
Didier Renard, directeur de l'Eveil.
Rendez-vous était donné à l’espace maillotin pour la fête de la musique le 21 juin. L’année aurait dû être faste la date printanière tombait un samedi. Comme d’habitude, notre batterie fanfare
renforcée par l’Eveil musical, avait prévu un programme diversifié, reflet de son activité annuelle. La formation des jeunes est on le sait une de ses principales
préoccupations.
Les enfants baignent d’ailleurs dans le rythme, puisqu’ils avaient déjà participé à
un regroupement d’écoles à Saint-Parres- aux-Tertres, et qu’ils préparent pour la fête du RPI un programme de chants et de percussions. Sans parler du regroupement dans le cadre des « Ecoles
qui chantent » qui doit avoir lieu le 1er juillet. Plusieurs musiciens et musiciennes ont passé leurs épreuves musicales avec succès (le palmarès sera dévoilé lors de la Sainte
Cécile). Aux instruments traditionnels de la batterie fanfare s’ajoute désormais un groupe de guitaristes en herbe. C’est dire que l’Eveil s’attache à éveiller dans tous les sens du terme.
La musique : une tradition ancienne.
Il ne faut pas se cacher malgré tout, que les difficultés existent et l’on en connait
les causes. Nos villages autrefois étaient pratiquement tous dotés d’une fanfare et la tradition remonte assez loin. Dans le n°10 de la Vie en Champagne (avril – juin 1997) Jean Marie Meignien
avait recensé les sociétés musicales au XIXème siècle. L’apogée de leur développement semble se situer dans les années 1870 à 1890. Leur essor commence sous le second Empire avec
surtout des groupes vocaux et se poursuit durant les trente premières années de la IIIème République.

La majorité des bourgs aubois avait chorale, fanfare et harmonie. L’article cité nous renseigne avec précision sur la fanfare de Piney en 1879 : « 1 flûte, 3 altos, 3 bugles, 2 barytons, 3 trombones, 7 pistons, 4 basses, 1 ophicléide, i contrebasse en mi (cordes), 1 caisse claire, 1 grosse caisse soit
28 instruments. ». Mais la liste établie ne signale que celle là dans notre canton.

La Fédération des Sociétés musicales de l’Aube fondée en 1906, avait pour devise « Vouloir c’est pouvoir ». Le grand concours musical
international d’orphéons, d’harmonies, fanfares, trompettes et trompes de chasse rassemblait 82 sociétés dont 11 troyennes et 48 auboises en 1897. Sous la IIIème République, une
commune sur trois au moins propose sa société de musique à l’agrément préfectoral. Dans le n° 11 de la même revue, JM Meignien (organiste titulaire des orgues de St Martin à Troyes et professeur
au Conservatoire) s’est attaché à la personnalité des musiciens. Si la ville compte des noms prestigieux, l’auteur relève la diversité des corps de métiers représentés dans les sociétés
musicales : agriculteurs, commerçants, artisans, instituteurs, employés. L’influence de la musique militaire fut manifeste à Troyes qui était une ville de garnison. Mais des sociétés
musicales se formaient aussi par corporations : chemins de fer, bonnetiers. Des militaires en retraite étaient souvent les animateurs des groupes musicaux profanes. L’influence de musiciens
venus de l’est (occupé par l’Allemagne en cette période) est également soulignée. On remarque que la commune voisine Rouilly-Sacey eut la chance de donner naissance à Martin Siméon Serisier né le 11 novembre 1841. Prêtre et organiste, il fut le premier maître de
chapelle de la « Schola cantorum » et il exerça cette fonction et celle d’organiste de chœur de 1884 à 1889. Il fut ensuite nommé curé-doyen à Ervy-le-Châtel. Plus connu, l’abbé
Prévost, historien prestigieux, qui exerça aussi à
Rouilly-Sacey, fut l’auteur de plusieurs ouvrages sur la musique et d’une méthode de plain-chant romain.

Nos fanfares locales.
L’Eveil est la seule fanfare survivante dans notre canton. A plusieurs reprises, ses dirigeants ont
évoqué son histoire dans INFO (1979, 1986, 1987, 1998 pour le 75ème anniversaire). Une plaque apposée près de l’entrée de la Mairie en rappelle la fondation par Louis Pitié en 1922. A
en juger par la participation récente à la fête de la musique, on pourrait presque dire que l’Eveil a retrouvé ses racines puisqu’à l’origine la société était surnommée dans la région la
« fanfare des gosses. » en raison du jeune âge des premiers musiciens. Dans INFO 86 et 87, André et Fernand avaient relaté en détail le déroulement des premiers concours dans lesquels
se lancèrent les « débutants » et les succès qu’ils remportèrent, « tant à Troyes
en 1922 qu’à Dieppe en 1930, à Narbonne en 1933 et à Saint Raphaël en 1936.. ». Car on voyageait à cette époque et
par chemin de fer : arrêt à la station d’Assencières et accueil avec bouquets et jeunes filles en fleurs lors des retours victorieux !

Toujours dans INFO, la même année, Jean Louis Morisset avait retracé l’histoire de l’Union musicale de Géraudot. On en verra les photos sur le site de
M. Corpet (voir liens). La naissance de cette société remontait à 1881 officiellement. Mais « dès 1867, MM Emile Delarue et Jules Carré « deux courageux jeunes gens amateurs de musique s’en allaient prendre des leçons de musique près
des professeurs troyens ». Il faut croire que leurs efforts portèrent leurs fruits puisqu’un certain Narcisse Barbier et plus tard Berthelot les rejoignirent pour former un petit orchestre
qui allait jouer dans les fêtes des environs à la grande joie des populations. Après la venue de Parmantier, cet ensemble était ainsi composé : Delarue au violon, Carré à la clarinette,
Barbier à la basse, Berthelot au trombone, et le cinquième Camille Parmantier au piston. »
La formation était sensiblement différente de l’Eveil puisqu’elle comprenait bugle,
cornet à piston, trombone à piston, alto, basse, contrebasse, trompette, grosse caisse et tambour (1930). L’UMG reprit ses activités après la guerre,
mais périclita peu à peu et cessa de se produire vers 1957. Après un essai de résurrection en 1975 sous l’impulsion de M Peyrillou et un concert remarqué à la foire de Piney, l’Union musicale ne
survécut pas au décès accidentel de son directeur. L’article reproduisait le texte d’une allocution de M Poupeney, prononcée en 1931 à l’occasion du cinquantenaire de la Société. La teneur
traduit sans doute assez bien l’état d’esprit des musiciens amateurs de l’époque :
« Chers amis, je m’adresse à vous tous, mais
particulièrement aux jeunes. Travaillez surtout le solfège et vos instruments… Tâchez de devenir des maîtres pour bien exécuter vos morceaux. Donnez tout votre cœur et vos soins à la musique qui
est pour vous une animation et une distraction saine. Tâchez d’apprendre à d’autres jeunes élèves ce qu’on vous a montré et appris afin que cette belle société continue de vivre et à faire
entendre des sons harmonieux au public. Vous fêtez le cinquantenaire de votre fanfare. On va placer à la bannière la médaille qui vous a été décernée par la Fédération musicale de France et dont
vous avez vu le diplôme encadré et placé à la salle de répétition. Tous les musiciens célèbrent cette fête avec joie et entrain, mais parmi les jeunes beaucoup d’entre vous pourront le voir de
sorte qu’ils auront assisté au cinquantenaire et au centenaire. C’est ce que je vous souhaite. Ce jour là vous penserez aux plus vieux, aux anciens qui vous ont montré et instruits et comme eux
vous direz : « J’ai fait ma part, au tour à d’autres ». Continuez à bien vous amuser. Ce jour là n’arrive que tous les cinquante
ans… »
Malheureusement, il n’y eut pas de fête du centenaire…

Brevonnes aussi avait sa fanfare. « La Lyre Brevonnaise » avait
été fondée en 1903. Elle aurait donné son premier concert annuel le 18 février 1906. Elle participe alors à l’animation d’un spectacle théâtral. Un autre concert fut donné le 8 avril 1906
avec bal en fin de soirée, le tout se déroulant dans la salle de M Fevre. C. Barbas en évoque brièvement l’histoire dans INFO 97. On y apprend que la
société fut primée au concours international du Havre en 1939. Elle disparaîtra vers 1960.

La fanfare de Piney se produisait régulièrement. Elle célébra notamment sa
fête annuelle le 5 décembre 1906. M Sausey était secrétaire de la société. Elle anime également la St Nicolas au mois de décembre 1896 et encore en
1906. Cependant, en 1896, un article relevé dans la presse de l’époque par Serge Cayrel (INFO 2007) manifeste le mécontentement des habitants : « Les habitants de Piney sont dans le marasme. Depuis longtemps ils espéraient que le silence obstiné
gardé par la fanfare serait rompu à l’occasion de la Sainte Cécile, mais il n’en a rien été : pas le moindre trombone, pas le moindre piston ne se sont fait entendre à l’occasion de la fête
des musiciens. Cependant on aime la musique à Piney… »

Rouilly-Sacey eut sa « clique » intégrée à une association
« L’Avenir ». (INFO 2002). La création remontait à 1948. Marcel Léon dit « Carrier » était chef de fanfare et Aimé Rollet animait clairons, trompettes et cors.

Il y aurait sans doute encore beaucoup à chercher pour retracer une histoire de la musique dans le canton. Nul doute que des anciens se souviennent. Dans une période plus récente, on connut
l’école intercommunale de musique animée par M. Lelarge à Piney, puis la Lyre d’Orient toujours à Piney. Villehardouin connut des concerts prestigieux. Mémorialistes, à vos plumes !

En attendant, l’Eveil prendra de méritées vacances et nous donnera rendez-vous à l’automne. On aura compris que la longévité des sociétés musicales doit beaucoup à la persévérance de quelques
uns. Lorsqu’on regarde les photos anciennes de l’Eveil exposées à la Mairie on y retrouve de génération en génération représentées la plupart des familles du village et des alentours. Pierre
Gillot, le Président, Guy Renard le vétéran, en sont comme beaucoup d’autres les témoins.
Francis
Pitié, petit fils du fondateur de l'Eveil, et Guy Renard.
Les générations nouvelles connaissent certes de nombreuses sollicitations et la musique ici est un loisir exigeant. Patiemment formés par la société, les voilà entraînés au loin par les études
puis le travail. Mais quel bonheur de pouvoir ensemble créer l’harmonie et l’émotion.

« Ceux qui jouent de la flûte, de la cithare ou d’instruments de ce genre peuvent-ils être assimilés au rossignol ?
- Non.
- Quelle différence ?
- Parce que je vois chez eux un certain art ; chez celui-ci la nature
seule… »
Augustin. « La Musique » Livre 1 ;
IV,6
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