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Vendredi 29 juin 2007 5 29 /06 /Juin /2007 01:23

Moulin de Dosches : inauguration en beauté.

 

 

Il avait fière allure le moulin d’Erwin Schriever au flanc de la côte de Dosches, avec ses toiles brique délavée. Les artisans de la première heure avaient enrubanné les ailes d’une guirlande tricolore, comme on le faisait paraît-il jadis les jours de fête. Malgré un ciel chargé, les officiels et les curieux avaient gravi parapluies déployés, le chemin récemment aménagé qui mène à l’ancienne carrière.

A l’accueil, était proposé le verre commémoratif gravé et les bouteilles du vin d’honneur. Devinez quoi : c’était du Moulin à Vent ! Le « Petit marché nature » proposait ses produits  cent pour cent  pur terroir. Sous la grande tente, vous pouviez acheter T-shirt, cartes postales, brochures,  au profit de « l’Association des Moulins à Vent Champenois. » . Les maîtres de l’Association « L’outil en main » offraient conseils et explications. Vous pouviez gratuitement pousser le rabot ; des fillettes accrochaient  les longues spirales de copeaux à leurs cheveux. Au fond, l’espace était réservé aux dessins, maquettes, créations diverses et variées des enfants des écoles ayant participé au concours proposé par les DDEN de l’Aube et l’Association des amis du parc.

 

Il fallait escalader les derniers mètres pour se trouver au pied du moulin. Une petite estrade était destinée à élever les propos des orateurs. Erwin Schriever bien sûr, Dominique Voix, conseiller général, Président du syndicat mixte du parc et « parrain » de la machine, Evelyne Perrot, Maire de la commune, le représentant de François Baroin excusé, la Présidente de l’Association nationale des moulins à vent, Line Bret, conseillère régionale etc. Qu’on me pardonne les oublis. Auparavant, les organisateurs avaient souhaité que le moulin fut béni. Cela se fait pour les bateaux et les cloches. Je n’ai pas trouvé trace de tradition de ce genre pour les moulins et serais ravi d’en savoir plus. De  la farine vient le pain nourricier et naturellement sa symbolique religieuse. Pour certains, l’image d’un moulin symbolise l’Eglise guidée par le souffle de l’esprit saint. Notre ami Pierre Garraud a relevé bon nombre de graffitis d’églises représentant des moulins, sans qu’on sache exactement quelle était l’intention des anciens « tagueurs ».  La foi est affaire privée. L’observateur neutre ne pouvait qu’être frappé de l’aspect druidique du geste effectué devant le géant de bois à l’aide d’une branche trempée d’eau par l’officiant vêtu de blanc. De plus, chacun nota l’apparition subite au moment précis de la bénédiction d’un rayon de soleil providentiel !

 

Dos au public, les Trompes d’Orient saluèrent l’événement. On avait pour la circonstance invité des ânes, compagnons indispensables du meunier. Les paniers tressés ballotant au flanc d’un ânesse venaient paraît-il du Maroc. L’ânon facétieux divaguait entre les spectateur et les personnalités, attiré un instant par le feuillage béni !

 

Discours terminés, les conversations particulières se poursuivirent autour d’un copieux buffet arrosé de vin rouge. Des petits bouts de ruban tricolores avaient été distribués. On retrouvait là avec plaisir d’anciennes connaissances, des collègues d’autrefois, des jeunes gens et des jeunes filles trop vite grandis,  les passionnés des premiers jours, ceux qui avaient en mémoire les premiers travaux, sur la place face à la grange, lorsque le beau moulin n’était encore qu’un tronc de chêne brut.

 

« Le dimanche nous allions aux moulins, par bandes. Là-haut, les meuniers payaient le muscat. Les meunières étaient belles comme des reines, avec leur fichus de dentelles et leur croix d'or. » ( Le secret de Maître Cornille. )

 

 On imagine la joie du maître d’œuvre et de ses compagnons. Evelyne Perrot pouvait à juste titre savourer le fruit d’années d’obstination. Les nombreuses anonymes et discrètes petites mains , les bras vigoureux qui ont permis les installations et le déroulement de la fête n’étaient pas moins satisfaits.

 

« Mon moulin, te voilà construit !
Tout près de la falaise, un bon géant se hausse
Qui me parle, m’instruit
D’un long passé détruit...
Moulin vivant tournant, preste et folâtre,
Par toi mes vœux seront comblés.
Comme autrefois nos vieux, le soir, autour de l’âtre,
Parle-moi du pays, de ces gars, de ces blés !

Mon moulin, j’ai voulu t’ériger là moi-même,
Te camper droit près d’un murger.
Pour moi tu vas tourner, et pour ceux que j’aime,
Tu vas encourager…

Leurs poètes, leurs fils pieux.
Moulin joyeux, toi qui sous la brise ronronne,
Esquissant une croix d’amour sur les grands cieux.

Moulin du souvenir, moulin de poésie,
Qui fait resurgir le passé,
Tourne pour ma gaîté, tourne à ma fantaisie !
Redis, jamais lassé,
Le conte ressassé...
Qui donc ose affirmer que tu tournes à vide,
O mon grand joujou raisonneur ?
Tandis que de mes jours l’écheveau se dévide,
Tu mouds les rêves bleus dont j’ai fait le bonheur ! »

                                                                       GM Robillard.

 

 Le ciel s’étant dégagé, la longue procession des visiteurs allait  se poursuivre durant tout le weekend qui correspondait rappelons-le, à la célébration nationale des moulins à vent (Tous les ans le 24 juin )

 

A plusieurs reprises, les responsables de la machine lâchèrent la bride aux ailes. Impressionnant tourbillon balayant l’espace, frôlant le sol avant de s’élancer vers les nuages. On me souffle que la vitesse à l’extrémité de l’aile peut atteindre 100 km/h. Qu’on me corrige si j’écris une sottise ! Et cette belle mécanique tourne actuellement dans un silence absolu, impressionnant, tandis que la cage roule légèrement sur le pivot comme une coque prête à l’appareiller.

 

« Comme la légère hirondelle
Qui semble du bout de sont aile
En volant effleurer le sol
J’aime voir les moulins perchés sur la colline
chacun de leur bras vers la terre s’incline
Pour reprendre ensuite son vol. »

 

 Durant l’après-midi, une file ininterrompue de visiteurs fera la queue au pied de l’échelle de meunier pour explorer les entrailles de l’édifice.

 

A 15 h, Armande Spilmann, Présidente des Amis du Parc, simplement juchée sur une chaise procéda à la remise des récompenses destinées aux écoles ayant participé au concours. Une trentaine de classes, plus de 700 élèves ont étudié, réfléchi, inventé sur le thème du vent, du mouvement et de ses applications. Les résultats sont stupéfiants de diversité, d’ingéniosité et de goût.


Le jury initialement prévu, devant tant d’efforts et de talents, a renoncé à établir un classement. Toutes les écoles se sont vues récompensées.


Il revenait naturellement à Erwin Schriever de s’adresser à la foule des parents, des enseignants et des enfants venus tout exprès en ce samedi après-midi. Avec la douceur et la simplicité inimitable qu’on lui connaît, le maître charpentier qu’il est devenu à évoqué ses rêves d’enfant. Je cite de mémoire :

« Enfant je voulais être charpentier, construire des bateaux, et réaliser le rêve de tout charpentier, construire un moulin. J’ai réalisé ce rêve. Vous aussi vous avez des rêves. Vous voulez être boulanger, ingénieur, maçon… Ne vous arrêtez pas avant d’avoir réalisé vos rêves… »

 

Un goûter – offert par le centre Leclerc de Saint-Parres-aux-Tertres- fut distribué. Les « Chénevotots », groupe folklorique dryat prirent position au pied du moulin. Au son de l’accordéon, danseuses et danseurs exécutèrent une suite de danses campagnardes. Les visites continuaient. De nouveaux arrivants continuaient d’escalader la butte.

 

Vers 23 heures, à la nuit tombée, les premières fusées furent lancées. Un feu d’artifice, rigoureusement contrôlé par les sapeurs pompiers incendia le ciel en arrière du moulin dont la silhouette sombre se découpait sur un fond d’éclatements, un ruissellement de lumière.


Derrière les barrières de sécurité, en contrebas de la plateforme, la masse de la cage et les grandes ailes voilées paraissaient par instant flotter.

 

La curiosité ne faiblit point le dimanche. Et durant les semaines qui viennent, il est possible d’admirer l’exposition des travaux d’enfants à la Maison du Parc. ( à la FNAC à Troyes après le 16 juillet jusqu’à début août)

Le moulin s’inscrit désormais dans le paysage. Bientôt une grange sera remontée à proximité. Un meunier y prendra ses fonctions. L’aventure n’est pas terminée.

Comment ne pas citer une fois de plus Daudet et son moulin ? Afin de ne pas lasser, nous avons trouvé le texte en occitan : en voici le début :

 

Estalacioun

« Es li lapin que soun esta espanta. Despièi lou tèms que vesien barrado la porto dóu moulin, li muraio e la plato-formo envahido pèr lis erbo, cresien, fin finalo que la raço di mounié èro avalido e, coume trouvavon la plaço bono, n’avien fa quicon coume soun quartié generau, un cèntre d’ouperacioun estrategico: lou moulin de Jemapo di lapin... La niue qu’arrivère, n’i’avié bèn, sènso menti, uno vintenado d’asseta en round sus la plato-formo, que se caufavon li pato à-n-un rai de luno... Lou tèms de durbi un fenestroun, fu! vaqui la desbrando messo dins lou biva e tóutis aquéli pichot quiéu blanc que patusclon, la co en l’èr, dins lou fourni. Ai l’espèr que revendran. »

 

Nos amis de Lou Champaignat – qui ont déjà consacré un numéro spécial aux moulins de notre région- nous offriront peut-être une version champenoise…

 

Par Petits potins_10 - Publié dans : Actualités. Associations locales
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