménagée par Henri de Luxembourg au 17ème siècle.
Auparavant, les troupes royales avaient démoli donjon et tours sur ordre de Richelieu . Louis XIII y séjourna fin septembre 1631. Les Mesgrigny, acquéreurs en 1638 poursuivirent les aménagements, notamment le grand escalier intérieur (sculpté par le Troyen Simart). Le dernier propriétaire, René Bourlon de Sarty légua le château à la commune et au département en 1980 . On trouvera un historique plus complet dans le n°4 de l’Escarboucle (printemps 1990) Voir aussi le site
http://www.vendeuvre-sur-barse.fr/
La notice distribuée aux participants nous apprend que : « ..Les abords de la source de
L’industrie.
Côté rue, le château montre une assez belle façade avec fronton et colonnade. Près de la grille d’entrée, un tracteur orange rappelle la célèbre fabrique de matériel agricole. Pour voir et entendre , visitez le site de « l’amicale » : http://www.amicalevendeuvre.com/
ON peut aussi admirer une superbe machine à vapeur « Vendeuvre » à « l’atelier du charron » de Brienne-la-Vieille. (Visite à ne pas manquer !)
Les notices touristiques citent Nicolas Bourbon ( 1503-1550) et son poème en latin « De Ferraria Nugae »
« Sur le territoire de Vendeuvre est un endroit où se trouve ce que nous nommons une forge : elle est placée sur les rives de la rivière Barse, au milieu des prairies et près d’une tour élevée autrefois par des guerriers vandales, comme nous l’apprennent l’histoire et les vieux monuments ; c’est ce qui fait donner le nom de Vendeuvre à cette terre.. »
Les lieux dits « grandes forges », « petites forges », « côte du four à chaux », « ferme des forges », « les minières » témoignent de l’implantation ancienne de cette activité. Au milieu du 15ème siècle, on y fabriquait des boulets de canon en fonte, coulés dans des moules d’argile, les « veuglaires ». Ces « boules de fer » sont vendues notamment à l’arsenal de Troyes. La production se serait arrêtée en 1540. Trois siècles plus tard, en 1837, un haut fourneau est construit qui exploite le minerai de fer des « minières ». Plusieurs fonderies seront créées.
Faïencerie, bonneterie (le « bas Lisette ») , faisaient de Vendeuvre une cité industrieuse.
La « Sainterie ».
Autre matière première abondamment exploitée dans la région : l’argile. Outre la faïencerie du baron PAVEE qui produisait des objets rustiques campagnards vendus jusqu’à Paris (39 rue Neuve des Mathurins), la faïencerie Schmid fabriquait des pièces décoratives. D’autres entreprises étaient spécialisées dans les briques réfractaires (Bocquillon), la poterie, les tuiles ou les briques. Mais naturellement, c’est
L’église de Vendeuvre, et nombre de nos petites églises locales possèdent encore des exemplaires de ces statues de terre cuite, paraît-il aussi dures que la pierre. Il s’en vendit dans le monde entier . A Paris leur lieu de diffusion leur valut le qualificatif de « Saint Sulpiciennes » ce qui n’est pas à proprement parler un compliment artistique. Un collègue érudit participant à la visite attire mon attention sur leurs caractéristiques : socle octogonal, et visages stéréotypés. Cela tient au mode de fabrication. La technique des séries fait « …qu’une tête de saint Vincent adaptée sur le corps de Saint Marcel peut très bien donner Saint Léon… ». Anatole Dosseur, poète et ami de Léon Moynet ajoute à l’anecdote :
« Pendant les premiers jours de son entreprise, la grande préoccupation de M Moynet…était de perfectionner ses moules et de trouver des modèles… Homme d’hospitalité très ouverte, il utilisa plus d’une fois le galbe de ses convives, et six mois après avoir mangé une truite au bleu en déjeunant à
Personnalité complexe, Léon Moynet aurait soutenu discrètement les candidats anticléricaux aux élections ! On peut ainsi lire sous la plume d’Anatole Dosseur ces vers curieux :
« …Tes anges cuits au four ont des ailes de terre,
Mais ton pinceau magique en moire le duvet…
…on peut pendant mille ans,
Dire : amen ! à la sainte, aux parfums de l’encens,
Et baiser ses pieds nus à la clarté d’un cierge. »
( Rapporté par JR Prod’homme dans «
Le succès commercial de l’entreprise tient sans doute à plusieurs facteurs :
- une forte demande de la part de l’église concordataire, après les tourments révolutionnaires et un élan de « reconquête » des esprits. L’ornementation religieuse (vitraux, statues, architecture) avait souffert. La foi également. Sans approcher la splendeur de la contre réforme catholique, le 19ème siècle fut animé d’un esprit missionnaire.
- L’application de procédés inspirés de la « révolution industrielle », et le bénéfice d’un transport facilité. La ligne de chemin de fer Paris Belfort, comporte un arrêt à Vendeuvre ( 1857). Léon Moynet, entrepreneur avisé sut imaginer et faire connaître ses productions originales. Catalogue dont l’entête figurait la tiare pontificale, slogan « avocat de saint Pierre », faisaient de lui un précurseur de la grande distribution et de ses méthodes publicitaires!
- La religion s’exporte. L’Europe est engagée dans la conquête coloniale et missionnaire. Les statues de
On ne sait s’il faut mettre à l’actif de
Il n’est pas certain, que les « saintiers » , artisans de la terre et du feu se soient eux-mêmes considérés comme des artistes. Quoiqu’un homme comme Suchetet , né à Vendeuvre y ait fait son apprentissage avant de devenir le sculpteur que l’on sait. (http://www.mesnil-sellieres.com/article-2072383-6.html) On peut au moins considérer que les modelages de Léon Moynet et de ses apprentis ou successeurs rencontrèrent la faveur du clergé et la ferveur populaire. De ces artisans prolifiques, JR Prod’homme écrivait : « Ils cherchèrent à embellir, par leur pieux cortège, nos églises rurales françaises…Il faut bien admettre que les statues polychromées des artisans de Vendeuvre, répondaient bien aux exigences esthétiques … » des lieux et de l’époque.
Aujourd’hui, les bâtiments sont détruits et les saints qui restent, les moules, occupent l’ancienne bergerie du château. La documentation est à la direction des archives de l’Aube. Aucun des vastes projets concernant ce patrimoine « d’archéologie industrielle et d’ethnologie » n’a vu le jour.
Le n°24 (p 3) de l’Escarboucle fait état d’expositions partielles de statues ou de documents. Dans le « Courrier n°7 » du Parc naturel régional de
On pourra lire un historique complet de
On pourra lire un historique complet de
Mise à jour: Le n°48 (octobre décembre 2006) de La vie en Champagne consacre son dossier à la Sainterie de vendeuvre.Il s'appuie sur la conférence du Club XIXe donnée en 2005. Au sommaire: Lesa rts du feu dans l'Aube au 19ème siècle ( Jean Louis Humbert); Léon Moynet et la création de l'entreprise ( Christel Werny); Techniques et production de la Sainterie ( Emilie Leduc) ; Georges Bourgin, peintre décorateur à la Sainterie ( Marie France Solignac); Les Nicot ( de 1890 à la fermeture de l'entreprise en 1961) par Dominique Renaud.
Autres curiosités.
Industries mécaniques, « Sainterie », autant de titres de gloire hélas évanouis. On l’a souvent dit. Les « Saints du Paradis » sont au purgatoire. Espérons que personne n’aura idée de les envoyer au diable ! (**)
Le "Sans souci", statue du sculpteur Suchetet exposée à l'Hôtel de Ville de Vendeuvre. Mme Bellenoue conduit les visiteurs vers une maison dont l’angle abrite une niche contenant une statue de calcaire polychrome classée , un « Christ aux liens », protégé par une grille et dont la propriété donna lieu a de multiples conflits . Enfin, on signale la source du ruisseau du Potelet, trou sans fond aux propriétés « miraculeuses » voir www.pnr-foret-orient.fr/fr/pdf/oti/communes/vendeuvre_sur_barse.pdf
* « Thoais » ou « Tau » ou « Toé » . Ses terriers fournissaient une argile tantôt rouge, brune ou blanche dont le mélange donnait la matière première de la statuaire.
**Crainte que justifierait l'article ci-dessous lu dans l'Est Eclair (4 octobre 2005):" La Sainterie sous le boisseau. Après avoir abordé le 19ème siècle à travers le filtre des loisirs, des enfants , des femmes et des transports, le Club XIX aborde demain, à travers quatre conférences et une exposition, la Sainterie de Vendeuvre sur Barse, qui compte parmi les premières manufactures françaises d'art chrétien. pas de chance: le Club XIX a très logiquement associé à l'organisation l'association l'Argilière du Thoais, récemment créée à Vendeuvre pour la promotion de l'art et des techniques industrielles de l'ancienne manufacture. Mais l'association agace profondément le Conseil général, propriétaire du fonds de la Sainterie, qui a interdit toute communication superflue sur le cycle de conférences. L'annonce devrait logiquement se limiter à un petit communiqué..."
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