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Dimanche 23 novembre 2008

 

La cérémonie du 11 novembre a revêtu cette année une signification particulière.

Date anniversaire d’abord puisque 90 ans se sont écoulés depuis l’armistice. Commémoration remarquable aussi du fait qu’il ne reste plus, en France de survivant du conflit. La mémoire vivante, sa transmission orale s’est éteinte. Place aux récits, à l’écrit, aux historiens.

Cette double circonstance explique peut-être en partie le regain d’intérêt manifesté par les habitants puisqu’ils furent notablement plus nombreux à se déplacer pour les cérémonies traditionnellement organisées par la commune. Ressent-on d’avantage l’intérêt de perpétuer un souvenir en l’absence des témoins directs des événements ?

Le recul historique permet aussi de considérer avec plus d’objectivité des événements longtemps occultés. Le Président de la République a notamment à Verdun fait référence aux divers mouvements d’insoumission qui affectèrent les troupes en ligne. La mémoire des « fusillés  pour l’exemple » ne peut plus être ignorée, de même que la répression des mutineries.

A Mesnil-Sellières la cérémonie a été marquée par la lecture de lettres écrites par les enfants de l’ école, à l’initiative de l’institutrice Corinne Boutiot.

SOUVENIRS…

Le petit journal scolaire  daté du 1er  décembre 1980 et intitulé « Concerto » donnait un compte rendu des cérémonies du 11 novembre dans les communes du RPI. En voici la teneur.

Le onze novembre 1980 à Dosches.

( par Alice Marrel. Voir photo de classe ici)

Mardi, je suis allée à la célébration du 11 novembre à Dosches. Tous les gens se sont rassemblés devant le monument aux morts. Puis le Maire a demandé qui voulait porter la gerbe. A 10 h 30 le défilé a commencé. Arrivés au cimetière, nous avons observé une minute de silence pour repenser aux morts pour la France. Ma sœur parlait : elle réclamait de la musique ! En redescendant vers le monument aux morts, les pompiers ont joué une marche. Le maire a lu les noms des victimes de la guerre :

Gravelle François ; Isambert Marcel ; Pape Jean marie ; Mathis Ernest ; menuel Théodule ; Misel Ernest ; Roy Ernest ; Thomas Marcel ; Tisserand Camille ; Auguste Raymond ; Bigeard André ; Bigeard Numa ; Colliard Joseph ; Deguy Paul ; Cropat Gabriel ; Desplanches Fernand ; Desplanches Ludovic ; Deschassine Emile ; Couvignon Fernand.

Onze novembre à Géraudot

(Catherine Cruciani, Céline Gressé, Nathalie Dauphin et Franck Bonnemain)

Mardi, les habitants, les enfants, les pompiers ont fêté le 11 novembre dans la commune de géraudot.

Tout le monde est arrivé. La place grouille de monde. Monsieur le Maire donne la gerbe à ma camarade. La femme du Maire remet à chaque fille un bouquet qu’elles déposeront sur les tombes. Derrière les enfants, les pompiers se mettent en rang. Le commandant dit : « Droite ! »…Les grandes personnes se rangent derrière les pompiers. On entend : « Marche ! », et le défilé se dirige vers le cimetière.

Nous sommes partis de la place à onze heures. Les enfants marchaient devant. Nous avons avancé jusqu’au cimetière. Les petits bavardaient. Le garde champêtre les a disputés. Certains se tiraient la langue, d’autres jouaient. Au cimetière les filles ont fait le tour des tombes accompagnées du Maire qui disait le nom des morts. Les garde champêtre mettait les fleurs et un pompier répondait « Mort pour la France ».

Puis nous somes allés au monument aux morts. Les enfants se sont mis en rang devant et les musiciens se sont rangés derrière eux. Les habitants étaient de l’autre côté de la route. Le Maire et son adjoint étaient à côté du monument. Le Maire disait les noms des morts et un pompier répondait « Mort pour la France. » Le maire a demandé une minute de silence, puis les musiciens ont joué de la musique.

Victimes de la guerre à Géraudot :

Bot Emile ; Caillaud Emile ; Colfort Fernand ; Collier Eugène ; Demet Fernand ; Desrat Désiré ; Jeanne Lucien ; Lassaigne  Jules ; Parmentier Albert ; Petit Sevestre André ; Soulier Pierre.

Le 11 novembre à Mesnil-Sellières

(Reportage réalisé par Florent Thévenin, Gilles Fournier, Sophie Blick et Valentin Chérain)

A Mesnil-Sellières, l’anniversaire de l’armistice se célèbre le 1er novembre, en même temps que la Toussaint. Vers trois heureset demie, tous les habitants sont venus dans la cour de l’école. Un ancien conseiller nous a demandé si nous voulions porter les gerbes de fleurs pour les déposer sur les tombes des anciens combattants. Mes camarades et moi nous sommes allés à la Mairie pour prendre les bouquets. Il fallait aussi des garçons car il n’y avait pas assez de filles. Ensuite nous sommes descendus au monument. La petite troupe de musiciens jouait une marche funèbre. Le Maire a lu son discours et a cité les noms des anciens combattants. Il a demandé une minute de silence. Les porteurs de drapeaux, les musiciens et les pompiers étaient en tête. Nous sommes partis au cimetière. Les enfants qui portaient les gerbes se sont mis devant les tombes marquées par des petits drapeaux tricolores. Le Maire et un conseiller venaient pour déposer les gerbes. A quatre heures et demie, certains sont repartis à pied et les autres en voiture parce qu’il faisait froid.

Victimes de la guerre à Mesnil-Sellières :

1914 : Berthelin hector ; Tisserand maurice ; Lebeut Adolphe ; Baudoin Lucien ; Poirier Ivan ; Bazin Lucien .

1915 : Crenez Charles ; Bouclier Henri ; Poulet George.

1916 : Delacour Henri ; Husson Louis ; Misel Gabriel.

1917 : Crenez Henri.

1918 : Malvernat Roger ; Gublin Léonce ; Guillard Henri.

1919 : Méniselle André.

 

Discours prononcé par M le Maire de Mesnil-Sellières.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

« Honneur à nos grands morts qui nous ont fait cette victoire : »Ainsi s’exprimait Clémenceau devant la Chambre des Députés le 11 novembre 1918. La guerre était terminée : 62 ans déjà.

Inclinons-nous devant ce monument en signe de reconnaissance devant ces héroïques vistimes dont le sacrifice nous a permis de demeurer Français. En donnant leur vie pour préserver la nôtre, ils ont rêvé pour nous d’une paix éternelle et universelle. La guerre ne résout rien. Il faut clamer bien haut qu’une prochaine tuerie ne rendrait les hommes solidaires que dans la mort. Et maintenant, la vraie, la grande cause à servir, c’est celle de la réconciliation humaine.

Le 18 mai 1937, les écoliers du Pays de Galles s’adressaient aux enfants du monde entier : «  A travers les continents, par-dessus les mers, la jeunesse appelle la jeunesse à vivre pour la paix. Crions au monde entier qu’il le faut ! ».

Deux ans plus tard pourtant éclatait la seconde guerre mondiale.

Et aujourd’hui, le monde vit dans la crainte d’une nouvelle guerre mondiale, et cetteguerre par les moyens mis en œuvre risquerait bien cette fois d’être la « Der des der ». Soyons vigilants. L’antisémitisme ressurgit. La violence appelle la violence. Persuadons nous que chaque peuple a le droit de choisir librement son mode de vie et se doit de respecter celui des autres. Je vous invite à observer une minute de silence en mémoire de tous nos disparus, puis nous nous rendrons au cimetière pour nous recueillir sur la tombe de ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie. »

Le 11 novembre à Rouilly-Sacey.

(Reportage deFabrice brechbuhl, Christelle Parjouet, David Jacquard ; Frédéric Jacquard ; Jean François Serisier ; Alexandra Prieur ; Yannick Mailly ; Franck Rollet.)

Mardi à 11 heures, les enfants des écoles et les parents vont à l’école. Une femme distribue des fleurs aux filles. Les pompiers arrivent et nous allons nous ranger dans la cour de l’école. Ensuite nous partons au monument. Quand nous sommes arrivés, les filles sont allées poser des fleurs sur le monument. Les pompiers jouent de la musique. Ensuite nous allons au cimetière. Trois pompiers baissent les drapeaux sur les tombes des soldats morts pour la France. Les filles déposent des fleurs. Puis, nous allons au vin d’honneur au café du village.

Victimes de la guerre à Rouilly-Sacey :

1914 : Tambour Louis, Beaudoin Lucien ; Mollereau Lucien ; Tisserand Maxime.

1915 : Daubier Albert ; Voisin Maurice ; Dupont Marcel.

1917 : Dorgert Ernest.

1918 : Finance Henri ; Collinet Camille ; Dumas Maurice.

Le onze novembre.

Le onze novembre est en cendres

Car les gens l’ont oublié.

On peut le déchirer

En petits morceaux

De papier.

Eh oui !

Il est bien triste

Le onze novembre.

Yannick Mailly. 10 ans

( Note de la rédaction : naturellement ce pessimisme n’engage que son auteur ! )

 

Nos villages pendant la guerre de 1914.

( Enquête de Alice Marrel, Gilles Fournier ; Sophie Blick ; Valentin Chérain ; Florent Thévenin)

Le 17 janvier 1917, le 154ème régiment d’infanterie est venu se cantonner à Dosches et à Mesnil-Sellières. Les soldats dormaient dans les granges et les greniers. Les officiers logeaient dans les maisons. Les soldats s’entrainaient avant de monter au front. Il y avait un champ de tir à « La Garenne ». Il y avait un quai d’embarquement à la gare de Rouilly-Géraudot. La fanfare emmenait les renforts prendre le train. Il passait des traions tous les quarts d’heures, jour et nuit. Certains menaient les renforts au front. Les autres ramenaient les blessés.

Les Allemands sont venus jusqu’à Arcis sur Aube, et du village on entendait le bruit de la bataille.

Des prisonniers allemands coupaient des sapins dans les bois d’Assencières et de Luyères pour faire des sapes. Un monsieur nous a raconté qu’à Arcis sur Aube, des brasseurs faisaient des signaux aux Allemands pour diriger leurs tirs à l’aide de leur grande cheminée. Mais un jour, au lieu de bombarder le terrain d’aviation, les Allamands, malchance, ont bombardé leurs prisonniers.

Les soldats étaeint équipés de fusils Lebel, de baïonnettes et de mitrailleuses. Ils utilisaient aussi des grenades. Il y a eu de nombreuses victimes.

Un soldat a été tué à l’exercice dans la carrière de Dosches. Il s’appelait Lamorlette. Le mari de Mme Yvonne a été blessé par balle, puis il a été tué par les gaz en 1918. L’arrère grand-père de Catherine, qui était artilleur a eu les tympans déchirés par le bruit des canons.

Les habitants avaient du mal à man,ger car la nourriture était rationnée à la fin de la guerre. Il fallait aller chercher des cartes à la mairie pour l’alimentation. L’armée réquisitionnait les chevaux des agriculteurs. On s’éclairait à la lampe à pétrole mais le pétrole aussi était rationné. Même les vélos étaient réquisitionnés. Les jeunes devaient travailler dans les champs pour remplacer les hommes mobilisés. A Mesnil-Sellières, il y avait un théâtre pour distraire les soldats. Il se tenait dans une grange… cela s’appelait le Foyer du soldat… »

  

En 1982, pour un concours organisé par le crédit agricole, un de nos anciens aujourd’hui disparu, rédigeait un texte de souvenirs personnels concernant le cantonnement du 154ème d’Infanterie au village.

Ce récit fournit en partie la base d’un journal spécial de la Coopérative scolaire en 1984. En voici une copie :

 Troupe en garnison dans mon village en 1917-1918-1919.

Par Félix Delacour.

« J’allais bientôt avoir 6 ans, je me rappelle très bien qu’il faisait très froid le 17 janvier 1917 quand le 154ème régiment d’infanterie (dit le 15-4) arriva à Mesnil-Sellières musique en tête. Je le vois encore déboucher en haut du pays sur la route de Dosches. C’était impressionnant, les tambours avec les mêmes mouvements de baguettes, les clairons faisant le moulinet, la fanfare, les gradés, le capitaine à cheval et toute la troupe marchant impeccablement. Après la revue effectuée par les officiers, les p’tits soldats par sections puis par escouades furent dirigés dans leur cantonnement respectif. Chez les voisins c’était le mess des officiers, à la ferme près de la mare du haut la clique s’est installée, de l’autre côté de la rue, la musique était casernée dans lune écurie aux chevaux. C’était des portes à deux battants où sur le panneau du haut un musicien artiste avait dessiné avec ressemblance des jeunes gens du pays, le trombonne avec son instrument et la bonne de la maison. Au fond de la cour, la grange était réservée pour le foyer du soldat. Chez nous les poilus ont élu domicile dans le grenier au-dessus de l’écurie. Les lits à pied de chalis furent installés avec au dessus les planches à paquetages comme dans une vraie chambrée de caserne avec le poêle au milieu de la pièce. Je les entends encore dégringoler les escaliers quatre à quatre quand le clairon sonnait l’appel ou le piquet d’incendie. Sous le manège de la batterie était le magasin d’habillement et dans un petit hangar à bois, ils ont installé les fourneaux pour faire la cuisine. Ils ne venaient pas pour un jour, ils étaient là pour le repos et pour l’instruction en attendant de permuter pour remonter en ligne, le front n’étant qu’à une quarantaine de kilomètres. A la Belle Epine c’étaient les pionniers ils allaient tous les jours creuser des tranchées et faire des abris, poser les fils de fer barbelés dans les sapins situés à une demi heure de marche ( le nom de la tranchée est resté dans ce coin de territoire sur Assencières) Une petite maison près de la mare du milieu abritait le poste de garde, en face dans le local de pompes c’était la prison, je vois encore près des portes la sentinelle de garde dans la guérite. N’oublions pas le médecin major et ses infirmiers qui ont aménagé une maison en hôpital pour soigner les blessés et les malades.

Revenons au Foyer du soldat. En haut des grandes portes était écrit en tresses de lierre : « Vive la France » et sur la petite « Foyer » avec un grand F peint en vert on en voit encore aujourd’hui la trace. Toute la grange était propre, les poteaux et les poutres étaient drapés en bleu blanc rouge avec de la verdure. Quel beau décor ! Sur le plancher de la batterie, la scène de théâtre, les coulisses avec portes d’où sortaient les comédiens. Le troupier avec son képi bosselé, sa ceinture de flanelle rouge, son mouchoir bariolé qui sortait de sa poche, quel comique  ce sergent Loyé, il n’était pas le seul pour jouer des petites pièces de théâtre, quelques chansons sentimentales, surtout du comique, quelques titres : « En écoutant les p’tits oiseaux. » « Je prends ma valise. » ; « J’ai un chien qui gueule tout le temps. » ; « En voyant l’costaud que j’étais. » ; « J’ai la rate qui s’dilate. »

 

Ils étaient très applaudis, c’était des as. Il y avait aussi les trapézistes qui jusqu’en haut de la grange faisaient des exercices volants comme au cirque, l’un se tenant par les jarrets et tenant un trapèze dans ses dents sur lequel un autre soldat faisait des mouvements dangereux, pendant ce numéro toute la salle était silencieuse. A la fin du spectacle toute la troupe en chœur chantait « La Madelon. ». Les gamins ne se faisaient pas tirer l’oreille pour boire l’huile de foie de morue, sinon pas de théâtre. Le temps passait. Nous avions un domestique d’une cinquantaine d’années, il n’était pas patient avec les soldats alors au 1er avril, les cuisiniers lui ont envoyé une carte postale qui représentait un ours, en bas de la gravure était écrit « Connais-toi toi-même » Je les verrai toujours ; ils étaient cachés derrière les poulaillers pour guetter l’effet produit, vous pensez bien que le pépère fut surpris, se demandant bien qui avait fait cette blague. Il n’a pas eu longtemps à chercher, car, les cuistots, le cher Guivi en tête sortirent de leur cachette en faisant des gestes avec les bras sautillants en criant « Hi ! Hi !HI ! ». Notre commis eut vite fait de prendre le grand fouet qui était sur la charrue au milieu de la cour et de courir après ces jeunes marmitons qui se sauvaient chacun de leur côté ; quand il rentra à la maison pour déjeuner, il nous montra la carte et se mit à rire avec nous ; c’était un brave homme.

 Arriva le 14 juillet 1919 les soldats l’ont organisé comme jamais n’en ai vu depuis ; la veille grande  retraite aux flambeaux, des fusées lumineuses furent envoyées dans le ciel, c’était merveilleux toutes ces jolies petites étoiles brillantes, ils lancèrent aussi des petits parachutes en soie que les jeunes gens du pays devaient rapporter pour avoir un prix. Le jour de cette fête populaire, dès le matin réveil en fanfare par la musique du 15-4. L’après midi, les distractions se déroulèrent dans le grand parc de la ferme, au centre du village : couse à pied pour les jeunes gens, ciseaux pour les jeunes filles, le mât de cocagne graissé à point, la poêle bien noircie avec la pièce de monnaie qu’il fallait prendre avec la langue, la gerle (1) d’eau disposée en équilibre ( 2 soldats tiraient une voiture à bras sur laquelle un de leur camarade avait pris place ; celui-ci avec une perche devait taper juste dans la cible en bas du récipient, bien visé le poilu se retrouvait tout trempé, beaucoup d’autres jeux comme la course en sac etc. Les dimanche matin, la messe était célébrée à la chapelle Saint Croix par un prêtre qui était lieutenant, elle était parfaitement servie par un soldat avec les enfants de chœur.

Parfois le dimanche après-midi, la population se joignait aux hommes de troupe pour applaudir la fanfare qui exécutait les meilleurs morceaux de son répertoire au cour d’un grand concert dans la cour de l’école. Les gosses coiffés d’un petit calot militaire étaient autour des musiciens, heureux de les entendre jouer et de voir leur chef qui dirigeait avec compétence et sérieux.

C’est avec un peu de regret qu’un beau jour nous avons vu le régiment repartir en ordre comme à l’arrivée, pour une direction inconnue. »

La maison qui abritait le foyer du soldat dont il est question, existe encore. Elle se trouve Grande Rue au n° 73 .

(1) A propos de la "gerle", notre correspondante spéciale au Québec, Irène, une amie  lectrice lointaine nous donne les renseignements suivants: "J'ai lu les souvenirs de Félix Delacour : un point d'interrogation se trouve après le mot "gerle". Alors, bien sûr, Miss Marple est allée aux nouvelles et j'ai appris ce qu'était une gerle : un récipient dans lequel on fabrique le fromage (une sorte de cuve) : http://www.cantalpassion.com/bonal.htm  Je me coucherai plus instruite ce soir ;-)))"

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Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Lundi 28 juillet 2008

La grange de Dosches.

Après le moulin, la grange ! Où s’arrêteront-ils ? Un samedi matin les artisans titulaires de la mention CIP Patrimoine, la CAPEB (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment : capeb.aube@wanadoo.fr ) , l’IUMP Troyes (Institut universitaire des métiers du patrimoine) et « L’Association des moulins à vent champenois » étaient associés sur le chantier de reconstruction de la grange édifiée juste sous le désormais fameux moulin à vent.

 

Une grange du XVème siècle.

I

«  Mon père a fait bâtir maison.

Jacques métrique Mérondondon.

Les charpentiers du Roy y sont :

Toquet ! Beauvais ! François ! Trébois !

Carol ! Bertol ! Merlin ! Jonas !

Colin ! Martin ! Brochet- les- navets !

Jacques métrique Mérondondaine ;

Jacques métrique Mérondondon.



II

Les charpentiers du Roy y sont

Jacques métrique Mérondondon.

Plus ils travaillent et moins ils font

Toquet ! Beauvais !.... »

(Ronde des métiers. Mise en musique par Carl Orff)

 

La charpente en place provient d’une dépendance de l’abbaye cistercienne de Larrivour. Les hasards de l’histoire et de la politique ont fait que l’ouverture d’un « centre éducatif fermé » sur le territoire de Lusigny a permis le démontage du bâtiment .

La grange dans son état initial.Démontage.

Il fallut l’expertise des hommes de l’art pour détecter en cette grange apparemment banale une structure exceptionnelle. Remaniée au cours des siècles, elle présentait l’apparence de nombreuses constructions agraires telles qu’on en voit encore dans nos villages.
 

Une petite grange de village (1850). Assencières.

Une datation précise.

 

 

Plusieurs éléments permettent d’établir une datation assez précise de l’origine des bois de charpente. A l’initiative d’Erwinn Schriever, entrepreneur et initiateur de la construction du moulin, les bois furent examinés. L’analyse dendrochronologique situe leur croissance entre 1379 et 1483.  La date d'abattage a été déterminée en 1490 environ sauf un poteau "moderne " daté de 1723 environ. (Rapport Archéolabs. dec 2003 ref ARC 03/r2995D)


Par ailleurs, le système de marquage des bois, qui permet leur assemblage, est antérieur à 1500. Repérés notamment dans  le nord (Beauvais) les signes utilisés par les charpentiers ont une forme caractéristique et se situent aux points d’assemblage. Après 1500, un système germanique ou romain fut employé, identifiant chaque pièce à sa base. Le code relevé sur la grange de Dosches avait déjà été repéré à Courteranges sur des bois originaires de Larrivour.

Enfin, la technique de construction des granges change après 1640. Les édifices reposant sur des lisses au sol avec entrée frontale datent des XVIème et XVIIème siècles. Par la suite, la construction reposera sur des poteaux eux-mêmes placés sur des dés de pierre. Les entrées seront latérales. Ces éléments permettent d’estimer que l’édifice date du XVème siècle.

La charpente d'une grange du 19ème siècle. Mesnil-Sellières.
 


Une construction originale.

 

L’apparente simplicité du terme dissimule une réalité historique complexe. La « grange » du haut moyen âge est au centre d’une exploitation agricole. Celle que nous connaissons est un hangar ! Qui dit grange pense à grain, à grenier. L’observation du bâtiment reconstitué dans sa forme originelle grâce à la connaissance des maîtres artisans vous permettra d’en saisir l’originalité.


D’entrée le visiteur est frappé par le volume intérieur. La structure se présente comme une nef d’église bordée par deux bas-côtés. L’impression d’espace est renforcée par la technique de soutien des basse-gouttes. Le bois en arc libère toute la hauteur sous la toiture contrairement aux demi-fermes habituelles. On pense inévitablement aux arcs boutants des constructions de pierre dont la fonction mécanique est identique. Léon Pressouyre (« Le rêve cistercien. » Découvertes Gallimard. P 79) évoque ces « immenses halles de la glèbe, ces cathédrales des champs, les granges céréalières… ». On vous invitera sans doute à vous placer au fond de la grange, face à l’entrée : c’est de là que s’apprécie le mieux l’ampleur du bâtiment : 350 m2 de surface, 10 mètres d’élévation, une charpente de 25 m3 de chêne. L’impression d’espace est accentuée par l’économie de moyens : 3 fermes soutiennent une toiture impressionnante de 530 m2, chacune étant d’un modèle différent.


L’importance de la charpente impliquerait par ailleurs une couverture de tuiles, fait remarquable à une époque où les constructions paysannes se contentaient de chaume. Enfin, détails caractéristiques, les deux poteaux d’entrée présentent taillés dans la masse une forme de blason.

 Cette corniche de bois nommée embrèvement a une fonction mécanique de soutien du jambage supérieur. Dans la plupart des granges, une simple corniche de forme carrée remplit cet office. Il convient cependant de noter qu’aucune trace d’armoirie n’a été relevée. Il est possible qu’un décor peint ait existé.


Les poteaux de la dernière ferme présentent également un décor simple mais inhabituel dans un édifice essentiellement utilitaire : moulures et motifs intriguent. A droite une pointe de cœur, à gauche un petit motif rectangulaire.



On notera la présence de mortaises devenues inutiles. La charpente avait été profondément transformée au cours de siècles. Le portail avait été déporté sur le côté gauche, les lisses de base coupées pour permettre l’entrée des charrettes. Des photographies montrent l’état dans lequel se trouvait la grange avant son démontage. Elle avait l’allure des bâtiments d’exploitation traditionnels  qui datent pour la plupart du XIXème siècle. Il a fallu tout le savoir faire et l’expérience des charpentiers pour reconstituer l’état originel. La connaissance du marquage ancien des bois était nécessaire. Actuellement, de petites plaquettes provisoires portent les signes plus récents permettant les assemblages. Environ 40% des bois auront été remplacés.


Le stockage des gerbes.

Les granges cisterciennes ont fait l’objet de nombreuses recherches et il en existe de célèbres. Jean Louis Peudon («  Aux origines d’un département : l’Aube en Champagne ».p 161) compte 17 granges fondées par Clairvaux au XII ème siècle. Toutes n’étaient pas destinées à l’entassement des gerbes. Certaines accueillaient des bêtes. Les celliers sont plus connus et notamment celui de Colombé-le-Sec. A titre d’exemple, une grange céréalière du XIII ème siècle, située à Vaulerent (Val d’Oise) commandait  l’équivalent de 380 hectares et pouvait stocker environ 3500 m3 de gerbes en blé (2000 quintaux). Les plus importantes sont en pierre et se présentent comme d’imposants édifices. (Voir des séries de photographies sur :

http://www.photothequegaud.com/index.php?rep_cible=ABBAYES%20et%20PRIEURES/Cisterciens/33-FRANCE

Quoiqu’issue de Clairvaux, l’Abbaye de Larrivour n’a certainement pas eu cette ampleur. Dans l’ouvrage d’Emile Simonnet et Jean Bonnard («  Trois villages et un lac ».La Renaissance. 1969) nous apprenons qu’elle n’abrita jamais plus de 14 religieux. Il n’y en aurait eu que huit à l’époque qui nous intéresse. «L’Abbaye de La Rivour ayant perdu par les guerres et les mortalités du XVème siècle la plupart des revenus et les bâtiments tombant en ruines, l’abbé et les religieux prièrent Jean Léguisé (Evêque de Troyes)  de les prendre sous son administration et de remédier à leurs maux en 1441… » (Courtalon). L’abbé était alors Jean Hardouin décédé en 1450 à 41 ans.  La prospérité serait revenue au XVII ème siècle.



Les fonctions des religieux sont ainsi décrites : ils étaient 12 en 1391 « y compris le prieur, le sous prieur, le cellérier, le boursier et le maître des bois. En 1788, il y avait 7 religieux, un organiste, et 9 domestiques (2 jardiniers, 1 valet d’écurie, 1 vigneron, 2 blanchisseuses, 1 garçon d’hôtes, 1 cuisinier, 1 garçon de cuisine… » (op cité)
 

Ce qui reste de l'Abbaye de Larrivour: commune de Lusigny.

Cependant, à la veille de la révolution, l’Abbaye possédait une grande partie du territoire de Lusigny et onze fermes dont Vallières, Le Rasle, Champigny (grange), Chardonnet, Beaumont (hameau et grange), La Fontainerie, La Porcherie, La Fromentel, 4000 arpents de bois, 17 étangs,400 arpents de prés, des vignobles à Javernant et Villery soit un revenu de 40 000 livres au moins.(un arpent = environ 0,5 ha). Il va de soi que le travail de ces terres n’était pas le fait des religieux. Au XIIème siècle déjà l’afflux des donations à l’abbaye conduisit à organiser la « grange », c'est-à-dire l’exploitation sous l’autorité d’un maître assisté d’un personnel pouvant atteindre plusieurs dizaines de personnes. (JL. Peudon op cité).

 

 

La grange désormais implantée à Dosches est construite après une période de dévastations : guerre de cent ans, épidémies de peste (1348), passage des « Grandes Compagnies ». Larrivour on l’a vu, n’a pas été épargné. Les historiens du monde rural médiéval (G.Duby) ont analysé les transformations économiques profondes qui affectèrent les campagnes et en particulier le recul du faire valoir direct. La pénurie de main d’œuvre générée par les guerres et les épidémies accélérèrent le transfert des exploitations ou des droits au profit d’exploitants, fermiers ou métayers. Le statut de notre grange se révèle donc problématique.

Pas d’entrée sans échelle !

Bizarrement, le portail d’entrée est encadré de deux espaces à peu près carrés auxquels on ne peut accéder qu’avec une échelle – non fournie par le constructeur. Les ouvertures, dominant l’entrée sont au niveau d’un étage et le niveau du sol est entièrement clos. Cette disposition particulière a intrigué les reconstructeurs. Une des hypothèses émises considère ces parties séparées de la grange comme une sorte de corps de garde permettant d’assurer la surveillance des gerbes entreposés à l’intérieur. On parle même de « grange dîmière. »


De quoi s’agirait-il ? La dîme est un prélèvement en nature sur les productions agricoles au profit de l’église ou des institutions ecclésiastiques. Pratiquée dès le IVème siècle, elle est rendue obligatoire au VIIIème siècle. « Dès 802, tout curé se voit obligé de tenir un registre nominal des producteurs qui l’ont acquittée, en présence de quatre à huit personnes… A chaque église doit être attribuée une donation en biens…qui contribuera à faire vivre le ou les desservants… » (Histoire de la France rurale. Guy Fourquin. T1-3).  Au XIIème siècle, sur un domaine étudié par G. Duby (« Economie rurale et vie des campagnes dans l’occident médiéval ». Recueil des chartes de l’Abbaye de Cluny.) « …une seule église rapportait chaque année six cents deniers et cinquante mesures de grain, c'est-à-dire plus de blé que toutes les redevances en nature perçues dans une des seigneuries… les greniers d’un troisième domaine recevaient, par l’église et par les dîmes, sept fois plus de grain que n’en livraient les tenures paysannes, et cinq fois plus par les moulins, les fours et les droits d’usage sur les bois… ».


Le mot dîme qui signifie « dixième » est trompeur : les quantités réclamées aux paysans sont variables selon les provinces. JL. Peudon l’a évaluée pour l’Aube « à la 16 ème ou à la 21 ème gerbe, voire à la 30ème gerbe, soit entre 4 et 6 % de la récolte. ».

 L’expression viendrait de la bible « Melchisédec, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin…  Il bénit Abram…Alors Abram lui donna la dîme de tout… » (Genèse 14.20) « ... Cette pierre que j’ai érigée en monument sera la maison de Dieu…Je te paierai la dîme de tout ce que tu me donneras. » (Genèse 28.22). Le dixième de la récolte aurait ainsi été donné « à Dieu » ou au lévite chez les hébreux. Il semble que cette origine antique ait surtout été invoquée au XVème siècle pour justifier une exaction contestée.

" Maintenant que votre fourrage est fauché et votre blé moissonné
Maintenant que vos granges sont pleines et les bûches entassées sous les appentis
Venez, jeunes gens venez
Célébrer joyeusement la fin de la moisson...
Nous avons dûpé le curé
Puis nous le dûperons encore
Car pourquoi un lourdaud en aurait-il la dîme?
La dime! La dîme!...
- (Tous en choeur) La dime! La dîme!
Pourquoi un lourdaud en aurait-il la dîme?"
(King Arthur. Opéra de John Dryden. Musique de Purcell. Acte V)
..
Le bénéfice en revenait peu au curé de la paroisse. Les rachats de dîmes se sont faits au profit du haut clergé, prélats, abbayes, chapitres.

 

 


 
La dîme était le premier prélèvement effectué sur le champ même, avant le champart (ou terrage) qui revenait au seigneur. Les gerbes étaient groupées en « dizeaux » de 12 ou 16 selon la proportion prévue. Il fallait donc attendre, pour rentrer la récolte, que le « décimateur » ou son représentant ait pris la part de l’église:

« son blé remaint de l’autre part

Qui est au vent et à la pluie

Au vilain malement ennuie

De son blé qui gît par le champ… »

Dans certaines régions, si le décimateur prévenu n’enlevait pas les gerbes dans les 24 h, «  le cultivateur pouvait rentrer sa récolte à condition de laisser sur place la part de la dîme : pour la dîme des « gros blés », les gerbes demeuraient longtemps dans les champs, de même que les légumineuses, car les décimateurs étaient débordés… Toute vérification a posteriori était évidemment impossible. Il arrivait que les gerbiers fussent faits de telle façon qu’ils ne représentaient qu’en apparence la part du décimateur » (Guy Fourquin. op cité. T1 .4 )

Cependant, la situation décrite correspond aux périodes de prospérité.
 Notre grange s’élève au XVème siècle dans un autre contexte. L’abbaye de Larrivour, tout comme les environs se relève à peine de ses ruines.
On comprendrait dans ces conditions que des précautions aient été prises pour protéger le produit de l’impôt. D’autres granges dîmières plus importantes sont pourvues de défenses. A Tremblay-Saint-Denis, la grange aux dîmes est dans l’enceinte de l’ancien château. Elle est précédée d’un porche flanqué d’une tour percée de meurtrières. Ailleurs on peut observer les restes d’une construction externe, une avant salle permettant l’accès contrôlé des charrettes. La grange dîmière de la ferme de Saint-Nom est défendue par une tour de guet dès le XIIème siècle. La « grande ferme » de Renneville (Normandie) possède une enceinte et une petite tour de guet.

Une grange dimière du 13 ème siècle.

Nul doute que les spécialistes sauront nous en apprendre plus. Une visite à la grange et au moulin vous permettra d’apprécier diverses interprétations inspirées de croyances anciennes, notamment en ce qui concerne les signes sculptés sur les poutres maîtresses.
Fallait-il ici "faire ceinture?"

 Notre guide y voit à main gauche faisant face à l’entrée, le côté cœur de la générosité et en face la ceinture symbole de privations. Ces repères dissymétriques permettaient peut-être tout simplement d’indiquer une orientation ou un ordre de stockage à la manière des canonniers de marine qui distinguaient la bordée gauche de la droite en référence au pont de batterie : « ba» bord = gauche ; « t(e)rie » bord = droite.

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Vendredi 18 avril 2008

 

 

 

La Champagne est humide ou sèche, parfois pétillante , ailleurs acidulée. Nucléaire aussi. En complément de son assemblée générale, l’Association des Amis du Parc avait invité Jean Louis Peudon, auteur d’un ouvrage de référence sur l’Aube : thème «  La Champagne humide : rivières et étangs au rendez-vous de l’histoire ». L’intitulé reprend celui du Chapitre III de son ouvrage  connu : « Aux origines d’un département : l’Aube en Champagne. » ( p 37 à 124)

 


Jean Louis Peudon.

Toutefois, l’exposé était adapté aux circonstances, centré sur le territoire du Parc naturel et élargi dans le temps.

Avertissement.

Ce texte ne prétend pas rendre compte avec toute la précision nécessaire de la conférence. Il n’est que le reflet des souvenirs d’un auditeur. Toute erreur ou approximation ne serait que le résultat d’une incompréhension de celui-ci et n’engage nullement le conférencier.

Malgré d’inévitables imperfections, l’article peut en revanche donner un aperçu des questions abordées et inciter à suivre le cycle consacré à l’eau durant les prochaines semaines. La lecture de l’ouvrage cité de Jean Louis Peudon est naturellement indispensable.   

 

 

Questions de méthode.

 

D’emblée Jean Louis Peudon  pose les termes de la recherche : géographie historique ou histoire de la géographie ont suscité de longue date les controverses. La part des déterminismes géographiques ou historiques nourrit entre spécialistes des débats analogues à la querelle de l’inné et de l’acquis en pédagogie. «  Nature et culture »…  « Le milieu n’est qu’un facteur explicatif parmi d’autres et généralement pas le premier » ( Vidal)

«  Le cadre départemental constitue-t-il un espace pertinent pour écrire cette histoire ? »  interrogeait-il dans son introduction. Le périmètre du Parc régional, soumis à l’appréciation de nombreuses instances et en cours de renouvellement pose à coup sûr la même question. Toutefois, la « Champagne humide » familière à tout géographe, si elle s’étend au-delà de limites administratives validées, constitue un espace caractéristique. L’eau y est à la fois richesse et contrainte.

 

 « Un étang est-il un objet historique » ? Le territoire du PNRFO offre un terrain particulièrement riche à la  réflexion. Le « N » de naturel est à lui seul au cœur du paradoxe. Lors de son intervention l’an dernier, Thierry Tournebize avait bien montré l’intérêt d’une étude systémique sur un milieu totalement « artificiel » (né de la construction du Lac réservoir) constitué en « réserve naturelle ». L’étang omniprésent en Champagne humide témoigne d’une histoire spécifique sur une durée longue, au-delà de la mémoire individuelle.

 

Avant les lacs, des étangs.

 

 

Voyage dans le temps : nous partons de la situation actuelle pour explorer les univers lointains. La carte montre les trois grands lacs, ,les massifs forestiers, l’habitat, villages et écarts. Immédiatement se pose la question traditionnelle : habitat groupé en terres sèches, dispersé en terre humide. Revoilà notre schéma déterministe et des explications jadis longuement redites.  La carte  montre clairement  la diversité des situations. La ferme isolée existe en Champagne sèche, l’isolement des exploitations en Champagne humide est toute relative. Ici le puits profond, là l’enchaînement des espaces cultivés  au long des fossés reliant les étangs. Point d'explication mécaniste donc. L'habitat dispersé ou groupé est le résultat de l'histoire et de l'économie.

 

Premier saut temporel  avant la construction des lacs réservoirs : la carte de Cassini , plus précise qu’on ne le dit parfois (1750). Apparaît la « fonctionnalité de l’espace » selon le conférencier. Soixante à soixante dix étangs aménagés dont les bassins reliés mènent à la Seine ou à l’Aube. ( voir carte détaillée p 116. op  cité)

Cela suppose au préalable des défrichements, des levées de terre, des canaux. Le fameux « Canal d’orient » longe l’étang de Planfort ( près de Brevonnes ) et rejoint celui de Lesmont proche de l’Aube dont les carpes réputées étaient livrées jusqu’à Paris dans les « boutiques à poissons », barques spécialement aménagées. Certains ont disparu tel l’étang de Villemaheu près de la Ville au Bois, associé au château et au village mais asséché avant 1789. Un réseau dense patiemment constitué relie les bassins : « l’Auzon » se déverse dans « le Rossignol » qui remplit « le Marmoret ». « Petit Brard », « Baudet », « Grand Brard », « Beaumont », « Vieille Loge » s’épanchent dans la Seine. « Les Souchères », « les Epargnés », « l’Apostole », « le Chardonneret », « Thiémoy »  visent l’Aube. Un système élaboré de vannes et de fossés impose des solidarités de gestion, nourrit aussi les conflits.

La maîtrise de l’espace que révèle la carte de Cassini est le résultats de siècles de présence humaine et d’expérience. C’est une « création progressive »

 

La révolution hydraulique.

 

 

Nous connaissons  les grandes révolutions technologiques récentes : industrielle, post industrielle, « informationnelle », appellations diverses selon les auteurs et que la postérité validera ou non. Le recul permet de considérer avec sûreté la « révolution hydraulique » (11ème – 14ème siècles) . Jean Louis Peudon en précise l’origine : la maîtrise de l’eau est une pratique ancienne et orientale. Strabon décrit le moulin à eau Perse. Les Chinois connaissent la came, mécanisme qui permet la transformation du mouvement circulaire en mouvement alternatif, mais s’en servent pour animer des automates. L’occident adapte ces inventions, les intègre au processus de production et s’assure ainsi une supériorité. Le moulin à eau anime les machines comme le fera plus tard la vapeur.

Les 10 et 11ème siècles connaissent des « défrichements sévères » dans ce qui fut l’immense forêt du Der. La toponymie en conserve le souvenir (essarts, loges ). L’étang accompagne l’installation humaine : il est à la fois moyen d’assainissement, lieu d’élevage des poissons destinés à l’alimentation. Son environnement abrite les roseaux utilisés notamment pour la couverture des habitations, et les pâturages. Il est aussi l’abreuvoir des animaux. Le paysage en est bouleversé : l’association étang- grange commande l’implantation d’un habitat remarquable tel qu’on peut le voir encore entre Géraudot et Larrivour, avec une succession de fermes («  une rue de fermes » dit JL Peudon) entre les bois communaux de Laubressel-Dosches-Mesnil-Sellières et ce qui reste de la forêt de Larrivour. La renaissance récente de l’étang des Lavards rappelle heureusement la haute époque des aménagements médiévaux.

 


 

L’influence  des monastères est naturellement rappelée. Bénédictins à Montiéramey, Cisterciens à Larrivour, Prémontrés à Basse Fontaine. Les Templiers aussi bien entendu (Loge Lionne par exemple). JL Peudon signale un intérêt moins connu des étangs et de l’utilisation de l’eau pour de petites forges (Etang de la forge, Ru des forges). Les reproductions de documents d’archives permet de préciser la diversité des activités humaines entourant les grands monastères ( un cabaret à Larrivour, proche de l’abbaye !). C’est également l’occasion d’échanges entre la salle et le conférencier, certains « Amis du Parc » étant très sensibilisés au sujet traité. L’expérience de l’historien est là particulièrement utile, mettant en garde contre les interprétations hâtives de toponymes par exemple. Nombre de monographies locales avaient bâti leurs conclusions sur des origines linguistiques latines. Depuis, les recherches intègrent par exemple la connaissance lointaine des racines celtes. Dans un autre domaine, le rôle des monastères doit être rapporté aux archives et aux données de l’archéologie. Il est d’autant mieux connu que les abbayes ont laissé les traces écrites de leurs activités et de leurs transactions, ce qui n’était pas toujours le cas de laïcs illettrés. Les ordres monastiques ont pu ainsi hériter de terres défrichées par d’autres. Les premiers défrichements connus suivent la voie romaine Chaumont-Reims et les vallées. Le rôle des ermitages est attesté mais peu documenté. ( Voir « Eglise et Vie chrétienne dans le diocèse de Troyes du 4ème au 9ème siècle. » Isabelle Crété-Protin . Presses Universitaires du Septentrion. Lille3. 2002)

 

A suivre…

 

Le dialogue entre l’orateur et les assistants permit d’aborder de nombreux sujets, témoignant de l’intérêt toujours vif pour l’histoire locale. Occasion là aussi pour l’historien d’élargir le champ des réflexions par des exemples concrets, montrant par exemple l’influence de considérations géopolitiques dans le choix de certains sites d’implantation comme Clairvaux, ou encore l’évolution fluctuante du vignoble aubois. Une anecdote œnologique servira de point de suspension à un cycle consacré à l’eau : il fut un temps dit-on où la qualité du vin se jugeait à la rapidité d’écoulement du liquide projeté avec le verre contre un mur. Le vin rouge, lourd et épais apprécié au début du 19ème siècle laissait ainsi une marque indélébile. Du « gros qui tache » au léger vin de Champagne : quelle histoire !

 

Prochaine conférence : « L’eau source de vie » par Pascale Larmande. Cellule Zones humides du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient.

Vendredi 25 avril 2008 à 20 h

Maison des Lacs à Mesnil-Saint Père.

Entrée libre.

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Mercredi 21 novembre 2007
Afin de répondre à plusieurs demandes d'anciens élèves de l'école, un album "Photos de classe" sera désormais ouvert dans "Petits potins". Il sera alimenté par les photos de groupe déjà collectées auprès d'anciens du village ou par moi-même. Si vous en possédez qui ne figurent pas dans l'album et si vous le souhaitez, merci de les transmettre, si possible avec les noms des élèves.

Suivre le lien ici
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Lundi 19 novembre 2007

Cérémonie du 11 novembre.

 

La commémoration renouvelée réveille les mémoires, éveille peut-être des curiosités. Les derniers survivants plus que centenaires ont transmis faiblement  l’écho mesuré de souffrances inimaginables.
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Mesnil-Sellières , comme presque tous les villages, consacre la matinée au souvenir. Pompiers, enseignants et quelques enfants, anciens combattants et conseillers municipaux, habitants se rendent au cimetière sur les tombes des Maillotins et au monument aux morts. (Pour la cérémonie de 2006 et l'historique cliquer ici )
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Au-delà des gestes symboliques, le témoignage des anciens survit. Certains ont gardé ou collectionnent les cartes postales anciennes. Elles sont l’image du village au début du 20ème siècle. Certaines datent de la grande guerre. Elles ont été envoyées par des soldats mobilisés à leur famille, par les familles elles mêmes ou par les contingents en cantonnement à Mesnil-Sellières. A travers ces brefs messages se devinent les angoisses, les espoirs et les soucis quotidiens des « poilus » et de leurs entourages. Nous en avons sélectionné quelques uns.

 

La première est antérieure à la déclaration de guerre. Elle est écrite par Hector Berthelin lors de son service militaire. Il fait allusion à la nouvelle loi  d’incorporation dite « loi de 3 ans » votée en 1913 sous la présidence de R. Poincarré, combattue par les socialistes dont Jaurès et les radicaux. Le financement sera assuré par la mise en place de l’impôt progressif sur le revenu !

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« Toul le 22 juillet 1913. (  Hector Berthelin. 2ème en haut à gauche. )

 

Mon cher Marcel

Voici bientôt 15 jours que j’ai quitté le camp et je ne t’ai pas encore écrit, ce soir je suis tranquille et je vais en profiter pour te passer cette carte. J’ai écri ces jours ci chez  nous et j’attends une réponse ; Je pense que tu dois voir les journaux et que tu dois être au courant de tout au sujet de l’incorporation à 20 ans ; Ce n’est pas rigolo pour toi ainsi que mon frère et vous ne vous attendiez pas à cette loi là. Quant à nous c’est tout le contraire. C’est ce qui nous sauve ou sans ça on ferait 3 ans et ça ne me dit rien du tout.

C’est sûrement ennuyeux pour vous mais que veux tu y faire contre la loi il n’y a pas de résistance. Ce qu’il y a c’est que vous seriez libéré un an plus tôt.

Je ne vois plus rien pour le moment je suis toujours en bonne santé et j’espère que vous êtes de même. Souhaite le bonjour de ma part à tous tes amis. Ton cousin qui te serre la main de loin . Encore 59 jours et c’est fini.

Hector Berthelin.

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Hector Berthelin. Il est également présent sur la photo de classe de 1905 ainsi que Marcel. (ici)

 

Hélas, Hector Berthelin sera mobilisé l’année suivante. Affecté au 156ème de ligne ( régiment basé à Troyes et à Toul), il participe à la bataille des frontières au sein de la II Armée ( 39ème Division 21ème corps. Général De Castelnau). Il disparaît le 25 août sur les hauteurs dominant Nancy. Sa dépouille est retrouvée près de Combresseaux (Meurthe et Moselle)  le 31 août 1914.

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D’autres membres de la famille  sont également sous les drapeaux avant la déclaration de guerre. Marcel est dans l’artillerie au Fort de Frouard (6ème d’artillerie. 1ère batterie ). Le front ayant été stabilisé lors de la bataille du « Grand couronné », le Fort qui contrôle la vallée de la Moselle et la ligne de chemin de fer de Paris sera épargné durant le conflit. Il servira de dépôt de munitions à partir de 1918.

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« Frouard 14-7-14 

 

Chers parents,

Je profite d’un instant pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours assez  bonnes. La fête s’est très bien passée. Je n’ai pas passé la revue tout était près dans la nuit j’ai été piqué à l’œil par un moustique le matin j’avais l’œil presque fermé et au lieu de passer la revue j’ai été à l’infirmerie que le laver à l’eau…et le soir n’y paraissait plus. Plus rien de nouveau. Votre fils qui pense à vous et vous embrasse. M Berthelin. »

 

« Camp de Châlons le 10  (Mois et année non précisés).(CP L’artillerie montée…)

 

Chère Madame Husson et toute la famille,

Excusez moi si je ne vous ai pas écri plus tôt car en ce moment je viens de rentrer du 106ème Artillerie lourde car nous étions partis à 4 et 8 chevaux pour faire le débarquement. Quant à moi la santé est très bonne et j’espère que ma lettre vous trouvera de même. Je pense qu’à Mesnil c’est comme ici il fait toujours très chaud. Je vous dirai que je viens de recevoir des nouvelles de chez nous m’apprenant la mort de ma grand-mère. Je vous quitte en vous embrassant de tout cœur. Le bonjour chez Arthur. A bientôt de vos nouvelles. …. »

 

 

Fernand envoie une carte postale de Lunéville. Le thème des deux frères, l’un côté Français, l’autre côté Allemand, se retrouve sur plusieurs cartes postales expédiées avant le conflit. On peut supposer qu’il témoigne d’une mentalité peu belliqueuse…( La photo de Fernand en cavalier ici)

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Lunéville le 27 mai 1914 ( CP couleur Frontière Franco allemande Gare de Foulcrey)

 

Chers cousin et cousine

Je profite d’un petit moment pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes. Le métier va toujours bien mais on a beaucoup d’ouvrage.

Berthelin Fernand. 17ème Chasseur. 4ème escadron. Lunéville adressée à Monsieur et Madame Berthelin Finot à Mesnil-Sellières.

 

La guerre déclarée, Marcel continuera d’écrire régulièrement.

 

Frouard le 29 -12- 1914 

 

Chers parents

Je viens de recevoir votre mandat ce matin qui m’a fait plaisir j’ai reçu une carte de Charlot qui souhaite le bonjour à toute la famille et qui est en bonne santé. Je ne vois rien de plus à vous dire. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur. M Berthelin.

 

Frouard le 7/7/1915 (CP Nos poilus en Alsace)

 

J’ai très bien reçu votre lettre du 3. Toujours en bonne santé. En attendant le plaisir de vous lire recevez les meilleures amitiés de votre fils qui vous embrasse de tout cœur. M Berthelin

 

De nouveaux incorporés n’hésitent pas à faire part de leur réticence et de leurs préoccupations.

 

Luyères 28 juin 1915 

Cher cousin

Toujours sans réponse à ma lettre expédiée le 2 courant  je te dirai que je suis toujours au poste de Luyères au même service et qui devient toujours des plus sérieux. Nous commençons à faire du maniement d’armes et tu penses que cela me va, moi qui n’ai jamais tenu un fusil. Nous avons la visite du colon général etc… Toutes les semaines et il faut rendre les honneurs comme au quartier enfin le métier devient bon et je crois qu’ils ont des intentions pour nous pour la suite. Car les affaires ne vont guère vite pour le moment et je n’en vois venir guère la fin prochaine. Toujours sans permission, je m’échappe autant que je peux pour quelques heures à mes risques toujours. Enfin toujours en bonne santé reçois la plus cordiale poignée de main de ton cousin. L Carouge

 

Luyères le 7 août 1915 (CP Luyères café épicerie)

Cher cousin

Je te donne de mes nouvelles en te disant que je viens de rentrer de permission de six jours qui m’a été accordée comme mobilisé depuis un an et sans que j’en fasse la demande. Je l’ai acceptée avec plaisir car cela m’a permis de pouvoir aider à terminer la moisson et rentrer tout le blé. Louis Thiénot est revenu aussi pour 8 jours et Auguste pitié qui est toujours au dépôt à Troyes a 15 jours. Ici à Luyères nous venons d’apprendre la nouvelle du décès de Sylla Richard tué tout dernièrement dans le nord. Je ne t’en dis pas davantage car tu es toujours au courant des nouvelles du pays. Nous sommes tous en bonne santé et nous souhaitons que tu sois de même. En terminant reçois nos meilleures amitiés et cordiale poignée de main de tous. L Carouge.

 

J’ai écrit à Charlot et à Husson ils ne m’ont pas encore répondu.

 

Naturellement, on écrit aussi aux soldats qui se trouvent éloignés. Quelques cartes restituent les visages, les tenues de l’époque.

 

 

Mesnil Sellières le 1 février 1915 

Cher papa

Je t’écris cette carte en attendant une autre carte et une lettre. J’espère que tout le monde se porte bien Nous deux Suzanne on va …….. à l’école. Henri fait toujours le diable et te réclame tous les jours. Ton petit garçon qui t’aime. A suivre.

André Husson et Suzanne Husson et Henri Husson.

A M. Husson Louis 47ème régiment territorial. 3ème compagnie à Toul Meurthe et Moselle

 

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                                                                            Yvonne Pitié. (non datée)

 

Ma chère Yvonne et Suzanne

Profitant que maman t’écris je t’envoie ma photographie pour te faire plaisir.  Nous venons de recevoir ta gentille carte et une de Marie  j’ai été très contente de voir que vous pensez toujours à nous. Ici nous sommes toujours en bonne santé et je pense toujours a vous et je voudrais bien aller à Torcy pour desserrer les betteraves il faudrait pour cela que vous ne les desserriez pas. Je t’embrasse de tout cœur chère Yvonne chérie(ainsi qu’André ) Suzanne chérie, Marie, Louis, Raymond bien le bonjour à Savine et à Godot ainsi qu’à Philibert. Votre amie de Bouy. Yvonne Pitié et André.

André Pitié dont il est question sur la carte d’Yvonne est originaire d’Onjon. Il servira dans la cavalerie.

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Mon cher Marcel (cpa  Saint urbain)

Je réponds à votre carte que j’ai reçu avec grand plaisir surtout en apprenant que vous êtes toujours en bonne santer. Il en est de même de toute la famille. Mon oncle a fini de faucher les blés maintenant on les rentre. La nouvelle ficelle cassait beaucoup et cela ne plaisait pas a ma tante car il fallait qu’elle relie les gerbes Toute la famille vous souhaite le bonjour. Je vous embrasse bien fort Charlotte.

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Charlotte Adnaud était la fille de Blanche Adnaud et la sœur de Roger Adnaud, bien connu de nos anciens .  Son arrière petite fille est  encore présente au village. Charlotte épousera Paul  Simard, présent sur une photo de classe de 1919 (ici)

 

A partir de 1916, d’autres protagonistes entrent en jeu : ce sont les soldats du 154ème RI qui prennent leur cantonnement à Mesnil-Sellières. Leurs cartes témoignent de la vie quotidienne de ces hommes en au repos ou en attente de départ . (Voir l'article 2006 ici )

 

( non datée)

Tu m’excuses si j’ai été longtemps à te répondre j’ai reçu ma première carte j’étais en permission de jour de l’an puis en repartant j’ai oublié la carte si bien que je n’avais pas ton adresse à présent que je l’ai-je te réponds cher ami mon métier va assez bien de ce moment on turbine il y a mobilisation marche de nuit embarquement etc ;  J’ai vu Paul Courty au 1er janvier l’on a causé ensemble J’ai passé 5 jours tranquille à présent il faut attendre à Pâques je pense que ton métier va bien aussi vivement que la classe parte on sera plus heureux puis on sera de la classe on ira voir les poules. Ton copain qui te serre a main. Henri …

 

15 juin 1916 (CP de Mesnil-Sellières )

 

Chère Germaine,

Je t’écris pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes malgré que le temps soit mauvais. Car il a fallu se remettre sur les effets d’hiver. Il pleut tous les jours c’est ce qui rend notre service plus pénible. Mais il faut avoir espoir que cela s’arrangera aujourd’hui il part trois permissionnaires et si nous restons là je crois que mon tour sera arrivé. Ce serait à fin Juin. Je n’ai plus rien de nouveau à t’annoncer. En attendant reçois chère Germaine et chers parents une embrassade de votre tout dévoué J G.

 

13-3-1916 (CP de Mesnil-Sellières)

 

Ma chère fille,

J’ai appris avec plaisir que vous vous portiez à peu près toutes bien et aussi que l’ensemble de la population ne s’affolait pas trop, à propos de l’attaque des boches. Verdun, ils le démoliront, mais ne l’auront pas, ce qui ne nous empêchera pas d’en écraser énormément de cette salle race il en restera encore assez va.  Yvonne me dit qu’elle va aller te voir ; tant mieux, ne vous en faites pas trop. Tout à fait en bonne santé vous envoie à toutes mes meilleurs et nombreux baisers. Oh le canon ronfle plus que jamais. Je ne crois pas que les munitions puissent manquer car c’est incroyable tout ce qui se passe.

 

Le 14 avril 1918 (CP de Mesnil-Sellières)

 

Chère tante,

Je vous fait savoir que je suis toujours en bonne santé et je désire que ma carte vous trouve de même. Ici tout marche bien le pays s’embellit toujours à cause que tout est vert en ce moment et les arbres fruitiers sont en fleurs, les troupeaux de moutons passent tous les jours, ils sont gardés par deux chiens et un homme. Je finis ma carte en vous embrassant de tout mon cœur. Riou Louis.

Un bonjour à Monsieur et Madame.

Adresse : 154ème d’infanterie. 34ème compagnie.9ème batterie. Secteur 2204

.

 

La guerre contre l’Allemagne se termine le 11 novembre, mais les hommes ne rentrent pas chez eux pour autant. Certains sont encore aux frontières ou en territoire occupé. D’autres poursuivent une formation militaire qui ne laisse guère de repos. Des troupes combattront plusieurs mois encore à l’est, contre « les rouges »…

 

Du 5 avril 1919 

 

Bien chers parents,

Cette petite carte pour vous donner de mes nouvelles. Reste en parfaite santé. J’espère de même pour vous. Jusqu’à aujourd’hui nous avons de la neige mais le temps semble se remettre au beau. Pour ma perm, je ne sais pas quand je partirai, sans doute vers le 15. Je viens de recevoir votre mandat qui m’a fait bien plaisir mais je n’ai pas eu votre lettre du 29 que vous m’annoncez. Avec tous mes remerciements recevez les bonnes amitiés de votre fils qui vous embrasse de tout cœur.

 A Berthelin.

 

Sarrebourg le 17 avril 1921

18ème chasseur à cheval.17ème   escadron.4ème peloton ( CP groupe de soldats )

 

Des nouvelles du pays.

 

Cher cousin

Excuse moi si je ne t’ai pas écris plus tot. Je n’ai pas le temps et je profite que c’est dimanche pour t’envoyer de mes nouvelles. Le métier va assez bien mais vivement la fuite. Nous nous levons à 5 h ½ heure nouvelle et on se couche à 10 h. Je crois que tu me reconnaitras nous sommes photographiés contre les écuries on était au pansage. L’adjudant qui est là est le mien ainsi que le Logis. L’adjudant est rosse il faut que ça saute. La voltige c’est pas le filon moi je n’ai pas encore tombé mais j’ai des copains qui bouffent la sciure. Je ne vois plus rien à te dire pour aujourd’hui je me porte bien et j’espères que la présente te trouve de même ainsi que tes parents. Ton cousin qui t’en serre cinq. Bonjour chez vous. ( signature illisible : probablement Emile Berthelin)

  groupe-soldats-1921172.jpg

 

Le 23 août 1921 (CP armée du Rhin)

 

Cher cousin

Je t’envoie ces quelques mots pour te donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour le moment et pour avoir des tiennes. Je t’assure que pour le moment c’est pas la pause car on monte en paquetage complet 2 ou 3 fois par semaine. On va en service en campagne se promener jusqu’au Rhin. Je crois que la chasse va commencer et que tu vas en descendre quelques uns il faudrait que tu sois ici. Hier matin ,j’étais en patrouille j’ai levé 8 lièvres dans i heure de temps. Sous bois, les chevreuils ne manquent pas non plus c’est un bon pays pour les chasseurs, tu pourrais t’amuser. Et toi que fais tu de bon ? Veux tu que je t’envoie une Fräulein ? Rien de plus pour ce soir. Je te serre la main. Ton cousin.

 Emile  Berthelin.

Bonjour à toute la famille de loin. ( sur la carte : Armée du Rhin, Nous sommes à la cuisine aux pommes..mon calot ) »

  arm--e-du-rhin174.jpg

  Nous avons gardé pour la fin un texte dont la date est incertaine. Sur la carte, le 2 de 1924 peut apparaître comme une surcharge. S'agit-il de marches précédant la bataille de la Marne (septembre 1914) ou d'entrainements en 1924? Nous pouvons quoiqu'il en soit, mieux apprécier les efforts auxquels étaient soumis les fantassins...

Mesnil le 30 aout 19?4

 

Ma chère petite femme chérie

J’ai reçu ta carte je suis bien touché de voir notre amie nous quitter pauvre Claire elle a toujours pas de veine. Quand à nous nous avons déjà fait 60 km hier nous avons cantonné dans une petite ville assez importante à Vendeuvre et ce matin nous avons fait 35 km nous sommes partis à 6 h du matin pour arriver à Mesnil à midi et demi, j’en ai bien marre. Tu peux croire que le pays est moche et les habitants nous regardent d’un mauvais œil pour mieux te dire où nous sommes à 12 km de Troyes. Ce matin les officiers nous ont fait faire un contourt car notre route était de s’arrêter à Pinet. Mais comme il y avait une épidémie de rougeole alors ces pour cela que nous avons fait une étape plus longue enfin plus que 45 km et ce sera fini. A bientôt de tes nouvelles. Reçois de ton petit Toto les plus doux baisers de celui qui t’aime à la folie.

Toto.

 

Les archives familiales recèlent certainement d’autres témoignages. Ils aideraient à donner vie aux récits de la « grande histoire ».

-DSC00240001.JPG Merci à Robert Berthelin qui a bien voulu nous prêter les documents joints. Certaines cartes postales et les textes qui les accompagnent font partie de collections particulières. Merci à Didier et à Pierre pour les photos de la cérémonie du 11 novembre. ( Voir l'album ici)

   
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Jeudi 20 septembre 2007
Pierre nous a transmis le message suivant. Hélas, comme nous étions lâchement en train de bronzer au soleil breton ( si si ) ...nous n'avons pas pu le mettre en ligne à temps. Peut-être cependant certains de nos lecteurs ont-ils immortalisé l'événement et voudront bien nous transmettre commentaires ou images... Par avance merci.


Une équipe de France 3 est venue vendredi au moulin de DOSCHES et un reportage EST passé  à la télévision le 13 Septembre  le midi et le soir.

 

 

 

Les enfants de l’école de DOSCHES étaient présents lors de ce tournage, alors tous à vos magnétoscopes.

 

 

 

Par ailleurs dans le cadre des journées Européennes du patrimoine, le moulin ETAIT ouvert le Dimanche 16 SEPTEMRE   de 9 H à 18 Heures, entrée gratuite.

Pierre.
 
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Jeudi 6 septembre 2007
070906-expo-tuilerie.JPG
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Jeudi 6 septembre 2007

Parc Naturel Régional de la Forêt d’Orient.

 

du 16 septembre au 5 novembre.

 

 

« Carreaux vernissés cisterciens »

070906-carreau-expo.JPG  

Exposition   européenne en liaison avec l’Abbaye de Villers la Ville (Belgique) .

Présentée en quatre langues Allemand, Anglais, Français, Néerlandais.

 

Organisée par le service culturel du PNRFO et le Centre de Recherche de la Céramique du collège de Chaource.

Présentation de travaux de recherche menés dans les commune du Parc.

 

Visite commentée et conférence le dimanche 21 octobre à partir de 14 h.

 

 

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Lundi 16 avril 2007

Membres du Conseil d’administration de l’Association Familiale

 de 1977 à 2007.

( en bleu, les membres toujours actifs )

 

Baguet Valérie : 2001- 2003

Barrois jean Michel : 2001- 2004

Bertrand Philippe : 2001-…

Besnard- Andrzejczak Laurence : 1999- … ( vice présidente 2001-…)

Berthe jean Pierre : 1985-1987

Bouclier Arlette : 1977-1988

Boutiot Corinne : 2006 -…

Briet Georges : 1988-1995

Briquet Patrick : 1988-1992

Chanel Sylvie: 2001-…

Chanteloube Nadège : 1987-1990

Chanteloube Pierrette : 1990-1995

Chérain Gérard : 1977-1988 ( trésorier  1977- 1983)

Chérain Marianne: 1977-1988 (secrétaire de 1983 à 1988)

Chevallier Dominique: 1985 – 1999   (trésorier de 1985- 1990 ; président 1997-1999)

Chevallier Marie France: 1983-1988

Corniau Joëlle : 1981- 1987

Corniau Philippe : 1981- 1985

Croci Didier : 1987 –1997

Defert François : 1985-1987

Delacour Corinne : 1990-1998

Delacour Hubert : 1977-1983

Delacour Jacqueline : 1977- 2001

Fertard Pascale : 1995-1996

Garavaglia Irène : 1985-1987

Gobin Josette : 1977-1980

Gillot Pierre : 1995-1999

Guichard Jacky : 1983-1987

Guillard Micheline : 1977-1983 (secrétaire  1977 - 1981 )

Guyot Jean Robert : 1995- 1999 (Président 1998-1999)

Isambert Christian : 1985- …(vice président : 1988 à 1990. trésorier 1990  …)

Israël Michèle : 2007-…

Krebs Gérard : 1992- 1999 et 2004-…

Krebs Micheline : 1997-… (Présidente 1999-… )

Laurain Maryse : 1985-1987

Laurain Patrice : 1985-1987

Le Berre Anne-Marie : 1985-1988

Le Berre Gérard : 1977-….. ( président de 1977-1983. secrétaire 1988- 1996)

Lévêque Joëlle : 1977-1980

Madurell Lucie : 1997-

Madurell Patricia : 1981-1987 ( secrétaire de 1981-1983)

Moguez Martine : 1997-… ( secrétaire 1997-…)

Morandin Claude : 1995-

Oudard Jacqueline : 1977-1981

Patenaire Charly : 1981-1992 (Vice président de 1983-1988)

 Petit Jean Luc : 1985- 1999

Pitié Francis : 1983- …    (Vice président de 1990- 1996 et 1997-2001)

Poissenot Danielle : 1987-1995

Renard Lydie : 2006-…

Sandré Catherine : 1996-  1998   (Vice présidente 1996-1997)

Sarrazin Jean-Luc : 2007-…

Téatini Cédric : 1997-2001        ( Vice trésorier 1997- 1999)

Thévenin Gérard : 1977- 1981 (Vice président  1977-1980)

Thévenin Michèle : 1985-1988

Thévenin Régis : 1981-… ( trésorier 1983-1985 et vice trésorier 1990- 1997)

Thiérard Claude : 1981- 1999  ( Vice président 1981-1983. Président 1983-1997)

Thiérard Sylviane : 1977-1988 et 1996-1997 ( vice trésorière 1985-1988 ; secrétaire 1996-1997)

 

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Lundi 16 avril 2007

Elections municipales et renouvellement du bureau.

 

Au mois de mars 1983, après les élections municipales qui virent le départ de Gilbert Haber,  l’association tint son assemblée générale. Le rapport d’activité, tout en soulignant la bonne santé financière (près de 3000 F de bénéfice annuel), exprimait de nombreuses inquiétudes. L’enquête préalable « ne permettait pas de prévoir l’organisation du Centre de Loisirs » faute d’inscrits. Le bureau fut totalement remanié.

Gérard Le Berre et Gérard Chérain démissionnaient.  Claude Thiérard devenait président, Charly Patenaire vice président, Marianne Chérain secrétaire et Régis Thévenin trésorier. Au cours d’une émission de radio locale enregistrée à la « Clé des Champs » (Voir INFO 2007)le renouvellement de l’équipe dirigeante était évoquée. Claude Thiérard posait alors la question de la réalisation d’une salle polyvalente adaptée aux besoins de la vie associative. Il n’en existait pas alors . La première commune à s’en doter avait été Dosches qui avait bénéficié du démontage de bâtiments préfabriqués auparavant utilisés par les collèges aubois (Saint André, Lusigny, Piney entr’autres étaient alors ainsi équipés). Géraudot avait suivi. Rouilly-Sacey avait profité de la reconstruction complète de son centre administratif et scolaire. C’est pourquoi l’association maillotine évoluait entre Dosches pour les tournois de cartes, Géraudot pour les bals, et Assencières pour le repas des anciens. Le nouveau maire, Pierre Gillot sut faire preuve de prudence : « Je ne dis pas non… » répondit-il.

 

La maturité.

 

La nouvelle équipe qui avait été renforcée de Francis Pitié, Jacky Guichard et Marie France Chevallier, ne comprenait pourtant que quatorze membres et il lui appartenait de relancer une dynamique. Claude Thiérard apportait avec un incontestable goût des relations humaines, un sens aigu de l’organisation. Contrairement à son prédécesseurs, il fut admis à faire partie du Comité d’action sociale (CCAS) ce qui lui permit d’intervenir bien souvent en faveur de familles en difficulté. A plusieurs reprises, l’association put ainsi participer à des actions de solidarité. Les compétences de chacun furent mises en œuvre. Les amateurs de cartes, belote ou tarots eurent leurs concours annuels à partir de 1983 à Dosches.

 

Informatique pour tous…

 

Gérard Chérain mit en place un cours d’informatique pour adultes qui avait lieu une fois par semaine dans la petite salle de classe de l’instituteur. -L’ordinateur, un TO7-70 avait été acheté par l’association et mis à disposition des écoliers pendant les périodes scolaires. Le samedi après-midi, Régis Thévenin et Gérard Le Berre se relayaient pour accueillir les enfants volontaires. L’expérience dura deux années. En 1985, un second ordinateur fut livré dans le cadre de l’opération « Informatique pour tous » initiée par un ministre nommé Laurent Fabius…Avec l’informatique, la télévision entrait à l’école car le moniteur était un écran télé ! La municipalité accepta l’installation d’une antenne qui devait permettre la réception d’émissions de télévision scolaire. Cette institution cependant vivait ses dernières années…La coopérative scolaire dût faire l’achat d’un magnétoscope pour bénéficier de services audiovisuels.  Le minitel avait également été offert aux écoles par les télécommunications encore nationalisées, mais l’absence de prise téléphonique fit qu’il atterrit au secrétariat de mairie. Le téléphone ne fut accordé aux écoles qu’en 1988, après la fermeture d’une classe.

 

Association et Comité des fêtes.

 

Le Comité des fêtes s’était constitué cette année là. Auparavant, les Conseillers municipaux assuraient la préparation de la fête du village et celle du 14 juillet. Certains membres de l’AFMS décidèrent d’y participer et des manifestations communes furent prévues. L’Eveil, les pompiers furent également invités et le premier bal costumé commun eut lieu à Géraudot en 1984. L’année suivante, par l’intermédiaire de Régis Thévenin, l’Association avait été mise en relation avec le CRAC de Creney qui organisait son carnaval traditionnel. Il fut décidé de s’y associer. Durant quatre années, les mois de février et mars furent consacrés à la préparation des déguisements et des chars sur des thèmes variés allant de la préhistoire à la joueuse bande de Dracula, en passant par la Rue Saint Denis (voir article sur nos carnavals ) En retour, les membres du Crac dont les redoutables « Souffle à cul » ne manquaient pas de venir en renfort aux bals de Géraudot.

 

Camps d’ados.

 

Les plus grands, on l’a vu, bénéficiaient d’une semaine de dépaysement sous tente. Implanté d’abord à Dosches, puis à Champigny, le camp de toile avait élu domicile à Géraudot face à la plage. Gérard Chérain, infatigable, en avait pris la responsabilité, avec le renfort de Valérie Jacob et d’Anne Bouclier alors  monitrices. La direction du centre incombait à cette époque au Conseil d’administration et à son président : les plus petits restaient à la salle de répétition. Le soir, parents et amis se retrouvaient au camp autour de grillades.

Durant l’été 1984, un camp itinérant fut mis sur pied. Un groupe d’une douzaine de jeunes devait partir en vélo jusqu’au Lac du Der et camper chaque soir en un lieu différent. Jacky Guichard et Gérard Le Berre assuraient l’encadrement bénévole. « Le circuit avait été repéré et les autorisations sollicitées.


Heureusement, car le second soir, à Saint Rémy en Bouzemont, un orage terrible nous surprit. Claude Thiérard et Charly Patenaire étaient venus pique niquer avec les enfants lorsqu’au bord du lac. En soirée,  le ciel devint soudain menaçant. Le groupe se réfugia sous un abri près de la plage. Lorsque le gros de l’orage parut calmé, nous rejoignîmes le camp situé à plus d’un kilomètre, dans une allée herbeuse bordée de peupliers. On se mit au lit après un dîner rapide, car la pluie menaçait à nouveau. Le vent se leva brutalement et une violente bourrasque abattit les têtes de peupliers sur les tentes ! Les enfants étaient épouvantés. Dans un premier temps, nous nous abritâmes derrière ma 4L , puis, la tempête ne faiblissant pas, je retirai les sièges et nous nous entassâmes à l’intérieur. Entre temps, on m’avait signalé que la petite Muriel était restée sous une tente écrasée par une lourde branche. Je pus la ramener à la voiture où nous l’installâmes le mieux possible en attendant les secours. La fillette était blessée à la tête et souffrait. Il était impossible de sortir de là, le chemin étant barré par les arbres abattus. Jacky et Charly coururent jusqu’au village voisin. Il fallut attendre plus d’une heure pour que les pompiers puissent se frayer un chemin jusqu’à nous, à travers champs, en tronçonnant les arbres. Dès leur arrivée, il me fallut suivre l’ambulance transportant Muriel jusqu’à l’hôpital de Vitry le François, slalomant entre les troncs abattus, roulant tantôt sur la chaussée, tantôt dans les champs. Les autres enfants trouvaient refuge durant ce temps chez le maire de Saint-Rémy en Bouzemont. Les examens médicaux ayant heureusement révélé l’absence de danger pour la petite, je regagnai le gros de la troupe. Les familles avaient été averties et récupéraient enfants et matériel en pleine nuit. Nous rejoignîmes Mesnil-Sellières avant l’aube, épuisés et mortellement inquiets pour notre petite camarade restée à l’hôpital. Le lendemain, tandis que quelques volontaires ramenaient ce qui restait sur place, je me rendis à la gendarmerie pour témoigner.


Le vent était encore fort et les dégâts visibles : arbres abattus, toitures arrachées. La peupleraie au long de laquelle nous avions campé était totalement détruite. Je compris alors qu’un gros câble électrique qui longeait l’allée nous avait protégé, amortissant la chute des peupliers et renvoyant les cimes mutilées au-delà du chemin …et de nos têtes !  Le maire de la commune admit nous avoir donné l’autorisation de camper à l’endroit incriminé. Quelques jours plus tard, Muriel put regagner son domicile, heureusement sans dommages. Les tentes de l’association étaient définitivement hors d’usage… »

Cette malheureuse entreprise mit pratiquement fin à l’organisation des camps d’été. Le précédent avait eu lieu à Géraudot, sous la responsabilité de Gérard Chérain. En 1985, Marianne Chérain et Charly Patenaire, pour la dernière fois , encadrèrent un groupe d’adolescents à la maison des jeunes de Mesnil-Saint Père.

 Par la suite, L’AFMS décida participer aux loisirs d’été des adolescents qui en feraient la demande : une prise en charge à 50% des dépenses fut accordée concernant les inscriptions aux multi activités des bases départementales de Chappes et de La Picarde.

Tous les ans, avec la ruche, plusieurs sorties gratuites: ici à la plage de Lusigny.

L’année 1985 vit une véritable explosion d’activités. A l’issue de l’assemblée générale, cette année là, on comptait 23 membres !

La sonorisation des fêtes avait été dès l’origine, un souci permanent. Il n’y eut d’abord que de vieux appareils prêtés par les uns et les autres. Puis, les fils de Guy Renard assurèrent bénévolement la sonorisation de nos fêtes. En 1985, un accord  fut conclu entre les écoles et l’AFMS pour acheter en commun un matériel de sonorisation. A l’AFMS les enceintes et aux coopératives scolaires l’achat des platines. Le matériel fut confié à Jean-Luc Petit. Dès lors nous disposions d’une sono performante, bien entretenue, et d’un « DJ » toujours au fait des dernières nouveautés…

 

Un labo photo.

 

Maryse Laurain, qui résidait derrière la Chapelle, dans l’ancienne maison de M.Rollin, animait un atelier photo chaque semaine à l’école de Géraudot, dans l’ancien logement de fonction de l’instituteur récemment repris par la commune. Les parents, à cette époque, avaient la possibilité d’intervenir en milieu scolaire pour des activités diverses et d’animer des ateliers décentralisés. Les groupes d’enfants étaient constitués par affinités et pratiquaient des activités diverses : travaux manuels, peinture avec M. Bourotte à Dosches, atelier marionnettes avec Gérard Chérain à Mesnil-Sellières. L’AFMS décida de soutenir l’implantation du labo photo à Mesnil. En l’absence de local la municipalité fut sollicitée. Elle accepta de mettre à disposition l’ancien bûcher situé au fond du préau, à condition que l’AFMS se chargea des travaux d’aménagement. Nettoyage, maçonnerie, revêtement des murs, alimentation en eau et en électricité, tout fut installé durant les weekend par les volontaires. L’association comptait alors de vaillants bricoleurs avec Dominique Chevallier, Gérard Chérain, et des professionnels en la personne de Jean Luc Petit, Didier Croci ou de Gérard krebs. Les matériaux et l’équipement furent largement financés par l’AFMS. On en profita pour redonner un petit coup de jeune au vieux préau de l’école par la pose de frisette (1987). Le labo servit régulièrement aux écoles et au centre de loisirs durant plusieurs années. Des groupes de jeunes et d’adultes le fréquentèrent le samedi après midi et le dimanche matin.

 

Weekend de ski.

 

Dès la fin 1984 Claude Thiérard avait proposé l’organisation de weekend de ski. Il s’occupa des réservations et au mois de janvier suivant (1985), un car transporta une cinquantaine de maillotins de tous âges à Lamoura. Conformément à sa vocation, l’AFMS assurait la gratuité pour les enfants. L’expérience fut renouvelée plusieurs fois, en coopération avec le Club de Dosches notamment. Lors d’une des dernières tentatives, en 1993, la neige n’était pas au rendez-vous !

 

1985 :Le repas des anciens déménage.

 

Faute de local, et devant un succès confirmé, le repas des anciens eut lieu au mois de mars 1984 à Assencières. Nous avions choisi cette petite salle commune en raison de sa proximité et de son équipement. Le menu comprenait principalement un coq au vin. . Il fallut organiser le transport de quelques personnes âgées, mais presque tous nos habitués restèrent fidèles au rendez-vous. Jusqu’en 1988, le repas eut lieu dans cette salle. Le rituel était bien établi : apéritif pour le maire et les conseillers à la salle du conseil de Mesnil-Sellières, déplacement à Assencières où les membres de l’AFMS avaient tout préparé. Repas , puis bal et souper des organisateurs. Marianne, Arlette, Michèle, Jacqueline et d’autres s’affairaient autour des fourneaux dans la minuscule cuisine.

 

Randonnées cyclistes.

 

A la fin de l’été, la première randonnée cycliste fut préparée par Claude Thiérard. Trois parcours étaient proposés et le lieu de rendez-vous commun était le parc de Menois ; Là, un pique nique rassemblait tous les participants, et l’après-midi se passait en jeux de ballons ou de pétanque. L’épreuve donna même lieu à la distribution de diplômes lors du retour à Mesnil-Sellières. Toutes les générations étaient représentées et il arriva que les voitures suiveuses dussent pallier à quelques défaillances dans la «  redoutable côte de Bouranton » ! D’autres itinéraires furent essayés, mais Menois offrait l’avantage d’un lieu abrité en cas de mauvais temps.

 

Visite du Père Noël.

 

En fin d’année, Claude proposa d’inviter le Père Noël à une visite de reconnaissance dans le village aux environs du 23 décembre.


Chaque enfant reçut la visite du grand bonhomme rouge porteur de jouets et de friandises. Depuis cette date les visites se renouvellent chaque année et tiennent parfois les petits éveillés bien tard. L’organisation s’est améliorée au fil des ans. Un photographe accompagne le Père Noël et immortalise cette rencontre personnalisée. Pour ne rien dissimuler, plusieurs groupes sillonnent le village, et le nombre d’enfants atteignant en moyenne la centaine, il ne faut pas moins de cinq équipages pour satisfaire à la demande. Cadeaux et chocolats sont offerts par l’AFMS.


Cette initiative originale dans la région est pratiquée dans certaines contrées de l’est et en Suisse. Dans certains quartiers de Zürich, les organisateurs se renseignent par avance auprès des familles et tiennent registre des bonnes et mauvaises actions des petits. Le jour de la visite, un grand registre est ouvert et l’enfant est stupéfait de s’entendre rapporter de faits et gestes qu’il croyait oubliés !!! Pour ne rien laisser au hasard, un Père fouettard accompagne l’équipe et remet aux enfants turbulents un petit sac de charbon ! ! Ici rien de tel ! Le Père Noël est toujours bon enfant !!

 

1988 : enfin une salle des fêtes !

 

Depuis plusieurs années, la municipalité travaillait à la réalisation d’un projet qui aboutit en 1988. Une maison ancienne située face à la Mairie avait été achetée. Avant sa transformation , elle avait abrité une perception, puis la famille Pestelard. Restaurée par l’entreprise Malatras elle fut inaugurée le 9 juillet 1988 (voir INFO 1989).


Désormais, toutes les activités que nous devions organiser dans les communes voisines allaient pouvoir se dérouler à Mesnil-Sellières. Les joueurs de tarots furent les premiers à en bénéficier le 28 novembre 1988, puis ce fut le tour des joueurs de belote, si nombreux que nous faillîmes manquer de tables ( février 1989)


L’organisation des tournois avait considérablement progressé grâce à l’utilisation de l’informatique, d’abord grâce aux ordinateurs personnels des membres de l’Association , puis en utilisant le premier PC acheté par le SIVOS pour l’école. Finis les comptes laborieux dans un coin de local enfumé ! Désormais les résultats sortaient avec célérité de la machine pilotée par Régis.


Mais c’est surtout le repas des anciens qui profita de la nouvelle installation. Notre ami Georges Briet nous ayant rejoint à l’assemblée générale de 1988, prit en main la confection des repas, et assisté de Robert Delacour, institua de véritables banquets .


Grâce à Jean Luc ( sono), Pierre Gillot et Guy Renard (l’accordéon), Marcel Thiérard ( l’harmonica), les convives se séparaient fort tard dans la soirée. Les conteurs se succédaient au micro, et les discours de notre président étaient toujours des moments très attendus. Bal, projections de diapos prolongeaient la rencontre.

Le bal masqué put lui aussi se dérouler dans la commune. L’année 89 fut remarquable, la célébration du bicentenaire de la révolution française ayant donné un thème commun aux participants.


Vers minuit, un jury composé sur place appréciait le défilé de costume et décernait une récompense symbolique. Peu à peu cependant, la charge de l’organisation reposait principalement sur le Comité des fêtes. La faiblesse de la fréquentation conduisit les organisateurs à annuler cette manifestation. Malgré une tentative de relance à l’occasion de l’apparition du phénomène Halloween, n’existent plus aujourd’hui que les défilés des enfants.

Malheureusement, le nombre de nos animateurs bénévoles avait de nouveau diminué. Certains déménagements avaient privé le conseil d’administration de jeunes couples dynamiques. La rentrée 1988 vit la fermeture de la seconde classe et le départ de Joëlle et Philippe Corniau. Enfin, durant l’été, une série de malentendus amenaient la démission et la réélection de Claude Thiérard. La crise fut néanmoins surmontée et toutes les activités purent reprendre l’année suivante, à l’exception de la participation au carnaval de Creney qui fut abandonnée. La ruche avait désormais à sa disposition l’ancienne petite classe partiellement désaffectée. Le fonctionnement de groupes selon l’âge des enfants en fut facilitée. A partir de 1990, Guy Doucet en prit la direction pour plusieurs années.

La suppression de la Pièce des Dames lors du remembrement de 1994 obligea l’association à faire son 13ème méchoui sur le terrain scolaire, puis autour et dans la salle des fêtes.

Dernier méchoui à la "Pièce des dames"

...et premier méchoui au terrain scolaire: tempête!

Les assemblées générales de 1995 et 1996 semblaient annoncer des renouvellements prometteurs. Claude Thiérard qui assurait la présidence depuis 1983 le souhaitait. L’article publié en 1997 faisait aussi mention des aides diverses apportées à l’école pour des voyages, par le prêt de matériel informatique et du labo photo. La gratuité du séjour de ski pour les jeunes était acquise dès 1993, des aides apportées aux adolescents pour les séjours d’été. Une subvention importante fut accordée par l’AFMS à la Gymnastique volontaire afin de permettre son redémarrage.

Durant la ruche, parents, moniteurs et enfants se retrouvent à l'aire de repos pour un pique nique...


« Au total 44 personne sont à un moment ou à un autre appartenu au Conseil d’administration de l’AFMS » pouvait-on lire alors. « Ce sont environ 12 000 journées enfants qui ont été assurées par la Ruche. Une cinquantaine de jeunes ont participé à l’encadrement des séjours. Plus de 2500 repas ont été servis. Près de 1200 personnes ont participé à nos tournois de cartes. Financièrement, l’association est, comme on dit « une affaire qui marche »…

En 1997, juste après la rédaction de l’article, Claude Thiérard demandait avec insistance à être remplacé. Dominique Chevallier lui succéda, assisté de Francis Pitié (Vice président) de Christian Isambert ( trésorier) de Cédric Téatini (Vice trésorier), de Martine Moguez (secrétaire). Le nouveau Président ayant dû quitter le village, Jean-Robert Guyot lui succéda en novembre 1998. Il fut remplacé par Micheline krebs en décembre 1999.

 


 Le "Thé dansant" institué sous la présidence de Jean-Robert connut quelques belles années avant de s'éteindre faute de danseurs....

Nous sommes en 2007.

 

 La présidente est toujours Micheline Krebs. Laurence Andrzejczak est vice présidente, Christian Isambert toujours trésorier et Martine Foulon secrétaire. Les membres du Conseil d’administration sont Francis Pitié, Sylvie Chanel, Philippe Bertrand, Régis Thévenin, Gérard Krebs, Corinne Boutiot, Lydie Renard, Michèle Israël, Jean Luc Sarrazin et Gérard Le Berre.

L’AFMS a réussi à maintenir la plupart de ses activités. Le concours de tarots a été repris par le comité des Fêtes, mais le dernier concours de belote a remporté un réel succès. Le Centre de loisirs a encore accueilli l’an dernier une quarantaine d’enfants dans les nouveaux locaux mis à disposition par la commune. Désormais la restauration et la garderie  des enfants sont assurés.

 

 

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Lundi 16 avril 2007

 

1977-1997 : Une Association qui a la vie dure.

 

Vingt ans après, vingt ans déjà, c’est plus qu’un bail, moins qu’une vie, presqu’un roman, un âge dont Paul Nizan n’aimait pas qu’on dise  qu’il était « le plus bel âge de la vie. »

Vingt ans pourtant, c’est peut-être le moment d’un bilan avant de nouveaux départs. C’est en tous cas une belle longévité pour une association locale. L’Association familiale de Mesnil-Sellières est née en mars 1977. A son berceau se penchaient l’UDAF (Union départementale des Associations familiales) et une vingtaine de Maillotin(e)s. Une réunion convoquée par la mairie avait pour but l’organisation d’un Centre de loisirs en été, pour les enfants de la commune. Nouvel instituteur au village, je fus prévenu par ma Directrice Mme Prin, et je décidais de m’y rendre pour m’informer.

Une représentante de l’UDAF présenta le projet. Cette organisation, appuyée par les milieux agricoles se préoccupait d’étendre le réseau de ses activités dans tout le département. Des réunions semblables eurent lieu dans la plupart des villages voisins, avec des suites variées. Initialement, dans l’esprit des promoteurs du projet, l’encadrement des enfants- qui n’était pas soumis à des règles aussi rigoureuses qu’aujourd’hui – reposait en grande partie sur le bénévolat de jeunes du pays. L’UDAF proposait des stages de formation pour l’obtention du BAFA à au moins une personne par « ruche ». Le financement reposait essentiellement sur les prix de journées qui devaient rester très faibles, la participation de la mutualité agricole et de la Caisse d’allocation familiale. Les locaux devaient être trouvés sur place : mise à disposition de salles de classes, locaux municipaux. Parmi les fondateurs se trouvaient effectivement nombre d’agriculteurs ou d’épouses d’agriculteurs, certaines étant par ailleurs engagées dans l’ADMR.

La plupart des participants se trouvèrent investis de responsabilités nouvelles, douze personnes en tout, pour la plupart parents de jeunes enfants et pour la moitié natifs de la commune. L’instituteur, Gérard Le Berre, installé au village depuis deux ans et venu en curieux, fut illico bombardé Président !

Les premiers pas.

Accueillir une vingtaine d’enfants pendant un mois dans de bonnes conditions n’est pas une mince affaire. La « Ruche » disposait pour tout local de la salle de répétitions de « l’Eveil », et le bac à sable fut même installé dans la cour de l’école. C’est à Annie Derisson (née Gobin) que revint la redoutable tâche d’inaugurer le centre de vacances, assistée d’ Agnès Noël et d’Annick Carette. Les parents avaient prêté des jeux et des livres. Les travaux des enfants furent exposés en fin de séjour. Un spectacle comprenant danses, sketches et danses fut présenté, le préau de l’école servant de scène. Ce dispositif n’avait guère changé tant que le bâtiment ancien survécut. Annie accompagnait les enfants à la guitare et certains ont peut-être encore en mémoire la chanson de Steve Waring «La baleine bleue »

 

A cette époque, le public était nombreux. Toute la famille, grands parents compris, venait voir évoluer les petits. La fête avait été annoncée par un défilé dans le village, les plus jeunes étant juchés sur une carriole tirée par les aînés !

 

Comment naquit le repas des anciens.

Dès le début, les membres du conseil d’administration se préoccupèrent d’étendre les activités de l’Association. Une réunion de personnes âgées fut convoquée dans la salle des répétitions. On y remarquait notamment la présence de M. Emile Berthelin qui venait de quitter son mandat de maire et avait été remplacé par Gilbert Haber. La réunion ne put déboucher sur la création d’un véritable « club » comme nous l’avions espéré. L’idée de réunions périodiques semblait remporter l’accord général, mais la décision ne put être prise faute de volontaires pour assurer la responsabilité des activités.


Il fut alors décidé d’organiser des goûters annuels. Au mois de janvier- en rapport avec la galette des rois- la salle de répétitions fut briquée et décorée, chauffée au mieux. Un minuscule poêle à bois qui suffisait aux besoins des musiciens, en occupait le centre. Les dames avaient préparé des pâtisseries et tous participaient au service. On raconta des histoires.


Le petit magnétophone et le vieil électrophone égrenaient les rengaines d’autrefois. Dans l’après-midi, Pierre Gillot lança le bal avec son accordéon. Devant le succès de cette rencontre, la formule fut améliorée chaque année et , en 1980, c’est un véritable repas qui fut servi.



Les plats avaient été préparés chez les membres de l’Association et réchauffés sur une installation de fortune placée dans l’ancien bûcher situé au fond de la salle derrière le préau. La bonne humeur et la volonté d’aboutir eurent raison de conditions somme toute assez précaires . Le repas des anciens était né. Au menu inaugural : choucroute !

Une volonté d’indépendance.

 

Au mois de novembre 1980, l’Association décida de devenir autonome. Depuis sa création, elle était affiliée à l’UDAF, organisme auquel elle reversait une bonne part du produit de la vente des cartes de membres. En retour, les services offerts semblaient bien minces. Par ailleurs, les thèses défendues par l’UDAF en matière de politique familiale étaient éloignées des préoccupations de l’Association. Une assemblée générale fut donc convoquée et les statuts modifiés. Désormais, l’Association familiale volait de ses propres ailes. Elle se distingua longtemps par la volonté d’assurer des services de qualité au plus faible coût possible pour les familles. De plus, nous avions à cœur de valoriser le travail des animateurs- monteur(trices) et aides de la Ruche. Il nous était possible alors de tendre vers une rémunération proche du SMIC, supérieure à ce qui se pratiquait alors dans la plupart des centres analogues. Bien avant que cela ne soit rendu obligatoire, nous tentions dans la mesure du possible de recruter des animateur(trices)titulaires du BAFA. Il fut même envisagé de prendre en charge les frais de formation de jeunes du village afin de les « fidéliser ».  Nous avions conservé cependant l’idée initiale d’assumer le déjeuner des équipes d’encadrement dans les familles, afin de favoriser le contact entre les jeunes et les parents des enfants.

 

La mutation.

 

L’autonomie de l’Association avait coïncidé avec une modification notable des conditions de son activité. Depuis 1977, elle était principalement animée par les parents des élèves de l’école qui rassemblait alors tous les enfants du village dans deux classes.  La plupart se retrouvaient au mois de juillet à la Ruche. En 1981, la création du regroupement pédagogique (RPI) avait dispersé les petits dans les communes voisines.  Une certaine unité villageoise se trouva rompue. En revanche, la Ruche commença d’accueillir les enfants des communes voisines, car les tentatives d’y fonder des structures analogues avaient échoué.  Une partie des membres fondateurs fut remplacée par de nouveaux arrivants : Patricia Madurel, Charly Patenaire, Régis Thévenin par exemple.  L’institutrice et son époux, Joëlle et Philippe Corniau avaient pris la succession de notre ancienne directrice partie en retraite. Claude Thiérard prenait place au Conseil d’administration en tant que Vice-président.

Les activités de la Ruche s’étaient diversifiées. Un de nos moniteurs, surnommé « Titi » avait emmené les plus grands camper à Dosches. L’expérience fut renouvelée en 1981 à Champigny, sous l’autorité de Catherine Guillard. L’AFMS fit l’acquisition de tentes.


Des installations de jardin furent données par des particuliers, puis achetées sous l’impulsion énergique de notre trésorier Gérard Chérain : portique, balançoires, toboggans. Table de pingpong, baby foot d’occasion à un cafetier de Brevonnes) complétaient l’équipement. On installa chaque été une piscine mobile sur le petit terrain de sports. Malheureusement, ces matériels destinés à des utilisations familiales ne résistèrent pas aux outrages du temps , et parfois à des actes de vandalisme. La piscine s’avéra beaucoup plus facile à démonter qu’à mettre en place !


Plus tard, l’AFMS investit une somme importante dans un portique de bois qui fut monté à demeure au fond du terrain scolaire. Sa destinée ne fut guère plus convaincante. La  « piscine » migra chez Francis Pitié, faite d’une grande bâche en plastique maintenue par des balles de paille. Installation « maison » qui rendit toutefois bien des services lors de chaudes journées de juillet. Inutile de préciser que de tels « arrangements » seraient aujourd’hui sévèrement sanctionnés par les services sanitaires !!

Les fêtes de la Ruche avaient pris de l’ampleur, occupant le petit terrain de sport et la cour de l’école, offrant en plus du spectacle et de l’exposition des travaux d’enfants, des activités variées :course en sac, tournois de pingpong…etc.


…L’association était aguerrie par la préparation du repas des anciens. Aussi, lorsque la proposition fut émise d’organiser un méchoui à la Pièce des Dames, l’objectif ne parut pas absurde. Dans cette décision, il est juste de souligner le rôle important joué par Charly Patenaire qui deviendra vice président en 1983. Son dynamisme s’exprimait dans tous les domaines.. Il fut en grande partie à l’origine des concours de tarots. Il proposa à plusieurs reprises l’organisation de jeux inter villages, mais là, il faut reconnaître que la tâche nous parut au dessus de nos forces. Le comité des fêtes présidé par Gérard Thévenin parvint à mettre sur pied cette animation plusieurs années de suite.

 

Débuts du méchoui.

 

Le premier méchoui eut lieu en 1982. Il s’agissait de passer un bon weekend entre amis et d’associer à nos activités d’autres habitants du village, notamment les sportifs. L’après-midi était largement consacrée au football. Par l’intermédiaire de Marianne et Gérard Chérain, une remis solennelle de maillots eut même lieu au profit des plus jeunes du football club de la Forêt d’Orient.


Nous bénéficions d’aides nombreuses : des cultivateurs avaient mis à notre disposition le matériel indispensable. Le garde champêtre, M Bodson assurait la sécurité. Notre ami « Zorro », spécialiste du mouton dirigeait la cuisson. Il faisait beau. L’ambiance était excellente mais le bénéfice fort modeste : 480 F ! Des progrès restaient à accomplir au niveau de l’organisation et les participants se souviennent des innombrables navettes accomplies entre la Pièce des Dames et la maison de  Pierre Thévenin à la Belle Epine, ou vers celle de Marianne et Gérard, pour une pelote de ficelle, un clé de douze ou un paquet de sel !

La « Pièce des Dames » était un terrain engazonné, entouré de sapins, situé entre la Belle Epine et Assencières. Son histoire a été retracée dans INFO 1993.

 

Evolution du repas des anciens .

 

En février 1983, la préparation du repas des anciens se faisait dans un froid glacial. L’année précédente déjà, nous avions repoussé la date au mois d’avril et la « galette des rois » avait été remplacée par un grand poisson pâtissier à la frangipane. Nous désespérions de pouvoir chauffer convenablement la salle de répétitions. Or, la grande salle de classe venait d’être restaurée et dotée du chauffage central. L’institutrice, Joëlle Corniau eut la gentillesse de proposer d’y dresser les tables. Le matériel scolaire fut empilé le long des murs et une installation électrique compliquée permit de mettre en place un nombre suffisant de fours à raclette, menu choisi pour remplacer l’habituelle choucroute. Afin d’associer la municipalité à nos initiatives, le Maire de la commune, Gilbert Haber, et les Conseillers avaient été invités pour l’apéritif  avant le repas.  Le premier magistrat de la commune avait décidé de clore les festivités en offrant le vin pétillant après les discours de tradition.

Madame Corniau n’en fut pas quitte pour autant car le lieu étant incomparablement plus confortable que la petite salle commune, elle fut à nouveau sollicitée l’année suivante. Cette fois, sa cuisine fut également envahie.

 ( à suivre ici)

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Lundi 9 avril 2007

Vous avez certainement pu voir depuis quelques années que des bâches sont mises en place sur des longueurs d’environ 150 à 200 mètres  le long de la route entre la Maison du Parc et le port de Mesnil St Père.

 

Ces dernières,  disposées à des endroits stratégiques évitent ainsi  que les batraciens traversent la route pour aller se reproduire, en effet près de 35000 à 40000 espèces sont ainsi comptabilisés en ces lieux, grenouilles, crapauds, tritons et parfois salamandres et bien entendu cela permet de réduire l’hécatombe due au passage des voitures.

 


Tous ces  batraciens tombent alors dans des seaux disposés de long des bâches et sont ainsi récupérés quotidiennement par du personnel du pavillon St Charles ainsi que de quelques bénévoles afin de les remettre de l’autre côté de la route

 

Voici quelques photos de ces batraciens et notamment une salamandre tachetée qui ne se voit pas souvent

 

Pierre Garraud.

 


(Les autres photos de Pierre Garraud dans l'album)


« La route des salamandres » 

 

Depuis la fin des années soixante, nos voisins Suisses et Allemands avaient pris conscience de la mortalité  des amphibiens liée au trafic routier. Les « crapauducs » étaient nés.  

Au printemps 1994, l’opération « 1000 défis pour ma planète. » initiée par le ministère de l’environnement (Michel Barnier à l’époque) avait permis la mise en place d’une action de protection des amphibiens et de sensibilisation du public. Les études préalables réalisées notamment par M. Thireau (articles dans le Courrier scientifique du PNRFO.1987.1988.1993) avaient  permis de mieux connaître les espèces concernées.


 Stéphane Bellenoue, Kristina Bertram et Mathias Petit publièrent en 1995 un article très complet sur le sujet . ( Courrier scientifique du PNRFO n°19)

En résumé, dix espèces d’Amphibiens peuvent être rencontrés dans le massif de la Forêt d’Orient. Ils mènent une vie partagée entre le milieu aquatique ( zone de reproduction ) et le milieu terrestre (zone d’hibernation et de chasse). Les migrations se déroulent au crépuscule, de début février à fin novembre selon les espèces. Malheureusement, le déplacement vital des petits animaux se trouve parfois croiser un axe routier.  «  Sur le terrain, nous avons observé le samedi 19 mars 1994 entre 20 h et 23 h, 48 salamandres qui traversaient la D 28. Pendant ces trois heures, 10 voitures sont passées provoquant la mort de 5 individus soit 10% » notent les auteurs.

Faute d’installation permanente, il fut alors décidé de mettre en place la technique de piégeage décrite par Pierre Garraud. Le matin – ou même la nuit lors des pics de migration- il faut « sortir les amphibiens du piège afin de les identifier, de les dénombrer et de le relâcher aussitôt de l’autre côté de la route afin qu’ils puissent continuer leur chemin dans l’humidité matinale… »

 

Projet de crapauduc

 

Dans l’Escarboucle n °54 Armande Spilman apportait les précisions suivantes :

 « Le site de la fontaine Colette est un des sites majeurs reconnus pour la migration des amphibiens. On y conduit chaque année l’action dite « la route des salamandres (FOL et PNRFO). Un projet d’aménagement définitif qui permettrait la libre circulation des amphibiens et de la faune associée (poissons, amphibiens , reptiles, voire mammifères) est actuellement à l’étude. Ce projet consisterait en un ouvrage hydraulique et routier sous l’actuel CD 43. Il serait construit en même temps que la vélovoie, le Conseil général étant maître d’ouvrage de l’ensemble des deux projets. L’intérêt pédagogique de la zone serait bien sûr maintenu, 30000 à 35 000 amphibiens traversent chaque année le CD 43 à cet endroit, sur une zone d’environ 500 m. »

..et dans le n° 62 (mars 2006) , les animateurs du CEPE (Pavillon St Charles ) en appelaient aux bénévoles :

« Pour la douzième année consécutive, l’opération de protection des batraciens appelée « Route des salamandres » est mise en place sur l’axe migratoire sensible de la Forêt d’Orient. Ainsi chaque année, quelques dizaines de milliers d’individus des  9  espèces présentes sur le site sont protégées du trafic routier. Ce système d’installation manuel reste provisoire, dans l’attente d’un aménagement routier durable pour le passage de la faune, de type crapauduc. De début février à mi mai, époque des migrations, les bénévoles sont les bienvenus pour le ramassage matinal. »

 

Dans son Blog « Aube nature »( http://www.aube-nature.com/photo_nature.php), Cédric Girard nous livre avec de superbes photographies, des informations et son sentiment sur le sujet :

 

« Un projet de "crapauduc" (passage sous la route) est à l'étude et devrait voir le jour dans quelques années... S'il trouve les financements nécessaires, car si son coût est celui d'un petit rond-point (100 à 150 000 € !) son "utilité publique" est toute relative aux yeux de beaucoup de décideurs !! »

http://blog.aube-nature.com/?p4

 

 

 

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Jeudi 1 février 2007

Mesnil-Sellières : commune forestière.

 

 

 Depuis plusieurs centaines d’années, les foyers de ce village de Champagne crayeuse ont droit à l’affouage. Mais qu’est-ce donc que l’affouage ? A l’origine, c’est un droit pour chaque foyer, pour chaque feu (quelle que soit l’importance de la famille) au revenu et à l’usage d’une portion de bois prise dans une coupe appartenant à la commune. Le revenu consistait il y a quelques décennies en une petite somme d’argent, fruit de la vente des gros arbres (chênes principalement) provenant de la dite coupe et en l’attribution d’une part de bois (taillis et petits arbres) à façonner pour son usage personnel. Les collectivités ayant des besoins de plus en plus grands, l’argent revient maintenant au budget des communes. Les communes de Dosches, Laubressel, Mesnil-Sellières possèdent sur le finage de Dosches une partie de la forêt dite des Bas-Bois.

 

 

 Des chênes sacrés aux chênes qu’on abat.  

La forêt antique est un piège ou un refuge : on y fuit la bande adverse, on y tend des embuscades. La voie (gauloise  ou romaine ?) de Champigny est un chemin de plateau et de crête qui répugne à s’enfoncer sous-bois, dans les terres grasses et humides d’un immense massif boisé qui s’étend jusqu’au Der.  

Cultivateurs et guerriers, les Gaulois devaient arracher aux sols pauvres mais légers des hauteurs crayeuses de maigres récoltes et révéraient les arbres et les sources qui les entouraient. La « villa » gallo-romaine, puis les domaines carolingiens s’établirent à la frontière des deux contrées, bénéficiant de la complémentarité entre les terres cultivées et l’exploitation des bois et des étangs : Sacey, Rouilly et Sellières existaient alors, notre village devant son nom au seigle qu’on y cultivait. 

Après les «  invasions barbares », seigneurs laïques et ecclésiastiques se partagent les domaines. Leur mise en valeur est assurée par des serfs, des paysans dont le travail sur les terres seigneuriales était rémunéré par l’attribution d’un lopin de terre et d’une cabane qu’ils ne possédaient pas, mais pouvaient  utiliser pour leur subsistance.  

La forêt est au seigneur. On y trouve la viande du gibier, les baies sauvages, les plantes qui guérissent, qui calment ou tuent, le miel des essaims, l’écorce qu’on tresse en cordes permet aussi de tanner les peaux, fournit les torches pour s’éclairer. C’est aussi le bois et toutes ses transformations : bois de chauffage, de construction, instruments de travail, mobilier, vaisselle, sabots. O y mène le bétail : « grandes bêtes », bovins et chevaux, mais surtout les porcs, friands de glands et de faînes.  

Le seigneur exige des livraisons en bois, voliges, bardeaux, merrains et douves de tonneaux, pieux et perches de clôtures, échalas et torches. La chair du gibier et les poissons des étangs finissent sur sa table.  

Cependant, dès l’époque carolingienne, à l’attribution au paysan d’un « manse », c'est-à-dire d’une unité d’exploitation capable de nourrir une famille (logis, jardin, champ, pré) sont attachés des « droits d’usage » dans les bois seigneuriaux. Ces droits sont collectifs et concernent la communauté dépendant d’un seigneur 

 

Droits d’usage au « Bois de Dosches »

 

 

 Au début du XII ème siècle , le Bois de Dosches a pour Seigneur Clarembaud de Chappes, vassal des Comtes de Champagne et Abbé ( laïque) de Saint-Loup de Troyes, importante abbaye située à l’emplacement de l’actuel Musée du même nom. Cette Abbaye a des serfs (homini Sancti Lupi ) installés au Mesnil, dépendance de ses domaines de création sans doute récente et qui porte alors le nom de Mesnil-Foucher –près-de-Sellières. 

C’est en 1172 que Clarembauld III de Chappes, donne, dans le Bois de Dosches un « droit d’usage.. plein, tant pour bâtir que pour brûler et pour le pâturage des grandes bêtes » à l’Abbaye  Saint-Loup et il accorde également ce droit aux « hommes de Saint-Loup du Mesnil-Foucher près de Sellières » 

La dite forêt s’étend alors de Dosches à Lusigny, et vers l’est, jusqu’aux terres des Seigneurs de Vendeuvre aujourd’hui noyées sous les eaux du lac. De vastes brèches y ont été ouvertes : gagnages et granges à Dosches, Vaudemanche et Beaumont, car ce XII ème siècle commençant est celui des grands défrichements. 

 

Une nouvelle abbaye : Larrivour. 

 

Fondée à la demande de Bernard de Clairvaux, l’abbaye cistercienne de Larrivour étend peu à peu son emprise entre l’Aube et la Barse, à partir de 1139, à la faveur de nombreuses donations des Comtes de Brienne et de leurs vassaux. 

En 133, Clarembaud V de Chappes renonce, au profit de Pierre, Abbé de Larrivour, à mille arpents de bois ( 1 arpent champenois vaut à peu près ½ hectare) dans la forêt de Dosches «c'est-à-dire à partir de Larrivour entre la grange appelée Beaumont et la grange appelée Vaudemanche…entièrement libres, dégagés et quittes de tous droits d’usage, tant sur le bois que sur le gland et la faîne… »  En outre, le dit Abbé jouira sur le reste du bois, « …du droit de justice pleine et propre sous réserve de ne jamais défricher ni vendre… »  Le droit d’usage des hommes de Saint-Loup est donc maintenu, mais seulement en dehors des mille arpents cédés à Larrivour. 

Cependant, une autre charte de même date, émanant cette fois de Thibaut IV de Champagne, réserve aux habitants le droit de pâturage pour le bétail, droit suspendu pendant les six ans suivant chaque coupe faite par les moines et seulement dans cette coupe. 

L’abbaye, au cours des siècles, à la faveur de donations, de renonciations de droits, de procès, étendra son intervention dans la partie du bois dont usent les habitants de Dosches, Laubressel et Mesnil-Sellières.  

Au XVème siècle, elle a le droit de faire couper dans les bois des usages, toutes sortes de bois à brûler et  de merrains «  à chaque jour des quatre semaines qui précèdent les quatre grandes fêtes de l’année, c'est-à-dire Pâques, la Pentecôte, la Toussaint et Noël. Et encore chaque samedi de toutes les autres semaines de l’année de faire enlever ces bois…et en disposer suivant leur plaisir et volonté… »  Droit également d’envoyer paître leurs bestiaux « gros et menus » et de faire couper « tout bois mort et mort bois ». Les communautés voisines ne doivent disposer d’aucune portion des bois au préjudice de l’abbaye.  

L’ordonnance d’août 1669 (Colbert) qui régit l’exploitation des forêts dans tout le royaume va quelque peu simplifier cette situation en remplaçant les droits de l’abbaye sur les bois communaux par un droit de 1/20 du produit de chaque coupe qui serait faite. Mais la juridiction reste celle de l’abbaye et les gardes veillent. Ainsi, en 1782, les enfants du pâtre de Dosches, Edme Cropas, ayant laissé le troupeau communal de 54 bêtes « tant vaches que veaux », s’ébattre dans un bois taillis de trois ans, le sergent Descottes, garde des bois, chasse et pêche de l’abbaye les surprend. Une amende de 675 livres est infligée à la communauté sans compter la restitution du 1/20 à l’abbé et les frais de justice. Toutefois, l’abbé de Larrivour ne réclamera finalement que le paiement des frais de justice et d’une gratification au garde, les habitants «  dûment convoqués au son de la cloche » en assemblée ayant fait valoir par l’intermédiaire de leur Syndic, que l’ancien abbé de Larrivour, M de Quelen avait multiplié les dégradations dans les bois. Ils promirent d’abandonner les poursuites qu’ils avaient engagées alors, contre la remise de leur amende.

 

 

 Du « droit d’usage » au « droit d’affouage »…  

Quelques années plus tard éclate la révolution française. L’abbé de Larrivour perd ses privilèges de seigneur le 4 août 1789, et au mois de novembre de la même année, tous les biens du clergé sont confisqués au profit de la nation. Les communautés de Dosches, Laubressel et Mesnil-Sellières deviennent des municipalités élues. Le statut des bois va se trouver profondément modifié.  Les mille arpents jadis cédés par Clarembaud V, seront désormais « forêt domaniale », tandis que le reste du bois appartiendra en indivision aux trois communes. Il reste cependant deux points à clarifier : le droit au 1/20 détenu auparavant par l’abbaye sur les terres désormais communales et la part de chaque commune sur les coupes.  

 Le droit du 1/20. On la vu, ce droit remplaçait les anciens droits d’usage de l’abbaye sur les communaux depuis 1669. Avec la nationalisation des biens du clergé, ce droit reviendra à l’état. Lors des coupes, les trois communes se partageront 19/20 du produit, et l’état 1/20. Il en sera ainsi durant tout le 19ème siècle. En 1899, à la demande de l’ état, les communes accepteront de remplacer ce droit . Suite à un nouveau partage, l’état se verra attribuer une superficie de forêt égale à 1/20 des parts existantes, excepté les quarts en réserve, et ne prélèvera plus rien sur les coupes communales. Cet accord entra en vigueur le 1 janvier 1900.

 

 

 La part de chaque commune. Traditionnellement, chaque commune avait 1/3 dans les Grands Usages, mais , pour les Petits Usages (communaux actuels) , Dosches avait 1/5 et les deux autres communes 2/5 chacune. En 1839, le Maire de Dosches demanda que la répartition se fasse selon le nombre de feux, c'est-à-dire selon le nombre de familles (foyers). L’inspection des forêts maintint cependant les anciennes dispositions, faisant observer que le partage par « feux » ne s’appliquait qu’aux droits d’affouages des habitants d’une même commune et non à des communes distinctes (art 105 du code forestier). Le mode de partage resta donc identique à celui déjà signalé en 1639.

 Bois communaux d’hier à aujourd’hui.

 

 

 La description des bois concernés par la lente évolution que nous venons d’évoquer, très vague dans les périodes lointaines, se précise avec les documents plus récents. En 1639, les usages sont ainsi décrits :  

-         250 arpents de bois, taillis et broussailles entre le bois de Larrivour, le finage de la Picarde, la Maison Piquet et les terres du gagnage de Vaudemanche, le finage de Dosches attenant aux étangs du Petit et du Grand Monmarché.  

-         - une grande pièce de 400 arpents en pâtures, buissons et broussailles au lieu dit « les petits usages ». Il s’agit des communaux actuels et il faut donc supposer qu’ils ont fait l’objet d’un reboisement, peut-être après les ordonnances de Colbert. 

En 1779 en tous cas , les « Petits usages » étaient de 393 arpents, dont 98 en réserve et le surplus divisé en coupes de 24 ans.  

Enfin, l’état le plus précis nous vient de la préfecture de l’Aube ( 23 décembre 1899) :  

- la contenance des « Grands usages » est alors de 119, 68 ha estimés à 180 126,56 F selon la nature des terrains et leur peuplement.  Ils sont limités par des fossés continus, par deux chemins mitoyens, l’un au nord, allant de Dosches à Mesnil-Saint-Père, l’autre au sud, appelé « route des piquets » et à l’oust par la forêt domaniale de Larrivour. 

- les « Petits usages » , de 223,44 ha sont estimés à 241 940,56 F et limités par des fossés et des bornes qui font partie à l’ouest de la forêt domaniale de Larrivour qui est contigüe. 

 

La création du Lac réservoir Seine amènera la disparition des « Grands usages » et les communes seront indemnisées. La commune de Mesnil-Sellières utilisera une partie de cet argent pour réaliser l’aménagement de la rue principale et des trottoirs qui la bordent. Aujourd ’hui, si les affouagistes de la commune continuent de bénéficier des bois des « Petits usages » ils le doivent à un lointain seigneur, Clarembaud de Chappes, à l’abbaye Saint-Loup de Troyes, à la ténacité des leurs aïeux qui surent contenir les prétentions des abbés de Larrivour et à la révolution française qui élargit leurs droits.

 

 

 Exploitation actuelle des affouages.  ( article de 1988)

L’ONF souhaitant un interlocuteur unique, il a été constitué le 29 août 1974, un syndicat de la forêt indivise, géré par une commission syndicale composée de deux conseillers municipaux par commune. Cette commission élit un président qui dialogue avec l’administration. Elle établit un budget annuel et décide des travaux à effectuer. Cette forêt (210 ha environ) est partagée en 12 coupes de 11 à 16 ha. La » révolution «  actuelle » qui a commencé en 1902 donne un intervalle de 24 ans entre deux exploitations à raison d’une coupe tous les deux ans. Avant l’expropriation des « Grands usages », les communes, en alternant les coupes, bénéficiaient du bois chaque année. Maintenant tous les deux ans, il est délivré une autorisation d’exploitation. Dans l’année qui précède, les services de l’ONF ont procédé au martelage de la coupe. Ceci consiste à répertorier les arbres à couper, soit pour la vente, soit pour l’usager selon la taille et la qualité, et à les marquer à l’aide d’un marteau spécial imprimant le sceau de l’administration forestière ou d’un outil appelé rainette pour les arbres jeunes ne devant pas être abattus. En début d’hiver, pour l’exploitation du taillis, la coupe est divisée en trois parties reflétant la propriété de chaque commune :1/5 pour Dosches, 2/5 pour Laubressel et 2/5 pour Mesnil-Sellières.  Il existe ¼ de la forêt en réserve. Il est exploité selon les besoins.  A l’intérieur de chaque commune, il existe une liste d’affouage ou chacun doit se faire inscrire. La coupe est partagée, selon les inscriptions, en arpents attribués chacun par tirage au sort à une dizaine environ de prenants part groupés selon la proximité de leur habitat ou leurs affinités. Ces gens redivisent à nouveau l’arpent pour essayer d’obtenir un résultat égal en stères de bois par part. Depuis quelques années il est procédé à la coupe des taillis l’hiver précédant la vente des arbres. On obtient une certaine plus-value à la vente, le travail des bûcherons étant ainsi facilité.

 

 

 Les coupes d’affouages sont effectuées sous la responsabilité d’une personne désignée pour chaque commune : ce sont les garants. Il sont chargés de faire respecter les usages et directives en cours. Voici exposée la gestion actuelle de nos bois. Est- elle bonne ? On peut se poser la question. La récolte actuelle de taillis est bien maigre, le bois est trop petit. La coupe tous les 24 ans épuise le sol et favorise les essences à repousse rapide au détriment du chêne dont l’avenir n’est plus assuré. La forme taillis sous futaie semble périmée. Le chêne se renouvelle mal. Dans la coupe n°11, on trouve seulement 120 baliveaux de chênes pour 12 ha alors qu’en plantant 2000 pieds à l’ha on espère 150 à 180 ans après, 100 pieds à l’hectare de chênes de qualité de tranchage valant actuellement 1000 à 2000 F le m3.

 La forêt demain.  

A la suite d’une visite effectuée en forêt sous la conduite du chef de secteur ONF , M Pertuisot, les maires des trois communes, la commission syndicale et des conseillers municipaux intéressés ont pu suivre de visu les premières des différentes étapes de la régénération en cours dans la forêt domaniale de Larrivour et dans le bois de Lusigny.  

Quand le semis de chêne est présent, on le dégage des autres essences de pousse plus rapide jusqu’au moment où il atteint la hauteur d’un mètre. Ensuite, on commence à procéder à des dépressages. Sans semis existant, on plante ( 2000 pieds / ha) en ligne pour permettre un nettoyage mécanisé. Il arrive que dans une coupe on alterne les deux formules. On arrive ainsi au stade du fourré, puis c’est le gaulis, le perchis, le haut perchis pour aboutir à la futaie. Les 18 sélections qui jalonnent ces périodes permettent d’obtenir du bois correct de chauffage de la 15ème à la 20ème année. Les plans d’aménagement et d’objectifs sont révisables tous les 25 ans. Un dossier officiel consigne toutes les opérations effectuées pendant la régénération et permet ainsi de conserver la continuité dans l’aménagement. Cette politique de culture de la forêt soutenue par l’ONF, vise une rentabilisation plus poussée de nos bois ; un projet de régénération progressive de notre forêt en suivant la révolution actuelle ne laisserait pas nos affouagistes sans chauffage. Le bois sur pied existant gênant les jeunes plants serait alors à éliminer. Il pourrait être distribué aux affouagistes pour le petit bois et vendu pour le bois marchand. L’argent ainsi dégagé serait aussi utilisable pour la reconstitution du réseau de fossés indispensable pour un bon drainage du sol. C’est une perspective nouvelle, rompant avec les habitudes acquises, qui peut donner certes matière à critique, mais tout progrès a toujours son cortège de nostalgie.  

Ce texte a pu être rédigé grâce à l’amabilité de M Cicéri, chef de district ONF qui nous a permis entre autres l’accès aux documents et archives nécessaires. Nous l’en remercions vivement.

 Sources : archives départementales ED 129 1, 14-6 ; ED 129 2-3,7-12  

Article publié sous la signature de J.  Bouclier et de G.  Le Berre , dans INFO 1988.  

Complément d’information :

 E. Perrot a publié un certain nombre de documents concernant le même sujet dans l’ article de la commune de Dosches ( INFO 1997 )  

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Vendredi 24 novembre 2006

Le moulin de Brienne-la-Vieille

détruit par un incendie!

Celà pourrait s'appeler "chronique d'une mort annoncée". Après avoir longtemps porté les espoirs de nombreux amis du patrimoine, le moulin à eau de Brienne-la-Vieille a été victime d'un incendie dans la nuit  de lundi à mardi, vers 4 h du matin. D'après la presse locale, il s'agirait d'un incendie volontaire.  D'anciens vestiaires transformés en club de jeunes ont également brûlé à Dienville  (vers 8 h  du matin) . Enfin, un incendie s'est déclaré dans les vestiaires du stade de brevonnes vers 9 h 30.

AVANT

Le moulin de Brienne-la-Vieille est bien connu des artistes et des amateurs de constructions traditionnelles. Tout proche de l'Ecomusée, il témoignait d'une riche histoire liée notamment au flottage des bois sur l'Aube. Plusieurs articles lui avaient été consacrés en particulier dans "l'Escarboucle", le bulletin de l'Association des amis du Parc. Vanessa Chevalier lui avait consacré son mémoire de maîtrise.

APRES

Petits potins reviendra sur cet évenement. En attendant, nous sommes vivement intéressés par tout témoignage ou opinion concernant l'historique du moulin et les tribulations d'une restauration manquée.

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Mercredi 15 novembre 2006

Tridi 23 brumaire an 215. (garance)

 Cérémonie du 11 novembre.

 

 

 La pluie cette année accompagnait les courageux participants à la commémoration de l’armistice mettant fin à la « Grande guerre ». La fréquentation ne faiblit pas. On a même pu noter une présence plus nombreuse des enfants des écoles. Après le dépôt des gerbes au cimetière, ponctué par l’appel des noms des combattants, une importante délégation se rendit au Monument aux morts.

Compte tenu des intempéries, la lecture de la déclaration ministérielle fut effectuée dans la grande salle de l’Espace maillotin.

 

 

 Il ne restait dit -on que 5 rescapés de l’effroyable épreuve qui ensanglanta l’Europe. L’un d’eux est décédé à la veille des commémorations. Une question fut posée durant les conversations suivant la cérémonie :

 « Faudra-t-il continuer à célébrer le 11 novembre lorsqu’il n’y aura plus de survivants ? »

 

 

 La réponse dépend évidemment du contenu que l’on prête à ce rassemblement. Pour notre part, nous essaierons de continuer à collecter les souvenirs et les documents susceptibles de nourrir la mémoire et la connaissance des événements. Notre génération a  connu les témoins, entendu les récits. Un grand père ayant combattu à Verdun racontait parfois des anecdotes : un cheval tué sous lui, coupé en deux par une explosion, la boue et la soif. Mais point de plainte. A la fin des repas de famille une chanson de tranchée : 

« A nos poilus qui sont su’l front 

Qu’est ce qu’il leur faut comme distraction ?  

Une femme ! Une femme !... »  

La chaine unique de télévision diffusait régulièrement «  Les Croix de bois »  (de Raymond Bernard, d’après le roman de Roland Dorgelès.1932 avec Pierre Blanchard, Charles Vanel et Antonin Artaud ) , et plus rarement les deux versions du « J’accuse » d’Abel Gance (1919 muette et 1938 sonorisée). Par contre, le film de Kubrick, « Les sentiers de la gloire » d'après le roman de Humphrey Cobb , sorti en 1957 fut interdit. On ne pourra le voir qu’en …1975 !

http://www.cndp.fr/Tice/Teledoc/dossiers/dossier_sentiers.htm

Les livres, romans et témoignages, donnaient voix aux millions de disparus, ceux de Dorgelès, de Georges Duhamel, de E.M. Remarque, de Maurice Genevoix, Blaise Cendrars et bien sûr « Le feu » d’Henri Barbusse. Peu «d’ embusqués » alors chez les intellectuels. D’ Alain Fournier, disparu au combat ou Charles Péguy tué près de Meaux en septembre 1914 à Louis Pergaud, la liste est longue.

http://andre.bourgeois.9online.fr/ecrivains_morts_a_la_guerre.htm (un site « engagé)

Peut-être a-t-on un peu oublié à quel point cette guerre bouleversa les esprits et créa les grandes fractures politiques et idéologiques qui marquèrent le siècle. Jacques Duclos, dans ses mémoires, montre bien à quel point la guerre a pesé dans le ralliement de la majorité des socialistes français à la 3ème Internationale née de la Révolution Russe (Congrès de TOUR . 1920). Les conséquences du traité de Versailles et la volonté de revanche allemande sont connues. En germe la seconde guerre mondiale. Et dans une Europe ruinée, se préparaient déjà les mouvements qui contribueront beaucoup plus tard à la transformation de la Chine et à la décolonisation.

La tâche d’éclairer le passé est désormais entre les mains des historiens. L’ouverture des archives a permis de mettre en lumière des aspects longtemps niés : les fraternisations, les mutineries, la répression. La publication des « Paroles de poilus » ravive le souvenir de l’horreur. ( Version en BD cette année). Le cinéma jette un nouveau regard sur les histoires particulières (« Un long dimanche de fiançailles » ; « Joyeux Noël » )

 

A Mesnil-Sellières, il a été possible de consigner par écrit les récits des témoins, non pas des combats, mais de la vie quotidienne durant la « Grande guerre ». En voici un résumé tel qu’il fut publié dans le bulletin cantonal en 1983.  

«  Au temps des croix de bois »  

« Reconnaîtrez-vous nos village, nos tranchées, les boyaux que nous avons creusés, les croix que nous avons plantées ? »

 Roland Dorgelès.

 

 

Photo scolaire prise vers 1905 (?), devant l'ancienne école.

Ces enfants connaîtront la guerre: certains y laisseront la vie.

 De haut en bas et de gauche à droite: Marthe Chasseux; Juliette Chasseux; Yvonne Perrier; Octave Chenevotot; x ;x ; Charles Crenez; Hector Berthelin;

Georgette Thiénot; Marguerite Somsois; Henriette Delacour; Florida Poirier; M Firmin, instituteur; Lucien Bazin; x ; x

x; x; Yvonne Briet( Gublin); x ; x; Berthelin Marcel; Irénée Poirier; Berthelin Fernand; André Crenez

assis au premier rang: Odette Thiénot; Rosa Tisserand; Julia Lagesse; Henri Crenez; George Bazin.

Les premiers coups de feu furent tirés, l’un contre un archiduc, quelque part en Bosnie et d’autres à Paris qui tuèrent Jaurès. Il ne fallut pas longtemps pour qu’en parvienne l’écho à Mesnil-Sellières. 

L’année 14

 

 

  Ernest Chasseux, le garde champêtre, et sa femme surnommés "le Baron et la Baronne".

 La nouvelle éclate le samedi 1er août, alors que presque tout le monde est à la moisson qui commence. Les cloches de la chapelle qui annoncent rarement de bonnes nouvelles ont pris le rythme du tocsin. De partout on accourt. 

« Immédiatement et sans délai », c’est ainsi qu’ils doivent partir, les hommes, tous les hommes de 21 à 48 ans. Les plus vieux, les chargés de famille nombreuses seront garde-voie, ou à l’arrière. Les autres au front. Ils formeront le fameux vingtième corps de l’est, celui qui doit recevoir le premier choc. Les chevaux, les carrioles sont réquisitionnés par l’armée, les trains réservés aux militaires. Sur la ligne Troyes Brienne , les convois se succèdent sans interruption. Sur certains wagons, on a écrit « paris-Berlin ». On imagine en effet que la guerre sera courte. Le village paraît tout à coup désert. Au Conseil municipal, il ne reste plus que le Maire, Elisée poirier et deux conseillers : Verluise et Dumanche. Les autres, Thévenin, Bouclier, Gillot, Tisserand, Thiénot, Carrouge, Perricourt, sont mobilisés. L’instituteur aussi, M Rollin est parti.  

 

 La gare de Rouilly-Géraudot: quai d'embarquement militaire.

 Dans les derniers jours du mois d’août, un sourd grondement semble venir du nord du département : c’est le canon ! On savait déjà que l’armée française battait en retraite grâce au « communiqué » affiché chaque jour à la Mairie. On ignorait encore la mort de Maurice Tisserand du 237ème RI, disparu le 25 août à Hoéville (M&M), celle d’Emile Hector Berthelin du 156ème de ligne, retrouvé le même jour près de Courbeseaux, fauchés dès les premiers combats.

 

 

  Les garde-voies de Mesnil-Dosches. Au centre avec les galons, Isaïe tisserand qui sera plus tard maire de Mesnil-Sellières. 

Au début de septembre arrivent de lamentables équipages : femmes, enfants, vieillards, entassés dans de grands chariots à quatre roues qui viennent des Ardennes, de la Meuse, de la Marne et fuient l’avance allemande. Ils se suivent jours et nuits. Certains sont en route depuis une semaine et un groupe d’Ardennais décide de s’arrêter à Mesnil-Sellières. Ils viennent de Raucourt, de Novy-Chevrières, de Floing, de Launois… On les installe comme on peut, dans les granges, les maisons inoccupées.  

Le 5 septembre, les bruits de la bataille se rapprochent. La nuit, on voit la lueur des combats. Les Allemands sont à Mailly. La 4ème armée qui bat en retraite doit arriver bientôt dans la région de Piney et d’Auzon. Foch est à Plancy, et il établit ses arrières gardes sur une ligne qui va de Sommesous à Maizières-la-Grande-Paroisse en passant par Arcis-sur-Aube. Joffre, le général en chef qui, depuis le 1er septembre avait installé son quartier général dans une école de Bar-sur-Aube est parti pour Châtillon-sur-Seine. Certains au village commencent à prendre leurs dispositions de départ.  

Le 6 septembre, entre 5h et 6 h  du matin, sur des ordres reçus la veille au soir, Foch déclenche la contre-attaque. Le 7, les allemands reculent. Peu à peu, la menace s’éloigne, mais l’adversaire n’est pas battu et le front se fixe au nord de Reims et de Verdun.

 

 

  Fernand berthelin, devant ce qui sera longtemps la maison "Perrier", et durant le cantonnement du 154 RI, le mess des officiers.

« L’arrière tient… » 

 

Il va donc falloir s’organiser et le sort des réfugiés qu’on avait cru provisoire préoccupe les autorités. Ils sont quatre-vingt dans le village, pour la plupart démunis de tout. Mme Marguerite Maurice raconte : « Je suis partie de Raucourt à la déclaration de guerre en août 1914 avec ma mère, mon grand-père et ma tante. Mon père étant soldat il venait à Mesnil passer ses permissions et même aidait quelque peu les habitants du mesnil. Ma sœur y est née en novembre 1917. j’ai toujours entendu dire par mes parents que le mesnil avait été pour nous une terre d’accueil et de compréhension… Et en 1940, nous y sommes adoptés de nouveau… » Une autre réfugiée, Mme M… arrive avec ses cinq enfants dont l’aîné a quinze ans et demi. Seul il peut aider la famille à subsister.  

Une circulaire préfectorale fixe les obligations des communes : logement, subsistance et assistance médicale gratuite. Une allocation de 1,25 F par jour sera versée plus 0,50 F par enfant et 1,50 F par cheval apte au travail. En attendant le remboursement par l’Etat, le conseil décide de différer la construction d’une citerne et d’affecter la somme prévue au budget à l’aide aux réfugiés. Les enfants sont inscrits à l’école, ce qui porte l’effectif  à plus de 70 dans une seule classe ! La jeune institutrice a bien du mal à suffire à la tâche et ce sont les plus grands qui font lire les petits. 

 

 

 Perricourt, Delacour, père de Félix Delacour,  Paul Pitié de Bouy-Luxempbourg; x

 Ainsi commence l’année 1915. Terrible année. 29 000 tués par mois !  On guette le facteur et plus encore le garde-champêtre Ernest Chasseux – dit Le Baron- chargé des télégrammes. On se répète les noms des victimes : Yvan Poirier du 156ème RI, mort de ses blessures le 30 septembre 1914 à 16 h ; Octave Bazin du 42ème chasseur, mort à Neuvireuil le 2 octobre 1914 ; Octave Bouclier du 160ème RI, mort à l’hôpital de Clamecy ; Baudouin Lucien du 37ème RI retrouvé le 25 septembre 1914 vers Thuignes (Somme) ; Creney Charles auguste du 79 ème RI à Dunkerque en 1915 ; Husson Louis Auguste du 47ème territorial tué le 15 mai 1915 à 8 h au fort St Michel à Verdun. L’une après l’autre les familles sont touchées, le malheur s’étend et l’on tremble lorsqu’on reçoit parfois une simple carte postale : « Chers parents… demain nous remettons ça…partons immédiatement… »

 

 

 Debout au dernier rang: X ; Henri delacour ; Paul Pitié; Paul Perricourt; X ; X

Assis au premier rang: X ; Bouclier ( de Bouy luxembourg) ; X ; X; X

 La vie quotidiennes devient aussi de plus en plus difficile. Le droit de réquisition du blé a été institué et sera étendu aux autres denrées en avril 1916. les militaires visitent les fermes et fixent les quantités qui devront être livrées. Chevaux, vaches, paille, foin, prennent ainsi la route de Troyes ou de la gare de Rouilly-Géraudot. Le travail de la terre souffre de l’absence des hommes. Le 23 avril 1917, la commune s’adresse au Ministère de l’Agriculture pour obtenir 64 quintaux de semences de pommes de terre afin de remettre en culture des terres abandonnées. L’armée prête ses chevaux mais « c’étaient des chevaux canadiens qui ne voulaient rien savoir. Ils ne pouvaient même pas tirer une charrette… » En janvier 1918, la carte de pain et de sucre fait son apparition et le rationnement s’étend en avril. Il faudra désormais prendre chaque mois le chemin de la mairie pour le renouvellement des tickets.  

154ème d’Infanterie : adresse Mesnil-Sellières.

 

 

  Une escouade du 154 RI à Mesnil-Sellières

 Au mois de janvier 1917, sous la neige d’un hiver rigoureux, arrive, venant de Dosches, musique en tête et petits drapeaux dans les canons des fusils, le 154ème RI qui vient prendre à Mesnil-Sellières ses cantonnements. Quatre compagnies (250 hommes par compagnie) vont être réparties à Dosches et dans le village. Les soldats s’entassent dans les granges et les greniers, par escouades, dont les numéros sont inscrits sur les maisons. Les quarante musiciens de la clique sont dans la ferme près de la mare du haut, où se rassemble la 33ème compagnie. La musique, elle, se trouve dans la maison de l’ancien maire, M Dujeugny. Une autre habitation accueille les cuisines des soldats, et un peu plus loin, le mess des officiers. Le tailleur travaille sur la route de Bouranton. Vers le bas du pays, on trouve le magasin d’habillement et l’infirmerie. L’infirmier Bertot y fera connaître l’aspirine aux Maillotins. Les officiers sont logés dans les chambres. Il y avait le Capitaine Muller, un Alsacien dont le frère combattait dans l’armée allemande et qui répétait : « Si je le rencontre, je le tuerai… ». Il logeait face à l’école, dans la maison qui fut ensuite transformée en Salle des fêtes. Le Capitaine de Nonencourt habitait près de la mare du Bas. Le Capitaine Hevers et le Sergent Major Aubert résidaient dans le Bout d’en Haut, à côté de chez Elisée Poirier. Une telle cohabitation n’allait pas sans problème. Le jour de la Pentecôte, une grange dont les soldats avaient couvert les cloisons de paille pour se garantir du froid, prit feu et fut détruite. Le poste de garde situé face au logement de pompe (qui servait de prison) , connut le même sort un soir d’hiver. Après la guerre, la commune demanda même des réparations pour les dégâts commis par la troupe dans la Mairie et le cabinet des archives. Pourtant, à l’angoisse des familles séparées, s’ajoutait la tristesse des départs, lorsque les hommes du 15-4 comme on disait, après leur période d’exercice ou de repos partaient pour le front. C’étaient surtout de jeunes recrues. On les connaissait. Certains venaient partager aux tables familiales les colis qu’ils recevaient parfois et des liens s’étaient créés, en particulier avec des jeunes filles. Aussi, lorsque se formait la colonne qui partait à pied vers la gare de Rouilly-Géraudot, étaient-ils accompagnés par les enfants du pays. « C’était triste…ma mère pleurait… » racontaient les anciens. Il faut dire qu’elle en a vu passer cette ligne de chemin de fer, des convois de 14 qui se suivaient à vue, aux trains de blessés qui redescendaient sur Troyes. Hommes, chevaux, puis un beau jour, les Américains, avec leurs grands chapeaux : « Les voilà les US ! » criaient les gosses.

 

 

  Au fond de la cour, la grange où se donnaient les spectacles.

 Avant le départ, les jeunes avaient été mis dans l’ambiance : exercices de tir dans la Garenne près de Dosches où le soldat Lamorlette fut tué un jour. Lancer de grenades dans la carrière Saint Laurent. Tranchées, abris et sapes entre le Mesnil et Assencières où vingt hectares avaient été réquisitionnés pour les « pionniers » du 79ème de Génie basé à la Belle Epine et à Bouy-Luxembourg. Le terrain, paraît-il , ressemblait à ce qui les attendait, là-haut, un peu plus au nord.  

Pour se distraire, les hommes disposaient d’une baraque Adrian installée près de l’ancien presbytère. Régulièrement, des représentations  étaient données dans une grange, dans le Bout d’en haut. On y faisait un peu de cinéma, du théâtre, des acrobaties. Les anciens se souvenaient du Sergent Loyer qui entonnait des   chansons de comique troupier et faisait des exercices de gymnastique. Il chuta un jour et se cassa le bras ! Les spectateurs, soldats et habitants du village se pressaient sur des bancs ou restaient debout tandis que les acteurs jouaient sur le plancher de la batterie ( batterie à grain ! pas l’instrument de musique.) La grange était décorée de drapeaux et de guirlandes tricolores.

 Cependant, les rares soirs de distraction ne faisaient pas oublier la guerre et ses victimes toujours plus nombreuses. Henri Delacour du 356ème RI avait été tué par une grenade le 27 février 1916 à 9 h du matin au Bois-le-Prêtre, Nicolas Charrier du 360ème RI disparaît le 13 septembre 1916 à Cléry (Somme), Maurice Creney du 1er bataillon de Chasseurs est tué en position de batterie le 4 juillet 1918 à 13 h 15 à l’est de Soucy (Aisne). Léonide Gublin du 64ème  Chasseur alpin, compagnie des mitrailleuses, blessé par balle, gazé, meurt à Tilloy-les-Couty le 22 juin 1918. D’autres encore. Lebeut qui travaillait chez Elisée Poirier, Georges Poulet, Gabriel Misel, Roger M alv ernat, André Méniselle…Quand sonne le clairon de l’armistice, c’est à 18 tués que s’établit le tribut payé à la guerre par le village.

 

 

  14 juillet 1919: les élèves du cours du soir.

Roger Gillot; René Gouget; Paul Simard; Robert Bouclier; Roger Bouvin

Marius Tisserand; Raymond Gouget; X

 Néanmoins, lorsque la nouvelle fut connue, ce fut la fête et les soldats pavoisèrent les maisons de tout ce qu’ils purent trouver : drapeaux, fleurs, branchages. Avant de quitter le pays, ils animèrent une kermesse comme on n’en a plus jamais revu, le 14 juillet 1919. Feu d’artifice, course en sacs et danses à n’en plus finir. Certains promirent de revenir, tinrent parole et se marièrent avec des filles du pays.  Pour beaucoup, la joie de voir le c alv aire se terminer se mêlait aux larmes. Les corps des victimes furent ramenés au cimetière communal où la municipalité accorda aux familles une concession perpétuelle afin que « le souvenir de leur sacrifice ne d’efface jamais ». Dans le même but, un monument fut commandé à un entrepreneur du nord et payé par souscription. …. « Toi aujourd’hui, moi demain. Toutefois, si j’en reviens, camarade, je lutterai contre cette chose qui nous a tous deux abattus…Il faut que cela ne se renouvelle jamais plus… » E.M Remarque (« Im Westen nichts neues »)

 

 

  14 juillet 1919: la musique du 154 RI dans la cour de l'école.

G. Le Berre. Novembre1982

 

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Lundi 30 octobre 2006

Moulin de Dosches : l’aventure continue.

 

 Voir les autres articles et les photos ici et , et puis encore  et

  A la fin du mois de septembre dernier, grande agitation dans les terriers ! Des engins monstrueux arrivaient à Dosches. Objectif : mettre en place les éléments du moulin à vent patiemment construit dans l’atelier du « faubourg ».

 

 

 

 

 

 

 

 Plusieurs articles ont rendu hommage aux concepteurs, aux compagnons et aux jeunes qui ont travaillé là. Le bulletin cantonal 2002 donnait des indications sur l’esprit du projet : « Valoriser le patrimoine artisanal départemental par la construction d’un moulin à vent du 18ème  siècle et de la maison du meunier… la construction de cet ouvrage se fera sur la commune de Dosches…elle sera un atout touristique, dans un environnement qui  reçoit actuellement des visiteurs amoureux de la nature et des loisirs d’eau…Sur le site, dans la maison du meunier , sera fabriqué à l’ancienne, le pain et les viennoiseries qui seront vendus sur place… ». Le bulletin INFO 2003 apportait les précisions suivantes : « Transmettre le savoir faire, acquérir des compétences nouvelles, permettre l’insertion sociale…Cet ouvrage sera utilisé pour répondre au besoin de formation de personnel qualifié…Ce projet a une vocation pédagogique…Nous voulons éveiller des vocations à travers la valorisation du patrimoine dans un environnement naturel grandeur nature…. ».

 

 

 

 

 

 

 

  En 2005, «  Formation Plus » précisait : «  Depuis le 24 septembre 2004, 16 personnes ont intégré une première action au 40 rue des Bûchettes, pour une durée de 6 mois… L’équipe pédagogique de Formation Plus, organisme troyen de formation …est constituée d’un formateur technique et d’une formatrice généraliste, appuyée par une coordinatrice de projet. L’Association des Moulins à Vent met à disposition un chef de chantier…. ».

 

 

 

 

 

 

 

  L’association – Les Moulins à Vent Champenois- Ruelle du pré Naudet.10270 Lusigny sur Barse » - précise dans son dépliant : « La reconstruction du moulin de Dosches a réussi à allier la valorisation du bâti ancien à une formation d’apprentissage et d’orientation pour de jeunes adultes en difficulté dans leur parcours professionnels. Grâce à un partenariat avec la CAPEB et  l’organisme de formation « Formation Plus », l’Association des Moulins à Vent Champenois a pu offrir à près d’une centaine de jeunes, une formation aux métiers manuels, mais surtout la possibilité de réintégrer le monde professionnel… ».

 

 

 

 

 

 

 

  Grue, tracteur et plateforme étaient en place, devant une foule de curieux, membres de l’association «  Le moulin de Dosches », voisins et enfants de l’école toute proche. Sans oublier naturellement l’indispensable participation des concepteurs du projet.

 

 

 

 

 

 

 

  Les moulins de Dosches ne se trouvaient pas à cet emplacement : le principal  se dressait après le lieu dit « Grand Cernay » en direction de Laubressel (à gauche dans le virage). Il dominait Champigny. Un autre moulin était à Rosson. ( INFO 1999. Article Dosches). De même, la disposition initiale envisagée a été légèrement modifiée sans être dénaturée.  

 

  Il faut savoir qu’il n’existait plus de traces de plans ou d’indications sur les techniques de fabrication des moulins champenois. S’il paraît acquis que la forme « sur pivot » était largement dominante, l’originalité régionale restait à reconstituer. C’est en s’appuyant sur son expérience, sur des sources iconographiques peu nombreuses, qu’Erwin Schriever et ses compagnons ont pu mener à bien ce chantier. « L’Association Régionale des Amis des Moulins Nord Pas de Calais » donnait pour sa part quelques précisions sur les particularités d’une telle entreprise :

 "Le moulin de Valmy a été refait à partir des éléments de celui d’Attiches… Avant l’époque contemporaine, il n’existait aucune grande école d’enseignement spécialisé et l’apprentissage se faisait d’homme à homme, par tradition orale. Depuis longtemps, le charpentier de moulin constituait la forme la plus achevée du technicien. Habile à travailler le bois, et accessoirement le métal, il assurait la réalisation de tous les travaux de quelque envergure que ce soit, et l’entretien des machines et des ouvrages d’art. Point de croquis à l’échelle, de calcul compliqué pour déterminer le diamètre du rouet, l’inclinaison à donner aux ailes ; tout cela se fait par une véritable intuition, résultat d’observation et de remarques des aïeux, charpentiers eux aussi. Une autre qualité indispensable à ces hommes , c’était la vigueur physique : toutes les pièces du moulin , d’un poids énorme, exigeaient pour être maniées, une force musculaire considérable. Ils étaient évidemment aidés de chèvres, de palans et de treuils ; mais même munis de ces outils, il leur fallait déployer de gros efforts. L’expérience accumulée se transmettait de génération en génération, bien souvent de père en fils. On a connu en Flandre, de véritables dynasties de charpentiers de moulins…qui ont laissé de nombreuses traces encore visibles avec les inscriptions sur les pièces maîtresses des moulins… Avec Lucien Lanoot, décédé en 1947, Lucien Rousseau la même année, Eugène Roos en 1952, et Géry Demeerseman en 1972, s’éteignit la race des charpentiers de moulins traditionnels de Flandre française… »  ( « Découvrez nos moulins ». 1978 .Jean Bruggeman)

 

  

  C’est dire l’importance et l’enjeu de la construction réalisée ici.

 Depuis plusieurs semaines, les maçons s’affairaient sur le site définitif afin de préparer la plateforme et les plots de maçonnerie destinés à recevoir les huit piliers supportant le pivot. Ce sera le premier élément soigneusement calé. Opération délicate, la grue devra ensuite amener la cage contenant le rouet et l’arbre de transmission dans l’axe exact du pivot. La toiture viendra couronner le tout.

 

 

 

 

 

 

 L’avenir  est également précisé dans la brochure de l’Association :

 "Dès la fin de l’été 2006, le moulin reconstruit sera implanté… sur les hauteurs du village de Dosches. Par la suite, une maison de meunier et une grange du 15ème siècle compléteront le site. Vous pourrez découvrir la vie traditionnelle champenoise, les activités autour du moulin à travers des expositions et déguster des produits régionaux… »

 

   Un étape spectaculaire vient d’être franchie. La tour, actuellement immobile, domine la côte de Dosches. La façade « au vent » est couverte d’essentes. La « queue » solidement arrimée grâce à l’échelle d’accès n’attend plus que les bras vigoureux capables de virer  cette masse impressionnante. Fin novembre, les ailes devraient compléter l’édifice. Restera à terminer le mécanisme, à hisser les meules ( comment vont-ils faire ?) . Qui sera le meunier , et qui le « bailâne » (traduction dans Lou Champaignat n°22). Notre moulin saura-t-il évoquer les chimères , être «  de ces brasseurs de vent trapus qui, avec le déclin du jour, se travestissent en épouvantables géants ? »

  ...et pour ceux qui souhaitent soutenir l'association, voici les coordonnées.

 

 

 

 

 

 

 Remerciements à toutes les personnes qui ont bien voulu prêter leurs photos. 

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Mercredi 16 août 2006

Vendeuvre, avec les Amis du Parc.

 

 

 

   Découverte déjà ancienne, dont nous donnons le compte rendu avec un peu de retard. Le 17 juin, Mme Bellenoue avait donné rendez-vous aux personnes intéressées à l’église de Vendeuvre. La visite de l’édifice ayant déjà été proposée une année précédente, il ne s’agissait que de se réunir là, au frais par cette chaude journée printanière, avant de partir à la découverte du bourg. Une vingtaine de personnes étaient présentes.

 

 

 

   Nous nous servirons largement de documents photocopiés distribués aux participants.  

L’origine du nom « Vendeuvre » est controversée : « blanche colline » (Vindobriga) ; « œuvre des Vandales » ( Vandopera puis Vandovera) ; «  vieux clos de la Fontaine de Vénus » ( Ven / doue/vre) ; dérivation d’un nom Gaulois ( Vindos), d’un adjectif de même origine ( Vindo) ou un nom de divinité (Windos)… La dénomination actuelle " Vendeuvre sur Barse" a été fixée par décret du 17 octobre 1848.  

L’église de Vendeuvre.

 

 

 

  L’ancienne église, dédiée à la Trinité fut détruite pendant les guerres du 15ème siècle. L’actuelle église Saint Pierre fut construite entre 1510 et 1530. Charles II d’Amboise, Seigneur de Vendeuvre avait donné le terrain nommé « Pré des bons enfants ». Le curé  était alors M de Montlucin.

 

 

 

  Le  portail nord est une œuvre de transition où l’on retrouve les lignes de la renaissance alliées aux décorations antérieures. A l’extérieur à droite, se trouve une belle piéta du 16 ème siècle, abritée par un petit édifice couvert d’essentes. Le petit guide de PNRFO « Quelles merveilles autour des lacs ! » signale 15 tableaux du 17ème siècle dont on trouve un historique détaillé :

 

 

 

    Les tableaux de Vendeuvre 

«  …Quinze modestes tableaux, peints sur bois et qui sont disposés tout autour de la nef, comme plus tard on pendra les stations du chemin de croix… au bas de la nativité on peut lire : "Joachim pinxit anno 1627". [L’artiste se nommait ] Joachim Duviert, officier du roi, peintre de Mgr de Luxembourg et domestique, demeurant à Vendeuvre", mort à Châtillon-sur-Seine septuagénaire en 1648. …Dans les année 1609-1614, Duviert accompagna son maître à travers la France et en a ramené des dessins très réussis de villes (il en demeure aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France 125) qui font sa renommée. 

 Dix ans après la mort de son maître et deux ans avant de se marier à Troyes avec la veuve d'un marchand teinturier, Joachim a offert[ces tableaux] pour décorer l'église de son lieu de résidence … 

[Ils représentent] les quinze mystères évoqués par le chrétien récitant son chapelet : pour chaque mystère un Pater et dix Ave Maria. Les mystères joyeux sont : l'Annonciation, la Visitation , la Nativité , la Présentation et le Recouvrement de Jésus au Temple; les douloureux : l'Agonie au jardin des Oliviers, la Flagellation , le Couronnement d'épines, le Portement de Croix, la Crucifixion ; les glorieux : la Résurrection , l'ascension dans le ciel, la descente du Saint-Esprit sur la Vierge et les Apôtres, l'Assomption de la Vierge suivie de son Couronnement dans le ciel. Pour chacun de ces mystères, Duviert a réalisé un tableau de belle facture... » 

 Le retable situé derrière l’autel est l’œuvre de Girardon, sculpteur troyen.  Il est de style baroque. Le tableau qui en occupe le centre, signé Velut,  représente le jugement de Saint Pierre. La chaire provient de l’abbaye de Clairvaux.

 

 

 

   . Les vitraux originaux du 16ème siècle ont disparu pendant la guerre et son remplacés par des verrières de Max Ingrand .

 

 

 

   Un dessin de Max Ingrand 

  Ingrand Maurice Ernest pour l’état-civil (1908-1969). Ce maître verrier de réputation internationale a réalisé de nombreuses restaurations et créations de vitraux  après les destructions survenues durant la seconde guerre mondiale. Eclaireur et scout de France dans son enfance, prisonnier à l’OFLAG IV D durant la seconde guerre mondiale (voir ses « Peintures de captivité »), il fut l’élève de Jacques Grüber (1870-1936), fondateur de l’école de Nancy.  Max Ingrand restaura la cathédrale du Mans. Il réalisa de nouvelles verrières aux cathédrales de Tours, Laval, Beauvais, Saint-Malo, au couvent des Jacobins de Toulouse, aux églises de Saint-Pierre de Montmartre, d'Yvetot et autres. On peut retrouver ses œuvres un peu partout en France, en particulier dans l’ouest (Normandie, Bretagne), mais aussi à Bucarest, Bombay ou Tokyo. Dans le domaine profane, il participa à la décoration du paquebot Normandie. Nous lui devons les fontaines lumineuses du rond point des Champs Elysées. Plus modestement, La verrière représentant la « Vision de l’Empereur Auguste » à Saint Parres-aux-Tertres, fut restaurée dans ses ateliers ( motifs décoratifs du soubassement) .

 

 

 

  

 L’église de Vendeuvre fut en effet gravement endommagée en 1940. La ville dut subir les intenses bombardements du vendredi 14 juin. Comme il est fréquent dans les témoignages d’époque, les bombardements sont attribués aux Italiens (http://www.vendeuvre-sur-barse.fr/html/eglisevsit.htm) Nous ne discuterons pas ici cette affirmation contestée par les historiens.

 

 

 

  

   Vendeuvre est traversé par les colonnes de réfugiés et des éléments de l’armée française repoussée par les Allemands et tentant de franchir le fleuve au pont de  Bar sur Seine. La 14ème DI commandée par de Lattre de Tassigny y parviendra alors que le 15 juin, vers 17h Leclerc sera blessé à Magnant .

  Lors d’un engagement entre des chars et l’infanterie , un obus atteignit une citerne d’essence rangée sous les platanes à proximité de l’église. Le feu se communiqua à la toiture de l’édifice. Durant l’hiver 1940-41, très pluvieux, la voûte du maître hôtel s’effondra en premier, suivie de l’ensemble de la couverture à l’exception de celle du transept.

 La restauration fut longue puisque l’église ne fut rendue au culte qu’en 1963. 

 

 

 Consulter aussi :  

 

http://www.crdp-reims.fr/crl/consult/fic_edit.asp?fETABL=3459&ProId=1&cssId=1  

Visite du bourg.  

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vendeuvre-sur-Barse 

 

Le château

 

 

 

   Mme Bellenoue étant « Vendeuvroise » de souche, mit l’accent sur les particularités remarquables de son pays natal : le château, la sainterie et les production industrielles anciennes. Au sortir de l’église, le groupe se dirige vers le Parc du château, ombragé d’arbres vénérables. Devant la façade de l’édifice, les bénévoles préparent les représentations du spectacle son et lumière dont le thème cette année était « feu et flamme », hommage aux activités locales traditionnelles. Le thème nous donne l’occasion de nous inquiéter de l’avenir de cet édifice, propriété du Conseil général  pour les 4/5 et de la commune (1/5),  dont l’état ne cesse de se dégrader. Au temps jadis, le conseil municipal avait étudié l’éventualité de créer un musée des techniques et des arts du feu, mettant en valeur l’argile et le fer qui donnèrent naissance aux industries locales. L’Association des amis du Parc, soulignait dans un « Point de vue sur la Charte  » que ce projet en était resté au stade des idées…. Il serait dommage que la grande façade austère qui donne sur la terrasse ne soit plus qu’une sorte de décor « à la Potemkine  », animée uniquement lors des représentations estivales par les feux des projecteurs. Seule une petite tourelle d’angle donne un semblant de vie à cette architecture abrupte. On raconte que Mélusine y fait dans les ténèbres entendre des cris lugubres. La « fée «  bâtisseuse » et migratrice,  ne peut qu’être peinée en effet.

 

 

 

 La partie actuelle n’est en fait que l’ancienne caserne du château fort aménagée par Henri de Luxembourg au 17ème siècle.

Auparavant, les troupes royales avaient démoli donjon et tours sur ordre de Richelieu  . Louis XIII y séjourna fin septembre 1631. Les Mesgrigny, acquéreurs en 1638 poursuivirent les aménagements, notamment le grand escalier intérieur (sculpté par le Troyen Simart). Le dernier propriétaire, René Bourlon de Sarty légua le château à la commune et au département en 1980 . On trouvera un historique plus complet dans le n°4 de l’Escarboucle (printemps 1990)  Voir aussi le site  

http://www.vendeuvre-sur-barse.fr/   

 

 

 La notice distribuée aux participants nous apprend que : « ..Les abords de la source de la Barse furent habités à l’époque gauloise. « barse » en langue celtique se traduit par « barsan » (rivière qui surprend) ». Le site, aux sources de la Barse , à proximité de la Bourgogne et sur la route Troyes- Bar sur Aube avait une importance stratégique. L’existence du château fort est attestée en 1107. La construction de l’édifice actuel remonte au 12ème siècle. La forteresse fut restaurée au  14ème siècle par Miles X de Noyers. Elle fut vendue par les Seigneurs de Mello à Charles d’Amboise, Comte de Brienne peu avant 1480. La famille de Luxembourg en fit l’acquisition une centaine d’années plus tard. François de Luxembourg, Duc de Piney le fait reconstruire au 16ème siècle en conservant la tour du 12ème.  Une gravure de 1614 nous en montre l’importance. «  les fouilles effectuées dans la chapelle ont permis de découvrir la grille du pont-levis sous le niveau de la terrasse qui surplombe la source de la Barse. On retrouve la trace du premier fossé rue  des Fossés Tanrot  et celle du second rue du Chapon.

 

 

 

   L’industrie.  

 

 

 Côté rue, le château montre une assez belle façade avec fronton et colonnade. Près de la grille d’entrée, un tracteur orange rappelle  la célèbre fabrique de matériel agricole. Pour voir et entendre , visitez le site de « l’amicale » : http://www.amicalevendeuvre.com/

 ON peut aussi admirer une superbe machine à vapeur «  Vendeuvre »  à « l’atelier du charron » de Brienne-la-Vieille. (Visite à ne pas manquer !) 

 

 

   

 

  

Les notices touristiques citent Nicolas Bourbon ( 1503-1550) et son poème en latin « De Ferraria Nugae »  

«  Sur le territoire de Vendeuvre est un endroit où se trouve ce que nous nommons une forge : elle est placée sur les rives de la rivière Barse, au milieu des prairies et près d’une tour élevée autrefois par des guerriers vandales, comme nous l’apprennent l’histoire et les vieux monuments ; c’est  ce qui fait donner le nom de Vendeuvre à cette terre.. »

 Les lieux dits « grandes forges », « petites forges », « côte du four à chaux », « ferme des forges », « les minières » témoignent de l’implantation ancienne de cette activité. Au milieu du 15ème siècle, on y fabriquait des boulets de canon en fonte, coulés dans des moules d’argile, les « veuglaires ». Ces « boules de fer » sont vendues notamment à l’arsenal de Troyes. La production se serait arrêtée en 1540. Trois siècles plus tard, en 1837, un haut fourneau est construit qui exploite le minerai de fer des « minières ». Plusieurs fonderies seront créées. 

 

 

  Faïencerie, bonneterie (le « bas Lisette ») , faisaient de Vendeuvre une cité industrieuse.  

La « Sainterie ».  

 

 

 Autre matière première abondamment exploitée dans la région : l’argile. Outre la faïencerie du baron PAVEE  qui produisait des objets rustiques campagnards vendus jusqu’à Paris (39 rue Neuve des Mathurins), la faïencerie Schmid fabriquait des pièces décoratives. D’autres entreprises étaient spécialisées dans les briques réfractaires (Bocquillon),   la poterie, les tuiles ou les briques. Mais naturellement, c’est la Sainterie de Vendeuvre qui fit le plus pour la renommée de la ville. Léon Moynet, jeune Parisien, découvrit la terre auboise grâce au sculpteur troyen Valtat. Il a l’idée d’appliquer à la fabrication de statues religieuses le procédé du moulage. Les étapes de la fabrication, et tous les détails sur cette aventure sont à la disposition de chacun dans une belle réédition  des ouvrages de l’ abbé Durand, sous le titre « Le Paradis d’un homme créatif » Editions « Artho. L’argilière du Thoais »*. Imprimerie Némont. Bar sur Aube. 2006. 27 € .L’ouvrage « Témoins d’hier et d’aujourd’hui au Pays de Vendeuvre » donne également des indications intéressantes .p 289 et ss. Edition Club 65 . 2001. 29 €  (Ouvrages en vente notamment à la Maison de la Presse de Vendeuvre.) On pourra lire aussi l’article de Jean-René Prod’homme dans «  La Vie en Champagne » n°273 de janvier 1978.

  

 

 

   L’église de Vendeuvre, et nombre de nos petites églises locales possèdent encore des exemplaires de ces statues de terre cuite,  paraît-il aussi dures que la pierre. Il s’en vendit dans le monde entier . A Paris leur lieu de diffusion leur valut le qualificatif de « Saint Sulpiciennes » ce qui n’est pas à proprement parler un compliment artistique. Un collègue érudit participant à la visite attire mon attention sur leurs caractéristiques : socle octogonal, et visages stéréotypés. Cela tient au mode de fabrication. La technique des séries fait « …qu’une tête de saint Vincent adaptée sur le corps de Saint Marcel peut très bien donner Saint Léon… ». Anatole Dosseur, poète et ami de Léon Moynet ajoute à l’anecdote :

 « Pendant les premiers jours de son entreprise, la grande préoccupation de M Moynet…était de perfectionner ses moules et de trouver des modèles… Homme d’hospitalité très ouverte, il utilisa plus d’une fois le galbe de ses convives, et six mois après avoir mangé une truite au bleu en déjeunant à la Sainterie , on était tout étonné de retrouver sa propre tête en Ecce Homo couronné d’épines, sur le plat de la danseuse Hérodiade, ou dans le nimbe d’un de ces apôtres devant lesquels les dames agenouillent leurs toilettes à la messe de onze heures… »  

 

 

  Personnalité complexe, Léon Moynet aurait soutenu discrètement les candidats anticléricaux aux élections ! On peut ainsi lire sous la plume d’Anatole Dosseur ces vers curieux :  

« …Tes anges cuits au four ont des ailes de terre,  

Mais ton pinceau magique en moire le duvet…  

…on peut pendant mille ans, 

Dire : amen ! à la sainte, aux parfums de l’encens,  

Et baiser ses pieds nus à la clarté d’un cierge. » 

 

( Rapporté  par JR Prod’homme dans «  La Vie en Champagne. Op cité)

Le succès commercial de l’entreprise tient sans doute à plusieurs facteurs :  

 

 

  -         une forte demande de la part de l’église concordataire, après les tourments révolutionnaires et un élan de « reconquête » des esprits. L’ornementation religieuse (vitraux, statues, architecture) avait souffert. La foi également. Sans approcher la splendeur de la contre réforme catholique, le 19ème siècle fut animé d’un esprit missionnaire.  

-         L’application de procédés inspirés de la « révolution industrielle », et le bénéfice d’un transport facilité. La ligne de chemin de fer Paris Belfort, comporte un arrêt à Vendeuvre ( 1857). Léon Moynet, entrepreneur avisé sut imaginer et faire connaître ses productions originales. Catalogue dont l’entête figurait la tiare pontificale, slogan «  avocat de saint Pierre », faisaient de lui un précurseur de la grande distribution et de ses méthodes publicitaires!  

-         La religion s’exporte. L’Europe est engagée dans la conquête coloniale et missionnaire. Les statues de la Sainterie , moins coûteuses, vendues sur catalogue, vont faire le tour de la planète. «  …A la veille de la guerre de 1914, la Sainterie produisait près de 2000 modèles originaux …et 5000 sujets différents…. La production moyenne était de 1000 statues  et hauts reliefs par mois. On estime que 500 000 moulages quittèrent la Sainterie avant 1914, dont 40% à destination de l’étranger…. »  (Escarboucle N°3. Hiver 90. Retour au Paradis, article  de JL de la Volière )  

On ne sait s’il faut mettre à l’actif de la Sainterie , la valeur « artistique » des œuvres ainsi produites. Est-il possible de les mettre en regard des productions exceptionnelles de la sculpture troyenne des siècles passés. Quoi de commun entre le « Maître de Chaource »  et  « le potier de Vendeuvre » ? Le seul fait de poser la question semblera ridicule à nombre de lecteurs et l’on ne connaît pas d’exemple de statues de la Sainterie ayant bénéficié d’un « classement »  officiel. ( Il eut fallu classer le moule !) Faut-il contester la matière, les formes, les couleurs ? Mais certains visages expriment une jolie naïveté et les statues antiques aussi étaient peintes. Le procédé , la banalisation par la série ? Que dire alors d’Andy Warhol ?

 Il n’est pas certain, que les «  saintiers » , artisans de la terre et du feu  se soient eux-mêmes considérés comme des artistes. Quoiqu’un homme comme Suchetet , né à Vendeuvre y ait fait son apprentissage avant de devenir le sculpteur que l’on sait. (http://www.mesnil-sellieres.com/article-2072383-6.html) On peut au moins considérer que les modelages de Léon Moynet et de ses apprentis ou successeurs rencontrèrent la faveur du clergé et la ferveur populaire. De ces artisans prolifiques, JR Prod’homme écrivait : «  Ils cherchèrent à embellir, par leur pieux cortège, nos églises rurales françaises…Il faut bien admettre que les statues polychromées des artisans de Vendeuvre, répondaient bien aux exigences esthétiques … » des lieux et de l’époque. 

 

 

  Aujourd’hui, les bâtiments sont détruits et les saints qui restent, les moules, occupent l’ancienne bergerie du château. La documentation  est à la direction des archives de l’Aube. Aucun des vastes projets concernant ce patrimoine «  d’archéologie industrielle et d’ethnologie » n’a vu le jour.  

Le n°24 (p 3) de l’Escarboucle fait état d’expositions partielles de statues ou de documents. Dans le « Courrier n°7 » du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient (Hiver 82-83), Jacques Loiseau retraçait l’histoire de Jürg Kreienbühl, peintre bâlois qui consacra de nombreuses toiles et croquis à la Sainterie , suite à une rencontre fortuite. Un volume de la collection consacrée aux peintres ,suisses par la galerie d’art « Zem specht » de Bâle est à la bibliothèque de la Maison du Parc .  

On pourra lire un historique complet de

On pourra lire un historique complet de la Sainterie sur le site http://www.vendeuvre-sur-barse.fr/html/sainterie.htm   ainsi  qu’une liste des églises auboises où des statues sont visibles.

Mise à jour: Le n°48 (octobre décembre 2006) de La vie en Champagne consacre son dossier à la Sainterie de vendeuvre.Il s'appuie sur la conférence du Club XIXe donnée en 2005. Au sommaire: Lesa rts du feu dans l'Aube au 19ème siècle ( Jean Louis Humbert); Léon Moynet et la création de l'entreprise ( Christel Werny); Techniques et production de la Sainterie ( Emilie Leduc) ; Georges Bourgin, peintre décorateur à la Sainterie ( Marie France Solignac); Les Nicot ( de 1890 à la fermeture de l'entreprise en 1961) par Dominique Renaud.

 Autres curiosités.

 Industries mécaniques, « Sainterie », autant de titres de gloire hélas évanouis. On l’a souvent dit. Les « Saints du Paradis » sont au purgatoire. Espérons que personne n’aura idée de les envoyer au diable ! (**)

 

 

 

  Le "Sans souci", statue du sculpteur Suchetet exposée à l'Hôtel de Ville de Vendeuvre.

 

 

Mme Bellenoue conduit les visiteurs vers une maison dont l’angle abrite une niche contenant une statue de calcaire polychrome classée , un « Christ aux liens »,  protégé par une grille et dont la propriété donna lieu a de multiples conflits . Enfin, on signale la source du ruisseau du Potelet, trou sans fond aux propriétés « miraculeuses »  voir 

www.pnr-foret-orient.fr/fr/pdf/oti/communes/vendeuvre_sur_barse.pdf

 * « Thoais » ou « Tau » ou « Toé » . Ses terriers fournissaient une argile tantôt rouge, brune ou blanche dont le mélange donnait la matière première de la statuaire.

  **Crainte que justifierait l'article ci-dessous lu dans l'Est Eclair (4 octobre 2005):" La Sainterie sous le boisseau. Après avoir abordé le 19ème siècle à travers le filtre des loisirs, des enfants , des femmes et des transports, le Club XIX aborde demain, à travers quatre conférences et une exposition, la Sainterie de Vendeuvre sur Barse, qui compte parmi les premières manufactures françaises d'art chrétien. pas de chance: le Club XIX a très logiquement associé à l'organisation l'association l'Argilière du Thoais, récemment créée à Vendeuvre pour la promotion de l'art et des techniques industrielles de l'ancienne manufacture. Mais l'association agace profondément le Conseil général, propriétaire du fonds de la Sainterie, qui a interdit toute communication superflue sur le cycle de conférences. L'annonce devrait logiquement se limiter à un petit communiqué..."

 

 

 

 

 

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Samedi 24 juin 2006

Un avenir pour la Bourse du travail ?

 

 

 

 

 

 

 Le grand escalier menant à la Salle J Jaurès.

 

  Nous avons lu dans la presse un certain nombre d’informations concernant la Bourse du Travail. La question de l’avenir de ce bâtiment est posée depuis longtemps. Elle n’est pas mince, puisque, après s’être attaqué à la Place de la Libération (parking et projet de construction d’un bâtiment pour le Conseil général), les responsables locaux envisagent de remodeler l’autre extrémité de la rue Emile Zola. Cet axe n’a pas de chance. Il fut doté au 19ème siècle de deux constructions « jumelles » qui ne firent pas l’unanimité. La grande Halle « aux grains » ou « aux blés », édifiée à partir de 1837 ( architecte Pierre Gauthier) située face à l’actuelle Préfecture fut détruite en 1896. La Halle aux tissus, ou Halle à la bonneterie construite en 1835 (architecte Portret) ne fut guère appréciée à l’origine. «  Une grande vilaine halle au blé, toute blanche, dans le chétif goût officiel d’à présent » dira Victor  Hugo.

 

 

 

 

 

 

 Annonce d'une exposition (col. personnelle)

 

   C’est « …un quadrilatère de pierre d’Etrochey de style classique, dont la façade principale est animée par les voûtes en plein cintre des baies et de l’entrée. Celle-ci était surmontée d’une marquise de fer supprimée en 1889. La toiture en zinc comprend deux parties dont une formant lanterneau sur la partie centrale du bâtiment, avec sept baies à la base, permettant d’éclairer le premier étage. La charpente était en bois à l’origine… »

Dans : http://www.crdp-reims.fr/cddp10/ressources/mediatheque/dossiers/pia/default.htm

 

 

La Bourse et le monument des Bienfaiteurs (collection personnelle)

 «  Ce n’est pas un monument, mais son utilité et la vulgarité de ses destinations l’en dispensent… » écrivait A. Aufauvre en 1860. «  …froide l’hiver, tiède l’été… » ajoutera beaucoup plus tard René Jourdheuille. ( Cités par J Lefèvre dans «  la Dépêche de l’Aube » n°861 )

 

 

 

 

 

 

 Congrès de la CGT: avril 1971

 

  «  Une tache…une verrue… » affirme même un internaute 

 On aura compris que la bataille n’est pas de même nature que le « siège d’Adnot » ! Le parcours Bourse du travail – Préfecture aura été si souvent , et si longtemps arpenté par des milliers de semelles qu’il y règne, même par temps calme, une atmosphère particulière. (récemment voir -> ici )Aussi peut-on envisager la question de plusieurs points de vue.

 -        Les environs de la Place Jean Jaurès ont leur histoire. Elle mérite d’être connue. 

-        Le bâtiment lui-même a évolué. Son nom et sa destination aussi.  

 

-        Depuis 1905, il abrite une part déterminante des activités syndicales. Sa dimension historique et symbolique est donc importante. 

-        Le projet de la municipalité ne peut être isolé de ces considérations.  

Nous n’avons pas la prétention de traiter l’ensemble de ces sujets. De nombreuses études érudites existent. « Petit potins 10 » se bornera à apporter quelques éléments d’information au lecteur pressé et les liens ou références utiles pour aller plus loin.

 

 

 

 

 

 

 La Place J Jaurès. (collection personnelle)

 

  Pour changer, commençons par la fin…

 

 

 Manifestation contre le CPE 

 et d'autres images > ici

  -         Suite à la réunion du Conseil municipal de Troyes, le journal local ( 3 février 2006) titre « Le nouveau visage de la Bourse  ». L’architecte Bernard Reichen, Jean François Favre (Alterea), associés à François Peiffer et Michel Serval, présentent leur projet. La façade actuelle conserverait , dans ses grandes lignes, son aspect actuel. L’appellation Bourse du Travail serait remplacée par « Passage Saint Nicolas ». Une extension ouvrirait un accès direct sur le Boulevard Victor Hugo. L’ensemble serait voué au commerce. Des images de synthèse  présentent une sympathique ambiance estivale : parasols et nombreux promeneurs décontractés…. 

-         Moins festive est la sommation transmise aux actuels occupants d’avoir à vider les lieux au plus tard en juin (article du 23 mars). Il s’agit de la CGT , de l’UNRPA  (Union nationale des retraités et personnes âgées) de la CNL (Confédération nationale du logement) de la FNATH (Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés). Une « Maison des syndicats » est promise, mais ne sera pas prête avant fin 2008. Il s’agirait d’un aménagement d’une partie de l’ancienne caserne Beurnonville. En attendant, des locaux provisoires sont proposés par la municipalité. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne satisfont pas les intéressés. 

-         Elue municipale, Anna Zajac est intervenue régulièrement pour rappeler la mémoire ouvrière dont le lieu est porteur et insister sur le maintien de son caractère propre. Régine Rodrigues, au nom de la CGT évoque les « heures de gloire du stade troyen et les combats de boxe, les réveillons et les bals populaires…On veut que cette mémoire ouvrière reste » insiste-t-elle. Le syndicat Force ouvrière rappelle la fondation des Bourses du Travail (colloque du 14 juin). «  La Dépêche de l’Aube » publie depuis son numéro 859 (10 mars 2006) une série d’articles et de témoignages. « L’Autre Monde », blog écologiste aubois a pris position. Le site « Auboisementcorrect » a également abordé la question ( Voir les liens ci-contre). Enfin, un « collectif » s’est constitué qui refuse de voir disparaître « l’histoire et la mémoire de la  Bourse du travail ». ( pour tout renseignement Anna Zajac. 03 25 74 86 61 ; anna.zajac@wanadoo.fr )

 -         Au-delà de la sensibilité particulière attachée au lieu, se pose aussi la question de la place et de la reconnaissance de l’activité syndicale dans cette ville. Certains connaissent les conditions précaires dans lesquels vivent les diverses organisations syndicales. On peut s’interroger sur les projets de la municipalité à cet égard. L’actuel bâtiment comprenait une vaste salle pouvant servir à la fois aux réunions, aux expositions et aux spectacles. Qu’en sera-t-il demain ? 

 

 

 

 

 

 

 

 Une Bourse du Travail, c’est quoi ?

 L’histoire du syndicalisme français commence…par son interdiction ! La célèbre loi Le Chapellier (juin 1791) prohibe toute association entre gens de même métier.  Après une courte parenthèse (février 1848- novembre 1849) cette interdiction est reconduite. Le droit de « coalition » et de grève ne sera reconnu théoriquement qu’ en mai 1864. Les « chambres syndicales » commencent à se développer à la fin du second Empire et les premières fédérations se constituent au début de la 3ème république. C’est la loi du 21 mars 1884 qui donne une base légale aux unions ouvrières. 

Tandis que la fédération de métier ou d’industrie réunit les syndicats d’une même profession existant dans des lieux différents, la Bourse du Travail réunit les syndicats d’un même lieu, mais de professions différentes.  

 

 

 

 

 

 

La première idée de Bourse du travail apparaît à Paris durant la Révolution ( rapport de Corcelles ; 2 mars 1790) mais ce projet n’eut pas de suite. En 1843, M de Molinari émit l’idée de créer des Bourses du travail analogues aux Bourses des valeurs, dans lesquelles se feraient les offres et les demandes de travail. Adolphe Leullier présente en 1845 un projet similaire qu’il appelle « Bureau central des ouvriers ». En 1875, une demande est faite au conseil municipal de Paris pour l’établissement d’une « Bourse du Travail , ou au moins d’un refuge clos et couvert afin d’abriter les nombreux groupes d’ouvriers qui se réunissent chaque matin pour l’embauchage des travaux du port et autres… ». Le 3 février 1887, le conseil municipal de Paris remettait aux syndicats l’immeuble de la rue JJ Rousseau auquel s’ajoutera celui de la rue du Château d’eau (1892). Dans son « Histoire des Bourses du Travail » Pelloutier remarque que des unions locales s’étaient constituées dans d’autres localités avant 1886. Il s’en crée 75 entre 1900 et 1910. Le Congrès de Saint-Étienne (7 & 8 février 1892)  met en place la Fédération des Bourses du travail, alors en rivalité avec la Fédération Nationale des Syndicats. En 1902, la fédération comptera 83 Bourses fédérées regroupant 1 112 syndicats. Son secrétaire était Fernand Pelloutier, né à Paris le 1er octobre 1867, il suit ses études chez les frères des écoles chrétiennes puis à Saint-Nazaire. Journaliste, il crée « l’Ouest républicain, côtoie Vaillant, Guesde, Landrin. Il fonde à Saint-Nazaire une section du Parti Ouvrier Français. Il publie en 1900, «  La Vie ouvrière en France ». Il meurt à 33 ans , le 13 mars 1901. 

Au Congrès de Nice en 1901, la fédération des Bourses du Travail envisage sa fusion avec la Confédération Générale du Travail (CGT) . Ce fut fait en 1902.  

En application d’une loi du 14 mars 1904, les communes de plus de 10000 habitants durent créer un bureau de placement….qui avait son siège à la Bourse du travail, Place de la Bonneterie … La ville de Troyes reprit le 21 mai 1904 la disposition de la Halle de la Bonneterie , au moment où la Fédération départementale des syndicats ouvriers demandait la création d’une Bourse du Travail. L’usage de celle-ci lui fut accordée le 11 février 1905, en même temps qu’aux sociétés de secours mutuel. Les travaux d’aménagement nécessaires étant effectués, les attributaires prennent possession des lieux en 1906. La Bourse du Travail devint le siège  de syndicats ouvriers unis dans la Confédération Générale du travail (CGT) , raison pour laquelle cette organisation disposait toujours des locaux, à la différence d’autres syndicats créés plus tard, ou nés de scissions.  

La Bourse du Travail était subventionnée par les villes et les départements. Troyes ne recevait que 2500 F de la municipalité et  rien du département. ( contre 5000 F pour Dijon par exemple). Les services offerts étaient répartis entre la mutualité, l’enseignement, la propagande, la résistance. La mutualité comprenait le placement (emploi), le secours de chômage, le secours de route ( déplacements pour recherche d’emploi = viaticum), le secours en cas d’accident. En 1910 par exemple, la Bourse de Troyes reçoit 1597 demandes d’emploi, 1698 offres ; 1101 sont satisfaites « à demeure » et 312 en « extra ».  ( Source : Encyclopédie socialiste. Compère- Morel

 

 

 

 

 

 

 Congrès de la CGT: avril 1971

 

  

 Un lieu chargé d’histoire.  

 

Manifestation du PSU dans les années 70

 L’Histoire de la Bourse du travail se confond avec celle du syndicalisme et des grandes luttes ouvrières. Dès les premières années du siècle on y fête le 1er mai : «  … les  ( ici>)manifestations du 1er mai se traduisirent en 1913 par une réunion à la Bourse de 12 h 30 à 17 h 15, puis par le défilé traditionnel . Le 1er mai 1914,…. à 15 h une réunion à la Bourse avec le concours d’Emile Clévy, réunit 300 personnes, chiffre qu’on retrouve à la réunion du soir à la Halle de la Bonneterie … »  

 Une réunion à la Bourse: au premier rang à gauche Maurice Camuset.

Vous pourrez lire dans «  la Dépêche de l’Aube » les témoignages et les souvenirs de Lucien Desfêtes, de René Jourdheuille, de Marcel Renaud et d’autres qui participèrent aux luttes syndicales dans le département. Les derniers mois ont vu les foules de manifestants se rassembler sur la Place Jean Jaurès, contre le CPE. Beaucoup se souviennent encore des grandes manifestations de 1995, pour ne pas remonter à 1968. Outre les spectacles et les bals qu’évoque Jean Lefèvre dans le même journal, qui n’a en mémoire les congrès, les meetings électoraux, les réunions de comité de grève.

 

 

 

 

 

 

Fin des années 70: une assemblée du PCF.

 

  Les plaques apposées sur la façade rappellent aussi le sacrifice des syndicalistes résistants. Des inscriptions à demi effacées rappellent l’œuvre sociale : «  Permanence. Bureau de placement gratuit. » Dans « La mémoire de Troyes » (T2 p 178 ) de  Claude Bérisé, on peut voir les photographies d’enfants bénéficiant des colonies de vacances à Zuydcoote (1913) ou à Landreville (1912). Une carte postale de 1919 montre les ouvriers et employés du textile en grève (p295). L’école ménagère agricole  créée en 1911 y donnait des cours ( T1 p 200)

 

 

 

 

 

 

 Election des "muses" (Collection personnelle)

 

  Ainsi que l’ont souligné les représentant(e)s des organisations citées, et les orateurs des divers syndicats présents lors du dernier 1er mai, l’histoire de ce siècle là , de ces combats là, ne peut disparaître sous les enseignes de boutiques éphémères.  

Un passé plus lointain. 

 

 

 Les partisans de la transformation de la Bourse du Travail en centre ou passage  commercial, n’ont pas manqué de faire observer que la première destination du bâtiment serait respectée. En effet, la place et les constructions environnantes existaient naturellement avant le début du 20ème siècle ! 

Au 12ème siècle on accédait on accédait à la place, dite du « marché des meules » par la droite de  l’église Saint Nicolas , (« Porta versus Cellam. Porte aux Mystres) non loin de la Vicomté. Le plan du 13ème siècle indique la Place du « marché à blé » derrière le Beffroi. (« Vie en Champagne ». La formation de Troyes. Avril 1969 &Une ville fortifiée n°389 . Juillet août 1988) Dans le « bourg marchand », la place se situe à l’extrémité de la rue de l’épicerie et s’élargit vers la porte du Beffroy (direction Sens) et vers la « Celle », direction Auxerre. Le rôle de la Vicomté était de percevoir les droits et péages aux entrées de la ville.  (Press’Troyes. Juillet 1985)

 

 

 

 

 

 

 

 

   Au 16ème siècle la ville possédait essentiellement deux espaces où la population avait pris l’habitude de se rassembler : la Place Saint Pierre et la Place du Marché à Blé. Nicolas Pithou précise que cette partie de la ville était la plus habitée et la plus riche. Il note que le « marché au bled » est une fort belle et grande place… » … Il s’y tenait la louée de la Saint Jean pour les bergers et les charretiers….C’est aussi la place des exécutions publiques et le même chroniqueur signale le supplice de ses coreligionnaires  huguenots . Théophile Boutiot affirme qu’une fête populaire fut donnée au mois d’août 1588 pour célébrer le passage de la ville de Troyes au parti de la Ligue (parti catholique durant les guerres de religion).  .Ancienne place des exécutions capitales, pilori, potences et échafaud s’y sont dressés sinistrement au cours des siècles. …Puis, de la Révolution à la monarchie de Juillet , elle était le lieu des exécutions des arrêts criminels. « La pauvre Louise Fleuriot y vit trancher sa belle jeunesse. » écrit Grosley. …«  Un enfant m’a conduit au Vieux marché , qu’ils appellent maintenant la Halle au blé. C’est une place triangulaire ajustée à l’extrémité d’une longue rue comme le fer d’une pertuisane au bout de la hampe ; cette forme triangulaire évoque l’idée hideuse du couperet, et j’ai observé que le hasard l’a donnée à plusieurs places fatales. La place du Vieux Marché est en pente, pavée de grès comme les rues de Paris, égayée de boutiques, entourée d’anciennes maisons à pignons pointus et à toits en abat-vent , obstruée en son milieu par une grande vieille baraque en bois d’un aspect horrible, à l’un des côtés de laquelle s’appuies un vieux puits banal orné de cannelures torses. C’est devant cette baraque qu’on a dressé l’échafaud de Claude Gueux, et qu’on le dresse encore pour d’autres, chaque fois que la loi commet ses meurtres à Troyes… »  écrira Victor Hugo lors de son enquête sur le procès de Claude Gueux, condamné à mort en 1832 et qui aurait servi de modèle au Jean Valjean des Misérables. ( Certaines sources indiquent que Claude Gueux aurait été exécuté à Tours et non à Troyes… ?) Selon une anecdote, les exécutions publiques cessèrent après qu’un enfant fut tombé d’un échafaudage proche pour mieux voir la mise à mort ! Cela se passait avant 1850. Alors, un square minuscule qu’ombrageaient une douzaine d’arbres et que clôturait une palissade en bois  occupait la place.  Le jardin public perdit sa clôture et une partie de sa surface lorsqu’il fut décidé d’installer deux voies de croisement des tramways… On le supprima en 1891…  

Troyes, capitale de la bonneterie…  

 

Le bas de la place (Collection personnelle) 

«  La nécessité de trouver des débouchés à une industrie en pleine expansion, amène le Conseil municipal de Troyes à décider en 1837 la création d’une halle de la Bonneterie , installée à la partie supérieure d’une place qui devient la Place de la Bonneterie.   Elle est divisée en magasins loués à divers fabricants des arrondissements de Troyes, Nogent sur Seine et Arcis sur Aube. Les jours de vente sont fixés aux jeudis, vendredi et samedi de chaque semaine ; à sa création cette halle destinée aux toiles et à la bonneterie ne fut plus occupée que par cette dernière industrie dès 1838. La dispersion des transactions, l’instabilité des marchés rendaient indispensables un tel établissement. .. »  Les artisans et les façonniers, très nombreux dans la campagne auboise, venaient y vendre leur production deux fois par semaine. Ils disposaient de 65 comptoirs dans 16 salles au rez-de-chaussée, autour de la salle des pas perdus et de 4 salles à l’entresol.

En fait , les grains ont continué à se vendre à cet endroit, en même temps que la production bonnetière. A la fin du siècle dernier, la halle servait de marché au grain le samedi, et de marché au blé le vendredi (Prieux)  Le plan réalisé par le cadastre en 1839 porte encore la mention « Place du Marché à Blé » et désigne le tout nouveau bâtiment de la Bourse sous le terme assez vague de « Halle aux Marchandises » ( Sources : « Economie et vie ouvrière. » André Colomès et  « Troyes de 1789 à nos jours »  A. Beury ) 

 « Sur le journal "L'industriel de Troyes 1853 " paraît le compte rendu hebdomadaire du marché du textile. 

7 septembre 1853 

Depuis 15 jours, la position des affaires à la halle est toujours la même. On signale encore la présence d'acheteurs étrangers. La semaine dernière, on remarquait encore un assez grand nombre de marchands colporteurs appartenant presque tous au département de la Haute Marne. Les tricots et les autres articles d'hiver se maintiennent aux prix cotés dans les premiers marchés du mois écoulé....  

16 octobre 1853  

...... la fabrication des articles d'été est en pleine activité.... les petits bas de laine et les mitaines se sont bien enlevés. Les mitaines se sont maintenues à un prix assez élevé, les petits bas ont fléchi de 0,50 en septembre. On demande des bas écrus dans les  prix intermédiaires de 9fr à 15 fr. ...

Elle sera utilisée comme lieu de rencontre des ouvriers lors des grèves, des meetings s'y tiendront , on y distribuera des vivres lors des grandes grèves dès 1900. » 

 

( http://www.mediatheque-agglo-troyes.fr/bmtroyes/_/bonneterie/Pages/bourse_du_travail.htm  )

   Le passage de la bonneterie dans sa phase industrielle fait lentement décliner l'activité de la halle. Les négociants ne peuvent plus rivaliser avec les firmes industrielles qui possèdent des services de commercialisation directe et contrôlent les travailleurs à domicile. Les 109 fabricants de 1859 ne sont plus que 24 en 1904. Elle sera utilisée comme lieu de rencontre des ouvriers lors des grèves, des meetings s'y tiendront , on y distribuera des vivres lors des grandes grèves dès 1900. »

 http://www.crdp-reims.fr/cddp10/ressources/mediatheque/dossiers/pia/default.htm

 

 

 

 

  

 

 

 

 Un monument disparu…  

 

 

 

 

 

 

                                                                                             (Collection personnelle)

Les photographies du début du siècle nous montrent un monument  occupant une place importante sur la place : il s’agit du « Monument des bienfaiteurs ». Inauguré en 1900, il fut imaginé par l’architecte municipal Vermot, afin d’honorer la mémoire de personnalités particulièrement généreuses envers leur cité. A cette époque, les familles fortunées n’hésitaient pas à participer à la prospérité de la ville. Les noms de Joseph Brissonnet, de Désiré Argence et de Joseph Audiffred ne sont peut-être pas totalement oubliés. André Beury (ouvrage cité. Tome 4 p 92) donne des indications précises. Abîmé pendant l'occupation, il fut détruit après la dernière guerre.

 Cassandre, sur le site « Auboisementcorrect », rappelle que l’idée d’un véritable musée de la bonneterie, de son histoire technique et sociale  trotte dans de nombreuses têtes depuis longtemps…. Cela nuirait-il au commerce ? Quand au passage de Victor Hugo (le Boulevard) à Jean Jaurès (la place) , on pourrait peut-être imaginer un autre nom que Saint Nicolas malgré le riche patrimoine discrètement dissimulé dans l’ église voisine et la bienveillance supposée du personnage pour les petits enfants . Entre parenthèses, pour notre part, nous ne verrions pas d’inconvénient à ce que cet édifice bénéficiât à l’occasion d’un léger toilettage extérieur…! 

 

Par Petits potins_10 - Publié dans : Histoire locale. Patrimoine
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Mardi 20 juin 2006

  

Laubressel et le« Balcon du Parc ».  

 

 

 

 

 Nous étions environ 25 personnes, le samedi 20 mai à Laubressel, pour une découverte du village guidée par Mme Robert. Rendez-vous étant pris à l’église, le programme débuta par la  visite de l’édifice. Les détails concernant l’architecture et  l’ornementation figurent dans l’ouvrage de Ch. Fichot, bien connu des amateurs. L’apparence modeste de l’ église est trompeuse. Jadis surmontée d’une haute flèche remplacée aujourd’hui par une petite toiture de tuiles que la notice présente comme « un beffroi à charpente », l’endroit dût être assez richement doté.

En témoignent les chapelles latérales doublant le transept qui donnent au chœur une ampleur particulière. La première église datait du 12ème siècle. Elle a été rebâtie au 16ème. Dédiée à « L’assomption de la Vierge  », elle s’ouvre par un portail daté du 16ème siècle ( 1560) . Le porche en brique est plus récent : 1848. Il abrite une colonne de cimetière de style composite, datant de 1644.

Les formes sont usées par les intempéries et l’humidité. On devine, plus qu’on ne voit un Saint Georges occupé à vaincre le dragon. Au dessus du portail, une inscription bien lisible :  

« Vous qui par cette porte passé  

Ayez des pauvres miséricorde  

Priez Dieu pour les trépassés  

Il vous fera miséricorde. »  

Supplique qui rappelle la Ballade de F Villon : « Frères humains qui après nous vivez… ». 

 

 

 L’ancien clocher a été détruit par la foudre en 1885. On raconte que le curé tenta d’éteindre l’incendie avec deux seaux d’eau.  

L’intérieur de l’église est blanc. La pierre, les statues, le petit autel retable, tout  s’éclaire sous les verrières pâles. Les vierges sont blanches, Saint Nicolas et Saint André aussi. Tous ont subi une lente érosion. Les traits et les plissés se fondent dans des silhouettes vagues et livides d’ectoplasmes. La craie est friable et fragile. Par endroit, des traces de peinture rappellent que les statues étaient polychromes. Un pan de mur aux pierres disjointes, une vieille porte de bois encadrée de lumière,  donnent au bas côté un aspect de rude simplicité.

L’accès au clocher, la tribune, ont été restaurés. Cela donne un bel escalier tournant enveloppé de charpente. L’ouverture du plafond laisse pendre les contrepoids d’horloge.  

 

 

 L’autel est surmonté par une grande toile  peinte. Derrière, quelques restes de verres teintés où dominent le jaune d’argent et la grisaille, lorsqu’ils ne sont pas trop encrassés. Une curieuse et naïve statue de Saint Georges retient l’attention.  

 

  Georges est un saint totalement légendaire, dont l'existence est mise en doute dès le Ve siècle. Né en Orient, son culte est toujours resté vivace en Grèce et en Russie. Les croisades contribuèrent à le diffuser en Occident. Saint Georges est, dans toute la chrétienté, le patron des chevaliers. 

Né en Cappadoce de parents chrétiens, Georges, officier dans l'armée romaine, traverse un jour une ville terrorisée par un redoutable dragon qui dévore tous les animaux de la contrée et exige des habitants un tribut quotidien de deux jeunes gens tirés au sort. Georges arrive le jour où le sort tombe sur la fille du roi, au moment où celle-ci va être victime du monstre. Georges engage avec le dragon un combat acharné ; avec l'aide du Christ, il finit par triompher. la princesse est délivrée et, selon certaines versions, dont celle de la Légende dorée, le dragon, seulement blessé, lui reste désormais attaché comme un chien fidèle. 

 

 Plus tard, Georges est victime des persécutions antichrétiennes de l'empereur Dioclétien. Il subit en Palestine un martyre effroyable : livré à de nombreux supplices (brûlé, ébouillanté, broyé sous une roue, etc.), il survit miraculeusement et finit par être décapité. 

Personnifiant l'idéal chevaleresque, saint Georges est représenté à cheval (souvent sur un cheval blanc), en armure, portant un écu et une bannière d'argent à la croix de gueules. Cette bannière blanche à croix rouge, qui fut celle des croisés, devient le drapeau national de l'Angleterre.