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Lundi 26 février 2007

Aubade de l’Eveil.

 Musique de rue, musique de plein air, l’Eveil était de sortie le 18 février à Mesnil-Sellières et le 24 à Dosches.

 

 

 Notre société de musique a renoué, il y a quelques années avec une tradition ancestrale. La tournée « des membres honoraires » qui permet aux musiciens de se présenter aux habitants de la commune et de recueillir un soutien financier.  

Une vieille histoire si l’on en croit les vétérans … A l’origine, ainsi que le rappelait André Tisserand dans un article d’INFO, la nécessité de se procurer des fonds pour participer aux déplacements assez onéreux qu’occasionnait la participation à certains concours. 

 

 « Pour pallier cette lacune, nous avions décidé de solliciter la générosité des habitants de Mesnil-Sellières et des environs sous forme de membres honoraires. Nous allions donc au début de chaque année les gratifier  d’une petite aubade et collecter leurs dons sous forme d’une cotisation dans une dizaine de communes environnantes. Tous ces déplacements s’effectuaient à bicyclette, voire à pied pour certains, et pendant presque trois mois tous nos dimanches après-midi étaient absorbés par ces aubades. En remerciement, dans chaque commune concernée, un concert était offert au public, le jour de la fête patronale…. »

 

 

 Ainsi « l’aubade », n’était pas toujours délivrée à l’aube ! L’origine du mot et ses divers usages le permettent d’ailleurs. Si l’étymologie  évoque la blancheur de l’aube, en terme de musique militaire, un « concert de tambours ou autres instruments … » peut être dédié à un gradé sous sa fenêtre. Pour certains , il s’agit d’un tapage en vue de moquer un importun. La version romantique, plus répandue rime avec sérénade et trouverait son origine dans l’art des trouvères. « Pastourelles » mettant en présence bergère et chevalier, « chansons de toile » rêveries de femmes mûres, « reverdies » célébrant le renouveau de la nature,  « aubade » pour réveiller les amants… A la mode aux 15ème et 16ème siècles, le genre est d’origine provençale. Les spécialistes le distinguent de la « chanson d’aube », mélodie inspirée à la jeune fille par le retour de l’aube qui la sépare de l’aimé. L’aubade de Ronsard  aspire au contraire à l’éveil :  

«  Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse… 

 Harsoir en vous couchant vous jurastes vos yeux  

D’estre plus-tost que moy ce matin esveillé ; 

Mais le dormir de l’Aube, aux filles gracieux, 

 vous tient d’un doux sommeil encore les yeux sillée… » 

( «  Les Amours de Marie » 1556) 

 

Au 16ème siècle, l’aubade est un genre poético musical ou purement musical, en tant que chant ou concert s’adressant aux gens que l’on veut honorer. Ce que fit Pantagruel quittant Orléans :  

« Mais devant que partir fut averty que une grosse et énorme cloche estoy à Sainct Aignan… devant que la porter au clochier, Pantagruel voulut en donner une aubade par la ville et la faire sonner par les rues en la portant en sa main : dont tout le monde se réjouit fort ; mais il en advint un inconvénient bien grand, car, la portant ainsi et la faisant sonner par les rues, tout le bon vin d’Orléans poulsa et se gasta… » (Livre II chapitre 7)

 

 

 La tournée de « L’Eveil » n’eut pas ces conséquences désastreuses ! Nous espérons pour les courageux(ses) instrumentistes que l’accueil fut chaleureux. Aux échos de la fanfare, laissons Apollinaire apporter la musique des mots :  

Aubade chantée à Lætare un an passé  

C'est le printemps viens-t'en Pâquette
Te promener au bois joli
Les poules dans la cour caquètent
L'aube au ciel fait de roses plis
L'amour chemine à ta conquête
Mars et Vénus sont revenus
Ils s'embrassent à bouches folles
Devant des sites ingénus
Où sous les roses qui feuillolent
De beaux dieux roses dansent nus
Viens ma tendresse est
la régente
De la floraison qui paraît
La nature est belle et touchante
Pan sifflote dans
la forêt
Les grenouilles humides chantent. 

 

 

 

  

par Petits potins_10 publié dans : Expressions artistiques
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